Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY

Dans le cadre du Généathème d’Octobre proposé par la communauté Généatech, voici le 3ème épisode de l’affaire Pierre HENRY.

Pour résumer l’Affaire, le 18 avril 1882, la gendarmerie alertée par de multiples plaintes de vols dans la commune de Montlouis-sur-Loire, perquisitionne le domicile de la famille HENRY et y découvre 4 mouchoirs effectivement volés à la veuve SERRAULT. Pierre et ses deux filles, Armantine (15 ans) et Antoinette (9 ans), sont écroués dans la foulée.
Lucien (12 ans) qui n’a pas été arrêté précédemment, est entendu par la gendarmerie le 21 avril 1882 et procède « au grand déballage familial » (voir les épisodes 1 et 2).

La justice suit son cours sur cette première affaire de vols et complicités. Témoignages et accusations vont mener au jugement du 13 mai 1882 : Lucien et Antoinette seront acquittés, Armantine placée dans une maison de correction jusqu’à ses 20 ans et le père Pierre écopera de 2 ans de prison et aux frais.

Seulement, tout ne s’arrête pas là, puisqu’une affaire d’attentat à la pudeur plane sur Pierre HENRY et un dénommé Etienne TALLAND suite aux dépositions d’abord de Lucien mais aussi du maire de Montlouis qui a dressé un portrait peu flatteur du père. Le 11/05/1882, un réquisitoire à fin d’information est rédigé à l’attention du juge d’instruction par le procureur de la république du Tribunal de 1ère instance de Tours, pour inculpation contre HENRY Pierre pour d’attentat à la pudeur sur ses 2 filles.

Le 12/05/1882 à 05h du soir, HENRY Pierre est interrogé et informé qu’il est inculpé d’avoir depuis moins de 10 ans commis plusieurs attentats à la pudeur sur ses 2 filles Armantine et Antoinette. Pierre répond que cela est faux et qu’il jamais insulté une femme.
Le juge lui demande s’il couchait avec ses filles. Réponse affirmative, Antoinette couchait avec lui depuis sa naissance et il n’a jamais dormi avec Armantine qui partageait un lit avec son frère Lucien. Ils n’ont que 2 chambres séparées par une cloison et donnant toutes deux sur un atelier.
Le juge demande s’il a fait coucher quelquefois des étrangers avec Armantine. Pierre dit qu’un nommé TALAND (carrier) demeurant actuellement à Véretz est venu quelquefois mais n’a jamais couché; il y a plus de 3 ans qu’il n’est pas venu. Le juge continue « il paraitrait qu’un soir TALAND était couché avec votre fille et votre fils dans le même lit; il a eu des relations avec Armantine et son frère lui a succédé immédiatement et après l’appel de votre fille vous êtes arrivé et avez eu des relations incestueuses ?« . Pierre : « c’est bien faux, bien-sur« .
A la question pourquoi Pierre dormait avec Antoinette et Armantine avec Lucien, il répond qu’Antoinette par habitude ne voulait pas coucher avec sa sœur.
Le juge émet l’hypothèse qu’il a eu peut être des relations avec ses 2 autres filles plus agées. Pierre répond « pas plus avec elle qu’avec les plus jeunes […] mes 2 filles ont une bonne conduite, cependant le maitre d’école de Montlouis m’a dit avant d’être amené ici qu’Armantine avait été trouvée dans les rottes avec des jeunes gens […] Je ne sais pas si elle était attiré là par quelqu’un comme sa sœur Désirée qui est au Refuge avait été à 15 ans attirée par la femme PODEVIN qui faisait venir chez elle des jeunes gens […] Mr GAUCHER le maire sait cela. Quant à ma fille Antoinette elle ne va point courir avec les petits garçons ou bien si elle l’a fait je ne m’en suis pas aperçu« .

Un mandat de dépôt est émis le 12 mai 1882 par le juge en charge de la première instruction : Alphonse VINET.

Le même jour, un cédule à témoins est émise pour faire comparaitre le 15/05/1882 Mr GAUCHER le maire, René PHILOCHE l’instituteur, HENRY Lucien le fils et la femme PODEVIN.

Le 13 mai 1882, un extrait du casier du Tribunal de Tours concernant Pierre HENRY est versé au dossier. Son casier est vierge.

