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François POIRIER : cordonnier, voleur et gendre de Pierre HENRY

Nous avons rencontré François POIRIER (sosa 30) à maintes reprises lors des derniers articles consacrés à la descendance de Pierre HENRY. Notamment parce qu’il est l’époux d’Armantine HENRY (sosa 31) mais aussi pour avoir été interrogé en octobre 1897 lors d’une des nombreuses arrestations de son-beau-frère Lucien Pierre HENRY.

François POIRIER nait le 15 juillet 1853 à Tours, au 3 rue du Petit Gars.
Il est le 7ème enfant, sur une fratrie de 10, de Jean-François POIRIER et COLIN Rosalie Justine. Quatre enfants décéderont en bas-âge.

AD37 – cote 6NUM8/261/195 (pg 131/253) : naissance de François POIRIER

La rue du Petit Gars était située dans la quartier de La Riche, non loin des quais de la Loire.
Elle était entourée au nord par la rue de Ballan, au sud par la rue de Chanteloup, à l’ouest par la rue de la Hallebarde et à l’est par la rue des Huit-Pies (disparue également).
Pour se situer un peu, le n°1 (haut de la rue) portait le n°524 sur le plan cadastral, le n°15 (bas de la rue) le n°517, et le n°3 où est né François le numéro 523.
Vers 1860, entre 50 et 60 habitants occupent la rue.

AD37 – cote 6NUM10/261/013 – Section E1 de la Ville Perdue (1836)

La rue du Petit Gars n’existe plus. Le quartier a été acquis par la Société Mixte d’Aménagement de la Ville de Tours en 1966 pour subir les modifications qu’on lui connait aujourd’hui.

Source Michelin (2022)

Entre 1858 et 1859, la famille s’installe au n°5 de la même rue avec un accès par une cour intérieure. Jean-François et Rosalie, les parents, vivront à cette adresse pour le reste de leurs jours.

François a 13 ans lorsque sa mère Rosalie Justine décède le 07 août 1866.

En 1872, lors du recensement, François occupe un emploi de chaussonnier.

En 1873, il est exempté de service militaire pour cause  » d’arrêt du développement ». Il mesure 1m50.

AD37 – cote 1R390 – listes cantonales de tirage au sort de Tours

Au recensement de 1876, François à 23 ans. Il est cordonnier et vit toujours chez son père ainsi que ses sœurs encore célibataires :
– Rose (°31/10/1842), couturière. Elle décédera le 24/01/1880 à Tours sans postérité.
– Désirée (°10/07/1844), couturière. A eu une fille en juillet 1874 qui n’a vécue qu’un mois. Elle se mariera à Tours le 27/03/1882 à Joseph THIERRY. Veuve le 23/11/1882, elle épousera Etienne BUISSON le 30/07/1888. Elle décèdera le 08/12/1918 sans postérité.
– et Marie (°16/12/1856), relieuse. Elle épousera Louis Alphonse PAGéE (frère de René Pierre et aussi cordonnier de son état) le 04/11/1878 à Tours. Après avoir perdu 4 enfants en bas âge entre 1879 et 1884, ils partent s’installer après août 1885 à Paris avec leur dernière née Georgette, boulevard de la Villette. En août 1886 nait Jeanne qui assurera seule une postérité au couple puisque Georgette décède en février 1887. Marie POIRIER meurt à Paris le 21/09/1888 et Louis Alphonse la suit le 28/06/1890 à Tours.
A cette même époque,
– sa sœur Joséphine (°16/02/1846) vit au n°1 de la rue du Petit Gars avec son époux Marcellin ROBIN, cordonnier, qui a reconnu Victor Armand (°1866 de père inconnu) lors de leur mariage le 18/01/1873. Victor décèdera en août 1873 alors que le couple vient d’accueillir en juin un petit Aimé qui ne vivra que 2 ans les laissant sans postérité. Joséphine décèdera le 22/04/1912 suivie par Marcellin le 27/08/1915.
– son autre sœur Julie (°14/08/1851) vit au 7 rue des Huit-Pies avec son époux René Pierre PAGéE (mariés le 24/10/1871), cordonnier, et leur fille Julie Marie née en 1873. Le couple vivra un temps à Paris, boulevard de la Villette dans les années 1886 car on y trouve Pierre PAGéE témoin de la naissance de Jeanne sa nièce.

Un premier dérapage ?

Je perds la trace de François jusqu’au 15 octobre 1882 où il prévenu pour tentative d’assassinat. Il reste 2 jours aux écrous passagers sous le n°614 puis est transféré à la Maison d’Arrêt de Tours sous le numéro 310.
Le 28 octobre 1882, il est mis en liberté sur ordre du juge d’instruction.

AD37 – cote 2Y275 – pg 106/204, écrou de François POIRIER

Je n’ai pas mis la main aux AD37 sur un quelconque dossier me permettant d’en savoir plus sur cette histoire d’assassinat.

François est libre en cette fin d’année 1882 mais on comprend malheureusement bien vite qu’il n’a pas de bonnes relations et que sa vie a ou est en train de basculer « du côté obscur de la force ».

La belle équipe : Poirier, Gimonet et Marion

Le lundi 22 octobre 1883 en début d’après midi, François POIRIER (30 ans) rencontre à la pension alimentaire, rue de la Guerche à Tours, Ursin/Sylvain GIMONET (17/18 ans) et Henry MARION (19 ans).
GIMONET dit « le petit » mesure 1m54. Il est coiffé « à la chien », ses cheveux châtains retombant sur son front.
MARION quant à lui est dit « le grand », mesurant 1m70.
POIRIER et GIMONET se sont déjà rencontrés quelquefois lorsque ce dernier travaillait chez Baptiste VILLERET à La Tranchée. François propose à ses deux acolytes d’aller visiter une ferme, au bout de la rue de Paris, où prendre des effets appartenant à des scieurs de long travaillant sur l’île de Rochepinard en face de ladite ferme du sieur JACQUEMOT, marchand de bois à Tours et employant les scieurs. Ursin et Henry ont couché dans le grenier de cette maison 2 jours auparavant et connaissent les lieux.
Les trois compères repèrent les lieux mais les scieurs travaillant non loin, ils décident de reporter au soir leur méfait. Ils vont s’asseoir au bout du boulevard Heurteloup, près de la fontaine, jusque 6 heures et demi.
Ils retournent vers la ferme mais avant d’y entrer POIRIER et GIMONET vont s’assurer que les scieurs de long sont à l’auberge de M. GIRE (au 240 rue de Paris) en train de fêter leur première journée de travail. POIRIER fait alors la courte échelle à MARION qui pénètre par une croisée donnant sur le grenier juste au-dessus de la chambre des ouvriers. MARION visite la chambre, fracture un coffre et passe les objets du larcin à POIRIER et à GIMONET qui les dépose au fur et à mesure sur la banquette de l’écluse. MARION est sorti à un moment et voulant retourner dans la chambre GIMONET l’en empêche.
Ils s’éclipsent tous les trois emportant leur butin dans les saules au bord du Cher où ils effectuent le partage. Ils se séparent au bout de l’avenue GRAMMONT.
POIRIER s’en va seul et va coucher chez le sieur BRAULT, 21 rue du Renard.
GIMONET et MARION partent souper vers 9 heures du soir chez Madame THIERRY, 5 rue des bohèmes. En quittant le restaurant, ils annoncent qu’ils quittent Tours, GIMONET déclarant qu’il va à Vierzon. Ils vont se coucher dans la paille au-dessus de La Tranchée.

Boulevard Heurteloup à Tours (source http://www.actuacity.com)

Les scieurs, tous originaires de Montbazon, rentrent à leur logis entre 8h et 9h du soir, ils découvrent qu’ils viennent de se faire dépouiller durant leur absence.
La malle de Jean-Baptiste VRAY (26 ans) est fracturée, 4 pantalons, 4 gilets, un tricot, 6 ou 7 paires de chaussettes, une paire de mitaines, 2 chapeaux, 1 paire de souliers, un mètre de poche, son livret ainsi que celui de son frère, un carnet, une montre et un porte-monnaie contenant 13 à 14 francs.
Pierre GENESTIER (17 ans) s’est fait volé son livret, sa blouse et son chapeau qui étaient pendus à un clou de la chambre.
André GRANGER (16 ans) s’est vu « allégé » d’une paire de bottes, une casquette, sa blouse et son livret. Son père, Victor GRANGER, 2 paires de chaussettes et son livret.
Jean-Baptiste TEVENON (35 ans), a perdu dans l’affaire sa blouse, 1 paire de chaussettes et 1 paires de souliers.

Le mardi 23 octobre, GIMONET et MARION quittent Tours.
En parallèle, à 9h du matin, le sieur VRAY dépose une plainte pour vol d’effets à son encontre et celle de ses camarades. La machine judiciaire se met en marche. L’agent de sûreté TESSIER est chargé de suivre la piste des coupables.
Dans la matinée, François POIRIER quant à lui retourne sur les bords du Cher pour y chercher le reste des objets laissés dans un sac la veille. Le sieur CIMIER, cultivateur et demeurant 73 rue de Paris, est en train de chasser. Il observe le manège de POIRIER et trouvant son attitude bizarre d’autant qu’il a eu vent de l’affaire de vol survenu la veille. POIRIER met un sac sur son dos et se dirige vers la jetée. A ce moment, CIMIER n’étant pas sur la même rive interpelle un ouvrier pour arrêter POIRIER. POIRIER lâche le sac et prends ses jambes à son cou. Arrivé au pont de Grammont, POIRIER étant poursuivi par l’ouvrier, décide de traverser le Cher et se trouve au final nez à nez avec CIMIER qui lui promet de lui mettre du plomb dans les jambes s’il se sauve. Ils récupèrent.
Le nommé CIMIER amène POIRIER à l’auberge du sieur GIRE et vident le sac devant les scieurs de long qui reconnaissent une partie de leurs effets. L’agent TESSIER arrive sur ces entrefaites à l’auberge et découvre POIRIER ligoté à une chaise !
POIRIER est mené au commissariat où il est écroué en attendant son interrogatoire.

Le 24 octobre à 14h, POIRIER est interrogé et dit ne pas connaitre le nom de ses acolytes. Il raconte tous les faits et les reconnait, mentionnant qu’il a été été plus ou moins entraîné par les deux autres lascars.
Toutefois, il dit que pris de remords, il voulait rendre l’objet de sa part de larcin aux scieurs ce pourquoi il était revenu aux saules pour récupérer le sac.
Il semble aussi que POIRIER ait reçu quelques coups car lorsqu’il dépose son œil gauche est « poché ». J’imagine bien que M. CIMIER et les scieurs de long l’auront quelques peu malmené …

Le 24 octobre est émis un signalement concernant MARION et GIMONET qui ont été identifiés soit par François POIRIER soit par les soins de l’enquête auprès de Madame THIERRY, la restauratrice de la rue des Bohèmes.

Le jeudi 25 octobre, GIMONET et MARION se trouvent du côté de Vierzon (Cher) et apprennent qu’ils sont recherchés par la gendarmerie. Ils disparaissent très vite et prennent la route de Paris où ils arriveront 7 jours plus tard.

Le 27 octobre, le commissaire de police de Tours émet l’hypothèse que GIMONET se soit retiré chez son père à Noyers (Loir-et-Cher).

Le 29 octobre, le commissariat de police du quartier de l’est de Tours, apprend que Sylvain GIMONET a travaillé entre le 03 mai et le 26 juillet 1883 chez le sieur VILLERET, demeurant à La Tranchée, pour ramasser les boues de la ville. Il a été renvoyé car l’entreprise était peu satisfaite de son travail.
Henri MARION est inconnu du sieur VILLERET.

Le 02 novembre, la gendarmerie de St Aignan (Loir-et-Cher) se déplace à Noyers espérant y trouver GIMONET et MARION. Ils font chou blanc. La mère de GIMONET, Adèle BORBONNA, déclare ne pas avoir de nouvelles et pense qu’il est à Tours.

Le 04 novembre, une commission rogatoire est émise pour saisir au bureau des postes et télégraphes de Saint Aignan tous télégrammes ou correspondances entre les nommés MARION et GIMONET et les parents de ce dernier demeurant à Noyers. Cette commission sera levée le 22 décembre 1883.

Le 06 Novembre, un télégramme du procureur de Paris à la Gendarmerie de Saint Aignan indique que GIMONET a été arrêté pour vagabondage et demande si ses parents qui habitent Noyers, à la Cochonnière, le réclame. La gendarmerie répond au procureur de Paris que ledit GIMONET est sous le coup d’un mandat d’amener décerné le 27 octobre par le juge d’Instruction de Tours.

Le 06 novembre, le commissariat de police du quartier de l’est de Tours, après avoir recueilli des renseignements, fait état de la moralité de François POIRIER. Il passe pour être paresseux et quand il est ivre, il est tapageur et méchant. Il a travaillé longtemps pour le compte de MM GIRAULT et LEROY, fabricants de chaussures à Tours, qui ont dû cesser de l’occuper parce qu’il a vendu ou laissé en paiement dans les cabarets de la marchandise qui lui avait été donnée à confectionner. Depuis l’été, François ramassait des chiffons dans les rues et ne fréquentait plus que de mauvaises sociétés.

