Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Dans le cadre du Généathème d’Octobre proposé par la communauté Généatech, voici le 4ème épisode de l’affaire Pierre HENRY.

De l’affaire Pierre HENRY, nous sommes passé à l’affaire Pierre HENRY / Etienne TALLAND, les pièces de l’échiquier se mettent en place et un poker menteur s’installe entre les accusés, les témoins et les enfants de Pierre HENRY.

HENRY et TALLAND seront ils finalement acquittés ? Je vous laisse le découvrir…

Le 28 mai 1882, une cédule à témoins mande à comparaitre le 31 mai, la femme TERIER, la bouchère de Montlouis, et le sieur GAUCHER-GAUCHER accusé par Armantine de l’avoir touché.

Le 31 mai 1882 à 01h après midi, Marie DUMéE (femme TERRIET), 36 ans, bouchère, demeurant à Montlouis, n’a jamais entendu dire qu’aucune des filles d’HENRY fut accouché et que l’enfant eut été enterré dans un jardin. Elle ne sait rien des faits qui sont imputés tant à HENRY qu’à TALLAND et n’a jamais entendu rien dire à propos de GAUCHER-GAUCHER.

Le 01 juin 1882, le maire de Montlouis adresse un courrier au juge VINET pour lui expliquer que le sieur GAUCHER-GAUCHER étant à Saint Martin le Beau quand il a reçu sa citation, il s’est trouvé dans l’impossibilité de se rendre le 31 mai à son cabinet. Le maire lui a donc demandé de s’y rendre le vendredi suivant soit le 02 mai. Et d’ajouter dans son courrier que le dit GAUCHER-GAUCHER, a tort ou à raison passe pour un paresseux et jouit d’une réputation faisant un peu à désirer; au point de vue de la probité, il n’a cependant rien entendu dire contre lui.

Le 02 juin 1882 à 01h30 du soir, comparait Sylvain GAUCHER, 56 ans, vigneron, demeurant à Montlouis.
« Je connais la famille HENRY depuis longtemps, je n’ai rien à en dire si ce n’est que le père est un fainéant et que d’après ce qu’on en dit il envoyait ses enfants mendier et voler de côté et d’autre, mais quant à moi je ne leur ai jamais rien vu faire de mal.
Les filles d’HENRY ont bien essayé de rentrer quelques fois dans le Clos-Sabot où je travaille depuis 4 ans et plus, mais elles n’y sont jamais entrées pendant que j’y étais. Je n’ai jamais touché à Armantine ni aucune de ses soeurs. Elles ne sont pas capables de dire une pareille chose.
« 
Sur confrontation, Armantine : « Moi je dis que si qu’il m’a touchée. Un jour que j’étais sur le haut du Coteau il m’a prise par la main et m’a emmenée dans le Clos-Sabot, je ne sais pas pourquoi faire. Il m’a fait entrer par la porte tout près du cimetière, quand nous avons été rentrés il a fermé la porte à clef sur nous, il m’a couchée dans la rotte ou allée, il a relevé ma chemise et agenouillé devant moi il me touchait avec les 2 mains entre les jambes aux parties en me disant que c’était bien joli. Il y a 4 ans de cela, c’était au mois de Juillet, il y aura 5 ans en Juillet prochain. GAUCHER était en ce moment après faire les vignes du clos.« 
S. GAUCHER : « Je me rappelle cette fois-là, elle était avec sa petite sœur, je les ai prises par un bras et je les ai mises à la porte. Le haut du Coteau dont elle parle est à plus de 200 mètres de la porte du Clos et cette porte ne ferme à clef que du dehors. »
Armantine : « Et moi je dis qu’elle ferme à clef des 2 côtés
« 
S. GAUCHER : « S’il fallait tout dire, on n’en finirait pas, qu’est ce que cette fille allait faire 2 ou 3 fois par semaine avec sa sœur chez TALLAND dans le Rocher où elles passaient des 3 ou 4 heures. »
Armantine : « Vous ne m’avez jamais vu aller chez TALLAND pour y rester longtemps, je n’y allais que pour chercher de la boisson. »
GAUCHER : « Quant à moi je suis innocent comme le poisson qui vient de naitre, je ne m’attendais pas à ça aujourd’hui, je renonce (nie) à tout. »