Le 15 mai 1882, les interrogatoires des 4 témoins ci-dessus ont lieu :

  • Lucien HENRY confirme l’organisation du coucher et dit avoir vu 2 ou 3 fois son père venir trouver Armantine et faire leurs affaires (ndlr, je vous passe les détails). Deux ou trois fois sa sœur lui a demandé de faire pareil et lui à fait « mettre son affaire dans la sienne ». et lui-même a fait la même chose avec Antoinette en précisant « papa aussi le lui avait fait« .
    Lucien indique aussi que d’autres personnes ont fait cela avec sa sœur. Le nommé TALAND qui venait boire avec son père et ensuite couchait avec sa sœur il y a trois ou quatre ans. Il a vu aussi un individu âgé qui avait été en place à Poitiers chez un maréchal avec son père, faire à Armantine la même chose que TALAND, son père et lui-même.
    Confrontation avec son père : « Tout cela est faux, c’est quelqu’un qui lui a commandé de dire cela, mon pauvre enfant c’est toi qui me mets dans la misère. C’est comme pour le poisson du père BOISVINET, je ne lui avais point commandé de la prendre« 
    Lucien pleurant : ‘Non monsieur personne ne m’a commandé de dire ce que j’ai dit, si je le dis c’est parce que c’est la vérité« 
    Le juge insiste auprès de Lucien de bien réfléchir à ses propos, Lucien affirme que ce n’est pas un mensonge et le père soutient que c’est un mensonge et si c’était vrai il le dirais tout de suite.
  • Auguste GAUCHER, négociant en vins et maire de Montlouis, déclare que depuis la mort de sa femme le nommé HENRY passe pour abuser de ses filles et quand il peut ramasser sur la route des individus pour lui payer à boire il leur cède pour la nuit la place dans le lit à côté de sa fille. Les voisins pourront être entendus utilement : Mme veuve NAU-LEGUAY, le sieur HENRY (charretier), la femme RENARD-BERTHELOT, Mme DESOUCHES, Mme GAUGUIN et Mme BOURREAU-GUIGNARD de Montlouis. Il parait que Mme DESOUCHES ou Mme RENARD ont vu HENRY en chemise relever le devant et se montrer à nu devant ses enfants.
    A sa connaissance à une époque, la femme PODEVIN livrait des jeunes gens à une des filles HENRY aujourd’hui au Refuge et cela en présence d’Armantine. La femme PODEVIN a été condamnée il y a 4 ans environ. On prétend que la femme PODEVIN avait des relations avec HENRY et qu’ils partageaient le produit de la débauche de sa fille.
    Le public accuse HENRY d’avoir eu des relations incestueuses avec Armantine et Désirée. Le maire ne sait si de tels rapports ont eu lieu avec Antoinette mais que des rumeurs circulent sur des rapports avec Joséphine, son autre fille mariée à Tours.
    HENRY est d’un caractère violent à son égard, et qu’il aurait dit suite à l’arrestation de son fils (Pierre Isidore) pour vols et actuellement à Mettray qu’il lui aurait avant le lendemain fichu un coup de fusil; à cette occasion HENRY a été momentanément arrêté. Ceci étant, il ne lui a jamais adressé personnellement de menaces.
    Au dire des voisins, ce serait un nommé TALAND, terrassier, ayant demeuré à Montdésir à Montlouis, qui aurait le plus assidument fréquenté la maison HENRY et aurait eu des relations avec Armantine.
    Confrontation avec l’inculpé : « je n’ai rien à dire à cette déposition si ce n’est que les bruits répandus sur mon compte sont faux et que je n’ai jamais touché à aucune de mes filles. Mr PHILOCHE m’ a appris un jour à la mairie qu’on disait cela de moi et d’Armantine, je n’en savais rien et ce n’est pas vrai; qu’on fasse visiter mes filles. »
  • René PHILOCHE, 50 ans, instituteur, connais la famille HENRY pour être mal famée et a entendu dire qu’Armantine menait une mauvaise conduite. Il n’a jamais trouvé cette fille avec des jeunes gens dans les rottes qui sont des entiers parcourant le Coteau où se trouvent des maisons habitées par des gens mal notés.
    Confronté à Pierre qui dit que Mr PHILOCHE lui a rapporté que sa fille allait dans les rottes avec des jeunes gens.
    PHILOCHE répond qu’il n’a pas pu lui dire cela puisqu’il ne lui a jamais adressé la parole. Le jour de son arrestation, Antoinette a raconté devant lui aux gendarmes que son père la quittait pour aller au lit avec sa sœur avec laquelle il restait longtemps et ajoutant qu’elle entendait le lit craquer mais que son père ne lui avait jamais mis la main aux cuisses sinon elle l’aurait dit.
    HENRY dit qu’il croyait que c’était ce monsieur qui lui en avait parlé à la mairie et qu’il n’avait pas entendu parler Antoinette de lui et de sa sœur.
  • Silvine LORRAIN, femme PODEVIN, 33 ans, déclare qu’il n’y a eu que Désirée qui est venue chez elle et qu’elle a été condamnée pour cela.
    Pierre HENRY dit qu’il ne sait pas où allaient ses filles une fois qu’il était au travail et qu’il n’a jamais reçu d’argent de cette femme.
    La femme PODEVIN acquiesce sur le fait qu’aucun argent ne lui a été donné, ni d’HENRY ni des jeunes gens qui venaient voir Désirée. Les jeunes gens ne donnaient de l’argent qu’à la fille HENRY.