Le 12 novembre, le commissaire de police, chef du 2ème bureau de 1ère division à la préfecture de Police de Paris, fait comparaitre Sylvain GIMONET qui a été poursuivi pour vagabondage en ladite ville. GIMONET indique être renvoyé de cette inculpation mais le commissaire l’informe du mandat d’amener émis par le procureur de Tours.

Le 14 novembre 1883, la préfecture de police de Paris informe le procureur de la République de Tours que Sylvain GIMONET sera transféré sous escorte en vertu du mandat d’amener du 27 octobre.

Le 16 novembre à 14h, GIMONET est entendu par le juge d’instruction. Il assure que c’est POIRIER qui a proposé le casse. Pour ce qui est de l’argent volé (14 francs), c’est MARION qui l’a récupéré en jetant le porte-monnaie dans le Cher. Cet argent a servi à leurs dépenses sur la route de Tours à Paris.

Le 24 novembre, le commissaire de police de la 1ère division à la préfecture de Paris, informe que le nommé Henri MARION est sorti du dépôt de la préfecture le 07 novembre sans indiquer l’endroit où il se retirait. MARION est introuvable depuis.

Le 15 décembre, les scieurs de long sont cités à comparaître pour déposer sur l’affaire devant le juge d’instruction VINET.

Le 22 décembre, les sieurs GIRE et CIMIER sont appelés à comparaitre comme témoins.

Le 23 décembre, Henri MARION, détenu à Paris, est amené à Tours par voie ferrée escorté par 2 agents.

Le 28 décembre, MARION est conduit par mandat de dépôt à la Maison d’Arrêt de Tours. Il est interrogé à 13h. Il conte par le menu détail la rencontre avec François POIRIER, le vol, son départ avec GIMONET vers Paris où il furent arrêtés pour filouterie d’aliments. Sa mère, habitant la capitale, a payé et il a été mis en liberté. GIMONET quant a lui a été retenu car il y avait un mandat contre eux deux.
Ndlr : bizarre dans ces circonstances que MARION ait été relâché alors qu’un mandat existait déjà et connu de GIMONET. Y avait-il déjà une notion de caution ?
Bref, MARION sort de prison grâce à cette « caution » et va vivre chez sa mère. Sauf que le 12 décembre, il est poursuivi et inculpé pour escroquerie à 4 mois de prison par le tribunal de Paris. Il indique même qu’au mois de septembre 1883, il a subi une peine de 15 jours de prison à Blois pour vagabondage n’ayant ni papiers ni ressources.

Et côté antécédents, casiers judiciaire qu’en est-il ?

Le casier judiciaire de François POIRIER est vierge. Son écrou en 1882 pour la tentative d’assassinat ne figure pas sur l’extrait ce qui nous permet de penser qu’effectivement il était innocent.

Ursin GIMONET a été condamné le 11 août 1882 à un mois d’emprisonnement à Blois pour vol.

François Henri MARION est loin d’être un perdreau de l’année et a été condamné 5 fois.
Les 4 premières condamnations ont lieu à Paris : le 20 février 1882 pour escroquerie (1 mois de prison), le 30 novembre 1882 pour filouterie (2 mois de prison), le 23 février 1883 et le 27 avril 1883 pour filouterie (2 mois de prison à chaque fois).
La dernière condamnation date du 31 août 1883 à Blois pour vagabondage (15 jours de prison).
Et c’est sans compter les 4 mois de prison qu’il aurait dû avoir le 12 décembre juste avant d’être conduit à Tours …

Cour d’appel, cour d’assises et un tour à la case Prison

Le 31 décembre 1883, le Juge d’Instruction et le Procureur de la République ordonnent que soient transmises toutes les pièces d’instruction au Procureur Général pour décider des suite à donner.

Dans son réquisitoire du 19 janvier 1884, le procureur général près la Cour d’Appel d’Orléans, indique mettre en état d’arrestation les 3 contrevenants et les renvoyer devant la cour d’assises d’Indre-et-Loire pour y être jugés conformément à la loi. La cour d’appel suit le réquisitoire en date du 22 janvier 1884.

A compter du 22 janvier, les 3 accusés sont transférés de la Maison d’Arrêt à la Maison de Justice en attendant leur procès.

Le 07 février 1884, le procureur général de la cour d’appel adresse toutes les pièces du dossiers au procureur de la république de Tours afin de mettre cette affaire en état d’être jugée aux prochaines assises.

La notification aux trois prisonniers de leur renvoi aux assises est faite par huissier le 25 février 1884.

Le 1er mars 1884, POIRIER, MARION et GIMONET sont interrogés par le président du tribunal de 1ere instance.
François POIRIER persiste dans ses déclarations faites au juge d’instruction et désire que la cour constate qu’il n’est resté que six semaines sans travailler et qu’aucun acte d’improbité ne lui a été reproché. Maitre ROUSSEL est commis d’office pour sa défense.
Henri MARION et Ursin GIMONET n’ajoutent rien de plus à leurs précédentes déclarations et seront représentés respectivement par maitres LAURENCEAU et LETENGEON.

Les assises ont lieu le lundi 17 mars 1884.
Jean-Baptiste VRAY, Pierre GENESTIER et Pierre CIMIER sont appelés comme témoins.
Les 12 jurés déclarent coupables les trois compères tout en indiquant quelques circonstances atténuantes dont nous n’avons pas la teneur.

La sentence est lourde pour POIRIER et MARION qui prennent 2 ans d’emprisonnement. GIMONET ne subira quant à lui « que » six mois de prison.

Mes hypothèses sur cette sentence sont les suivantes :
– U. GIMONET est le plus jeune de la bande, il a pu être entrainé et influencé
– F. POIRIER est l’instigateur du larcin
– H. MARION est le seul à avoir pénétré dans la chambre et donc commis une effraction; de plus, il traine au moins 5 condamnations.

François POIRIER sera transféré à la prison de FONTEVRAUD (ancienne abbaye royale où sont exposés les gisants d’Aliénor d’Aquitaine et Richard Cœur de Lion) où il ne sortira que le 17 mars 1886.

Laissons GIMONET et MARION purger leur peine de leur côté pour revenir à notre principal sujet et mon Sosa en l’occurrence.

Retour à la liberté

Au printemps 1886, François POIRIER sort de la prison de Fontevraud. Je ne l’ai pas retrouvé dans les recensements de 1886 qui se sont achevés à l’été. Peut-être a-t-il trouvé un emploi de journalier ou de cordonnier dans un quartier différent de celui de la Riche où vit encore son père et sa sœur Désirée POIRIER (veuve depuis fin 1882) au 5 rue du Petit Gars ?

En Août 1886, la jeune Armantine HENRY sort du Refuge où elle vient de passer 4 années. Elle a 20 ans. Les sœurs lui ont probablement dans leur grande bonté donné quelques sous en échange des (très) nombreux travaux de couture auxquelles elle aura été astreinte (ou contrainte); nous rediscuterons des conditions de vie du Refuge.
Bref, imaginons un instant Armantine, lâchée sans le sous dans ce quartier de La Riche. De là on peut imaginer pas mal de scénarios :
– est-elle récupérée par sa sœur Joséphine Julie, qui vit rue Colbert dans le quartier de l’hôtel de ville, le temps de trouver un emploi correct ?
– est-elle alpaguée par un de ces gars sans vergogne qui vont la mettre sur le trottoir comme cela est souvent arrivé aux jeunes filles libérées du Refuge et non accompagnées dans leur réinsertion ?
– trouve-t-elle une pension dans ce quartier et un petit emploi honnête lui permettant de vivre chichement ?
– du fait de ses antécédents malheureux et de son caractère trempé, fit-elle commerce de son corps pour son propre compte afin de s’en sortir ?
Je laisse libre cours à votre imagination chers lecteurs/lectrices …
Ce dont je suis certain c’est que ce retour à la vie normale après 4 ans de cloître n’a pas dû être bien facile !

Si l’on regarde le cadastre de 1836, on s’aperçoit que le Refuge, la rue du Petit Gars et la place Victoire restent des lieux suffisamment proches pour concevoir qu’Armantine et François se soient rencontrés dans ce quartier peut être à l’ombre des arbres de la Place de La Riche à la faveur des chaleurs estivales de 1887. Et si on y mettait un peu de romance entre cet ancien voleur et cette ancienne petite délurée au caractère bien trempé ?

Quoi qu’il en soit, François POIRIER, le petit cordonnier, rencontre Armantine Léontine HENRY, ouvrière couturière, entre Aout 1886 et novembre 1887 comme l’atteste ce petit encart de l’Union Libérale du 21 novembre 1887. Ils logent tous les deux 16 place Victoire à La Riche et il s’agit de se marier !

Source L’union Libérale du 21 et 22 novembre 1887 – page 4/4

La suite, on la connait déjà au travers des histoires précédemment comptées sur les enfants de Pierre HENRY et l’article concernant Armantine.
François et Armantine se marient le 12 décembre 1887. Jean-François POIRIER, père, est présent.

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Source AD37 – cote 6NUM8/261/301 – Tours – page 279/329

En juillet 1889, le couple est installé au 5 rue du Petit Gars. Peut être ont-ils récupérés l’appartement de Jean-François POIRIER décédé en Avril 1888 et laissé vacant par Désirée POIRIER qui a convolé en secondes justes noces le 30 juillet 1888.
Le 25 juillet 1889, leur premier enfant, Armand François POIRIER, nait à cette adresse.

En 1891, ils ne vivent plus dans la rue du Petit Gars et pas encore au 6 rue des prêtres où vient au monde ma sosa 15, Fernande Gabrielle POIRIER, le 25 juillet 1894; et où décédera le 16 août suivant Armand François.

Au recensement de 1896, clos en juillet, François est noté comme étant sans profession. En septembre, il est témoin au décès de son beau-frère Jean DOUSSOT (épx de Désirée Marie HENRY) et est dit chiffonnier. Le couple doit tirer la ficelle par les deux bouts.

Le 03 décembre 1896 nait le troisième et dernier enfant du couple, Emile Ludovic POIRIER († 1929 sans postérité). François a dû retrouver un emploi plus stable car il est noté cordonnier sur l’acte de naissance.

Mi-Octobre 1897, François qui est de nouveau chiffonnier, est interrogé par la police au sujet d’un vol commis par son beau-frère Lucien Henry.

Le 04 Décembre 1897, François POIRIER s’éteint au 6 rue des Prêtres à l’âge de 44 ans, après 10 ans de mariage, laissant sa jeune épouse de 31 ans avec deux enfants en bas-âge.

AD37 – cote 6NUM8/261/332 – pg 322/383

Un arbre et un peu de GénéaTech(nologie)

Enfin, histoire de terminer dignement cet article, on trouvera ci-dessous la descendance de Jean-François POIRIER et Rosalie Justine COLIN, les parents de François.
Tracé avec Draw.io , je l’ai sauvegardé au format .xml en local pour m’en resservir plus tard mais aussi en .jpg que je me suis empressé de compresser au format webp via le site squoosh afin d’être un peu écolo-responsable (merci le week-end GeneaTech de Janvier 2022).

Sur les 13 petits-enfants du couple POIRIER-COLIN, 9 n’auront pas de descendance car décédés en bas-âge, symbolisée par un X. Seuls Désirée, François et Marie en auront une symbolisée par la flèche verte ou par le point d’interrogation.

Cet article achève quelque part la série d’articles que j’ai consacré à Pierre HENRY. Armantine HENRY et François POIRIER, mes sosas 30 et 31 auront eu maille à partir avec la justice, Armantine de part son éducation et François de part ses relations.
On peut se demander qu’est-ce qui a bien pu mener François à fréquenter la mauvaise société mais cela restera à tout jamais un mystère.
Deux destins bien malheureux …

Les enfants de Pierre HENRY (9) : Louise Antoinette

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

Alors Louise Antoinette HENRY, que vas-tu nous dévoiler ? Partons sur ton chemin.

Louise Antoinette voit le jour le 17 janvier 1873 à Montlouis-sur-Loire. Elle est la dernière d’une fratrie de neuf enfants dont deux sont décédés assez jeunes.
C’est son père Pierre HENRY, tourneur, qui fait la déclaration à la mairie en présence de :
– Sylvain ARNOULT, rentier, 76 ans
– Aimé PAPON, ferblantier, 34 ans

Source AD37 – cote 6NUM8/156/012 – page 22/408

Le 28 novembre 1873, Louise Antoinette n’a que 10 mois lorsque sa mère Marie Joséphine GAUTIER décède.
Ce sont ses sœurs qui vont s’occuper d’elle. Il est très probable aussi que sa tante paternelle Julie HENRY, femme d’Etienne BOUCHER, ait participé au maintien d’un semblant équilibre familial. D’ailleurs, lors du procès de 1882, Judith BERTHELOT indique que le couple BOUCHER-HENRY aurait demandé quelques années auparavant à avoir Louise Antoinette mais Pierre HENRY aurait refusé (voir épisode 3).

Entre 1876 et 1878, Louise Antoinette, encore très petite, n’aura pas « subi » directement les affaires de vols et de mœurs impliquant Pierre Isidore, Désirée Marie et Armantine Léontine.

En décembre 1881, elle est recensée chez son père avec Armantine et Lucien.

Le 19 avril 1882, Louise Antoinette est écrouée avec son père et sa sœur Armantine à la maison d’arrêt de Tours pour vol et complicité. Elle est acquitté le 13 mai 1882.

Entre 1882 et 1894, il m’a été impossible à ce jour de suivre la trace de Louise Antoinette. Les tables de recensements de Montlouis sont restées muettes et celles des quartiers de Tours où vivaient ses sœurs également.

