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Les enfants de Pierre HENRY (5) : Pierre Isidore dit « Albert »

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

Je vous invite à découvrir le chemin parcouru par Pierre Isidore dit « Albert » HENRY.

Pour ne pas contrevenir à la loi … je n’y contreviendrai pas …

Pierre Isidore voit le jour le 15 mars 1865 à Montlouis-sur-Loire. Il est le cinquième enfant de la famille. Son père Pierre HENRY est tourneur et sa mère Joséphine GAULTIER est sans profession. La déclaration est faite par le père en présence de :
– Sylvain ARNOULT, rentier , 66 ans, ami
– Jules THIéLON, instituteur, 35 ans, ami.

Source AD37 – cote 6NUM8/156/006 – Montlouis sur Loire – page 334/390

Lorsque sa mère décède le 28 novembre 1873, Pierre Isidore a huit ans et demi. Il va devoir désormais vivre sous le joug de son père …

Le 05 août 1876 commence l’affaire « GIRAUD » dans laquelle Pierre Isidore dit « Albert » est directement impliqué. Le dossier de procédure consulté aux AD37 (cote 3U3/2294) nous apprend tous les tenants de l’affaire

L’affaire GIRAUD

Le 06 août 1876, les gendarmes détachés à l’Assemblée de Montlouis-sur-Loire sont informés par le sieur LATOUCHE, maire, qu’un vol avec effraction a été commis la veille au domicile de Martin GIRAUD (77 ans), propriétaire au bourg. L’auteur du larcin n’est autre qu’Albert HENRY, 12 ans, demeurant chez son père Pierre HENRY.

Les gendarmes se rendent chez le sieur GIRAUD qui raconte :

Hier cinq du courant, je suis parti de la maison vers midi et demi pour aller travailler dans mes vignes après avoir fermé la porte à clef. A mon retour vers 6 heures, j’ai remarqué qu’un carreau de ma croisée avait été cassé pendant mon absence et qu’une somme de 15 francs qui était placée dans le tiroir de ma table m’avait été volé, laquelle se composait d’une pièce de 10 francs et d’une pièce de 5 francs en argent. Mes soupçons se sont portés sur le jeune HENRY; en effet, peu de temps après j’appris par le sieur PASQUIER Jean, âgé de 32 ans, charcutier, mon voisin, qu’il avait vu un enfant sortir de ma maison en passant par un carreau qui était cassé.
Il y a environ 8 jours, ce même enfant m’avait déjà volé cinq francs dans ce même tiroir, et la veille vers quatre heures du soir, m’étant absenté de la maison quelques instants, lorsque je suis rentré, j’ai entendu remuer sous mon lit, après avoir regardé ce qu’il pouvait y avoir, j’ai vu ce garçon qui y était couché, aussitôt il s’est retiré et lui ayant demandé ce qu’il faisait chez moi, il ne m’a pas répondu puis il est parti.

Les gendarmes se rendent ensuite chez le sieur PASQUIER qui confirme avoir vu le jeune HENRY sortir de la maison du sieur GIRAUD par un carreau cassé et avoir prévenu ce dernier.

Accompagnés du Maire, les gendarmes vont chez Pierre HENRY pour y interroger son fils qui avoue être entré dans la maison après avoir cassé le carreau de la croisée avec un marteau mais ne sait pas dire ce qu’il est advenu de l’argent volé.

Sur ces entrefaites, Pierre HENRY qui assiste à l’interrogatoire se met en colère et le maire en prend plein son grade.

Si mon fils va en prison, je suis un homme perdu! Il y a dans cette commune le sieur GAUCHER, marchand de vin en gros que je vais tuer dès ce soir si je le rencontre et de reste demain vous allez en entendre parler ! Car cet homme ne cherche qu’à me nuire. Il m’a fait retirer le mois dernier 12 livres de grain que je touchais du bureau de bienfaisance. De plus, il empêche ma fille aînée qui est domestique chez lui depuis 3 mois de venir me voir et de me donner de l’argent pour m’aider à élever ma famille. Il a également fait retirer de chez moi une autre de mes filles qu’il a fait placer et je ne sais ni où ni chez qui elle se trouve !

Sur ce, les gendarmes l’invite à cesser ces propos et qu’il a des enfants à élever. Pierre HENRY ne décolère pas pour autant et promet que dès le soir ou le lendemain au plus tard, il tuerait le sieur GAUCHER. Le maire requiert les gendarmes d’arrêter, et le père, et le fils.

