Les enfants de Pierre HENRY (6) : Armantine Léontine

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

Je vous invite à découvrir la vie de Armantine Léontine HENRY.

Pour ne pas contrevenir à la loi … je n’y contreviendrai pas …

Armantine Léontine HENRY est ma sosa 31 à la génération 5. Le 19 août 1866, elle est la sixième enfant du couple Pierre HENRY, tourneur, et Marie Joséphine GAUTIER. La déclaration est faite par son père en présence de :
– Etienne BOUCHER, 30 ans, charpentier, oncle paternel
– François FILLET, 40 ans, propriétaire, ami

Source AD37 – cote 6NUM8/156/006 – Montlouis-sur-Loire – page 345/390

Armantine est orpheline de mère le 28 novembre 1873. Elle à 7 ans.

Nous avons vu lors des précédents articles dédiés à son père qu’en 1877 elle est mêlée, ainsi que son petit frère Lucien, à une affaire de mœurs avec un dénommé GAUDRON. Qu’en est-il ?

1877 : L’affaire GAUDRON

Je vous ferais grâce des propos « crus » mais ne nous y trompons pas, Armantine a le verbe « léger » pour une enfant de 11 ans. Les pièces de procédure et les interrogatoires qui suivent sont issus de la cote 2U577 (AD37).

Le 23 janvier 1877, les gendarmes Jean-Baptiste FOLLOT et Alfred CORNEMUSE de la brigade de Tours, constatent que le 22 janvier, le sieur Pierre HENRI, 44 ans, tourneur, demeurant à Montlouis, s’est présenté à leur caserne pour y déclarer que sa petite fille Armantine, âgée de 9 ans, avait été victime d’un viol le 04 janvier par le nommé GAUDRON dit Lunette au village de Cusseau (il semblerait que ce soit le village de Thuisseau au sud de Montlouis et non Husseau à l’est de Montlouis qui est moins proche de Veretz).
Il interrogent Julie BOUCHER qui a appris par la clameur publique que sa nièce avait été victime d’un viol et leur conte ce que sa nièce lui a avoué.
Puis ils se rendent chez Pierre HENRY pour y interroger Armantine. Elle dit qu’elle était partie chercher du pain à Cusseau avec Lucien son frère. GAUDRON les a emmené chez lui pour leur en donner, il a conduit Armantine dans la cave pour tirer du vin pendant que so nfrère se chauffait. En revenant de la cave il lui a proposé 2 sous pour faire son lit en haut mais il n’y est pas allée. Il leur a fait mangé de la merluche et fait boire du vin puis il a pris Armantine sur ses genoux pour la faire chauffer et dans cette position il l’a touché aux parties sexuelles et vice versa. GAUDRON les a reconduit jusqu’au petit bois de Cusseau et a dit à Lucien de rester sur le chemin pendant qu’eux d’eux sont entrés dans le bois où il s’est couché sur Armantine, il lui a fait mal et s’est retiré aussitôt. Il a proposé d’aller souper chez lui mais Armantine n’a pas voulu alors GAUDRON lui aurait botter les fesses et donner une calotte pour la chasser. En sortant du bois ils se sont trouvés face à deux jeunes hommes qu’Armantine ne connaissait pas mais que GAUDRON semblait connaitre. Allant vers Montlouis, ils ont raccompagnés les enfants.
Les gendarmes continuent leur enquête et interroge MILLET et SAGET qui confirment avoir rencontrer GAUDRON et les enfants, avoir entendu GAUDRON dire à Armantine « qu’il ne fallait rien dire » et enfin qu’Armantine avait dit à MILLET que GAUDRON lui avait proposé 2 sous pour lui faire son affaire dans les bois.
Les gendarmes n’ont pu interroger GAUDRON car parti dés le matin par le train de 5 heures pour aller demeurer à Sepmes, canton de La Haye (Indre-et-Loire).
Les renseignements pris sur le compte de GAUDRON par des personnes notables de la localité ne sont pas élogieux : paresseux, il est parvenu à dissiper une partie de sa fortune, il est marié et père de 2 enfants. Les informations concernant HENRY ne sont pas mieux : veuf et père de 6 enfants, il les envoie chercher leur pain et le peu d’argent qu’ils rapportent, il s’en sert pour boire et il est très paresseux.