Le 05 août 1895 à Monts (37), Louise Antoinette met au monde une petite Antoinette HENRY de père inconnu. Elle accouche à la ferme du sieur Barthélémy GADIN sise à La Lionnière et reconnait sa fille le 09 septembre suivant. On retrouve Louise Antoinette lors du recensement de 1896, elle est domestique à La Lionnière. Sa fille doit être probablement en nourrice mais pas sur cette commune.

Le 11 octobre 1897 à Tours (37), Louise Antoinette HENRY épouse François Marie ROUSSEAU (°25/12/1872 à Derval, †26/03/1956 à Monts). Il est manœuvre et habite au 56 rue de la Riche. Lors de ce mariage (voir ici), ils reconnaissent Antoinette née deux ans plus tôt. Pierre GUILLORY, le beau-frère de Louise Antoinette, à cause de sa sœur Joséphine Julie, est témoin.

Le même jour, Désirée Marie HENRY s’unit à Abel MAUVENU (voir ici), Pierre GUILLORY est aussi témoin de ce mariage.
Finalement les liens entre au moins trois sœurs sur cinq sont bien présents et c’est en rédigeant cet article que je m’en rends compte !

Le 11 avril 1899 nait le second enfant du couple ROUSSEAU-HENRY, Albert Pierre.

Les années passent , le couple et ses deux enfants sont installés durablement à Monts. François Marie ROUSSEAU devient Poudrier au Ripault (poudrerie nationale créée par Antoine Lavoisier en 1786) et Louise Antoinette est journalière.

Après la grande guerre, le destin vient frapper François et Louise.
Albert Pierre, menuisier et célibataire, a à peine 20 ans lorsqu’il décède le 19 février 1919 à Monts. Sa fiche matricule (n°343, cote 1R825) nous apprend que son engagement est ajourné en 1918 probablement lié à une pleurésie ancienne.
Puis, c’est au tour d’Antoinette de quitter ce monde alors qu’elle n’a que 25 ans, le 02 décembre 1920 à Monts. Antoinette est dite journalière et célibataire.

François Marie ROUSSEAU décède le 26/03/1956 à Monts.

Louise Antoinette HENRY s’éteint à son domicile le 10 mai 1958 dont l’acte a été transmis aimablement par la mairie de Monts en septembre 2021.

Louise Antoinette HENRY, la dernière née de la fratrie n’a pas été gâtée par la vie. Une première partie gâchée par son père (1873-1882), une seconde dont je ne sais pas grand chose (1882-1895), une troisième peut être plus apaisée et douce (1895-1919), une quatrième marquée par les décès d’abord de ses enfants puis de ses frères et soeurs (1919-1934) et une cinquième que j’imagine emplie de solitude avec son mari (1934-1958). L’arbre de François Marie ROUSSEAU et Louise Antoinette HENRY s’arrête à ces enfants décédés trop tôt dans la force de l’âge.

Cet article vient clore une série de treize articles centrés sur Pierre HENRY et ses enfants, représentant environ 3 mois de recherches et deux journées intensives aux Archives Départementales d’Indre-et-Loire que je remercie pour leur patience au passage. Je ne pensais pas au départ trouver autant de ressources pour envisager une suite aux procès de Pierre HENRY mais de fil en aiguille et d’aiguille en archives (les vrais avec du papier et sans écran !) …

J’ai donc puisé dans les actes d’état civil, les recensements, les archives d’écrous et les dossiers de procédures judiciaires, les matricules militaires, la presse numérisée, les tables de successions et absences en ligne, Geneanet et Filae.

Ces articles sont forcément incomplets et nécessiteront de nouvelles incursions dans plusieurs AD de Paris à Angers en passant par les ANOM d’Aix. Je vais laisser reposer le gâteau un petit peu et m’atteler à d’autres articles, d’autres recherches et compléter les branches et précieuses radicules de mon arbre 🙂

En attendant je vous souhaite chers lectrices/lecteurs
une bonne et heureuse année 2022.

Geneanet – Descendance G5 de Pierre HENRY °1775 †1851

Les enfants de Pierre HENRY (7) : Lucien Pierre

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

On se souvient de Lucien Pierre HENRY lors des affaires de 1882 relatées précédemment. Voyons ensemble quel sort lui a réservé la vie.

Pour ne pas contrevenir à la loi … je n’y contreviendrai pas et ce sera très facile.

Lucien Pierre nait le 08 janvier 1869 à Montlouis-sur-Loire. Il est le septième enfant (sixième vivant) de Pierre HENRY et Marie Joséphine GAUTIER. La déclaration est faite par le père en présence de :
– Athanase-Napoléon DANSAULT, maréchal, âgé de 30 ans
– Sylvain ARNOULT, rentier, âgé de 72 ans

Source AD37 – Montlouis sur Loire – cote 9NUM8/156/006 – pg 370/390

Agé de presque 5 ans, sa mère quitte ce monde le 28 novembre 1873. Il est pris en charge probablement par ses sœurs Désirée Marie et Armantine Léontine dans une moindre mesure. Les enfants sont livrés à eux-mêmes et entrainés par leur père à profiter de la générosité toute relative des habitants de la commune.

En 1876, son frère Pierre Isidore est envoyé en maison de correction suite à une affaire de vols (voir ici)

A l’hiver 1877, Lucien sera directement impliqué dans l’affaire « Gaudron » puisqu’il est présent ce 04 janvier quand René GAUDRON dit Lunette aurait à plusieurs reprises abusé ou tenté d’abuser sa sœur Armantine (voir ici). Ceci étant, René GAUDRON est acquitté en mars de la même année.

En 1878, il voit partir sa sœur Désirée en maison de correction au Refuge de Tours (voir ici). A la maison, il ne reste plus qu’Armantine et la petite dernière, Louise Antoinette.

En Mai 1882, il est acquitté des fait de vols dont il est accusé « comme ayant agi sans discernement ». Par contre, ses dépositions contre son père sont accablantes et enverront ce dernier au bagne.
Il est remis à « ses parents », c’est son cousin éloigné Etienne BLOT qui essayera de lui apprendre le métier de taillandier.

En 1886, lors du recensement à Montlouis, je perds sa trace pour ne la retrouver qu’en 1889 dans les listes cantonales de tirage au sort (à priori la cote 1R406 que je n’ai pas encore consulté). Il aurait été réformé d’après les informations trouvées dans … un dossier de procédure de justice. Eh oui !

Champion toutes catégories confondues

Le 10 avril 1891, à Corbeil, il écope d’un mois de prison pour vol et coups et blessures.

Le 10 mai 1891, à Melun, il est arrêté pour outrages et violences à garde-champêtre, ivresse manifeste. Jugé le 13 mai, il prend 8 jours et 5 francs d’amende.

Le 27 mai 1891, à Melun, c’est 10 jours de prison et 5 francs d’amende pour ivresse, violences et rébellion.

Le 16 avril 1892, à Tours, il est inculpé pour coups volontaires à agents en date du 12 avril 1892 et condamné à 6 semaines de prison et 16 francs d’amende. Petit retour sur les faits (source AD37, cote 3U3/2505).
Les agents DESGEORGES et ROLLAND sont en tournée Quai Port Bretagne à Tours quand ils aperçoivent 2 individus qui se battent. L’agent DESGEORGES prie le plus récalcitrant, un nommé HENRY, de le suivre en le saisissant par le bras. Arrivés près des Halles, HENRY refuse d’avancer et dit « Si tu es seul pour m’emmener, tu peux te fouiller« . L’agent le reprend par le bras mais HENRY ne se laisse pas faire, saisit l’agent par les parties et lui envoie 2 coups de poings. Deux agents des Halles viennent en renfort et maitrisent le nommé HENRY qui subitement se couche et fait le mort. Les agents le hisse dans une charrette pour le mener au poste. En chemin, il reste sans bouger au moins 1/4 d’heure, se relève et comme un forcené saisit l’agent ROLLAND, lui déchire sa tunique et le frappe des pieds et des mains. DESGEORGES voulant aider son collègue est pris à parti, voit sa tunique déchirée elle aussi et reçoit son lot de coups. Ce sont 2 autres agents qui permettent de ligoter HENRY qui de nouveau joue  » l’inanimé  » et est trainé en voiture jusqu’au poste. Au moment de le délier pour le mettre au « violon », HENRY se rebiffe à nouveau, donne des coups et mord l’agent ROLLAND.
Lucien HENRY pour sa défense dit au juge :  » J’ai été condamné une seule fois à Melun. J’étais sans connaissance lorsque j’ai frappé les agents; j’avais une attaque d’épilepsie. Je sais bien que je j’ai déchiré les tuniques des agents. Je persiste dans ce que j’ai dit. « 

Le 30 avril 1894, la 11ème chambre de Paris, le condamne pour coups, outrages, rébellion à agents et ivresse en date du 23 avril, à 2 mois de prison et 5 francs d’amende. Il sort de prison le 23 juin 1894.

Le 20 juillet 1894, le tribunal de Saumur le condamne également à 2 mois de prison et 16 francs d’amende pour outrages et ivresse le 14 juillet précédent.

Libéré le 14 septembre 1894, Lucien se trouve sur la commune de Francueil le 07 octobre. Vers 07h du soir, il entre ivre dans l’auberge du sieur BOUTET qui le met à la porte. Deux clients qui se trouvaient à diner dans l’établissement s’aperçoivent que 2 seaux en zinc leur appartenant et qu’ils avaient laissé à la porte ont été subtilisés. Lucien vend entre-temps les seaux au sieur MEUNIER pour la somme de 2 francs. Ledit MEUNIER s’étant arrêté à l’auberge, parle de son achat et apprend que des seaux ont été volés à des vendangeurs de passage. Il laisse les seaux à l’aubergiste pour qu’il les remette à leurs propriétaires s’ils viennent à les réclamer.
Lucien se représente le 08 octobre matin à l’auberge, le sieur BOUTET le reconnait, le met à la porte en lui disant qu’il est le voleur des seaux. Le garde champêtre est alerté de suite des faits et retrouve HENRY qui l’insulte, lui envoie des coups de poings et des coups de pieds (ndlr : entre nous, il me fait penser à un ninja, non ?). Plusieurs personnes accourent pour le maitriser et le mettre au violon de la localité. Les gendarmes viennent le cueillir le même jour dans l’après-midi pour l’emmener à Tours; ils notent que Lucien a une ancre tatouée sur la main gauche. A la maison d’arrêt, il est noté « tatouage de 2 ancres sur les bras, nombreuses cicatrices sur le dos et sur les 2 rotules ».
Le tribunal de Tours le condamne le 16 octobre à 4 mois de prison pour vol, outrages et rébellion (AD37, cote 3U3/2553).
Le 21 novembre 1894, il est transféré à la prison de Chinon. Il sort théoriquement de prison le 09 février 1895 (et non le 09 janvier 1895 comme noté sur l’écrou ci-dessous). D’après les propos de Lucien Henry lors de son arrestation suivante, il serait sorti le 23 janvier 1895 …

Source AD37 – cote 2Y431 – Ecrou Maison de Correction – pg 224/313

Le 21 mars 1895, il est arrêté par le gendarme Florimond SAMIER pour vagabondage sur la commune de Luynes.  » Etant de service de planton à notre résidence au lieu dit La Romaine, nous avons aperçu un individu étranger au pays, vêtu de haillons […] nous l’avons questionné sur son identité et moyen d’existence, il nous a déclaré : je me nomme HENRY Lucien, 26 ans, je n’ai pas travaillé depuis le 23 janvier 1895, date de ma sortie de la prison de Chinon, je n’ai aucun moyen d’existence, je mendie pour vivre « 
Le même jour, à la demande du maire de Luynes, un médecin visite Lucien à la brigade de Luynes. Il reconnait un état épileptique et une faiblesse générale qui rend impossible la marche de Luynes à Tours pour son transfèrement devant le procureur. Un convoi civil composé d’une voiture à un collier conduit par le sieur CHIDET est alors requis pour mener Lucien HENRY à Tours.
Le 22 mars il est écroué à la maison d’arrêt de Tours et condamné le 23 mars à 8 jours de prison. Il est mis en liberté le 30 mars 1895.

Le 17 octobre 1895, Lucien est à Paris lorsqu’il est arrêté pour outrages, rébellions et vagabondage. Je n’ai pas consulté les dossiers de procédure aux AD de Paris mais les Tables Alphabétiques et Rôles du Tribunal Correctionnel (cotes D1U66017 et D1U65648) confirment bien sa présence.
Il est condamné à 6 mois de prison et 2 ans d’interdiction de séjour. Il sort théoriquement le 17 avril 1896.

Le 25 septembre 1896, le tribunal de Blois le condamne aussi à 6 mois de prison pour tentative de vol, outrages et coups et blessures volontaires commis le 16 septembre 1896. Il sort le 25 mars 1897.