Le 04 juin 1882, une Commission Rogatoire du juge VINET demande de vérifier si conformément à la déposition de la fille Armantine HENRY, la porte du Clos-Sabot, près du cimétière à Montlouis, est munie d’une serrure fonctionnant aussi bien du dedans que du dehors, ou si au contraire cette porte ne peut fermer à clé que du dehors. Il demande aussi de constater si la serrure qui se trouve à cette porte y aurait été placée depuis quelques jours seulement ou si au contraire elle parait y avoir été placée depuis plusieurs années. Enfin si cette serrure, au dedans du clos est munie de verrous ou de targettes dont le jeu produirait le même bruit que le jeu de la serrure. Si faire ce peut, la présence de Mr GAUCHER-GAUCHER Sylvain permettra de donner les explications sur l’objet de la présente commission rogatoire.

Montlouis – Cadastre napoléonien – Section A1 Le Bourg et le Clos-Sabot (1813), source AD37 cote 6NUM10/156/002

Le 05 Juin 1882 à 10h45 du matin, les gendarmes à pied Jules DUVEAU et Jean DUSSAULT se transportent au domicile du nommé GAUCHER Sylvain, âgé de 56 ans, vigneron lequel déclare aux gendarmes :
« Il y a 5 ans que je travaille pour le compte du nommé DOUZILLé David, propriétaire à Montlouis. Et depuis cette époque j’ai toujours fait sa vigne située au Clos-Sabot, la porte d’entrée est à vantaux dont un des battants est soutenu par une barre de fer adaptée au mur de l’intérieur et l’autre est munie d’une serrure fermant à clé par le dehors, une petite targette se trouve en dedans mais elle ne sert jamais. Chaque fois que je travaille dans ce clos, je ferme la porte et la tiens fermée qu’en y appuyant par derrière un pieu de 2 mètres de longueur, mais qui peut céder facilement à la pression qui pourrait venir du dehors. Il y a 5 ans que je vois la même serrure à cette porte. »
Les gendarmes interrogent aussi le nommé DOUZILLé Gustave, 51 ans, propriétaire au Clos-Sabot déclare que la serrure de la porte dudit clos y est depuis 20 ans et qu’on ne peut l’ouvrir que du dehors, on ne peut pas la fermer en dedans depuis 10 ans, époque à laquelle il a fait fixer une plaque en fer sur le trou de la serrure, en dedans. Son vigneron, le nommé GAUCHER est toujours détenteur de la clé.
Les gendarmes se rendent alors au Clos-Sabot accompagnés des 2 témoins et font les constatations suivantes :
1) la porte d’entrée est à vantaux telle que décrite avec la barre de fer, la serrure et la targette. La serrure ne peut fonctionner que du dehors et une pièce en fer a bien été apposé au dedans et parait y être depuis des années. En ouvrant cette porte du dehors, le bruit produit par la serrure s’entend distinctement à 80 mètres en dedans du clos et une personne occupée peut l’entendre à 50 mètres.
2) La targette au contraire ne fonctionne pas du tout, elle est fixée aux 2 clavettes par la rouille. Lorsque GAUCHER est dans le clos et que la porte n’est fermée qu’à l’aide du pieu qu’il a montré, une personne peut l’ouvrir au moyen d’une légère pression, sans faire de bruit, elle se ferme de la même manière.