Le 16 mai 1882, le juge VINET émet une nouvelle cédule à témoins concernant toutes les personnes nommés par le maire les mandant à comparaitre le 19/05/1882 à 01h du soir : les dames NAUD, RENARD, DESOUCHES, GAUGUIN et BOURREAU. Etienne TALAND est lui aussi appelé à comparaitre ce même jour.

Le 19 mai 1882, les dépositions suivantes sont prises.

  • Maria SONZAY (femme DESOUCHES), 28 ans, couturière raconte qu’il y a un an à peu près, Antoinette HENRY a emmené sa fille de 4 ans au bas de la levée de La Loire en face le jardin de son père. Quand elle est venue la chercher, sa fille « jetait les hauts cris« , Antoinette l’avait pincé au sang aux parties. Maria fit des reproches au père qui était dans son jardin en haut du coteau et en retour il lui répondit par des injures. Régulièrement Antoinette et Armantine venaient chercher ses enfants ou leur faisait boire du sirop de groseille, du café ou autre chose, toutes choses qu’elles volaient. Un jour elles avaient couché son petit garçon entre 2 futailles (tonneaux), lui ont déboutonné le pantalon et tiraient sur ses parties; ce sont les voisins alertés par les cris qui ont fait cesser cela.
    Elle n’a rien à dire au sujet d’HENRY et ne sait pas aperçu qu’il se soit montré nu à ses enfants.
  • Judith BERTHELOT (femme RENARD) n’a jamais vu HENRY relever le devant de sa chemise et se montrer à ses enfants et n’a aucun connaissance d’attentat à la pudeur. 9 à 10 ans auparavant il lui a montrer ses nudités alors qu’il urinait près du mur de la cour. C’est tout ce qu’elle sait de cet homme pourtant il y a quelques années son beau-frère BOUCHET, charpentier, lui a demandé sa petite Antoinette, elle ne sais pourquoi HENRY n’a pas voulu la lui confier.
  • Rosalie LEGUAY (veuve NAU), 61 ans, voisine des HENRY qui louent un logement de Mr GAUCHER. Depuis un couple d’années HENRY ramassait et faisait entrer chez lui tous les coureurs de grands chemins et individus mal famés pour boire jusqu’à 4h du matin. Le tapage était tel qu’elle fut obligé de se plaindre mais très doucement car elle les craignaient. Elle ne s’est jamais aperçu d’aucun attentat à la pudeur commis par HENRY sur ses filles ou d’autres enfants.
    Henry répond que c’étaient des gens qui lui demandaient à boire et auxquels il donnait un peu de boisson faute de vin et qu’il ne les gardais jamais jusqu’à 4h du matin.
    La veuve NAU rétorque que c’était ces gens qui apportaient la boisson et l’an dernier encore aux vendanges il faisait encore du tapage à 1 et 4h du matin, son gendre qui était là lui a demandé ce que c’était que ce bruit.
    HENRY répond que c’était peut être des gens qui l’avait fait lever pour lui demander des marchandises de son état.
  • Françoise GAUDIN (femme GAUGUIN), 57 ans, déclare « en 1871 ou 1872 un jour j’ai aperçu par la fenêtre de la maison d’Henry qui donnait sur notre cour la femme d’HENRY qui raccommodait le pantalon de son mari, sur lui assis sur une chaise. Une de ses filles, je ne sais laquelle qui pouvait avoir une dizaine d’années […] s’est approchée de son père et le touchait aux hanches mais par dessus sa chemise et son gilet en disant : regarde maman comme il est gros. »
  • Louise GUIGNARD (femme BOURREAU), a été leur voisine durant un couple d’année jusqu’en 1876. A cette époque ni depuis elle n’a eu connaissance d’acte blâmable; elle ne les a jamais fréquenté. Cependant, elle a connaissance des noces le soir chez lui avec des gens venant d’on ne sait où mais encore à ce sujet elle n’a eu de plainte à porter contre lui.
    HENRY dit qu’il n’a pas vu de pareils gens venir chez lui.
    La femme BOURREAU « Allons ne nous dément pas, tu sais bien que c’est vrai« 
  • Etienne TALAND, 47 ans, terrassier. « Voilà 10 ans que je connais HENRY, j’ai habité Montlouis et j’en suis parti il y a tantôt 2 ans pour aller demeurer à Véretz […] Je n’ai jamais fait de noces chez lui, je l’aidais à bêcher les vignes, je soupais avec lui, quelque fois je restais là après souper à boire quelques verres de vin avec lui je ne sais pas jusqu’à quelle heure je n’y faisais pas attention, ce n’était pas des orgies et je ne faisais de tort à personne.
    A l’époque où HENRY demeurait à côté de chez Mme BOURREAU, il fut malade, les voisins étaient bien honnêtes pour lui mais ne lui portaient pas de secours, c’est moi qui lui portait à boire et à manger et 3 ou 4 fois j’ai couché chez lui tantôt sur le pied de son lit, tantôt sur le lit des enfants, avec eux mais tout habillé, je ne quittais seulement pas mes souliers.
    Il est bien certain que je n’ai jamais eu de relations avec Armantine ni d’autres, ce n’est pas mon affaire, pour boire un coup j’en suis bien mais pour ça, non, vous pouvez prendre des informations à Véretz et à Tours où je suis resté 6 ans depuis 1861.
    Je ne me suis jamais aperçu non plus si HENRY ait eu avec ses filles de pareilles relations; je ne me suis jamais rencontré chez lui le soir que quelques fois avec son gendre maçon à Montlouis
    . »
  • Armantine HENRY, 14 ans. Depuis la mort de sa mère 9 ans auparavant, elle explique comment sont répartis les couchages dans les 2 chambres. Elle dit qu’il y a bien des années que son père a commencé à venir la trouver dans son lit, elle ne sait pas pourquoi, il ne la touchait pas et restait tranquille à côté d’elle. Jamais d’autres hommes que son père n’ont couché avec elle et elle ne s’est livré à personne, ni à son père, ni à son frère Lucien, ni à TALLAND, ni à personne; aucun d’eux ne l’a touchée ni avec la main ni avec leur affaire. Ce ne sont que mensonges. Elle ne s’est jamais amusée même avec des petits garçons.
    Elle n’a jamais vu son père s’amuser avec sa petite sœur Antoinette et ne sait pas s’il l’a fait avec ses autres sœurs Désirée ou Joséphine. Elle ne sait pas si Antoinette s’est amusée avec des petits garçons.
    Le juge : « Vous venez de me dire que c’était votre père qui avait commencé à coucher avec vous, comment se fait-il que vous me déclariez maintenant que personne autre ait couché avec vous ? »
    Armantine : « Il n’y a que mon père et mon frère qui aient jamais couché avec moi et ni l’un ni l’autre ne m’a fait de sottises. Je pense bien que le médecin qui me verra reconnaitra que je n’ai jamais eu de rapports avec les hommes. Personne à Montlouis ne m’a jamais attiré pour me livrer aux hommes, ça n’est arrivé qu’à ma sœur Désirée chez la PODEVIN« 