Le 13 octobre 1897 à Tours, les agents de police PECHER et PERTHUIS dressent un procès verbal indiquant que dans la nuit du 12 au 13 octobre en passant par la place Victoire, ils ont trouvé un individu couché près d’un sac contenant des pommes. Ils n’ont trouvé aucun papier d’identité mais l’individu a dit s’appeler Lucien HENRI âgé de 22 ans, né à Fondettes et y demeurant chez son père. Il a essayé de leur échappé durant la nuit et ils l’ont enfermé au violon.
Interrogé de nouveau (le lendemain de son arrestation), il dit avoir 28 ans et né à Montlouis sur Loire, ce qui est plus proche de la réalité ! Il loge depuis 4 jours en garni place Victoire et vient du côté de Nantes. Il est réformé et n’a jamais été condamné. Le 12 octobre, il a ramassé des pommes à travers champs sous les arbres sur la commune de Saint-Cyr et affirme ne pas les avoir volées; le sac contenant les pommes lui a été prêté par son beau-frère POIRIER, cordonnier et demeurant au 6 rue des Prêtres. Il est épileptique et au moment de rentrer à sa chambre la veille après sa « cueillette », il a été pris d’une crise et est tombé au sol où il est resté jusqu’au passage des agents. Ses papiers sont chez son beau-frère.
Interrogé, François POIRIER (45 ans, chiffonnier) déclare que Lucien HENRY est bien son beau-frère qui ne peut rester nulle part et voyage continuellement de bourgs en villes. Il y a peu de temps qu’il est revenu à Tours et est entré comme ouvrier chez le sieur AUZANEAU, maréchal ferrant au village des Guets commune de Montbazon où il a travaillé deux jours et à la suite d’un coup de pied de cheval il est entré pour quelques jours à l’hôpital. Le 12 octobre, Lucien a effectivement demandé un sac pour aller ramasser des pommes à travers champs. Quant à ses papiers, ils ne sont pas chez lui et ignore ce qu’il en a fait.
Lors de son interpellation, les agents trouvent, en plus du sac de pommes, un couteau, un porte monnaie contenant un franc de Louis Philippe et un mouchoir à petits carreaux lilas avec bandes rouges formant une croix. Lucien avoue avoir emporté ce mouchoir par « mégarde » à sa sortie de l’hospice.
D’après les renseignements pris par le commissaire de police, Lucien est domicilié au 18bis place Victoire et vit depuis quelques jours à Tours. Il subvient à ses besoins par des maraudages et des rapines. Trois ans auparavant, il vivait à Tours et logeait la nuit dans des bouges où il fréquentait « la mauvaise société ».
Le sac de pommes constitue dès lors un vol de récoltes dont le propriétaire est inconnu et le mouchoir un vol simple envers l’hospice de Tours. Une assignation à comparaitre le 23 octobre lui est signifié par huissier le 13 octobre 1897.
A partir de là, j’émet l’hypothèse qu’il a été remis en liberté en attendant de comparaitre 10 jours plus tard. Sauf que le 23 octobre, Lucien ne se présente probablement pas car une nouvelle assignation est faite le 08 novembre :

L’an 1897 le 8 novembre, à la requête de Mr le Procureur près le tribunal de 1ere instance […] je soussigné André Henri ROGER, huissier audiencier au dit tribunal demeurant à Tours place Plumeau n°2 ai cité HENRY Lucien Pierre, 28 ans, maréchal ferrant, sans domicile ni résidence connu … ce pourquoi j’ai affiché copie de la présente à la principale porte du Tribunal civil de Tours et ai remis semblable copie à Mr le Procureur de la République en son parquet ou étant et parlant […] à comparaitre en personne le samedi 13 novembre 1987 devant le dit tribunal […]

Le 13 novembre 1897, Lucien Pierre ne se présente pas à l’audience.
Le tribunal après en avoir délibéré conformément à la loi, jugeant en audience publique de police correctionnelle et en premier ressort; attendu que le prévenu HENRY bien que régulièrement cité, ne comparait pas, donne défaut contre lui et dit qu’il sera passé outre aux débats.
Il est donc déclaré coupable et condamné à 4 mois d’emprisonnement et 18 francs 20 centimes pour frais de procès.

Mais Lucien n’effectuera pas sa peine de suite puisqu’il s’est de nouveau « évaporé ».
C’est le Parquet de la Seine en Mai 1898 qui, demandant des renseignements au parquet de Tours, permet de remettre la main sur le fugitif. Le parquet de Tours prie ses collègues parisiens de signifier le jugement du 13 novembre 1897 au nommé Henry actuellement emprisonné à la prison Sainte Pélagie de Paris.
Le 21 mai 1898, Lucien, grand malin qu’il est, informe le parquet de Tours, par greffiers interposés, qu’il fait opposition au jugement par défaut. Le 7ème parquet du Tribunal de 1ère Instance de la Seine indique qu’Henry sera libérable le 07 juillet 1898.
Le 23 mai 1898, le Parquet de Tours, demande à ses homologues d’informer Mr HENRY Lucien Pierre que le tribunal statuera le 16 juillet 1898 sur l’opposition formée par lui contre le jugement de novembre 1897.
Lucien sort donc de prison mais je ne sais pas s’il s’est présenté le 16 juillet au Tribunal de Tours. Il est débouté de son opposition et la condamnation de 4 mois est maintenue.
Une note dans le dossier de procédure (AD37 cote 3U3/2611) indique que le gardien chef de la prison d’Angers informe le Procureur de la République de Tours que le sieur HENRY à commencé à subir sa peine le 14 octobre 1898. Vous avez bien lu, Angers !

L’arrêt de l’audience publique de Police correctionnelle du Tribunal Civil de 1ère Instance de Tours (AD37, cote 3U3/1579), indique qu’Henry Lucien aurait été arrêté pour vagabondage le 08 octobre 1898 et condamné par le Tribunal d’Angers à deux mois de prison. Voilà ce qui explique la note du gardien chef de la prison d’Angers. Maintenant a-t-il purgé 4 mois + 2 mois supplémentaires de prison ? Il faudrait aller voir les AD49 …

Du 16 au 18 novembre 1899, Lucien est arrêté pour vagabondage à Tours mais est radié de l’écrou en vertu d’un non lieu.

La Der des Der

Le 1er janvier 1900, Lucien est arrêté à Château-la-Vallière (37) pour vagabondage. Il est remis entre les mains du Tribunal Civil de 1ère Instance de Tours qui le juge le 20 janvier 1900.
Vu qu’il a déjà subi une peine de 2 mois par le Tribunal d’Angers et qu’il y a lieu de lui accorder les circonstances atténuantes, il est déclaré en état de récidive légale, fait prévu et puni par les articles 269, 270, 271, 58 et 463 du code pénal.
Pour cela il écope d’un mois d’emprisonnement et 16 francs 80 centimes …
Mais ce n’est pas tout !

Attendu qu’il résulte du casier judiciaire de Henry que, depuis moins de 10 ans, non compris la durée de toutes les peines subies, qu’il a encouru les condamnations suivantes et que je me suis acharné à vous décrire plus haut (octobre 1894 à Tours, mars 1895 à Tours, novembre 1895 à Paris, septembre 1896 à Blois, juillet 1898 à Tours, octobre 1898 à Angers), ledit HENRY tombe sous le coup de l’application de l’article 4, § 2 et 4 de la loi du 27 mai 1885.

La sentence finale est la suivante : « à l’expiration de sa peine, HENRY sera relégué« .

Lucien va donc être envoyé au bagne, en l’occurrence en Guyane, et n’aura à sa sortie plus le droit de mettre les pieds dans l’hexagone.

Pour ceux qui n’auraient pas compté, Lucien a effectué au moins 15 séjours en prison avant de partir au bagne comme illustré ci-dessous.

Comme l’indique sa fiche matricule sous le numéro 6473, Lucien Pierre HENRY a embarqué le 21 décembre 1900 sur le Calédonie à destination de la Guyane Française. Il arrive au Maroni le 15 janvier 1901.

Source ANOM – cote H2346 – registre matricules Guyane Française

Lucien n’aura vécu (ou survécu) que 3 mois en Guyane, il décède à Saint-Jean-du-Maroni le 24 avril 1901. Son acte de décès n’en dit pas plus sur les circonstances de son décès, toutes les hypothèses sont recevables : alcool, énième et fatale crise d’épilepsie, maladie « locale » …

Source ANOM – Etat Civil Saint Jean du Maroni (1901)

Lucien Pierre n’a pas réussi à trouver sa voie dans cette vie. Les tribulations familiales dès sa plus jeune enfance l’auront marqué à jamais faisant de lui peu à peu un paria, s’enfermant dans un perpétuel mensonge. On peut croire que sa famille lui soit venue en aide ponctuellement mais son beau-frère François POIRIER en octobre 1897 le dit lui-même : « il ne peut rester nulle part et voyage continuellement de bourgs en villes« .

Le concernant, il me restera à retrouver les dossiers de justice dans les différents lieux où il a été emprisonné (Paris, Corbeil, Melun, Blois, Angers, Saumur) mais aussi de voir aux ANOM si son dossier est plus étoffé que la simple fiche matricule.

Les enfants de Pierre HENRY (6) : Armantine Léontine

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

Je vous invite à découvrir la vie de Armantine Léontine HENRY.

Pour ne pas contrevenir à la loi … je n’y contreviendrai pas …

Armantine Léontine HENRY est ma sosa 31 à la génération 5. Le 19 août 1866, elle est la sixième enfant du couple Pierre HENRY, tourneur, et Marie Joséphine GAUTIER. La déclaration est faite par son père en présence de :
– Etienne BOUCHER, 30 ans, charpentier, oncle paternel
– François FILLET, 40 ans, propriétaire, ami

Source AD37 – cote 6NUM8/156/006 – Montlouis-sur-Loire – page 345/390

Armantine est orpheline de mère le 28 novembre 1873. Elle à 7 ans.

Nous avons vu lors des précédents articles dédiés à son père qu’en 1877 elle est mêlée, ainsi que son petit frère Lucien, à une affaire de mœurs avec un dénommé GAUDRON. Qu’en est-il ?

1877 : L’affaire GAUDRON

Je vous ferais grâce des propos « crus » mais ne nous y trompons pas, Armantine a le verbe « léger » pour une enfant de 11 ans. Les pièces de procédure et les interrogatoires qui suivent sont issus de la cote 2U577 (AD37).

Le 23 janvier 1877, les gendarmes Jean-Baptiste FOLLOT et Alfred CORNEMUSE de la brigade de Tours, constatent que le 22 janvier, le sieur Pierre HENRI, 44 ans, tourneur, demeurant à Montlouis, s’est présenté à leur caserne pour y déclarer que sa petite fille Armantine, âgée de 9 ans, avait été victime d’un viol le 04 janvier par le nommé GAUDRON dit Lunette au village de Cusseau (il semblerait que ce soit le village de Thuisseau au sud de Montlouis et non Husseau à l’est de Montlouis qui est moins proche de Veretz).
Il interrogent Julie BOUCHER qui a appris par la clameur publique que sa nièce avait été victime d’un viol et leur conte ce que sa nièce lui a avoué.
Puis ils se rendent chez Pierre HENRY pour y interroger Armantine. Elle dit qu’elle était partie chercher du pain à Cusseau avec Lucien son frère. GAUDRON les a emmené chez lui pour leur en donner, il a conduit Armantine dans la cave pour tirer du vin pendant que so nfrère se chauffait. En revenant de la cave il lui a proposé 2 sous pour faire son lit en haut mais il n’y est pas allée. Il leur a fait mangé de la merluche et fait boire du vin puis il a pris Armantine sur ses genoux pour la faire chauffer et dans cette position il l’a touché aux parties sexuelles et vice versa. GAUDRON les a reconduit jusqu’au petit bois de Cusseau et a dit à Lucien de rester sur le chemin pendant qu’eux d’eux sont entrés dans le bois où il s’est couché sur Armantine, il lui a fait mal et s’est retiré aussitôt. Il a proposé d’aller souper chez lui mais Armantine n’a pas voulu alors GAUDRON lui aurait botter les fesses et donner une calotte pour la chasser. En sortant du bois ils se sont trouvés face à deux jeunes hommes qu’Armantine ne connaissait pas mais que GAUDRON semblait connaitre. Allant vers Montlouis, ils ont raccompagnés les enfants.
Les gendarmes continuent leur enquête et interroge MILLET et SAGET qui confirment avoir rencontrer GAUDRON et les enfants, avoir entendu GAUDRON dire à Armantine « qu’il ne fallait rien dire » et enfin qu’Armantine avait dit à MILLET que GAUDRON lui avait proposé 2 sous pour lui faire son affaire dans les bois.
Les gendarmes n’ont pu interroger GAUDRON car parti dés le matin par le train de 5 heures pour aller demeurer à Sepmes, canton de La Haye (Indre-et-Loire).
Les renseignements pris sur le compte de GAUDRON par des personnes notables de la localité ne sont pas élogieux : paresseux, il est parvenu à dissiper une partie de sa fortune, il est marié et père de 2 enfants. Les informations concernant HENRY ne sont pas mieux : veuf et père de 6 enfants, il les envoie chercher leur pain et le peu d’argent qu’ils rapportent, il s’en sert pour boire et il est très paresseux.

Le 24 Janvier, un télégramme du parquet de Tours à celui de Loches, demande d’arrêter et de transférer à Tours, le nommé GAUCHER dit Lunette, 43 ans, propriétaire à Sepmes (37).

Le 25 janvier, les gendarmes Jean-Baptiste CHRETIEN et Jean-Baptiste DENJEAN de la brigade de La Haye-Descartes, se transportent à la ferme de Maison Rouge à Sepmes pour y arrêter le sieur GAUDRON.
Son signalement par les gendarmes est le suivant : mesure 1m71, cheveux et sourcils noirs, front rond, yeux noirs, nez et bouche moyens, menton rond et visage long. Marque particulière : il est un peu vouté.
Il est mené à la Maison d’Arrêt de Tours dès le 26 janvier 1877. On notera que son signalement est un peu différent. A l’époque, les approximations vont bon train quand même !

