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Les enfants de Pierre HENRY (4) : Désirée Marie

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

Je vous invite à découvrir le chemin parcouru par Désirée Marie HENRY.

Pour ne pas contrevenir à la loi, j’indiquerais les dates et lieux de naissance / mariage de ses enfants ainsi que les dates de décès que l’on trouve sur Internet très facilement grâce aux états civils.
Je ne citerais en revanche aucun de ses petits enfants.

Désirée Marie HENRY nait le 12 septembre 1863 à Montlouis-sur-Loire (37). Elle est le quatrième enfant de Pierre HENRY (31ans), tourneur, et Marie Joséphine GAULTIER (33 ans), sans profession.
La déclaration de naissance est faite par son père en présence de :
– Sylvain ARNOULT, propriétaire, 65 ans, ami du déclarant
– Jules THIéLON, instituteur, 33 ans, ami du déclarant

Source AD37 – Montlouis sur Loire – cote 6NUM8/156/006 – page 316/390

Le 28 novembre 1873, Désirée a 10 ans lorsque sa mère passe de vie à trépas.

En 1876, trois évènements surviennent dans la vie de cette pauvre famille. Tout d’abord sa soeur Joséphine Julie est placée comme domestique on ne sait où à partir de Juin. Puis son frère Pierre Isidore est envoyé à la colonie de Mettray, en août, suite à une condamnation pour vols. Et enfin, son autre sœur ainée Marie Pâquerette se marie à l’automne.
A treize ans, elle devient l’aînée des enfants ce qui est confirmé par le recensement de fin 1876 à Montlouis-sur-Loire. Elle doit certainement continuer à participer à l’aumône organisée par son père, qui, semble-t-il, n’est pas un exemple de probité.

En Janvier 1877, l’affaire « GAUDRON René » éclate, sa sœur cadette Armantine et son petit frère Lucien sont interrogés par la gendarmerie. Ce qui n’amène pas plus de stabilité dans cette famille. Nous reparlerons de cette affaire dans l’article consacrée à Armantine.

L’affaire PODEVIN

Au printemps 1878, c’est au tour de Désirée Marie d’être mêlée à une affaire de vols et de mœurs : l’affaire PODEVIN, découverte lors de mes recherches sur les affaires de Pierre HENRY.

Le registre d’écrou de la maison d’arrêt (cote 2Y272) n’indique pas si Désirée vient des écrous Passagers mais nous donne des informations très intéressantes.
Désirée a un petit nez, son menton est rond, son visage ovale, son front est ordinaire, son teint est clair et ses yeux gris. Elle mesure 1m49, ce qui semble assez normal pour une jeune fille de 14 ans et demi.
Elle porte un bonnet, une robe, 1 jupon, 1 chemise et 1 paire de souliers.
Par jugement du Tribunal de Police Correctionnelle de Tours en date du 18 mai 1878, Désirée Marie est acquittée de la prévention de vol de récoltes et d’outrage public à la pudeur comme agi sans discernement mais renvoyée dans une maison de correction jusqu’à l’âge de 20 ans accomplis.
Jugée le 18 mai 1878, elle commence sa peine le 05 juin 1878 et doit la terminer le jour de ses 20 ans le 12 septembre 1883. Le 09 juin elle est remise à sœur Marie Joseph pour être conduite au Refuge de Tours.

On retrouve une partie de ces informations dans un tout petit encart du journal L’Indépendant d’Indre-et-Loire en date du 20 mai 1878 (source Geneanet).

Source Geneanet – L’indépendant d’Indre-et-Loire – cote 2039PERU4 (1878) – pg 237/608

Placée à la Maison du Refuge de Tours

Le dossier nominatif des détenues jugées en Indre-et-Loire et placées à la Maison du Refuge de Tours entre 1863 et 1885 (AD37, cote 1Y95) permet d’en savoir un peu plus sur Désirée et les raisons de son placement.
Malheureusement, il m’a été impossible de trouver le moindre dossier de procédure (théoriquement en cote 3U3/2314), ni l’arrêt du tribunal de police correctionnel (théoriquement en cote 2U73) lors de mon second passage aux AD37 fin Octobre 2021. Est-ce parce que c’est un jugement à huit-clos et que le dossier se trouve ailleurs ? C’est étonnant …