Le 21 mai 1882, une cédule à témoin est émise envers HENRY (charretier) et Lucien HENRY pour comparaitre le 23 mai 1882 à 01h du soir. Une autre cédule a dû être émise (mais non présente dans le dossier) pour que comparaissent le même jour Antoinette HENRY (demeurant chez sa sœur Joséphine au 50 rue du commerce à Tours), Joséphine HENRY et Désirée HENRY (actuellement au Refuge de Tours).

Le 23 mai 1882, les témoins suivants sont interrogés pat le Juge VINET.

  • Lucien HENRY (déjà entendu le 15 mai), confirme ses rapports avec Armantine ainsi que ceux de son père, TALLAND et un individu en place à Poitiers.
    Armantine, confrontée, nie tout cela et Lucien soutient que c’est la vérité.
    Lucien précise à la demande du juge qu’il faisait la même chose, comme son père, avec Antoinette mais qu’il ne faisaient « pas rentrer leur affaire« .
  • Antoinette HENRY, 9 ans, dit que jamais son père ne l’a touchée aux jambes ni qu’elle se soit aperçu qu’il allait trouver Armantine. Elle ne sait pas pourquoi son père la faisait coucher avec lui plutôt qu’avec Armantine. Elle ne s’est jamais fait toucher par des petits garçons, ni déboutonné le pantalon du petit DESOUCHES et pincé entre les jambes la petite DESOUCHES.
  • Joséphine HENRY (femme GUILLORY), 22 ans, rempailleuse de chaises et demeurant à Tours, déclare être restée chez son père que 6 mois après le décès de sa mère. Elle a été domestique ensuite jusqu’à son mariage. Tout le temps qu’elle a demeuré chez son père, il ne lui a jamais manqué de respect et ne s’est pas ce qui s’est passé ensuite après son départ de la maison en Juin 1874.
  • Désirée HENRY, 18 ans, couturière, demeurant au Refuge à Tours déclare que son père quand il était ivre disait de vilaines choses mais ne l’a jamais touchée. Elle a été entrainée par une mauvaise femme la femme PODEVIN qui l’a emmenée chez elle pour la mettre en rapport avec des hommes quand elle avait 14 ans; elle ne comprenait pas alors l’importance de ce qu’elle faisait et le comprends aujourd’hui. Son père la grondait souvent à cause de cela et bien des fois il est venu la chercher chez cette femme et il la battait. Elle ajoute que des gens venait quelquefois le soir pour boire avec son père mais ne s’est jamais aperçu qu’ils aient rien fait de mal.