Le 24 Janvier, un télégramme du parquet de Tours à celui de Loches, demande d’arrêter et de transférer à Tours, le nommé GAUCHER dit Lunette, 43 ans, propriétaire à Sepmes (37).

Le 25 janvier, les gendarmes Jean-Baptiste CHRETIEN et Jean-Baptiste DENJEAN de la brigade de La Haye-Descartes, se transportent à la ferme de Maison Rouge à Sepmes pour y arrêter le sieur GAUDRON.
Son signalement par les gendarmes est le suivant : mesure 1m71, cheveux et sourcils noirs, front rond, yeux noirs, nez et bouche moyens, menton rond et visage long. Marque particulière : il est un peu vouté.
Il est mené à la Maison d’Arrêt de Tours dès le 26 janvier 1877. On notera que son signalement est un peu différent. A l’époque, les approximations vont bon train quand même !

Source AD37 – cote 2Y271 – Maison d’Arrêt de Tours

Le 01 février, Armantine est interrogée par je juge.
Le 04 janvier 1877, Pierre HENRY envoie ses enfants Armantine et Lucien vendre des fuseaux à Veretz, le bourg d’à côté. En réalité, ils étaient partis mendier de ci de là.
Chemin faisant, ils rencontre René GAUDRON qui leur dit de passer chez lui à leur retour car il est des tabourets à rempailler.
Vers 16 heures, les enfants toquent chez GAUDRON qui les fait entrer et leur propose de se réchauffer un peu au coin du feu.
Il est descendu avec Armantine tirer du vin à la cave, l’aurait couchée par terre, s’est mis sur elle en relevant ses jupons et lui a fait mal en voulant mettre son devant dans le sien sans y parvenir. Elle a voulu crier mais GAUDRON l’en a défendu.
Ils sont remontés dans la cuisine où il l’a mise sur ses genoux auprès du feu, le dos tourné de son côté et il lui a encore fait. Il lui a défendu de crier. Son petit frère était là et ensuite ils ont mangé de la merluche et bu du vin rouge.
Après le souper, GAUDRON a proposé 2 sous si elle montait dans la chambre faire le lit. Alors qu’ils montaient tous deux, Lucien s’est mis à pleurer et ils sont redescendus.
Armantine a demandé au sieur GAUDRON de les accompagner parce qu’elle avait peur des loups. Presque à la sortie du bois qui est de chaque côté du chemin, GAUDRON l’a prise par la main et dit à Lucien de rester sur la route. Ils sont entrés dans le bois et il lui a encore fait.
Deux jeunes gens (Théodore MILLET et Louis SACHET) passant par là les ont vus sortir du bois, GAUDRON leur a parlé et les enfants sont repartis. Chemin faisant, Armantine aurait raconté à SACHET ce que GAUDRON lui avait fait.
Quelque temps plus tard, elle aurait raconté à sa tante (Julie HENRY, femme BOUCHER) et à son père ce qui lui était arrivé
.