Source AD37 – cote 2Y271 – Maison d’Arrêt de Tours

Le 01 février, Armantine est interrogée par je juge.
Le 04 janvier 1877, Pierre HENRY envoie ses enfants Armantine et Lucien vendre des fuseaux à Veretz, le bourg d’à côté. En réalité, ils étaient partis mendier de ci de là.
Chemin faisant, ils rencontre René GAUDRON qui leur dit de passer chez lui à leur retour car il est des tabourets à rempailler.
Vers 16 heures, les enfants toquent chez GAUDRON qui les fait entrer et leur propose de se réchauffer un peu au coin du feu.
Il est descendu avec Armantine tirer du vin à la cave, l’aurait couchée par terre, s’est mis sur elle en relevant ses jupons et lui a fait mal en voulant mettre son devant dans le sien sans y parvenir. Elle a voulu crier mais GAUDRON l’en a défendu.
Ils sont remontés dans la cuisine où il l’a mise sur ses genoux auprès du feu, le dos tourné de son côté et il lui a encore fait. Il lui a défendu de crier. Son petit frère était là et ensuite ils ont mangé de la merluche et bu du vin rouge.
Après le souper, GAUDRON a proposé 2 sous si elle montait dans la chambre faire le lit. Alors qu’ils montaient tous deux, Lucien s’est mis à pleurer et ils sont redescendus.
Armantine a demandé au sieur GAUDRON de les accompagner parce qu’elle avait peur des loups. Presque à la sortie du bois qui est de chaque côté du chemin, GAUDRON l’a prise par la main et dit à Lucien de rester sur la route. Ils sont entrés dans le bois et il lui a encore fait.
Deux jeunes gens (Théodore MILLET et Louis SACHET) passant par là les ont vus sortir du bois, GAUDRON leur a parlé et les enfants sont repartis. Chemin faisant, Armantine aurait raconté à SACHET ce que GAUDRON lui avait fait.
Quelque temps plus tard, elle aurait raconté à sa tante (Julie HENRY, femme BOUCHER) et à son père ce qui lui était arrivé
.

Le 27 janvier, René GAUDRON dit « Lunette », né le 2 mars 1833, marié et père de 6 enfants, est interrogé.
Le juge indique que le 04 janvier Armantine et son frère Lucien allaient chercher du pain à Cuisseau et que GAUDRON leur a proposé de leur en donner. Une fois entrés, Armantine et lui sont descendus seuls à la cave. Ils ont mangé de la merluche et bu du vin. Il a fait asseoir Armantine sur ses genoux et échanger des attouchements. Il a reconduit les enfants jusqu’au bois de Cuisseau où il a fait entrer Armantine en laissant Lucien sur la route.
GAUDRON indique qu’il avait demandé le 02 ou 03 janvier, aux enfants HENRY, de passer chez lui pour prendre des tabourets à rempailler. Le soir ils ont venus, la fille est descendue après lui à la cave, il leur a servi un bon morceau de pain, de la merluche et 2-3 verres de vin pur. Il dit avoir pris la petite fille sur ses genoux et n’avoir point fait de sottises; les enfants l’ont caressée en lui disant : « Papa nous avait bien dit que vous étiez un bon bonhomme« . Il leur a dit ensuite de s’en aller et les enfants lui ont demandé de les reconduire. Il est allé avec eux jusqu’à la sortie du bois de la Croix Cassée et Armantine lui a demandé de les conduire un peu plus loin parce qu’ils avaient peur. C’est à ce moment que les gens gens sont arrivés et ont raccompagnés les enfants.
Le juge dit qu’Armantine a raconté à Louis SACHET que GAUDRON avait proposé 2 sous pour entrer dans le bois afin de se faire toucher le devant. GAUDRON réfute disant qu’il n’a pas été dit de paroles déplacées mais que depuis il a appris que les enfants étaient très « avancés ». Il refute aussi d’avoir dit « de ne rien dire » quand ils étaient sur la route.

Louis SACHET, interrogé le 01 février, rapporte ce qu’Armantine lui a dit concernant les attouchements dans la cuisine et que GAUDRON lui avait proposé de monter dans la chambre pour lui faire son affaire, elle ne lui a pas dit qu’il s’était couché sur elle. Il indique aussi avoir entendu GAUDRON dire aux enfants « il ne faut rien dire », alors qu’ils s’approchaient du trio sur la route des bois. Enfin, il déclare n’avoir jamais entendu dire que GAUDRON ait l’habitude de s’attaquer aux enfants, que la petite fille demande son pain et vient souvent à la porte de son maître et enfin que le père est un homme qui ne travaille guère et qui passe pour ne pas être grand chose.

Théodore MILLET, le 01 février, confirme les dires de son compère SACHET qui lui aurait rapporté les propos et la recommandation « de ne rien dire » de GAUDRON à Armantine.
GAUDRON ne reconnait pas cette histoire, qu’il n’a rien fait et que son tort peut-être a été de faire boire les enfants un peu trop.

Le même jour, Lucien HENRY, 7 ans, est interrogé. En allant vendre des fuseaux à Veretz, ils ont rencontré GAUDRON qui leur a dit de repasser chez lui pour manger. Ils le connaissent bien mais n’étaient jamais allé chez lui et ils faisaient quand ils sont arrivés. GAUDRON a emmené sa soeur à la cave puis en haut dans la chambre pour faire le lit en lui promettant 2 sous, mais à moitié de l’escalier, Lucien a crié et ils sont redescendu. Ils ont mangé de la merluche, du pain et bu du vin (coupé avec de l’eau pour Lucien). Après le souper, Armantine a demandé à GAUDRON de les raccompagner par peur de traverser seuls les bois. Une fois dans les bois, GAUDRON a emmener Armantine dans le bois où ils sont restés longtemps, le laissant seul sur la route. Ils sont ressortis du bois en entendant des jeunes gens arriver. « C’est mon papa qui m’a dit de dire cela » mais il est bien vrai qu’ils sont entrés dans le bois et sa soeur n’a pas crié dans le bois mais elle a crié quand il l’a mise sur ses genoux pour la faire chauffer.
GAUDRON, confronté à cette histoire, dit que l’on voit bien que c’est une leçon qui a été faite à cet enfant. Il n’est pas entré dans le bois et il est aussi innocent que l’enfant qui vient de naître.
Lucien, réitère son propos sur le faits que GAUDRON est entré dans le bois avec sa sœur.

Le 01 février, Julie HENRY, lingère et épouse d’Etienne BOUCHER, sœur de Pierre HENRY et tante d’Armantine (au cas où vous seriez perdus), est entendue.
Le 08 janvier, ayant appris que sa nièce pouvait avoir des poux, elle est allée lui changer sa chemise qu’elle a examiné et elle n’a rien vu d’extraordinaire. Le soir même, on lui a rapporté que sa nièce avait été insultée par Mr GAUDRON.
Le 09 janvier, elle est allé questionné sa nièce qui lui a conté que le 04 janvier avec son frère elle a rencontré GAUDRON qui leur a demandé de passer pour rendre des tabourets à rempailler. Ils y sont allés. GAUDRON l’a faite descendre à la cave pour tirer à boire, il l’a mise sur ses genoux et ils sont se touchés (mais Julie n’en est pas certaine). Ils sont remontés dans la chambre où Lucien se chauffait. Ils ont bu et mangé. GAUDRON les a reconduit par le chemin de Thuisseau où il a mené Armantine dans les bois laissant Lucien sur le chemin. GAUDRON a promis 2 sous si Armantine voulait se laisser faire, qu’elle avait bien voulu, qu’il a avait bien essayé mais n’avait pas pu. Au moment de sortir du bois, sont arrivés des jeunes gens et les enfants sont partis avec ces derniers après avoir discuté avec GAUDRON.
GAUDRON pour sa défense dit qu’il n’a pas insulté l’enfant et que tout cela n’est pas vrai. Il a entendu dire auss ique l’enfant avait été visitée (par un médecin).

Le 01 février, Pierre HENRY fait sa déposition. Le 04 janvier il a envoyé ses enfants Armantine et Lucien vendre des marchandises à la campagne du côté de Veretz. En rentrant ils sont allés chez Mr GAUDRON qui leur avait dit avoir des tabourets à rempailler. Ils sont entrés chez lui et étaient allés à la cave tirer à boire, GAUDRON interdisant à Lucien de descendre. Armantine est monté faire le lit mais est redescendue car Lucien s’était mis à pleurer. Ils ont soupé chez GAUDRON qui les a reconduits jusqu’au bout du bois où ils ont rencontré deux jeunes gens qui ont raccompagnés les enfants. Le lendemain, GAUDRON est venu chez HENRY, il a donné 50 centimes à l’une de ses filles pour aller chercher du vin qu’ils ont bu ensemble. GAUDRON a dit qu’il avait des tabourets à faire rempailler, les enfants n’ont rien dit à leur père ce jour là. Plus tard, il a entendu dire que GAUDRON avait insulté sa fille. Il a demandé aux enfants le 22 janvier des précisions, sa sœur le savait depuis quelques jours mais ne lui a rien dit. La petite fille lui a raconté que GAUDRON l’avait emmené dans le bois, ce qu’il avait essayé de lui faire et l’avait battue; mais aussi qu’il avait aussi essayé une première fois chez lui mais elle ne lui a rien dit de la cave.
GAUDRON, sur confrontation, dit que tout est faux et que le lendemain il a été le bienvenu par le père comme par les enfants et a demandé si les enfants étaient bien rendus (rentrés).
HENRY dit qu’il a bien vu que les enfants étaient « chauds » et qu’ils n’étaient pas comme d’habitude.
GAUDRON répond que ce même jour, la petite fille (Armantine) et sa sœur sont venues chez lui, elles ont ramassé des papiers qu’il jetait, elles ont été vues par des vignerons.
HENRY dit que sa fille Armantine n’est pas une menteuse. Ils ne sait pas qui lui a appris les mots qu’elle a utilisé pour lui raconter l’histoire.
GAUDRON précise que le jour où les deux filles sont revenues, il a eu de la peine à les renvoyer. Il a mis à sa porte les deux tabourets afin qu’elles puissent les prendre en passant et sans rentrer chez lui.
HENRY dit qu’il ne sait pas pourquoi sa fille aurait raconté de plusieurs manières différentes ce qui lui est arrivé.
GAUDRON lui rétorque que c’est bien simple, c’est parce qu’elle se trompe sur ce qu’on lui a fait dire.
HENRY dit « je lui ai pourtant recommandé de ne dire que ce qui lui était arrivé« .

Le 10 février, Armantine est de nouveau entendue par le juge. Elle affirme que GAUDRON l’a touchée et que ce n’est pas son père qui lui a dit de déclarer cela. Elle ne sait pas dire pourquoi elle a raconté l’histoire de différentes manières. Armantine dit que GAUDRON lui a fait des choses dans la cave et dans le bois mais que dans la cuisine il ne lui a rien fait. Le juge demande aussi à Armantine qui lui a appris les mots qu’elle emploie. Elle dit que c’est GAUDRON.

Le 10 février, la jeune Armantine est visitée par le docteur Léon DANNER, sur ordonnance du juge, pour constater si celle-ci porte des traces d’attentats à la pudeur ou de viol pouvant remonter au 04 janvier.
La conclusion du médecin est qu’Armantine n’est pas déflorée et qu’elle ne porte aux parties sexuelles aucun trace d’attouchements violents ou de tentative de viol. Il note aussi que ses organes sexuels sont peu développés à l’exception du clitoris dont le volume et l’aspect flétri dénotent des habitudes d’onanisme.

Le 20 février, le juge ROGER demande à ce que soit communiqué au Procureur de la République la procédure contre René GAUDRON.

Le 20 février, le maire de Montlouis sur requête du juge, adresse un courrier portant sur la moralité de René GAUDRON. Le maire a entendu dire que ledit GAUDRON courait un peu les femmes mais qu’il n’a jamais entendu dire qu’il avait essayer de corrompre des enfants et qui si la faute qu’on lui impute est exacte, il croit que ce serait la première fois qu’il aurait eu cette mauvaise pensée.

Le 24 février, la cour d’appel d’Orleans, chambre des mises en accusations, à la lecture des pièces du procès, renvoie l’accusé devant la cour d’Assises.