Je m’égare dans mes réflexions, revenons au dossier ! Dans la notice d’information dressée le 14 juin 1878, il est dit :

La fille HENRY, associée avec la femme PODEVIN de Montlouis, a volé à plusieurs reprises des fruits dans le jardin d’un habitant de cette commune. Excitée et sous l’emprise de cette femme qui favorisait des relations coupables avec des jeunes gens de la localité. Elle s’est livrée plusieurs fois à eux, en présences de ses frères et soeurs âgés de 6 à 12 ans seulement.
La fille HENRY a toujours fait preuve de détestables instincts, de moeurs déplorables et son caractère était absolument insoumis.
Un bon point (ouf !) : elle sait lire et écrire.
On ne sait pas si cela la sauvera : Catholique, a fait sa première communion
Avant sa détention, elle a appris à rempailler les chaises mais n’a pas été employée à des travaux d’agriculture ou placée en domesticité.
Le délit pourrait être imputable au défaut de surveillance du père, qu’elle n’a pas été excitée par celui-ci mais par la seule femme PODEVIN.
En tout état de cause, il est conseillé que Désirée Marie soit éloignée de sa famille.

Un commission de surveillance visite la jeune Désirée Marie HENRY le 05 juillet 1876 et établit le rapport suivant.

Concernant la famille : La mère est décédée. Le père de Désirée est ouvrier tourneur, il est paresseux et vit de la charité publique qu’il fait exploiter par ses enfants. Il boit ce qu’il gagne sans qu’il y ait lieu toutefois de lui reprocher d’avoir excité ou favorisé les mauvais instincts de sa fille.

Concernant Désirée : sa santé est bonne, ses mœurs détestables, son caractère insoumis et son intelligence ordinaire. Le médecin de la prison de Tours, un mois plus tôt, en date du 05 juin 1878, a même indiqué un tempérament excellent.

L’heure de la sortie

Comme prévu par la loi et indiqué dans le dossier de libération des détenues (archivé en cote 1Y96 aux AD37), Désirée Marie sort du Refuge de Tours le 12 septembre 1883. D’ailleurs, elle y croise depuis Juin 1882 sa cadette Armantine Léontine suite aux affaires de Pierre HENRY.

Une Notice Individuelle Statistique et Médicale est remplie à cette occasion.
On y apprend que son numéro d’écrou est 293, elle a appris le métier de couturière et a été vaccinée contre la variole. Elle mesure 1m52 et pèse 55 kg et qu’à son entrée elle était boiteuse. Finalement, elle a pas bien grandit en 5 ans.
Entre le 22 décembre 1882 et le 01 mars 1882, elle a passé 68 jours à l’infirmerie pour des engelures à un pied.
Entre le 12 février 1883 et le 05 mars 1883, elle a eu une affection aux muqueuses (on n’en sait pas plus) nécessitant un nouveau séjour à l’infirmerie.

Source AD37 – cote 1Y96 – Bulletin de libération de Désirée Marie HENRY le 12 septembre 1883

Retour à la vie civile

Les mois passent et on retrouve Désirée Marie le 04 février 1885 à Tours pour son mariage avec Jean DOUSSOT, journalier de 27 ans, originaire de Corançy dans la Nièvre, en plein Morvan.
Il est inscrit dans l’acte de Pierre HENRY « est dans l’impossibilité de manifester sa volonté » quant au mariage de sa fille; c’est mieux que d’écrire qu’il est au bagne pour encore une dizaine d’années. Pierre GASTé, beau-frère à cause Marie Pâquerette HENRY est témoin ainsi qu’Etienne BOUCHER, l’oncle paternelle.
A cette date , les époux demeurent au 50 rue Colbert à Tours qui n’est autre que l’adresse où vivent également Joséphine et Pierre GUILLORIT. Il me plait à penser que les deux sœurs se reconstruisent une nouvelle vie avec leur époux respectifs. Elles sont toutes deux couturières et peut être que Joséphine a aidé Désirée à sa sortie du Refuge pour trouver un emploi.

Source AD37 – cote 6NUM8/261/294

Désirée tombe enceinte courant 1885, elle quitte avec son mari l’Indre-et-Loire pour la Nièvre, berceau de sa belle-famille.