Le 27 janvier, René GAUDRON dit « Lunette », né le 2 mars 1833, marié et père de 6 enfants, est interrogé.
Le juge indique que le 04 janvier Armantine et son frère Lucien allaient chercher du pain à Cuisseau et que GAUDRON leur a proposé de leur en donner. Une fois entrés, Armantine et lui sont descendus seuls à la cave. Ils ont mangé de la merluche et bu du vin. Il a fait asseoir Armantine sur ses genoux et échanger des attouchements. Il a reconduit les enfants jusqu’au bois de Cuisseau où il a fait entrer Armantine en laissant Lucien sur la route.
GAUDRON indique qu’il avait demandé le 02 ou 03 janvier, aux enfants HENRY, de passer chez lui pour prendre des tabourets à rempailler. Le soir ils ont venus, la fille est descendue après lui à la cave, il leur a servi un bon morceau de pain, de la merluche et 2-3 verres de vin pur. Il dit avoir pris la petite fille sur ses genoux et n’avoir point fait de sottises; les enfants l’ont caressée en lui disant : « Papa nous avait bien dit que vous étiez un bon bonhomme« . Il leur a dit ensuite de s’en aller et les enfants lui ont demandé de les reconduire. Il est allé avec eux jusqu’à la sortie du bois de la Croix Cassée et Armantine lui a demandé de les conduire un peu plus loin parce qu’ils avaient peur. C’est à ce moment que les gens gens sont arrivés et ont raccompagnés les enfants.
Le juge dit qu’Armantine a raconté à Louis SACHET que GAUDRON avait proposé 2 sous pour entrer dans le bois afin de se faire toucher le devant. GAUDRON réfute disant qu’il n’a pas été dit de paroles déplacées mais que depuis il a appris que les enfants étaient très « avancés ». Il refute aussi d’avoir dit « de ne rien dire » quand ils étaient sur la route.

Louis SACHET, interrogé le 01 février, rapporte ce qu’Armantine lui a dit concernant les attouchements dans la cuisine et que GAUDRON lui avait proposé de monter dans la chambre pour lui faire son affaire, elle ne lui a pas dit qu’il s’était couché sur elle. Il indique aussi avoir entendu GAUDRON dire aux enfants « il ne faut rien dire », alors qu’ils s’approchaient du trio sur la route des bois. Enfin, il déclare n’avoir jamais entendu dire que GAUDRON ait l’habitude de s’attaquer aux enfants, que la petite fille demande son pain et vient souvent à la porte de son maître et enfin que le père est un homme qui ne travaille guère et qui passe pour ne pas être grand chose.

Théodore MILLET, le 01 février, confirme les dires de son compère SACHET qui lui aurait rapporté les propos et la recommandation « de ne rien dire » de GAUDRON à Armantine.
GAUDRON ne reconnait pas cette histoire, qu’il n’a rien fait et que son tort peut-être a été de faire boire les enfants un peu trop.

Le même jour, Lucien HENRY, 7 ans, est interrogé. En allant vendre des fuseaux à Veretz, ils ont rencontré GAUDRON qui leur a dit de repasser chez lui pour manger. Ils le connaissent bien mais n’étaient jamais allé chez lui et ils faisaient quand ils sont arrivés. GAUDRON a emmené sa soeur à la cave puis en haut dans la chambre pour faire le lit en lui promettant 2 sous, mais à moitié de l’escalier, Lucien a crié et ils sont redescendu. Ils ont mangé de la merluche, du pain et bu du vin (coupé avec de l’eau pour Lucien). Après le souper, Armantine a demandé à GAUDRON de les raccompagner par peur de traverser seuls les bois. Une fois dans les bois, GAUDRON a emmener Armantine dans le bois où ils sont restés longtemps, le laissant seul sur la route. Ils sont ressortis du bois en entendant des jeunes gens arriver. « C’est mon papa qui m’a dit de dire cela » mais il est bien vrai qu’ils sont entrés dans le bois et sa soeur n’a pas crié dans le bois mais elle a crié quand il l’a mise sur ses genoux pour la faire chauffer.
GAUDRON, confronté à cette histoire, dit que l’on voit bien que c’est une leçon qui a été faite à cet enfant. Il n’est pas entré dans le bois et il est aussi innocent que l’enfant qui vient de naître.
Lucien, réitère son propos sur le faits que GAUDRON est entré dans le bois avec sa sœur.