Les autres renseignements et descriptions versés dans le procès-verbal d’arrestation par les gendarmes sont :
– Pierre HENRY est veuf depuis 3 ans, père de 7 enfants dont 5 sont à sa charge. I la mauvaise réputation, s’énerve souvent et est très brutal . Il ne cesse de faire des menaces à ses voisins qui ont peur de lui. C’est cette mauvaise conduite qui lui a fait retirer l’aide de 12 livres de grain qu’il touchait du bureau de bienfaisance.
Il mesure 1m62, cheveux châtains grisonnants, front haut, yeux gris, nez moyen, bouche grande, menton rond, visage ovale, teint coloré, petite cicatrice au coin de l’œil gauche, boiteux de la jambe gauche.
– Albert HENRY mesure 1m44, cheveux châtains, front couvert, yeux gris, nez et bouche moyens, menton rond, visage ovale, teint clair.

Et voilà ! le père et le fils enregistré dans les écrous passagers (cote 2Y330) à Tours le 06 août 1876 respectivement n°1816 et 1817.
Pierre sortira le 07 août avec ordonnance de non-lieu.
En revanche, Pierre Isidore reste prévenu pour vols qualifiés. Ce sont les écrous de la maison de Correction (cote 2Y421), à défaut d’avoir trouvé l’arrêt dans le dossier de procédure, qui nous apportent les informations du jugement.

Source AD37 – cote 2Y330 – Ecrous Passagers – page 189/214
Source AD37 – cote 2Y421 – Ecrous de la Maison de Correction – pg 152/222

Pierre Isidore est, je cite : « acquitté de la prévention de vols qualifiés reconnu ayant agi sans discernement mais le tribunal a néanmoins ordonné qu’il serait conduit dans une maison de correction jusqu’à l’âge de 20 ans accomplis en vertu des articles 379, 384 et 466 du code pénal« . La maison de Correction sera la Colonie de Mettray, commune située au Nord de Tours. Il devra y rester jusqu’au 15 mars 1885.

En 1882, dans le dossier de la colonie (cote 1Y223), Pierre Isidore, 17 ans, apprend le métier de cultivateur. Sa conduite laisse encore à désirer à cause de son mauvais caractère mais son travail est satisfaisant. Il a obtenu son certificat d’études primaires grâce à des progrès sensibles.

La cote 2Y214 relative à la libération des jeunes détenus fait état de la libération en septembre 1883 de Pierre Isidore, soit presque 2 ans avant sa sortie effective de la colonie.

Pierre Isidore s’engage pour 5 ans à compter du 05 septembre 1883 au 131ème de ligne sous le n°2691 ce qui peut expliquer sa libération anticipé de la colonie de Mettray. Il est envoyé en congés le 23 septembre 1887 et un certificat de bonne conduite lui est accordé.
La fiche matricule (n° de recrutement 932, cote 1R626) indique que :
– au moment de son engagement, il vit à Angers et exerce le métier de maçon
– le 01 avril 1888 il vit à Rochecorbon (37)
– le 12 janvier 1892 il demeure à Bourgueil (37)
– du 5 au 17 juillet 1898, il effectue une période d’exercices dans le 70ème Régiment Territorial d’Infanterie
– et …

La petite affaire NICIER

Le 04 septembre 1904 à la suite d’une querelle, Pierre Isidore s’empare d’un pot de fleurs et brise volontairement deux carreaux de la fenêtre du sieur NICIER; causant un préjudice d’environ 1 franc et cinquante centimes.

Le 22 septembre 1904, comme il ne comparait pas devant la justice, le Tribunal Correctionnel de Chinon le condamne par défaut à 16 francs d’amende plus les frais du procès qui s’élève à 27 francs et 16 centimes.

A cette époque, Il est dit que Pierre Isidore est célibataire et ouvrier carrier à la Bidaudière commune de Bourgueil.

Kurt Peiser – L’ivrogne (source : http://www.artnet.fr/)

Pierre Isidore HENRY n’a peut être pas habité la commune de Bourgueil entre 1906 et 1911, je ne l’ai pas trouvé dans les recensements. Cependant, il est dit y demeurant lors de son décès à l’hospice de Bourgueil le 14 août 1917.

Source AD37 – cote 6NUM8/031/028 – Bourgueil – page 234/346

Les tables de successions et absences (cote 6NUM3/004/011) indique un certificat au 18 avril 1918 constatant l’absence d’actif et précise qu’il est bien célibataire.

On aurait pu croire que ses 5 années dans l’armée lui aurait mis le pied à l’étrier pour affronter la vie alors qu’il n’a que 22 ans mais je ne pense pas que sa fin de vie ait été bien heureuse. Nul ne le saura …

Geneanet – Descendance G5 de Pierre HENRY °1775 †1851