Le 23 mai 1882, le juge ordonne au Docteur SAINTON de faire visiter 2 jeunes filles à effet de contrôle si elles portent aux parties sexuelles des traces d’attentats et de défloration et dans l’affirmative de donner une époque des faits et si la défloration doit être attribuée à des rapports sexuels.
Il ordonne de faire visiter Lucien HENRY et de voir si les rapports libidineux qu’ils auraient pu avoir avec ses sœurs auraient pu produire leur défloration.
Enfin d’examiner Pierre HENRY pour rechercher s’il existe sur lui quelques signes distinctifs de rapprochements incestueux.
Ces examens auront lieu à priori le 23 ou 24 mai d’après les évènements qui suivent et donneront lieu à un rapport du médecin en date du 26 mai 1882.

Le 23 mai 1882, le Procureur de la République dans un réquisitoire à fin d’information demande au juge VINET d’inculper monsieur TALLAND pour attentat à la pudeur.

Le 23 mai 1882, un mandat d’amener est lancé par le juge VINET à l’encontre d’Etienne TALAND, 47 ans, terrassier à Véretz.

Le 24 Mai 1882 à 01h du soir, le Brigadier Joseph BLAIN et le gendarme à cheval Léon BALIZET se déplacent de Cormery pour arrêter Etienne TALAND à son domicile de Véretz et le déposer en chambre de sûreté à leur caserne en attendant son transfèrement. Les renseignements pris indiquent qu’il vit à Véretz depuis environ 2 ans et y serait bien considéré si ce n’est qu’il se livre fréquemment à l’ivrognerie.

Le 24 mai 1882, le juge VINET entend le sieur Pierre HENRY (homonyme de l’inculpé) et de nouveau, Antoinette et Désirée HENRY.

  • Antoinette HENRY (déjà entendue la veille). Elle assure de ne s’être jamais amusée avec personne, pas plus avec son frère qu’avec son père, à faire de vilaines choses.
    Lucien, confronté, lui dit que c’est bien vrai mais qu’elle ne veut pas le dire.
    Antoinette dit que c’est un menteur.
    Le juge demande à Lucien comment il s’amusait et Antoinette voyant Lucien hésiter lui lance : « Il le dirait bien tout de suite si c’était vrai« 
    Lucien dit : « Je faisais toucher son affaire à la sienne et elle me disait de lui faire comme à Armantine« .
    Antoinette répond : « Je ne lui ai jamais dit ça, je ne sais point ce qu’il faisait à ma soeur« .
  • Pierre HENRY (voiturier/charretier et aussi débitant de vin), 49 ans, demeurant à Montlouis, indique que son métier l’oblige à être souvent sur pied à tout heure de la nuit et atteste que des individus venaient faire la noce chez Pierre HENRY et qu’une nuit vers 03h30 un individu d’une trentaine d’années est venu lui demander du vin. Il connait aussi TALLAND qui a habité à Montlouis environ 18 mois auparavant mais comme il est rarement chez lui il ne sait pas si cet homme venait souvent chez HENRY.
  • Joséphine HENRY vient déclarer que sa soeur Antoinette vient de lui faire des aveux et a eu des relations avec Lucien ce que le médecin a remarqué quand il l’a visitée.
    Antoinette, confrontée, dis que c’est vrai et que si elle ne l’a pas dit avant c’est qu’elle avait honte. Ce que faisait Lucien lui faisait un peu mal.
    Lucien, confronté, répond qu’il avait bien dit qu’il s’était amusé avec Antoinette (ndlr, je passe les détails). Comme il a bien dit aussi que son père s’amusait avec Antoinette mais ce n’est pas vrai, il ne l’a vu qu’avec Armantine.