Le 01 février, Julie HENRY, lingère et épouse d’Etienne BOUCHER, sœur de Pierre HENRY et tante d’Armantine (au cas où vous seriez perdus), est entendue.
Le 08 janvier, ayant appris que sa nièce pouvait avoir des poux, elle est allée lui changer sa chemise qu’elle a examiné et elle n’a rien vu d’extraordinaire. Le soir même, on lui a rapporté que sa nièce avait été insultée par Mr GAUDRON.
Le 09 janvier, elle est allé questionné sa nièce qui lui a conté que le 04 janvier avec son frère elle a rencontré GAUDRON qui leur a demandé de passer pour rendre des tabourets à rempailler. Ils y sont allés. GAUDRON l’a faite descendre à la cave pour tirer à boire, il l’a mise sur ses genoux et ils sont se touchés (mais Julie n’en est pas certaine). Ils sont remontés dans la chambre où Lucien se chauffait. Ils ont bu et mangé. GAUDRON les a reconduit par le chemin de Thuisseau où il a mené Armantine dans les bois laissant Lucien sur le chemin. GAUDRON a promis 2 sous si Armantine voulait se laisser faire, qu’elle avait bien voulu, qu’il a avait bien essayé mais n’avait pas pu. Au moment de sortir du bois, sont arrivés des jeunes gens et les enfants sont partis avec ces derniers après avoir discuté avec GAUDRON.
GAUDRON pour sa défense dit qu’il n’a pas insulté l’enfant et que tout cela n’est pas vrai. Il a entendu dire auss ique l’enfant avait été visitée (par un médecin).

Le 01 février, Pierre HENRY fait sa déposition. Le 04 janvier il a envoyé ses enfants Armantine et Lucien vendre des marchandises à la campagne du côté de Veretz. En rentrant ils sont allés chez Mr GAUDRON qui leur avait dit avoir des tabourets à rempailler. Ils sont entrés chez lui et étaient allés à la cave tirer à boire, GAUDRON interdisant à Lucien de descendre. Armantine est monté faire le lit mais est redescendue car Lucien s’était mis à pleurer. Ils ont soupé chez GAUDRON qui les a reconduits jusqu’au bout du bois où ils ont rencontré deux jeunes gens qui ont raccompagnés les enfants. Le lendemain, GAUDRON est venu chez HENRY, il a donné 50 centimes à l’une de ses filles pour aller chercher du vin qu’ils ont bu ensemble. GAUDRON a dit qu’il avait des tabourets à faire rempailler, les enfants n’ont rien dit à leur père ce jour là. Plus tard, il a entendu dire que GAUDRON avait insulté sa fille. Il a demandé aux enfants le 22 janvier des précisions, sa sœur le savait depuis quelques jours mais ne lui a rien dit. La petite fille lui a raconté que GAUDRON l’avait emmené dans le bois, ce qu’il avait essayé de lui faire et l’avait battue; mais aussi qu’il avait aussi essayé une première fois chez lui mais elle ne lui a rien dit de la cave.
GAUDRON, sur confrontation, dit que tout est faux et que le lendemain il a été le bienvenu par le père comme par les enfants et a demandé si les enfants étaient bien rendus (rentrés).
HENRY dit qu’il a bien vu que les enfants étaient « chauds » et qu’ils n’étaient pas comme d’habitude.
GAUDRON répond que ce même jour, la petite fille (Armantine) et sa sœur sont venues chez lui, elles ont ramassé des papiers qu’il jetait, elles ont été vues par des vignerons.
HENRY dit que sa fille Armantine n’est pas une menteuse. Ils ne sait pas qui lui a appris les mots qu’elle a utilisé pour lui raconter l’histoire.
GAUDRON précise que le jour où les deux filles sont revenues, il a eu de la peine à les renvoyer. Il a mis à sa porte les deux tabourets afin qu’elles puissent les prendre en passant et sans rentrer chez lui.
HENRY dit qu’il ne sait pas pourquoi sa fille aurait raconté de plusieurs manières différentes ce qui lui est arrivé.
GAUDRON lui rétorque que c’est bien simple, c’est parce qu’elle se trompe sur ce qu’on lui a fait dire.
HENRY dit « je lui ai pourtant recommandé de ne dire que ce qui lui était arrivé« .