Le 01 mars 1877, le président du Tribunal de 1ère instance de Tours, interroge le sieur GAUDRON avant sa traduction définitive devant les assises. René GAUDRON maintient ses dépositions et prend Maitre RIVIERE, avocat à Tours, pour le défendre. Il est transféré et écroué le même jour à la Maison de Justice.
Nota : on remarquera la justesse (oups) du signalement et aussi sa taille : 1m71 lors de son arrestation à Sepmes, 1m64 lors de son écrou le 26 janvier et 1m70 le 1er mars …

Source AD37 – cote 2Y398 – Maison de Justice de Tours

Le 13 mars 1877 se tient le procès en cour d’assises (arrêt trouvé en cote 2U73 aux AD37) de René GAUDRON dit Lunette. Les 12 jurés sont tirés au sort et les débats ont lieu à huis-clos. Il est dit qu’Armantine a 9 ans alors qu’en réalité elle a 11 ans.
Les témoins après avoir prêté serment ont déposé les uns après les autres et répondu aux questions du ministère public. Le président de la cour Mr PAULMIER a interrogé l’accusé sur les différents faits et circonstances du procès. Enfin l’avocat maitre RIVIERE a présenté la défense.
La parole n’étant plus demandée, le président a déclaré les débats terminés. Il a résumé l’affaire, a fait remarquer aux jurés les principales preuves pour ou contre l’accusé et a donné lecture des questions posées par lui. Les jurés se sont retirés pour délibérer et le président a fait retirer l’accusé de l’auditoire.
Les jurés après délibération sont entrés dans l’auditoire et le chef du jury, Alfred DUVALDESTIN, sur demande du président s’est levé, a posé la main sur son cœur et a lu la déclaration du jury :
A la question : « GAUDRON René dit Lunette, ici présent, est-il coupable d’avoir le 04 janvier 1877, à Montlouis, commis un attentat à la pudeur consommé ou tenté sans violence sur la personne de Armantine HENRI, âgée de moins de 13 ans ?« 
Le jury a répondu : « Non« 
Le président a fait comparaitre l’accusé , et le greffier a lu à haute voix la déclaration du jury. Cette déclaration étant négative, le président a prononcé l’acquittement de GAUDRON et ordonné sa mise en liberté.

Pierre HENRY et sa fille Armantine ne sont pas plus inquiétés de leur côté. Y-a-t-il eu mensonge, machinations ? Présomption d’innocence pour GAUDRON malgré cette histoire dans les bois ? Il est bien dommage de ne pas avoir les minutes précises des débats. C’est frustrant !

Et la vie reprend son cours … jusqu’en 1882. Armantine a 15 ans.

1882 : les affaires HENRY et HENRY / TALLAND

Je ne vais refaire les 4 épisodes de l’affaire HENRY. En résumé, en Avril 1882, Armantine est d’abord prévenue de vols simple et vols de récoltes.
L’instruction prend une autre tournure lorsque son petit frère Lucien fait le grand déballage aux gendarmes, Armantine est aussi « victime » d’attentats à la pudeur commis par son petit frère, par son père et peut être même par un certain Etienne TALLAND. Une seconde instruction est ouverte.

Le 19 avril, Armantine est placée aux écrous Passagers de Tours avec son père et sa petite sœur Louise Antoinette, prévenue pour vols simples et vols de récoltes.

Le 25 Avril et jusqu’au 02 Juillet 1882, elle est transférée et maintenue à la maison d’Arrêt de Tours, le temps des deux instructions.

Dans ces deux affaires, le poker menteur mène une danse frénétique pour aboutir aux sentences suivantes :
– Etienne TALLAND est acquitté d’attentats à la pudeur
– Lucien HENRY est placé dans la famille, on en reparlera
– Armantine HENRY, prévenue dans le premier procès est acquitté mais conduite au Refuge de Tours pour y être tenue fermement jusqu’à ses 20 ans accomplis.
– Pierre HENRY sera condamné à 12 ans de bagne.

Le Refuge de Tours

La cote 1Y95 consultée aux archives de Tours concernent les dossiers nominatifs des détenues jugées en Indre-et-Loire et placées dans l’établissement du Refuge. Le dossiers d’Armantine m’a permis d’y trouver la notice d’information et un avis de la commission de surveillance.

Source : larotative.info du 15 ami 2016 – Le Refuge de Tours

Armantine Léontine est confiée à sœur Angélique le 02 juillet 1882 pour être conduite à la Maison d’Education Correctionnelle à Tours, autrement appelée la Maison du Refuge ou encore Bon Pasteur, tenue par des sœurs. Je me fendrais d’un article à ce propos.
Il est dit dans la notice qu’Armantine a mauvais caractère et est débauchée. Elle n’a pas fréquenté l’école primaire, elle est catholique et a fait sa première communion (ndlr : n’a pas non plus été touchée par la grâce divine, non plus). Sa conduite en prison, avant d’être placée au Refuge, a été bonne.
Il faut cependant l’éloigner de sa famille. Son état de santé est bon.
Enfin il est stipulé en observations particulières : « La fille HENRY est effrontée et a besoin d’être tenue très sévèrement« . On pourra dès lors faire confiance aux sœurs pour la remettre dans le droit chemin …

Le 03 novembre 1882, la commission de surveillance en charge de visiter les jeunes détenus ne fait que confirmer ce que dit la notice et que son intelligence n’est pas développée puisqu’elle n’a pas fréquenté l’école.

On se souvient par ailleurs que sa sœur Désirée Marie HENRY est aussi au Refuge depuis quatre années et qu’elle doit sortir en 1883. Elles se sont donc forcément croisées à un moment ou à un autre durant cette année commune.

Sortie et retour à une vie « normale »

Armantine sort de la Maison de Correction le 19 août 1886.
Elle n’est pas accueillie par sa sœur Désirée qui vit à ce moment avec son mari à Corancy dans la Nièvre.
Peut-être est-elle hébergée chez sa sœur Julie épouse GUILLORIT ? A priori, le recensement de 1886 a eu lieu au mois d’août, le mois de sa sortie du Refuge mais je n’ai pas trouvé ce jour un lieu d’habitation à cette période.

On retrouve la trace d’Armantine dans l’Union Libérale du 21 et 22 novembre 1887 où est annoncé la publication des mariages. Elle vit au n°16 de la Place Victoire, quartier Poissonnerie de Tours.

Source L’union Libérale du 21 et 22 novembre 1887 – page 4/4

Le 12 décembre 1887 (soit 85 ans et 2 jours avant mon anniversaire !) Armantine Léontine HENRY, ouvrière couturière de 21 ans et trois mois, prend pour époux François POIRIER, ouvrier cordonnier âgé de 34 ans et natif de Tours. Contrairement à l’adresse figurant dans la publication, François habite au n°5 rue des Petits Gars (encore une histoire de domicile de fait et de domicile de droit) …
Les chats ne faisant pas des chiens, un bel article sera rédigé bientôt en l’honneur de mon sosa 30.

Source AD37 – cote 6NUM8/261/301 – Tours – page 279/329

Le 25 juillet 1889, Armantine à 23 ans lorsqu’elle met au monde Armand François au 5 rue des Petits-Gars à Tours. Sa vie ne sera qu’éphémère puisqu’il décède le 16 août 1894.

Le 25 juillet 1894 nait Fernande Gabrielle POIRIER (sosa 15) au domicile de ses parents n°6 rue des Prêtres à Tours.
– A 14 ans, le 17 octobre 1908, elle est placée à la Maison d’Arrêt de Tours pour coups et vol. Elle est transférée en Appel à Orléans le 10 décembre 1908 (ndlr : on ne change pas une équipe qui gagne ! hum ! hum !). Encore des recherches à faire pour en savoir plus.
– Lors du recensement de 1911, elle n’est pas au domicile de sa mère. A-t-elle été en prison ou en maison de correction jusqu’à l’âge de 20 ans ?
– On la retrouve à 26 ans, au mariage de sa sœur, le 22 mai 1920, elle réside 20 rue du Change à Tours et est employée de bureau.
– Et hop, disparition jusqu’au 28 mars 1931 à Vouvray où elle épouse, à 37 ans, CHESNEAU Louis (mon sosa 14). Il auront un enfant.
– Et re-hop, impossible de trouver ne serait-ce que son acte de décès … un vrai mystère cette AGM !

Au recensement de 1896, François POIRIER est noté comme « sans profession ». La vie doit être bien compliquée pour le couple.

Le 03 décembre 1896 nait Emile Ludovic POIRIER. En 1911, il exerce la profession de Passementier. Il évitera la guerre pour défaut de musculature en 1915-1916. Il épouse le 25 février 1922 à Tours, Suzanne Marie Jeanne BARTELLEAU. Ils auront une fille qui ne vivra pas 1 mois en 1924. Emile Ludovic décède le 04 juin 1929 sans postérité (ni d’actif apparent).

François Poirier décède le 04 décembre 1897 à l’âge de 44 ans, à son domicile du 6 rue des Prêtres, laissant Armantine seule avec ses 2 enfants âgé de 1 et 3 ans.

Continuer à se battre …

Armantine est veuve à 31 ans, je ne savais pas ce qu’elle avait fait durant presque 25 ans soit de 1897 à 1922, année du mariage de son fils Emile Ludovic.
J’ai fini par retrouver sa trace un peu par hasard (via Filae) dans les recensements de 1906 où elle habite au 27 rue Jules Charpentier, avec un certain Auguste Constant CHANTELOUP, cordonnier de son état, de 16 ans son aîné. Et je lui découvre en plus de Fernande Gabrielle et Emile Ludovic … 2 enfants supplémentaires : Augustine Léontine (°1900 à Tours) et Louise Armandine (°1904 à Saint Julien).
La recherche est devenue quasi épique et non dénuée de découvertes.

Le 20 février 1900 vient au monde Augustine Léontine, enfant naturelle de père et de mère inconnus (trouvée grâce aux recherches de Nicole Chantelou déposées sur Geneanet). La déclaration est faite par Madeleine METTé, sage femme âgée de 57 ans, demeurant 3 rue du gazomètre.
Elle est reconnue par sa mère le 06 avril 1920 (20 ans plus tard !!!) et prendra le nom de HENRY. On ne saura jamais si Auguste CHANTELOUP était son père car il est décédé depuis 2 ans. Mais quand même ! Augustine c’est le féminin de Auguste, et Léontine est le 2ème prénom de sa mère …
Elle épouse le 22 mai 1920, à Tours, Emile François Joseph GUéNAND de 19 ans son aîné. Elle est ouvrière en chaussures. Sa sœur Fernande Gabrielle, employée de bureau, est témoin au mariage.
Le 19 juin 1954, divorcée ou veuve, elle épouse Michel Baptiste REDAUD à Paris 18ème, de 21 ans son aîné.
Elle s’éteint le 04 janvier 1965 à paris 18ème, 2 ans après son second époux et en l’état de mes recherches je ne sais dire si elle a eu une postérité.

Le 13 décembre 1903 nait au 1 rue des Balais, Louise Armandine CHANTELOUP, fille naturelle d’Auguste CHANTELOUP déclarant et de mère non dénommé. C’est fou ! La déclaration est faite aussi par Madeleine METTEY, sage femme demeurant au 25 rue des Cerisiers; tiens donc ! la même sage femme qu’en 1900 … Sa mère ne la reconnaitra jamais.
Le destin de Louise Armandine est bien triste, les relevés collaboratifs des écrous de Tours révèlent son arrestation le 17 septembre 1928, elle est dite « fille soumise ».
Louise Armandine décède à l’hôpital boulevard Tonnelé le 23 novembre 1929 et c’est Armantine Léontine HENRY qui en fait la déclaration à l’état civil.

Revenons au fil de vie d’Armantine Léontine.

Au recensement de 1911, Armantine habite au 5 rue André Duchesne (quartier de La Riche) avec Auguste CHANTELOUP et 3 de ses enfants hormis Fernande Gabrielle qui, rappelons-le est peut-être en maison de correction.
Armantine est Blanchisseuse au Bateau Parisien à Tours.

Le 28 novembre 1918, Auguste Constant CHANTELOUP décède bvd Tonnelé, âgé de 68 ans. Il est domicilié au 12 rue André Duchesne à Tours.

Le 22 mai 1920, elle marie sa fille Augustine Léontine après l’avoir reconnue un mois plus tôt.

Le 25 février 1922, c’est au tour de son fils de voler de ses propres ailes. Armantine vit toujours au 12 rue André Duchesne.

Arrêter de se battre

Le 04 juin et le 23 novembre 1929, Armantine enterre successivement son fils Emile et sa dernière fille Louise. Armantine à 63 ans et l’épreuve doit être bien terrible puisqu’elle s’éteint l’année suivante le 07 août 1930.

Source AD37 – cote 6NUM8/261/490 – Tours – pg 256/443

On notera que la déclaration est effectuée par Louis CHESNEAU (mon sosa 14), futur époux de Fernande Gabrielle.

Armantine Léontine aura eu une enfance bien tumultueuse, victime des turpitudes de son père. Un passage au Refuge de Tours qui n’arrangera pas son équilibre psychologique. Puis elle se mariera avec François POIRIER de 13 ans son aîné, qui ne semble pas avoir été un enfant de chœur. Elle devient veuve en 1897 et semble refaire sa vie dès 1899-1900.
Ce que j’ai du mal à comprendre c’est qu’elle n’a reconnu que très tardivement la première de ses deux dernières filles mais pas la dernière, Louise. Armantine est pourtant déclarante lors de son décès et Louise a été reconnue par Auguste CHANTELOUP dès sa naissance. Cela restera un mystère …

Avec ces 2 nouveaux enfants trouvés, je mets à jour l’arbre de descendance à partir de cette article.

Les enfants de Pierre HENRY (5) : Pierre Isidore dit « Albert »

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

Je vous invite à découvrir le chemin parcouru par Pierre Isidore dit « Albert » HENRY.

Pour ne pas contrevenir à la loi … je n’y contreviendrai pas …

Pierre Isidore voit le jour le 15 mars 1865 à Montlouis-sur-Loire. Il est le cinquième enfant de la famille. Son père Pierre HENRY est tourneur et sa mère Joséphine GAULTIER est sans profession. La déclaration est faite par le père en présence de :
– Sylvain ARNOULT, rentier , 66 ans, ami
– Jules THIéLON, instituteur, 35 ans, ami.