Le 25 mai 1882 à 10h30 du matin, le sieur TALLAND est interrogé par le juge qui lui dit qu’il est inculpé d’avoir depuis moins de 10 ans, à Montlouis, commis un ou plusieurs attentats à la pudeur sur la personne d’Armantine HENRY alors âgée de moins de 13 ans.
TALLAND : « C’est faux comme la fausse monnaie, il y aura 2 ans le 20 septembre prochain que je suis à Véretz, depuis cette époque je ne suis allé à Montlouis qu’un couple de fois pour voter mais je ne suis pas entré chez HENRY. Avant d’aller à Véretz, j’allais quelquefois chez HENRY boire un coup avec lui et quelquefois j’y ai couché soit par terre ou à côté du gamin mais tout habillé; le gamin couchait avec sa soeur Armantine, il était entre Armantine et moi et encore étais-je couché au pied du lit« 
Le juge : « Puisque vous habitiez à Montlouis pourquoi couchiez vous chez HENRY au lieu de vous retirer chez vous ?« 
TALLAND :  » Vous savez quand on avait bu un coup ! J’ai bien couché aussi chez BOURILLON, chez MOREAU, mais pas avec leurs enfants. Pour ma connaissance je n’ai jamais fait de tort pas plus à un enfant qu’à une femme, si étant couché avec Armantine HENRY je l’ai touché c’est hors de ma connaissance pour ces affaires, et puis je n’ai jamais passé pour cela.« 

Le 25 mai 1882 à 03h du soir. Armantine est interrogé : « il y aura 3 ans l’hiver prochain« . […] Il venait souvent le soir […], il couchait dans mon lit, plusieurs fois il a essayé à abuser d’elle, « enfin une nuit il a réussi, il m’a fait beaucoup de mal entre les jambes, à mes parties […] TALLAND n’a fait pénétrer ses parties dans les miennes qu’une fois, après il n’a pas recherché, je ne me rappelle pas combien de fois il avait essayer avant d’y arriver. Je ne pas pourquoi mon père a laissé coucher cet homme avec moi, c’est TALLAND qui a joui seul de moi, jamais mon père ne l’a fait ni mon frère non plus. Ce qui dit mon frère est faux, je ne sais pas où il a pris ça, je ne lui ai point dit et il ne l’a pas vu. Je ne me rappelle pas si mon frère était couché avec nous quand TALLAND m’a fait ça, mais il devait y être puisque nous n’avions que deux lits […]. TALLAND se déshabillait bien pour se mettre dans le lit […] je pleurais quand je le voyais venir se coucher avec moi mais je ne pouvais pas l’empêcher parce que c’était papa qui voulait qu’il couche avec moi
Il y a 5 ans, un nommé GAUDRON-GAILLARD qui demeure maintenant loin d’ici, un soir
que je revenais de Véretz sur les 8 heures avec mon frère essaya de me prendre de force, je ne me rappelle pas ce qu’il me fit mais il a été poursuivi en cours d’assises où il a attrapé de la prison« .
E. TALLAND : « Je n’ai jamais rien fait à cette drôlière, ce qu’elle dit est faux, elle l’invente, je ne comprends pas ça après leur avoir rendu des services. »
Armantine : « Si ce n’était pas vrai je ne le dirais pas« 
E. TALLAND :  » Que voulez-vous que je vous dise si on m’en veut, il n’y en manque pas qui m’en veulent, je citerais BLOT et VILLARD, de Montlouis, que j’ai fait assigner pour des comptes« .
Le juge à TALLAND :  » Vous pensez donc que cette jeune fille se serait fait déflorer pour permettre à VILLARD qui ne lui est rien, et à BLOT, qui est son cousin germain, de se venger de vous ?« 
E. TALLAND : « Pour moi c’est dans mon idée, j’ai bien couché avec cette fille mais je ne lui ai rien fait, son frère était entre nous deux. »
Armantine : « Je dis que c’est vrai moi« 
Pierre HENRY (père) dit que TALLAND a couché avec sa fille et son fils; s’il a laissé couché TALLAND dans ce lit c’est parce que son fils y était, Armantine ne lui a jamais dit que ça la répugnait et elle aurait dû le lui dire. Il faisait cela pour que TALLAND soit plus tôt prêt pour aller à l’ouvrage le lendemain, quant à lui, il n’a jamais touché à ses enfants.
Le juge à HENRY : « N’avez-vous pas fait coucher avec votre fille Armantine un autre individu avec lequel vous avez été en place chez un maréchal à Poitiers ?« 
P. HENRY :  » Je n’ai jamais travaillé à Poitiers, j’ai travaillé ici à Portillon chez un sieur GUILLON, maréchal, aujourd’hui décédé; aucun de ceux avec qui je me suis trouvé (avant mon mariage) ne sont venus me voir depuis à Montlouis« .
Armantine : « Je ne sais pas non plus ce que cela veut dire, je n’ai jamais connu que TALLAND« 

Le 25 mai 1882, le juge demande au Dr SAINTON d’examiner Etienne TALLAND et convoque par cédule Lucien HENRY, BLOT et VILLARD à comparaitre le 27 mai suivant.