Le 10 février, Armantine est de nouveau entendue par le juge. Elle affirme que GAUDRON l’a touchée et que ce n’est pas son père qui lui a dit de déclarer cela. Elle ne sait pas dire pourquoi elle a raconté l’histoire de différentes manières. Armantine dit que GAUDRON lui a fait des choses dans la cave et dans le bois mais que dans la cuisine il ne lui a rien fait. Le juge demande aussi à Armantine qui lui a appris les mots qu’elle emploie. Elle dit que c’est GAUDRON.

Le 10 février, la jeune Armantine est visitée par le docteur Léon DANNER, sur ordonnance du juge, pour constater si celle-ci porte des traces d’attentats à la pudeur ou de viol pouvant remonter au 04 janvier.
La conclusion du médecin est qu’Armantine n’est pas déflorée et qu’elle ne porte aux parties sexuelles aucun trace d’attouchements violents ou de tentative de viol. Il note aussi que ses organes sexuels sont peu développés à l’exception du clitoris dont le volume et l’aspect flétri dénotent des habitudes d’onanisme.

Le 20 février, le juge ROGER demande à ce que soit communiqué au Procureur de la République la procédure contre René GAUDRON.

Le 20 février, le maire de Montlouis sur requête du juge, adresse un courrier portant sur la moralité de René GAUDRON. Le maire a entendu dire que ledit GAUDRON courait un peu les femmes mais qu’il n’a jamais entendu dire qu’il avait essayer de corrompre des enfants et qui si la faute qu’on lui impute est exacte, il croit que ce serait la première fois qu’il aurait eu cette mauvaise pensée.

Le 24 février, la cour d’appel d’Orleans, chambre des mises en accusations, à la lecture des pièces du procès, renvoie l’accusé devant la cour d’Assises.

Le 01 mars 1877, le président du Tribunal de 1ère instance de Tours, interroge le sieur GAUDRON avant sa traduction définitive devant les assises. René GAUDRON maintient ses dépositions et prend Maitre RIVIERE, avocat à Tours, pour le défendre. Il est transféré et écroué le même jour à la Maison de Justice.
Nota : on remarquera la justesse (oups) du signalement et aussi sa taille : 1m71 lors de son arrestation à Sepmes, 1m64 lors de son écrou le 26 janvier et 1m70 le 1er mars …

Source AD37 – cote 2Y398 – Maison de Justice de Tours

Le 13 mars 1877 se tient le procès en cour d’assises (arrêt trouvé en cote 2U73 aux AD37) de René GAUDRON dit Lunette. Les 12 jurés sont tirés au sort et les débats ont lieu à huis-clos. Il est dit qu’Armantine a 9 ans alors qu’en réalité elle a 11 ans.
Les témoins après avoir prêté serment ont déposé les uns après les autres et répondu aux questions du ministère public. Le président de la cour Mr PAULMIER a interrogé l’accusé sur les différents faits et circonstances du procès. Enfin l’avocat maitre RIVIERE a présenté la défense.
La parole n’étant plus demandée, le président a déclaré les débats terminés. Il a résumé l’affaire, a fait remarquer aux jurés les principales preuves pour ou contre l’accusé et a donné lecture des questions posées par lui. Les jurés se sont retirés pour délibérer et le président a fait retirer l’accusé de l’auditoire.
Les jurés après délibération sont entrés dans l’auditoire et le chef du jury, Alfred DUVALDESTIN, sur demande du président s’est levé, a posé la main sur son cœur et a lu la déclaration du jury :
A la question : « GAUDRON René dit Lunette, ici présent, est-il coupable d’avoir le 04 janvier 1877, à Montlouis, commis un attentat à la pudeur consommé ou tenté sans violence sur la personne de Armantine HENRI, âgée de moins de 13 ans ?« 
Le jury a répondu : « Non« 
Le président a fait comparaitre l’accusé , et le greffier a lu à haute voix la déclaration du jury. Cette déclaration étant négative, le président a prononcé l’acquittement de GAUDRON et ordonné sa mise en liberté.