Le 08 mai 1882 à 05h après midi, Armantine HENRY est de nouveau entendue par le juge.
Le juge: « Vous m’avez dit […] que le jour où GAUCHER-GAUCHER vous avait emmené dans le Clos-Sabot et avait pratiqué sur vous des attouchements obscènes il avait un fois entré avec vous fermé à clé la porte du clos de l’intérieur, lui avez vous vu retiré de la serrure la clef qu’il y avait mise pour ouvrir la porte et l’avez vous vu introduire cette clé dans la serrure pour refermer la porte sur vous ?« 
Armantine : « Oui Monsieur, je l’ai vu retirer la clef de la serrure et y remettre cette clef une fois entré pour fermer la porte du dedans. »
Le juge : « Demeuriez-vous alors où vous demeurez maintenant ?« 
Armantine : « Oui Monsieur, nous demeurions à cette époque au Bas-Rocher dans la maison appartenant à Mr GAUCHER maire de Montlouis où nous demeurons actuellement.« 
Le juge : « Eh bien, il résulterait de l’instruction que vous dites en ce moment une chose mensongère car il y a 10 ans une plaque a été appliquée sur l’entrée de la serrure au dedans du parc de façon qu’il est impossible depuis cette époque de fermer à clef la porte du clos sur soi.« 
Armantine :  » Si c’est vrai qu’il a introduit la clef dans la serrure une fois dans le Clos puisque je l’ai vu l’en retirer de crainte que je me sauve, il avait passé la clef dans une barre de fer; j’avais aussi entendu le bruit qu’avait fait la serrure quand il avait fermé à clef.« 

Le 13 juin 1882 à 02h du soir. Pierre HENRY est interrogé.
Le juge : « Il résulte de la procédure, malgré vos dénégations et même la rétractation de votre fille Armantine que vous avez commis à plusieurs reprises des attentats à la pudeur, persistez-vous à les nier ?« 
P. HENRY : « Oui je peux le dire, je n’ai jamais touché pa plus à Armantine qu’à aucun autre de mes enfants« 
Le juge : « Votre conduite même prouverait l’existence de ces attentats, n’est -il pas vrai qu’en attirant chez vous toutes espèces de gens notamment TALLAND que vous faisiez coucher avec votre fille dans le même lit vous facilitiez les actes de débauche dont elle a été victime pour ainsi dire sous vos yeux de la part de cet homme ? Qu’en faisant coucher votre fils Lucien avec sa soeur Armantine et le rendant ainsi témoin des lubricités auxquelles se livraient votre fille et TALLAND vous l’entrainiez lui-même à une corruption précoce ? Ne pensez-vous pas que tout cela est fait pour corroborer les déclarations persistantes de votre fils Lucien et les premières déclarations de votre fille Armantine en ce qui vous concerne personnellement et à prouver ainsi que vous avez abusé de votre propre fille ?« 
Pierre HENRY : »Je n’aurais jamais cru cela de TALLAND, je croyais que la présence de mon fils dans ce lit aurait imposé à TALLAND le respect de ma fille, quant à moi je le répète je ne l’ai jamais outragée.« 

Le 13 juin 1882 à 03h du soir. TALLAND est interrogé.
Le juge : « Il résulte de la procédure que vous avez à Montlouis, commis plusieurs attentats à la pudeur sur la dénommée Armantine HENRY alors âgée de moins de 13 ans, reconnaissez-vous les faits ou persistez-vous au contraire à les nier ?« 
E. TALLAND : »Je les nie, je n’ai jamais touché à cette fille, si personne ne lui avait touchée que moi elle serait encore naturelle bien sûr.« 
Le juge : « Elle est déflorée et elle soutient qu’elle l’a été par vous ?« 
E. TALLAND : »Moi je dis que c’est faux, j’ai couché auprès d’elle avec son frère c’est vrai, mais pour lui avoir touché, non.« 
Le juge : »Le rapport du médecin vient à l’appui de la déclaration, pourquoi donc vous accuserait-elle ?« 
E. TALLAND : « Je n’en sais rien, depuis 3 ans que j’ai quitté Montlouis qu’a t-elle fait, elle allait d’une commune à l’autre chercher du pain, je ne sais pas ce qui s’est passé. »
Le juge : »Pourquoi n’accuserait-elle pas aussi bien tout autre que vous qui aurait abusé d’elle ?
« 
E.TALLAND : »Si elle veut cacher ceux qui ont eu affaire à elle, je n’en suis pas cause; du temps de GAUDRON elle soutenait que c’était lui et pourtant c’était faux, le gamin aussi le disait.« 
Le juge : »Pour ce qui est de l’affaire GAUDRON dont vous parlez le rapport du médecin commis alors fut négatif. Il n’en est pas de même aujourd’hui, cette fille est déflorée indubitablement et dit qu’elle l’a été par vous ?« 
E.TALLAND : »Je jure que c’est pas moi. »