Le 29 mai 1886 nait à Corancy, plus précisément dans le hameau de Lorient, Maximin Francis. Devenu homme et exerçant le métier de conducteur-typographe à Tours, il épouse le 17 octobre 1910 Louise Adrienne DEVINEAU. Il décède le 01 août 1931 à Tours (37).
Le lendemain de sa naissance passe l’agent recenseur. On y trouve sur la même page les parents de Jean DOUSSOT et au moins sept de leurs enfants, un domestique et un pensionnaire de 6 ans nommé Claude SAUTEREAU (enfant de l’assistance ? je n’ai pas cherché pour ne point m’égarer encore … mais le recensement de 1881 mentionne Jean SAUTEREAU âgé d’un an et comme étant « petit-fils »).

Source AD58 – cote 6M082/1 – Recensement de 1886 à Lorient commune de Corançy – page 8/46

Le 18 septembre 1887, le couple accueille Marie à Lorient hameau de Corancy. A 21 ans, mécanicienne, elle épouse Corentin Yves Marie FEUNTEN, employé aux chemins de fer d’Orléans, le 11 juillet 1908 à Tours. Elle décède à Ivry sur Seine (94) le 29 juin 1960.

Le recensement de 1891 mentionne le couple et ses deux enfants qui habite toujours le hameau de Lorient.

Entre 1891 et le 15 septembre 1896, le couple revient à Tours (37) où Jean DOUSSOT décède en son domicile du 6 rue des Petits Gars à l’âge de 39 ans. Désirée n’a que 33 ans et ses enfants, 10 et 9 ans respectivement.

Le 11 octobre 1897, Désirée s’unit à Julien Abel MAUVENU. Désirée est couturière et Julien, terrassier. Pierre GUILLORIT, beau-frère de Désirée est témoin au mariage. Cette fois, l’état civil ne manquera de citer le lieu de décès du père de Désirée.

Source AD37 – cote 6NUM8/261/331 – page 248/365

Désirée et Julien n’auront, semble t’il, pas d’enfants ensemble comme le montre le recensement de 1906 à Tours où ils logent Rue Boucicault avec François (Maximin) et Marie DOUSSOT.

Source AD37 – cote 6NUM5/261/085 – Recensement 1906 – page 123/173

En rédigeant cet article qui me permet de compléter le chemin de vie de Désirée, patatras ! Le recensement de 1911 à Tours, toujours rue Boucicault, fait apparaitre 2 enfants : Léon et Jeanne. Je me suis vu obligé de reprendre les recherches dans les actes de naissance … en vain …

Source AD37 – cote 6NUM5/261/086 – Recensement 1911 – page 137/185

Du 02 août 1914 au 19 janvier 1919, Julien Abel est appelé pour servir sa patrie. Sa fiche matricule ne m’en apprend pas plus.

On retrouve Désirée Marie et Julien dans les tables de recensement de 1921 à Saint-Pierre-des-Corps. Ils habitent au 45 rue du Bas Chemin.

Désirée Marie HENRY (épse MAUVENU) décède le 10 juillet 1924 en son domicile de Saint-Pierre-des-Corps.

Source AD37 – cote 6NUM8/233/021 – page 33/214

Il me reste 2 épines généalogiques.

Je sais que Julien Abel MAUVENU habitait encore le domicile du 45 rue du Bas Chemin à St Pierre des Corps lors du recensement de 1926. Et ensuite plus rien ! Les tables décennales et les registres de décès de Saint-Pierre-des-Corps et de Tours sur la période 1926-1933 sont restés silencieux. Filae & Geneanet ne m’ont pas plus aidé. Retronews non plus …

Quant aux 2 enfants découverts lors du recensement de 1911 (Léon et Jeanne), aucune naissance trouvée sur Tours entre 1897 et 1911. Je ne les ai donc pas intégrés à ma généalogie et aucune idée pour le moment pour diriger mes recherches.

L’enfance de Marie Désirée jusqu’à ses 20 ans n’ont pas été des plus heureux, on s’en doute bien. J’espère que ses vies conjugales l’ont été bien plus et que ses deux enfants (ou quatre) lui ont donné tout le bonheur qu’elle n’a pas eu dans sa prime jeunesse.

Geneanet – Descendance G5 de Pierre HENRY °1775 †1851