Pierre HENRY et sa fille Armantine ne sont pas plus inquiétés de leur côté. Y-a-t-il eu mensonge, machinations ? Présomption d’innocence pour GAUDRON malgré cette histoire dans les bois ? Il est bien dommage de ne pas avoir les minutes précises des débats. C’est frustrant !

Et la vie reprend son cours … jusqu’en 1882. Armantine a 15 ans.

1882 : les affaires HENRY et HENRY / TALLAND

Je ne vais refaire les 4 épisodes de l’affaire HENRY. En résumé, en Avril 1882, Armantine est d’abord prévenue de vols simple et vols de récoltes.
L’instruction prend une autre tournure lorsque son petit frère Lucien fait le grand déballage aux gendarmes, Armantine est aussi « victime » d’attentats à la pudeur commis par son petit frère, par son père et peut être même par un certain Etienne TALLAND. Une seconde instruction est ouverte.

Le 19 avril, Armantine est placée aux écrous Passagers de Tours avec son père et sa petite sœur Louise Antoinette, prévenue pour vols simples et vols de récoltes.

Le 25 Avril et jusqu’au 02 Juillet 1882, elle est transférée et maintenue à la maison d’Arrêt de Tours, le temps des deux instructions.

Dans ces deux affaires, le poker menteur mène une danse frénétique pour aboutir aux sentences suivantes :
– Etienne TALLAND est acquitté d’attentats à la pudeur
– Lucien HENRY est placé dans la famille, on en reparlera
– Armantine HENRY, prévenue dans le premier procès est acquitté mais conduite au Refuge de Tours pour y être tenue fermement jusqu’à ses 20 ans accomplis.
– Pierre HENRY sera condamné à 12 ans de bagne.

Le Refuge de Tours

La cote 1Y95 consultée aux archives de Tours concernent les dossiers nominatifs des détenues jugées en Indre-et-Loire et placées dans l’établissement du Refuge. Le dossiers d’Armantine m’a permis d’y trouver la notice d’information et un avis de la commission de surveillance.

Source : larotative.info du 15 ami 2016 – Le Refuge de Tours

Armantine Léontine est confiée à sœur Angélique le 02 juillet 1882 pour être conduite à la Maison d’Education Correctionnelle à Tours, autrement appelée la Maison du Refuge ou encore Bon Pasteur, tenue par des sœurs. Je me fendrais d’un article à ce propos.
Il est dit dans la notice qu’Armantine a mauvais caractère et est débauchée. Elle n’a pas fréquenté l’école primaire, elle est catholique et a fait sa première communion (ndlr : n’a pas non plus été touchée par la grâce divine, non plus). Sa conduite en prison, avant d’être placée au Refuge, a été bonne.
Il faut cependant l’éloigner de sa famille. Son état de santé est bon.
Enfin il est stipulé en observations particulières : « La fille HENRY est effrontée et a besoin d’être tenue très sévèrement« . On pourra dès lors faire confiance aux sœurs pour la remettre dans le droit chemin …

Le 03 novembre 1882, la commission de surveillance en charge de visiter les jeunes détenus ne fait que confirmer ce que dit la notice et que son intelligence n’est pas développée puisqu’elle n’a pas fréquenté l’école.

On se souvient par ailleurs que sa sœur Désirée Marie HENRY est aussi au Refuge depuis quatre années et qu’elle doit sortir en 1883. Elles se sont donc forcément croisées à un moment ou à un autre durant cette année commune.

Sortie et retour à une vie « normale »

Armantine sort de la Maison de Correction le 19 août 1886.
Elle n’est pas accueillie par sa sœur Désirée qui vit à ce moment avec son mari à Corancy dans la Nièvre.
Peut-être est-elle hébergée chez sa sœur Julie épouse GUILLORIT ? A priori, le recensement de 1886 a eu lieu au mois d’août, le mois de sa sortie du Refuge mais je n’ai pas trouvé ce jour un lieu d’habitation à cette période.