Le 22 juillet 1882, le commissaire Eugène FATOU, officier de police judiciaire de Tours Ouest et auxiliaire du Procureur de la République, entend Armantine HENRY demeurant au Refuge de Tours. Dans ce procès-verbal, Armantine déclare que le nommé TALLAND avait commis sur sa personne plusieurs attentats à la pudeur. Le premier 4 ans auparavant et le dernier le 14 juillet 1881; pour les autres, dans l’intervalle, il lui est impossible d’en fixer les dates.

Le 28 juillet 1882, le juge d’instruction demande à ce que soit communiqué au Procureur de la République la procédure suivie contre ENRIT Pierre et TALLAND Etienne.

Le 31 Juillet 1882, le Procureur de la République maître BERTRAND de la Cour d’Appel d’Orléans prés le Tribunal de 1er instance de l’arrondissement de Tours, dans son réquisitoire définitif, requiert qu’il plaise à M. le Juge d’instruction déclarer suffisamment établie contre les nommés ENRIT et TALLAND, la prévention des faits qu’il spécifie; et attendus que ces faits sont de nature à être punis d’une peine afflictive et infamante, ordonne que les pièces de la procédure, le procès-verbal constatant le corps du délit et un état des pièces servant à conviction soient transmis, sans délai, à M. le Procureur Général, pour être par lui, requis ce qu’il appartiendra.
Suit l’ordonnance du juge d’instruction indiquant que vu ce réquisitoire et les pièces de procédure criminelle contre les nommés ENRIT Pierre et TALLAND Etienne inculpés d’attentats à la pudeur et d’excitation à la débauche, il résulte contre :

  • ENRIT Pierre, des charges suffisantes d’avoir depuis moins de 3 ans à Montlouis, attenté aux moeurs en excitant, favorisant ou facilitant habituellement à la débauche ou la corruption de ENRIT (Armantine Léontine), sa fille, et de ENRIT (Pierre Lucien), son fils, tous les 2 âgés de moins de 21 ans; délit prévu et puni par les articles 334 et 335 du code pénal. Disons qu’il y a lieu à suivre contre ledit ENRIT Pierre et le renvoyons devant le Tribunal de Police Correctionnel pour y être jugé conformément à la loi. Attendu, en outre, que de ladite information, il résulte contre ENRIT Pierre d’avoir depuis moins de 10 ans, commis un ou plusieurs attentats à la pudeur, consommés ou tentés sans violence, sur la personne de ENRIT Armantine, sa fille légitime, alors âgée de moins de 13 ans.
  • TALLAND Etienne, d’avoir depuis moins de 10 ans, commis un ou plusieurs attentats à la pudeur, consommés ou tentés sans violence sur la personne de la fille ENRIT Armantine alors âgés de moins de 13 ans.

Pas moins de 64 pièces de procédures sont transmises au Procureur Général. L’état des frais induits par la procédure instruite contre ENRIT et TALLAND se monte à 68 francs et 15 centimes.

Le 05 août 1882, le Procureur Général de la Cour d’Appel d’Orléans Monsieur NOBLET, dans son réquisitoire,
– vu les pièces produites et l’ordonnance du Juge d’Instruction de Tribunal de 1ère Instance de Tours en date du 31 juillet 1882, crimes prévus et punis par la loi par les articles 331 et 333 du code pénal en ce qui concerne les attentats à la pudeur des 2 inculpés;
– et vu les faits contre Pierre Henry d’avoir attenté aux mœurs en excitant ou favorisant à la débauche ou la corruption de sa fille Armantine et de son fils Lucien tous deux âgès de moins de 13 ans, délits puni par les articles 334 et 335 du code Pénal;
Requiert qu’il plaise à la cour de les renvoyer devant le tribunal correctionnel pour y être jugés conformément à la loi.