Source AD37 – cote 6NUM8/156/006 – Montlouis sur Loire – page 334/390

Lorsque sa mère décède le 28 novembre 1873, Pierre Isidore a huit ans et demi. Il va devoir désormais vivre sous le joug de son père …

Le 05 août 1876 commence l’affaire « GIRAUD » dans laquelle Pierre Isidore dit « Albert » est directement impliqué. Le dossier de procédure consulté aux AD37 (cote 3U3/2294) nous apprend tous les tenants de l’affaire

L’affaire GIRAUD

Le 06 août 1876, les gendarmes détachés à l’Assemblée de Montlouis-sur-Loire sont informés par le sieur LATOUCHE, maire, qu’un vol avec effraction a été commis la veille au domicile de Martin GIRAUD (77 ans), propriétaire au bourg. L’auteur du larcin n’est autre qu’Albert HENRY, 12 ans, demeurant chez son père Pierre HENRY.

Les gendarmes se rendent chez le sieur GIRAUD qui raconte :

Hier cinq du courant, je suis parti de la maison vers midi et demi pour aller travailler dans mes vignes après avoir fermé la porte à clef. A mon retour vers 6 heures, j’ai remarqué qu’un carreau de ma croisée avait été cassé pendant mon absence et qu’une somme de 15 francs qui était placée dans le tiroir de ma table m’avait été volé, laquelle se composait d’une pièce de 10 francs et d’une pièce de 5 francs en argent. Mes soupçons se sont portés sur le jeune HENRY; en effet, peu de temps après j’appris par le sieur PASQUIER Jean, âgé de 32 ans, charcutier, mon voisin, qu’il avait vu un enfant sortir de ma maison en passant par un carreau qui était cassé.
Il y a environ 8 jours, ce même enfant m’avait déjà volé cinq francs dans ce même tiroir, et la veille vers quatre heures du soir, m’étant absenté de la maison quelques instants, lorsque je suis rentré, j’ai entendu remuer sous mon lit, après avoir regardé ce qu’il pouvait y avoir, j’ai vu ce garçon qui y était couché, aussitôt il s’est retiré et lui ayant demandé ce qu’il faisait chez moi, il ne m’a pas répondu puis il est parti.

Les gendarmes se rendent ensuite chez le sieur PASQUIER qui confirme avoir vu le jeune HENRY sortir de la maison du sieur GIRAUD par un carreau cassé et avoir prévenu ce dernier.

Accompagnés du Maire, les gendarmes vont chez Pierre HENRY pour y interroger son fils qui avoue être entré dans la maison après avoir cassé le carreau de la croisée avec un marteau mais ne sait pas dire ce qu’il est advenu de l’argent volé.

Sur ces entrefaites, Pierre HENRY qui assiste à l’interrogatoire se met en colère et le maire en prend plein son grade.

Si mon fils va en prison, je suis un homme perdu! Il y a dans cette commune le sieur GAUCHER, marchand de vin en gros que je vais tuer dès ce soir si je le rencontre et de reste demain vous allez en entendre parler ! Car cet homme ne cherche qu’à me nuire. Il m’a fait retirer le mois dernier 12 livres de grain que je touchais du bureau de bienfaisance. De plus, il empêche ma fille aînée qui est domestique chez lui depuis 3 mois de venir me voir et de me donner de l’argent pour m’aider à élever ma famille. Il a également fait retirer de chez moi une autre de mes filles qu’il a fait placer et je ne sais ni où ni chez qui elle se trouve !

Sur ce, les gendarmes l’invite à cesser ces propos et qu’il a des enfants à élever. Pierre HENRY ne décolère pas pour autant et promet que dès le soir ou le lendemain au plus tard, il tuerait le sieur GAUCHER. Le maire requiert les gendarmes d’arrêter, et le père, et le fils.

Les autres renseignements et descriptions versés dans le procès-verbal d’arrestation par les gendarmes sont :
– Pierre HENRY est veuf depuis 3 ans, père de 7 enfants dont 5 sont à sa charge. I la mauvaise réputation, s’énerve souvent et est très brutal . Il ne cesse de faire des menaces à ses voisins qui ont peur de lui. C’est cette mauvaise conduite qui lui a fait retirer l’aide de 12 livres de grain qu’il touchait du bureau de bienfaisance.
Il mesure 1m62, cheveux châtains grisonnants, front haut, yeux gris, nez moyen, bouche grande, menton rond, visage ovale, teint coloré, petite cicatrice au coin de l’œil gauche, boiteux de la jambe gauche.
– Albert HENRY mesure 1m44, cheveux châtains, front couvert, yeux gris, nez et bouche moyens, menton rond, visage ovale, teint clair.

Et voilà ! le père et le fils enregistré dans les écrous passagers (cote 2Y330) à Tours le 06 août 1876 respectivement n°1816 et 1817.
Pierre sortira le 07 août avec ordonnance de non-lieu.
En revanche, Pierre Isidore reste prévenu pour vols qualifiés. Ce sont les écrous de la maison de Correction (cote 2Y421), à défaut d’avoir trouvé l’arrêt dans le dossier de procédure, qui nous apportent les informations du jugement.

Source AD37 – cote 2Y330 – Ecrous Passagers – page 189/214
Source AD37 – cote 2Y421 – Ecrous de la Maison de Correction – pg 152/222

Pierre Isidore est, je cite : « acquitté de la prévention de vols qualifiés reconnu ayant agi sans discernement mais le tribunal a néanmoins ordonné qu’il serait conduit dans une maison de correction jusqu’à l’âge de 20 ans accomplis en vertu des articles 379, 384 et 466 du code pénal« . La maison de Correction sera la Colonie de Mettray, commune située au Nord de Tours. Il devra y rester jusqu’au 15 mars 1885.

En 1882, dans le dossier de la colonie (cote 1Y223), Pierre Isidore, 17 ans, apprend le métier de cultivateur. Sa conduite laisse encore à désirer à cause de son mauvais caractère mais son travail est satisfaisant. Il a obtenu son certificat d’études primaires grâce à des progrès sensibles.

La cote 2Y214 relative à la libération des jeunes détenus fait état de la libération en septembre 1883 de Pierre Isidore, soit presque 2 ans avant sa sortie effective de la colonie.

Pierre Isidore s’engage pour 5 ans à compter du 05 septembre 1883 au 131ème de ligne sous le n°2691 ce qui peut expliquer sa libération anticipé de la colonie de Mettray. Il est envoyé en congés le 23 septembre 1887 et un certificat de bonne conduite lui est accordé.
La fiche matricule (n° de recrutement 932, cote 1R626) indique que :
– au moment de son engagement, il vit à Angers et exerce le métier de maçon
– le 01 avril 1888 il vit à Rochecorbon (37)
– le 12 janvier 1892 il demeure à Bourgueil (37)
– du 5 au 17 juillet 1898, il effectue une période d’exercices dans le 70ème Régiment Territorial d’Infanterie
– et …

La petite affaire NICIER

Le 04 septembre 1904 à la suite d’une querelle, Pierre Isidore s’empare d’un pot de fleurs et brise volontairement deux carreaux de la fenêtre du sieur NICIER; causant un préjudice d’environ 1 franc et cinquante centimes.

Le 22 septembre 1904, comme il ne comparait pas devant la justice, le Tribunal Correctionnel de Chinon le condamne par défaut à 16 francs d’amende plus les frais du procès qui s’élève à 27 francs et 16 centimes.

A cette époque, Il est dit que Pierre Isidore est célibataire et ouvrier carrier à la Bidaudière commune de Bourgueil.

Kurt Peiser – L’ivrogne (source : http://www.artnet.fr/)

Pierre Isidore HENRY n’a peut être pas habité la commune de Bourgueil entre 1906 et 1911, je ne l’ai pas trouvé dans les recensements. Cependant, il est dit y demeurant lors de son décès à l’hospice de Bourgueil le 14 août 1917.

Source AD37 – cote 6NUM8/031/028 – Bourgueil – page 234/346

Les tables de successions et absences (cote 6NUM3/004/011) indique un certificat au 18 avril 1918 constatant l’absence d’actif et précise qu’il est bien célibataire.

On aurait pu croire que ses 5 années dans l’armée lui aurait mis le pied à l’étrier pour affronter la vie alors qu’il n’a que 22 ans mais je ne pense pas que sa fin de vie ait été bien heureuse. Nul ne le saura …

Geneanet – Descendance G5 de Pierre HENRY °1775 †1851

Les enfants de Pierre HENRY (4) : Désirée Marie

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

Je vous invite à découvrir le chemin parcouru par Désirée Marie HENRY.

Pour ne pas contrevenir à la loi, j’indiquerais les dates et lieux de naissance / mariage de ses enfants ainsi que les dates de décès que l’on trouve sur Internet très facilement grâce aux états civils.
Je ne citerais en revanche aucun de ses petits enfants.

Désirée Marie HENRY nait le 12 septembre 1863 à Montlouis-sur-Loire (37). Elle est le quatrième enfant de Pierre HENRY (31ans), tourneur, et Marie Joséphine GAULTIER (33 ans), sans profession.
La déclaration de naissance est faite par son père en présence de :
– Sylvain ARNOULT, propriétaire, 65 ans, ami du déclarant
– Jules THIéLON, instituteur, 33 ans, ami du déclarant

Source AD37 – Montlouis sur Loire – cote 6NUM8/156/006 – page 316/390

Le 28 novembre 1873, Désirée a 10 ans lorsque sa mère passe de vie à trépas.

En 1876, trois évènements surviennent dans la vie de cette pauvre famille. Tout d’abord sa soeur Joséphine Julie est placée comme domestique on ne sait où à partir de Juin. Puis son frère Pierre Isidore est envoyé à la colonie de Mettray, en août, suite à une condamnation pour vols. Et enfin, son autre sœur ainée Marie Pâquerette se marie à l’automne.
A treize ans, elle devient l’aînée des enfants ce qui est confirmé par le recensement de fin 1876 à Montlouis-sur-Loire. Elle doit certainement continuer à participer à l’aumône organisée par son père, qui, semble-t-il, n’est pas un exemple de probité.

En Janvier 1877, l’affaire « GAUDRON René » éclate, sa sœur cadette Armantine et son petit frère Lucien sont interrogés par la gendarmerie. Ce qui n’amène pas plus de stabilité dans cette famille. Nous reparlerons de cette affaire dans l’article consacrée à Armantine.

L’affaire PODEVIN

Au printemps 1878, c’est au tour de Désirée Marie d’être mêlée à une affaire de vols et de mœurs : l’affaire PODEVIN, découverte lors de mes recherches sur les affaires de Pierre HENRY.

Le registre d’écrou de la maison d’arrêt (cote 2Y272) n’indique pas si Désirée vient des écrous Passagers mais nous donne des informations très intéressantes.
Désirée a un petit nez, son menton est rond, son visage ovale, son front est ordinaire, son teint est clair et ses yeux gris. Elle mesure 1m49, ce qui semble assez normal pour une jeune fille de 14 ans et demi.
Elle porte un bonnet, une robe, 1 jupon, 1 chemise et 1 paire de souliers.
Par jugement du Tribunal de Police Correctionnelle de Tours en date du 18 mai 1878, Désirée Marie est acquittée de la prévention de vol de récoltes et d’outrage public à la pudeur comme agi sans discernement mais renvoyée dans une maison de correction jusqu’à l’âge de 20 ans accomplis.
Jugée le 18 mai 1878, elle commence sa peine le 05 juin 1878 et doit la terminer le jour de ses 20 ans le 12 septembre 1883. Le 09 juin elle est remise à sœur Marie Joseph pour être conduite au Refuge de Tours.

On retrouve une partie de ces informations dans un tout petit encart du journal L’Indépendant d’Indre-et-Loire en date du 20 mai 1878 (source Geneanet).

Source Geneanet – L’indépendant d’Indre-et-Loire – cote 2039PERU4 (1878) – pg 237/608

Placée à la Maison du Refuge de Tours

Le dossier nominatif des détenues jugées en Indre-et-Loire et placées à la Maison du Refuge de Tours entre 1863 et 1885 (AD37, cote 1Y95) permet d’en savoir un peu plus sur Désirée et les raisons de son placement.
Malheureusement, il m’a été impossible de trouver le moindre dossier de procédure (théoriquement en cote 3U3/2314), ni l’arrêt du tribunal de police correctionnel (théoriquement en cote 2U73) lors de mon second passage aux AD37 fin Octobre 2021. Est-ce parce que c’est un jugement à huit-clos et que le dossier se trouve ailleurs ? C’est étonnant …

Je m’égare dans mes réflexions, revenons au dossier ! Dans la notice d’information dressée le 14 juin 1878, il est dit :

La fille HENRY, associée avec la femme PODEVIN de Montlouis, a volé à plusieurs reprises des fruits dans le jardin d’un habitant de cette commune. Excitée et sous l’emprise de cette femme qui favorisait des relations coupables avec des jeunes gens de la localité. Elle s’est livrée plusieurs fois à eux, en présences de ses frères et soeurs âgés de 6 à 12 ans seulement.
La fille HENRY a toujours fait preuve de détestables instincts, de moeurs déplorables et son caractère était absolument insoumis.
Un bon point (ouf !) : elle sait lire et écrire.
On ne sait pas si cela la sauvera : Catholique, a fait sa première communion
Avant sa détention, elle a appris à rempailler les chaises mais n’a pas été employée à des travaux d’agriculture ou placée en domesticité.
Le délit pourrait être imputable au défaut de surveillance du père, qu’elle n’a pas été excitée par celui-ci mais par la seule femme PODEVIN.
En tout état de cause, il est conseillé que Désirée Marie soit éloignée de sa famille.