Le 26 mai 1882, un extrait du casier du Tribunal de Blois concernant Etienne TALLAND est versé au dossier. Tout ce qu’on y trouve est qu’il a été condamné pour faits de chasse à 16 francs d’amende le 01 février 1856.

Le 26 mai 1882, le rapport du Docteur SAINTON sur les examens ordonnés les 23 et 25 mai est remis au juge.
Armantine HENRY, 14 ans, est nubile et réglée. L’examen confirme une défloration remontant à une époque éloignée qu’il est impossible de préciser. Cette défloration est telle que peut la produire l’introduction d’un corps volumineux et dur comme un membre en érection; l’acte qui l’a produite a été certainement répété un certain nombre de fois. Il n’y as pas de traces de violences sexuelles.
Antoinette HENRY, 9 ans, présente des organes génitaux conforme à ceux d’enfants de son âge mais l’examen montre une défloration produite par l’introduction d’un corps rigide peu volumineux tel que le doigt ou que la verge d’un jeune garçon de 10 à 12 ans. Défloration déjà ancienne mais indéterminée.
Pierre HENRY, 48 ans, ne présente rien de particulier et son membre parait d’un volume médiocre indiquant qu’il ne puisse pas être l’auteur des actes qui lui sont imputés. Il n’est atteint d’aucune affection vénérienne récente ou ancienne.
Lucien HENRY, 12 ans, présente un sexe de taille en rapport avec son âge et peut parfaitement être l’auteur de la défloration de sa sœur Antoinette.
Etienne TALLAND, l’examen ne permet pas dans sa conformation qu’il ne soit pas l’auteur des actes dont il est inculpé. Il ne présente aucune affection contagieuse.

Le 26 mai 1882, le brigadier Joseph BLAIN et le gendarme à cheval Charles GRATRAUD sont dépêchés à Véretz, suite à une dépêche télégraphique du Procureur de la République en date du 25 mai, pour s’enquérir de la moralité d’Etienne TALLAND.
Le procès verbal fait apparaitre que depuis l’arrestation de TALLAND, une rumeur circule tendant à dire que la fille HENRY aurait couché avec TALLAND et son frère Lucien, et que celle-ci aurait accouché d’un enfant qui serait mort on ne sait comment et enterré dans un jardin. La rumeur cite Madame TERIER, bouchère à Montlouis et une de ses voisines comme pouvant donner de précieux renseignements.

Dans un courrier du 27 mai 1882, le Dr SAINTON confirme qu’Armantine n’a jamais été enceinte et n’a jamais accouché.

Le 27 mai 1882, 2 nouvelles dépositions sont effectuées suite à la cédule précédente ainsi que la confrontation entre Lucien et Armantine avec Etienne TALLAND :