On retrouve la trace d’Armantine dans l’Union Libérale du 21 et 22 novembre 1887 où est annoncé la publication des mariages. Elle vit au n°16 de la Place Victoire, quartier Poissonnerie de Tours.

Source L’union Libérale du 21 et 22 novembre 1887 – page 4/4

Le 12 décembre 1887 (soit 85 ans et 2 jours avant mon anniversaire !) Armantine Léontine HENRY, ouvrière couturière de 21 ans et trois mois, prend pour époux François POIRIER, ouvrier cordonnier âgé de 34 ans et natif de Tours. Contrairement à l’adresse figurant dans la publication, François habite au n°5 rue des Petits Gars (encore une histoire de domicile de fait et de domicile de droit) …
Les chats ne faisant pas des chiens, un bel article sera rédigé bientôt en l’honneur de mon sosa 30.

Source AD37 – cote 6NUM8/261/301 – Tours – page 279/329

Le 25 juillet 1889, Armantine à 23 ans lorsqu’elle met au monde Armand François au 5 rue des Petits-Gars à Tours. Sa vie ne sera qu’éphémère puisqu’il décède le 16 août 1894.

Le 25 juillet 1894 nait Fernande Gabrielle POIRIER (sosa 15) au domicile de ses parents n°6 rue des Prêtres à Tours.
– A 14 ans, le 17 octobre 1908, elle est placée à la Maison d’Arrêt de Tours pour coups et vol. Elle est transférée en Appel à Orléans le 10 décembre 1908 (ndlr : on ne change pas une équipe qui gagne ! hum ! hum !). Encore des recherches à faire pour en savoir plus.
– Lors du recensement de 1911, elle n’est pas au domicile de sa mère. A-t-elle été en prison ou en maison de correction jusqu’à l’âge de 20 ans ?
– On la retrouve à 26 ans, au mariage de sa sœur, le 22 mai 1920, elle réside 20 rue du Change à Tours et est employée de bureau.
– Et hop, disparition jusqu’au 28 mars 1931 à Vouvray où elle épouse, à 37 ans, CHESNEAU Louis (mon sosa 14). Il auront un enfant.
– Et re-hop, impossible de trouver ne serait-ce que son acte de décès … un vrai mystère cette AGM !

Au recensement de 1896, François POIRIER est noté comme « sans profession ». La vie doit être bien compliquée pour le couple.

Le 03 décembre 1896 nait Emile Ludovic POIRIER. En 1911, il exerce la profession de Passementier. Il évitera la guerre pour défaut de musculature en 1915-1916. Il épouse le 25 février 1922 à Tours, Suzanne Marie Jeanne BARTELLEAU. Ils auront une fille qui ne vivra pas 1 mois en 1924. Emile Ludovic décède le 04 juin 1929 sans postérité (ni d’actif apparent).

François Poirier décède le 04 décembre 1897 à l’âge de 44 ans, à son domicile du 6 rue des Prêtres, laissant Armantine seule avec ses 2 enfants âgé de 1 et 3 ans.

Continuer à se battre …

Armantine est veuve à 31 ans, je ne savais pas ce qu’elle avait fait durant presque 25 ans soit de 1897 à 1922, année du mariage de son fils Emile Ludovic.
J’ai fini par retrouver sa trace un peu par hasard (via Filae) dans les recensements de 1906 où elle habite au 27 rue Jules Charpentier, avec un certain Auguste Constant CHANTELOUP, cordonnier de son état, de 16 ans son aîné. Et je lui découvre en plus de Fernande Gabrielle et Emile Ludovic … 2 enfants supplémentaires : Augustine Léontine (°1900 à Tours) et Louise Armandine (°1904 à Saint Julien).
La recherche est devenue quasi épique et non dénuée de découvertes.