Le 09 août 1882, la Cour d’Appel d’Orléans, chambre des mises en accusations rend l’arrêt suivant :

Vu la procédure suivie à Tours contre les nommés ENRIT Pierre […] et TALLAND Etienne […], prévenus d’attentats à la pudeur et en outre, ENRIT, d’excitation de mineurs à la débauche; ouï, Maitre NOBLET, substitut de Mr le Procureur Général en son rapport; lecture faite de toutes les pièces du procès; le substitut et le greffier s’étant retirés; […] La cour d’appel après en avoir délibéré sans désemparer; attendu que de la procédure résulte ce qui suit :
« Au cours d’une information dirigée au mois d’Avril dernier, contre le nommé ENRIT, pour complicité de vol, il a été établi que depuis moins de 10 ans, le prévenu avait commis sur sa fille légitime Armantine alors âgée de moins de 13 ans, de nombreux attentats à la pudeur, qu’il avait fréquemment des relations intimes avec elle.
Armantine a nié ces relations, elle a reconnu cependant que son frère avait exercé sur sa personne des attouchements obscènes, puis elle s’est rétracté.
Malgré ces contradictions et les dénégations du prévenu, la culpabilité de celui-ci ne saurait être douteuse en présence des déclarations énergiques et persistantes de son jeune fils Lucien, qui a été le témoin de nombreux attentats.
L’instruction a, en outre, établi qu’il y a environ 4 ans, le nommé TALLAND avait abusé d’Armantine, alors âgée de moins de 13 ans. Les déclarations de Lucien et d’Armantine ne laissent aucun doute à cet égard, malgré les protestations et les dénégations du prévenu.
L’information a de plus fait connaître que ENRIT livrait sa filles aux étrangers qui venaient chez lui et qu’il avait depuis moins de 3 ans favorisé ou facilité la débauche ou la corruption de son fils Lucien et de sa fille Armantine, tous 2 mineurs en livrant celle-ci à la prostitution en présence de son frère.
Le rapport du docteur qui a examiné la jeune Armantine constate que cette fille est complètement déflorée, que l’acte qui a produit cette défloration a été répété un certain nombre de fois et qu’elle remonte à une date déjà ancienne […].
« 
Attendu qu’il existe des charges suffisantes et que les faits imputés à ENRIT et TALLAND son qualifiés Crimes par la loi, la Cour d’Appel les met en accusation, suit exactement le réquisitoire du Procureur Général et demande que soient transférés aux Assises d’Indre-et-Loire les prévenus.

Le 23 août 1882, le Président du Tribunal de 1ère Instance, en l’absence du Président de la Cour d’Assises du département d’Indre-et-Loire (séant à Tours), fait extraire de la Maison de Justice Pierre HENRY et Etienne TALLAND pour les interroger.

  • Pierre HENRY, persiste dans ses déclarations antérieures, il a connaissance des faits qui lui sont imputés et qui ont donné lieu à son renvoi devant la Cour d’Assises. Il a choisi Maitre OUDIN, avocat au barreau de Tours, pour le représenter.
  • Etienne TALLAND, persiste dans ses déclarations et a connaissance des faits qui lui sont aussi imputés. Maitre LAURENT est commis pour l’aider dans sa défense.