  • BLOT Auguste Etienne, 56 ans, forgeron taillandier, cousin germain par alliance de l’accusé HENRY, n’a pas connaissance des faits reprochés tant par HENRY que par TALLAND. Lucien loge chez lui à la demande du maire pour tâcher de lui apprendre à travailler et ne s’est pas permis de le questionner sur les faits reprochés à son père et à TALLAND. Il avoue avoir eu des difficultés avec ce dernier et s’il ne l’aime pas, il n’a pas assez de haine ni même assez d’estime pour dicter à personne une accusation portant sur des faits dont il n’a pas connaissance et dont il pourrait être innocent. TALLAND logeait dans ses bâtiments et comme il ne payait pas, il a ôté les portes; il a été assigné par son locataire qui a été débouté de sa demande.
    Confronté à TALLAND qui dit : « Je n’ai rien à dire sur cette déposition, je croyais que Mr BLOT m’en voulait, mais je n’en veux à personne, cependant je suis méprisé dans le bourg de Montlouis sans savoir pourquoi, n’ayant jamais fait de tort à personne ».
  • FOUGERON César Auguste dit VILLARD, 48 ans, menuisier. TALLAND a été son locataire et comme il ne payait pas, il l’a fait expulser. Il lui doit encore des loyers et les frais, et le sieur VILLARD aurait le plus grand désir d’être payé mais il n’a contre cette homme ni animosité ni malveillance.
    TALLAND répond que si le témoin ne lui en veut pas, il ne lui en veut pas non plus. Mais il lui avait offert de l’argent qu’il avait refusé en préférant lui faire des frais.
    VILLARD tenait beaucoup plus à le faire sortir de chez lui car il ne lui plaisait pas de le voir réunir des camarades pour boire et faire la noce.
  • Lucien HENRY, déjà entendu les jours précédents, maintient sa version que TALLAND s’est amusé deux ou trois fois avec Armantine et que son père est venu aussi une fois s’amuser aussi avec elle.
    Etienne TALLAND :  » Ca c’est faux, je ne comprends pas ça, je n’étais pourtant pas saoul à ne pas savoir ce que je faisais, si je l’avais fait, je m’en souviendrais bien-sûr« 
    Lucien : « C’est bien vrai, j’étais dans le même lit, TALLAND se mettait entre ma sœur et moi« 
    E. TALLANT : « C’est bien faux, mon petit gars, si tu veux le dire je ne peux pas t’en empêcher, tu as été bien souvent battu par ton père pour avoir dit des mensonges« 
    Lucien :  » Il m’est bien arrivé quelques fois en effet d’être battu par mon père pour des mensonges mais aujourd’hui je ne ment pas« 
  • Armantine HENRY, déjà entendue :  » Je vous ai dit que TALLAND m’avait introduit son membre dans mes parties qu’une fois […], je me trompais il me l’a introduit plusieurs fois. Mon père ne m’a jamais introduit ses parties en contact avec les miennes, il n’a jamais fait que m’y chatouiller avec les doigts […] c’était avant que TALLAND eut des rapports avec moi et depuis la mort de ma mère que mon père me chatouillait comme ça, ça me faisait bien un peu de mal mais je ne pouvais pas me défendre de lui « .
    Confrontation avec Etienne TALLAND : « Je n’ai jamais fait cela pas plus à elle qu’à d’autres » et s’adressant à Armantine  » Si ça avait existé pourquoi ne le disais tu pas à ton père ? Qui sait ce que tu as fait depuis 3 ans ? Si tu n’avais pas vu d’autres hommes que moi t userais encore naturelles ?« 
    Armantine répond : « Je n’ai jamais vu d’autres hommes que lui« 
    Confrontation avec son père qui lui dit d’un ton sévère : « C’est vrai que je t’ai touchée là ?« 
    Armantine : « Non ce n’est pas vrai« 
    Le Juge à Armantine : « Pourquoi m’avoir dit tout à l’heure que votre père vous chatouillait avec les doigts ?« 
    Armantine : « Je ne comprenais pas ce que ça voulait dire, non jamais mon père ne m’a rien fait avec les doigts, je croyais parler de TALLAND. »
    Pierre HENRY : « Ma fille a peut être voulu parler aussi d’un nommé GAUCHER-GAUCHER qui, d’après le monde, l’avait touchée dans le Clos-Sabot à Montlouis. »
    Armantine : « C’est moi qui l’ai dit à mon père que cet homme m’avait touchée et c’est vrai aussi, c’est ce que je voulais vous dire tout à l’heure mais je ne trouvais pas son nom. Ca se passait avant l’affaire GAUDRON. »
    Pierre HENRY : « Non Monsieur c’est depuis, je le sais bien« 
    Le juge à Pierre HENRY : « Comment et par qui le savez-vous ?« 
    Pierre HENRY : « Parce que ma grande fille me l’a dit, nous demeurions chez monsieur GAUCHER, dans le Rocher, et que nous n’y sommes entrés que depuis 4 ans passés, la 5ème année court, je ne l’ai pas alors dénoncé parce que GAUDRON avait été acquitté et que je craignais de faire encore crier après moi« .
    Le Juge à Armantine : « Puisque vous avez conté à votre père ce que vous avait fait GAUCHER, pourquoi ne lui disiez vous pas aussi ce que vous faisait TALLAND ?« 
    Armantine :  » Je ne sais pas « 

Epilogue de l’épisode 3

Je pensais que cet épisode allait être le dernier concernant Pierre Henry mais il reste encore à conter sur cette Affaire …

Etienne TALLAND est inculpé tout comme Pierre HENRY pour attentat à la pudeur, on n’en attendait pas moins du juge VINET qui mène tambour battant son enquête.
Il y a cette affaire en 1878 avec la femme PODEVIN qui a vu Désirée HENRY être placée au Refuge de TOURS.
Il y a la bouchère, Mme TERIER qui aurait des informations concernant un accouchement (et un enterrement dans un jardin) mais que le Docteur SAINTON n’affirme pas pour sa part après examen.
Il y a aussi cette histoire avec le nommé GAUDRON pour des attouchements sur Armantine en 1877, tout comme le sieur GAUCHER-GAUCHER au Clos-Sabot.
Sans parler du frère, Pierre Isidore, « pensionnaire » depuis 1876 à la colonie agricole de Mettray. Qu’a-t-il fait ?

On comprends désormais le titre de ces articles !

Alors je vous donne rendez-vous pour un épisode 4 mais je ne jure pas que ce soit le dernier.

Une réflexion au sujet de « Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY »

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