Le 20 février 1900 vient au monde Augustine Léontine, enfant naturelle de père et de mère inconnus (trouvée grâce aux recherches de Nicole Chantelou déposées sur Geneanet). La déclaration est faite par Madeleine METTé, sage femme âgée de 57 ans, demeurant 3 rue du gazomètre.
Elle est reconnue par sa mère le 06 avril 1920 (20 ans plus tard !!!) et prendra le nom de HENRY. On ne saura jamais si Auguste CHANTELOUP était son père car il est décédé depuis 2 ans. Mais quand même ! Augustine c’est le féminin de Auguste, et Léontine est le 2ème prénom de sa mère …
Elle épouse le 22 mai 1920, à Tours, Emile François Joseph GUéNAND de 19 ans son aîné. Elle est ouvrière en chaussures. Sa sœur Fernande Gabrielle, employée de bureau, est témoin au mariage.
Le 19 juin 1954, divorcée ou veuve, elle épouse Michel Baptiste REDAUD à Paris 18ème, de 21 ans son aîné.
Elle s’éteint le 04 janvier 1965 à paris 18ème, 2 ans après son second époux et en l’état de mes recherches je ne sais dire si elle a eu une postérité.

Le 13 décembre 1903 nait au 1 rue des Balais, Louise Armandine CHANTELOUP, fille naturelle d’Auguste CHANTELOUP déclarant et de mère non dénommé. C’est fou ! La déclaration est faite aussi par Madeleine METTEY, sage femme demeurant au 25 rue des Cerisiers; tiens donc ! la même sage femme qu’en 1900 … Sa mère ne la reconnaitra jamais.
Le destin de Louise Armandine est bien triste, les relevés collaboratifs des écrous de Tours révèlent son arrestation le 17 septembre 1928, elle est dite « fille soumise ».
Louise Armandine décède à l’hôpital boulevard Tonnelé le 23 novembre 1929 et c’est Armantine Léontine HENRY qui en fait la déclaration à l’état civil.

Revenons au fil de vie d’Armantine Léontine.

Au recensement de 1911, Armantine habite au 5 rue André Duchesne (quartier de La Riche) avec Auguste CHANTELOUP et 3 de ses enfants hormis Fernande Gabrielle qui, rappelons-le est peut-être en maison de correction.
Armantine est Blanchisseuse au Bateau Parisien à Tours.

Le 28 novembre 1918, Auguste Constant CHANTELOUP décède bvd Tonnelé, âgé de 68 ans. Il est domicilié au 12 rue André Duchesne à Tours.

Le 22 mai 1920, elle marie sa fille Augustine Léontine après l’avoir reconnue un mois plus tôt.

Le 25 février 1922, c’est au tour de son fils de voler de ses propres ailes. Armantine vit toujours au 12 rue André Duchesne.

Arrêter de se battre

Le 04 juin et le 23 novembre 1929, Armantine enterre successivement son fils Emile et sa dernière fille Louise. Armantine à 63 ans et l’épreuve doit être bien terrible puisqu’elle s’éteint l’année suivante le 07 août 1930.

Source AD37 – cote 6NUM8/261/490 – Tours – pg 256/443

On notera que la déclaration est effectuée par Louis CHESNEAU (mon sosa 14), futur époux de Fernande Gabrielle.

Armantine Léontine aura eu une enfance bien tumultueuse, victime des turpitudes de son père. Un passage au Refuge de Tours qui n’arrangera pas son équilibre psychologique. Puis elle se mariera avec François POIRIER de 13 ans son aîné, qui ne semble pas avoir été un enfant de chœur. Elle devient veuve en 1897 et semble refaire sa vie dès 1899-1900.
Ce que j’ai du mal à comprendre c’est qu’elle n’a reconnu que très tardivement la première de ses deux dernières filles mais pas la dernière, Louise. Armantine est pourtant déclarante lors de son décès et Louise a été reconnue par Auguste CHANTELOUP dès sa naissance. Cela restera un mystère …

Avec ces 2 nouveaux enfants trouvés, je mets à jour l’arbre de descendance à partir de cette article.

2 réflexions au sujet de « Les enfants de Pierre HENRY (6) : Armantine Léontine »

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