Le 28 août 1882, le Procureur de la République de la cour d’Assises, Maitre BERTRAND, mande à comparaitre en personne devant la Cour d’Assises, séant à Tours au Palais de Justice, le mardi 05 septembre 1882 à 10h du matin les témoins suivants :
– Lucien ENRIT, apprenti taillandier, 12 ans, demeurant à Montlouis
– Armantine ENRIT, 15 ans, demeurant au Refuge à Tours
– René PHILOCHE, instituteur à Montlouis
– Auguste GAUCHER, maire à Montlouis
– Jean BLEAS, brigadier de gendarmerie à Tours
– SAINTON, docteur médecin à Tours
– FATOU, commissaire de Police de l’Ouest, à Tours

Le 05 septembre 1882 à 11h30, en présence des accusés, des maitres OUDIN et DALMAGNE (avocats respectifs de Pierre HENRY et Etienne TALLAND), Maitre GUILLE-DESBUTTES Président de la Cour d’Assises tire au sort les 12 jurés (sur les 33 bulletins des jurés présents) qui formeront le jury de jugement.

Débute alors le procés …

Le 05 septembre 1882 à 03h05, s’est assemblée publiquement au Palais de Justice à Tours, la cour d’assises d’Indre-et-Loire, composée de […] à l’effet de procéder aux débats et au jugement du procès instruit contre :
1- le nommé ENRIT Pierre, fils de Pierre et de Sylvine MEUNIER, âgé de 49 ans, né le 15 janvier 1833, à la Ville aux Dames (Indre-et-Loire), tourneur en bois, demeurant à Montlouis, veuf, 7 enfants, déjà condamné, accusé d’attentats à la pudeur;
2- le nommé TALLAND Etienne, fils d’Etienne et de Marie CHIVERT, âgé de 48 ans, né le 04 août 1834, à Noyers, arrondissement de Blois (Loir-et-Cher), jardinier, demeurant à Véretz, célibataire, déjà condamné, accusé d’attentats à la pudeur.

Conformément aux articles 310 à 313 du code de l’instruction criminel de 1808 (Livre II – De la Justice), s’installent les accusés et les jurés prêtent serment.

Vu que la publicité des débats pouvant être dangereuse pour l’ordre public et pour les mœurs, le ministère public requiert que conformément à l’article 81 de la Constitution de 1848, que les ébats auront lieu à huis clos. Après cet arrêt rendu, le président a ordonné aux huissiers d’évacuer l’auditoire, de fermer les portes et conformément à l’article 314 de code l’instruction criminelle a demandé au greffier de faire à haute voix la lecture de l’acte d’accusation. Le ministère public a déclaré tenir pour exposé la lecture faite de l’acte d’accusation et a présenté la liste des témoins qui ont conformément prêter serment selon l’article 317 à l’exception de HENRY Lucien et HENRY Armantine.

Les témoins ont fait leur dépositions séparément. Le président a interrogés les accusés sur les différents faits et circonstances du procès. Le ministère public a développé les moyens à l’appui de l’accusation. Enfin Maitres OUDIN et DALMAGNE, défenseurs des accusés, ont présenté leur défense (laquelle n’est malheureusement pas détaillée dans le dossier).

Les débats étant terminés, le Président fait ouvrir les portes, l’audience ayant été rendue publique. Il donne lecture des questions par lui posées et donne au jury les avertissement prescrits par les articles 341 à 347 du code d’Instruction criminelle; les questions ainsi que les pièces du procès, autres que les déclarations écrites des témoins ont remises au chef du jury et les jurés sortent dans leur salle pour y délibérer. Les accusés sont retirés de l’auditoire.

Après délibération, les jurés ayant repris leurs places, le Président leur demande quel est le résultat de leur délibération. Le chef du jury s’est levé, et, la main placée sur son cœur, lit la déclaration du Jury. Cette déclaration, signée par le chef du jury est remise au Président qui la signe avec le greffier.

« En ce qui concerne ENRIT
– Question principale : Enrit Pierre, accusé, ici présent, est-il coupable d’avoir depuis moins de 10 ans […] commis 1 ou plusieurs attentats à la pudeur, consommés ou tentés sans violence, sur la personne d’Armantine ENRIT alors âgé de 13 ans ? Le jury répond OUI à la majorité.
– Circonstance aggravante : L’accusé était-il le père légitime de la dite Armantine ? Le jury répond OUI à la majorité.
En ce qui concerne TALLAND
– TALLAND Etienne, accusé, ici présent, est-il coupable d’avoir depuis moins de 10 ans […] commis 1 ou plusieurs attentats à la pudeur, consommés ou tentés sans violence, sur la personne d’Armantine ENRIT alors âgé de 13 ans ? Le jury répond NON à la majorité.
« 

Etienne TALLAND entre le premier pour écouter la déclaration du jury à son égard. La déclaration étant négative, le Président rend à l’égard de l’accusé TALLAND l’ordonnance prescrite par l’article 358 et TALLAND Etienne se retire de l’audience.

Pierre HENRY comparait à son tour pour entendre la sentence à son encontre. Il est condamné à 12 ans de travaux forcés, 5 ans de surveillance de la police et aux dépens. Le président avertit le condamné en ces termes : « Vous avez 3 jours francs pour vous pourvoir en cassation contre l’arrêt que vous venez d’entendre ».

Le 05 septembre 1882 à 19h30, la séance publique est levée.

Le jeudi 07 septembre 1882, le quotidien l’Union Libérale dans sa Chronique Locale consacre, un petit encart légèrement vitriolé sur le jugement rendu. Le journal d’Indre-et-Loire dans son n°210 en date du 07 septembre 1882 mentionne cet arrêt en étant plus factuel et dit que CALLAUD (au lieu de TALLAND) est acquitté.

Article de l’Union Libérale du 07 septembre 1882 – source Retronews (BnF Gallica)

En reprenant, le registre d’écrou de la Maison de Justice de Tours (cote 2Y275) où il a été incarcéré du 09 août au 15 septembre 1882, il est bien stipulé son départ en direction de Saint Martin de Ré en attendant son transfert aux Iles du Salut en Guyane. Sa peine débutant le 10 septembre vu le fameux délai d’attente de 3 jours francs à partir du jugement, on en déduit qu’il ne s’est pas pourvu en cassation.

Grâce au site des ANOM (cote H465), j’ai pu retrouver sa fiche matricule au n°19597. Il aurait embarqué le 02 décembre 1882 sur le Calvados à destination de la Guyane Française. Durant sa détention, il exercera la profession d’effilocheur permettant de faire du papier à partir de la laine, de vieux chiffons et de cordage.

Pierre HENRY décède le 28 janvier 1885 à 07h30 du matin à l’âge de 52 ans. On ne connait pas la raison du décès (acte de décès, source ANOM).

Epilogue de l’épisode 4

Ce qui reste très étrange dans ce débat et jugement, c’est que Lucien a soutenu de nombreuses fois que TALLAND avait a plusieurs reprises abusé de sa sœur et qu’au final aucune charge ne fut retenue à son encontre. Il aurait été intéressant de voir comment sa défense a été construite pour obtenir l’acquittement.

Voilà donc comment se termine le parcours de Pierre HENRY pour lequel on peut émettre toute sorte de jugement, toute hypothèse pouvant expliquer cette dérive ou toute autre explication psychologique. Je dirais que c’est une très très triste affaire découverte au fil de recherches généalogiques classiques (naissance, mariage, décès). Mais cette affaire en a mis à jour d’autres, plus ou moins graves, mais qui ont très certainement eu des répercussions sur la vie de tous les enfants HENRY.

La cote 2U620 contenant toutes les pièces de procédure m’a permis d’élaborer ces articles.
La cote 2U74 reprenant l’arrêt de la cour d’assises et contenant la liste exhaustive des jurés est venue en complément de la première.

Dans mes prochains articles, je vous livrerais donc les autres affaires mais aussi le devenir de ces ancêtres directs et collatéraux. Je m’arrêterais à cette génération par respect pour leur descendance.

2 réflexions au sujet de « Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY »

  1. Hélène - PellePioche

    Très belle suite d’articles, je trouve que c’est une excellente exploitation des données.
    Mais oui, c’est vraiment très triste de constater la vie terrible de ce gens.

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