Un commission de surveillance visite la jeune Désirée Marie HENRY le 05 juillet 1876 et établit le rapport suivant.

Concernant la famille : La mère est décédée. Le père de Désirée est ouvrier tourneur, il est paresseux et vit de la charité publique qu’il fait exploiter par ses enfants. Il boit ce qu’il gagne sans qu’il y ait lieu toutefois de lui reprocher d’avoir excité ou favorisé les mauvais instincts de sa fille.

Concernant Désirée : sa santé est bonne, ses mœurs détestables, son caractère insoumis et son intelligence ordinaire. Le médecin de la prison de Tours, un mois plus tôt, en date du 05 juin 1878, a même indiqué un tempérament excellent.

L’heure de la sortie

Comme prévu par la loi et indiqué dans le dossier de libération des détenues (archivé en cote 1Y96 aux AD37), Désirée Marie sort du Refuge de Tours le 12 septembre 1883. D’ailleurs, elle y croise depuis Juin 1882 sa cadette Armantine Léontine suite aux affaires de Pierre HENRY.

Une Notice Individuelle Statistique et Médicale est remplie à cette occasion.
On y apprend que son numéro d’écrou est 293, elle a appris le métier de couturière et a été vaccinée contre la variole. Elle mesure 1m52 et pèse 55 kg et qu’à son entrée elle était boiteuse. Finalement, elle a pas bien grandit en 5 ans.
Entre le 22 décembre 1882 et le 01 mars 1882, elle a passé 68 jours à l’infirmerie pour des engelures à un pied.
Entre le 12 février 1883 et le 05 mars 1883, elle a eu une affection aux muqueuses (on n’en sait pas plus) nécessitant un nouveau séjour à l’infirmerie.

Source AD37 – cote 1Y96 – Bulletin de libération de Désirée Marie HENRY le 12 septembre 1883

Retour à la vie civile

Les mois passent et on retrouve Désirée Marie le 04 février 1885 à Tours pour son mariage avec Jean DOUSSOT, journalier de 27 ans, originaire de Corançy dans la Nièvre, en plein Morvan.
Il est inscrit dans l’acte de Pierre HENRY « est dans l’impossibilité de manifester sa volonté » quant au mariage de sa fille; c’est mieux que d’écrire qu’il est au bagne pour encore une dizaine d’années. Pierre GASTé, beau-frère à cause Marie Pâquerette HENRY est témoin ainsi qu’Etienne BOUCHER, l’oncle paternelle.
A cette date , les époux demeurent au 50 rue Colbert à Tours qui n’est autre que l’adresse où vivent également Joséphine et Pierre GUILLORIT. Il me plait à penser que les deux sœurs se reconstruisent une nouvelle vie avec leur époux respectifs. Elles sont toutes deux couturières et peut être que Joséphine a aidé Désirée à sa sortie du Refuge pour trouver un emploi.

Source AD37 – cote 6NUM8/261/294

Désirée tombe enceinte courant 1885, elle quitte avec son mari l’Indre-et-Loire pour la Nièvre, berceau de sa belle-famille.

Le 29 mai 1886 nait à Corancy, plus précisément dans le hameau de Lorient, Maximin Francis. Devenu homme et exerçant le métier de conducteur-typographe à Tours, il épouse le 17 octobre 1910 Louise Adrienne DEVINEAU. Il décède le 01 août 1931 à Tours (37).
Le lendemain de sa naissance passe l’agent recenseur. On y trouve sur la même page les parents de Jean DOUSSOT et au moins sept de leurs enfants, un domestique et un pensionnaire de 6 ans nommé Claude SAUTEREAU (enfant de l’assistance ? je n’ai pas cherché pour ne point m’égarer encore … mais le recensement de 1881 mentionne Jean SAUTEREAU âgé d’un an et comme étant « petit-fils »).

Source AD58 – cote 6M082/1 – Recensement de 1886 à Lorient commune de Corançy – page 8/46

Le 18 septembre 1887, le couple accueille Marie à Lorient hameau de Corancy. A 21 ans, mécanicienne, elle épouse Corentin Yves Marie FEUNTEN, employé aux chemins de fer d’Orléans, le 11 juillet 1908 à Tours. Elle décède à Ivry sur Seine (94) le 29 juin 1960.

Le recensement de 1891 mentionne le couple et ses deux enfants qui habite toujours le hameau de Lorient.

Entre 1891 et le 15 septembre 1896, le couple revient à Tours (37) où Jean DOUSSOT décède en son domicile du 6 rue des Petits Gars à l’âge de 39 ans. Désirée n’a que 33 ans et ses enfants, 10 et 9 ans respectivement.

Le 11 octobre 1897, Désirée s’unit à Julien Abel MAUVENU. Désirée est couturière et Julien, terrassier. Pierre GUILLORIT, beau-frère de Désirée est témoin au mariage. Cette fois, l’état civil ne manquera de citer le lieu de décès du père de Désirée.

Source AD37 – cote 6NUM8/261/331 – page 248/365

Désirée et Julien n’auront, semble t’il, pas d’enfants ensemble comme le montre le recensement de 1906 à Tours où ils logent Rue Boucicault avec François (Maximin) et Marie DOUSSOT.

Source AD37 – cote 6NUM5/261/085 – Recensement 1906 – page 123/173

En rédigeant cet article qui me permet de compléter le chemin de vie de Désirée, patatras ! Le recensement de 1911 à Tours, toujours rue Boucicault, fait apparaitre 2 enfants : Léon et Jeanne. Je me suis vu obligé de reprendre les recherches dans les actes de naissance … en vain …

Source AD37 – cote 6NUM5/261/086 – Recensement 1911 – page 137/185

Du 02 août 1914 au 19 janvier 1919, Julien Abel est appelé pour servir sa patrie. Sa fiche matricule ne m’en apprend pas plus.

On retrouve Désirée Marie et Julien dans les tables de recensement de 1921 à Saint-Pierre-des-Corps. Ils habitent au 45 rue du Bas Chemin.

Désirée Marie HENRY (épse MAUVENU) décède le 10 juillet 1924 en son domicile de Saint-Pierre-des-Corps.

Source AD37 – cote 6NUM8/233/021 – page 33/214

Il me reste 2 épines généalogiques.

Je sais que Julien Abel MAUVENU habitait encore le domicile du 45 rue du Bas Chemin à St Pierre des Corps lors du recensement de 1926. Et ensuite plus rien ! Les tables décennales et les registres de décès de Saint-Pierre-des-Corps et de Tours sur la période 1926-1933 sont restés silencieux. Filae & Geneanet ne m’ont pas plus aidé. Retronews non plus …

Quant aux 2 enfants découverts lors du recensement de 1911 (Léon et Jeanne), aucune naissance trouvée sur Tours entre 1897 et 1911. Je ne les ai donc pas intégrés à ma généalogie et aucune idée pour le moment pour diriger mes recherches.

L’enfance de Marie Désirée jusqu’à ses 20 ans n’ont pas été des plus heureux, on s’en doute bien. J’espère que ses vies conjugales l’ont été bien plus et que ses deux enfants (ou quatre) lui ont donné tout le bonheur qu’elle n’a pas eu dans sa prime jeunesse.

Geneanet – Descendance G5 de Pierre HENRY °1775 †1851

Les enfants de Pierre HENRY (3) : Alphonsine Adrienne

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

Je vous invite à découvrir la courte vie d’Alphonsine Adrienne HENRY.

Pour ne pas contrevenir à la loi, j’indiquerais les dates et lieux de naissance / mariage de ses enfants ainsi que les dates de décès que l’on trouve sur Internet très facilement grâce aux états civils.
Je ne citerais en revanche aucun de ses petits enfants. Dans le cas présent, je ne risque rien.

Alphonsine Adrienne nait en réalité le 24 janvier 1861 à Montlouis-sur-Loire (37), la déclaration est quant à elle du 25 janvier 1861 (je m’empresse de corriger dans mon logiciel favori !).
Elle est la fille de Pierre HENRY, marchand de porcs, et Marie Joséphine GAULTIER, sans profession.
La déclaration de naissance est faite par son père en présence de :
– Etienne BOUCHET, charpentier, 25 ans, oncle paternel à cause de sa femme Julie HENRY
– Charles CHAILLOU, tourneur, 35 ans, oncle ou plutôt grand-oncle paternel à cause de sa femme Elisabeth (sœur du grand-père paternel de l’enfant)

Source AD37 – Montlouis sur Loire – cote 6NUM8/156/006 page 294/390

Le temps passe, son père Pierre HENRY n’est plus marchand de porcs mais tourneur le 06 mars 1864 quand Alphonsine Adrienne décède au domicile de ses parents à seulement 3 ans. Ce sont Etienne BOUCHET (oncle paternel de la petite) et Sylvain ARNOULT, propriétaire de 64 ans et ami du père, qui en font la déclaration.

Source AD37 – Montlouis sur Loire – cote 6NUM8/156/010 page 344/392

Il est important de ne pas oublier ces étoiles filantes dont le passage a été plus ou moins bref sur cette terre.

Geneanet – Descendance G5 de Pierre HENRY °1775 †1851

Les enfants de Pierre HENRY (2) : Joséphine Julie

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

Je vous invite à découvrir la vie de Joséphine Julie HENRY.

Pour ne pas contrevenir à la loi, j’indiquerais les dates et lieux de naissance / mariage de ses enfants ainsi que les dates de décès que l’on trouve sur Internet très facilement grâce aux états civils.
Je ne citerais en revanche aucun de ses petits enfants.

Joséphine Julie nait le 03 décembre 1859 à Montlouis-sur-Loire (37). Elle est la fille de Pierre HENRY, marchand de porcs, et Marie Joséphine GAULTIER, sans profession.
La déclaration de naissance est faite par son père en présence de :
– Etienne BOUCHET, charpentier, 25 ans, oncle paternel à cause de sa femme Julie HENRY
– FILLET-LATOUCHE, cultivateur, 30 ans (probablement leur voisin François FILLET épx de Henriette LATOUCHE, source 6NUM6/156/006 recensement de 1961)

Source AD37 – Montlouis sur Loire – cote 6NUM8/156/006 page 280/390

Joséphine Julie n’a que 14 ans au décès de sa mère le 28 novembre 1873. Elle et sa sœur aînée Marie Pâquerette vont s’occuper dès lors à subvenir aux besoins de la famille.

En Juin 1874, elle est domestique comme elle l’indique lors de son interrogatoire en 1882. Information corroborée en août 1876 quand son frère Pierre Isidore est inculpé de vols et placé à la colonie de Mettray.

Lors du recensement de 1876 à Montlouis, elle n’est pas chez son père ni à Montlouis par ailleurs. Je n’ai pas trouvé plus d’informations à ce jour sur son lieu de résidence entre juin 1874 et octobre 1879.

Le 25 octobre 1879, date à laquelle est s’unit à Pierre GUILLORIT, 21 ans, employé de commerce et demeurant au 71 rue du commerce à Tours; elle est cuisinière à Tours et demeure au 124 rue Colbert. Le mariage a lieu à Montlouis sur Loire.
Pierre est libéré du service militaire actif d’après le certificat délivré par le Préfet de la Vienne.
Sont présents au mariage :
– Pierre HENRY, père de l’épouse
– Pierre GUILLORIT, père de l’époux, scieur de long, demeurant à Chatain (86)
– Philippe MOREAU, ami de l’époux, 36 ans, employé au gaz, demeurant à Portillon commune de Saint-Cyr (37)
– Louis MAUPIOU, ami de l’époux, 26 ans, tailleur d’habits, demeurant à Tours (37)
– Henry FAILLOUX, cousin de l’épouse, 41 ans, taillandier, demeurant à Montlouis (37)
– Henry (Pierre) GASTé, beau-frère de l’épouse à cause de Marie Pâquerette HENRY, 34 ans, maçon, demeurant à Montlouis (37)

Source AD37 – Montlouis sur Loire – cote 6NUM8/156/009 page 140/265

En 1882, lors du double procès de son père, Joséphine Julie et Pierre GUILLORIT vivent au 50 rue du Commerce.

Le 11 mars 1884, ils habitent au 50 rue Colbert à Tours et célèbrent la naissance de leur fille Jeanne Louise Georgette GUILLORIT.
Jeanne Louise épouse en 1er mariage Auguste Ernest LEBY, sculpteur sur plâtre, le 22 septembre 1902. Ils divorcent le 09 mai 1905 (tribunal civil de Tours).
En second mariage, elle épouse Alfred Louis MERIOT le 19 septembre 1909 à Tours. Ce dernier est appelé à servir durant la Grande Guerre et décède le 06 mai 1917 à l’hôpital d’évacuation d’Hargicourt dans la Somme.
Les tables de successions et absences nous apprennent que Jeanne Louise est légataire universelle d’Alfred MERIOT et il n’est pas fait mention d’enfant.
Jeanne Louise Georgette décède à Tours à son domicile du 28 rue de la Californie le 25 juillet 1929 sans postérité. Les tables de successions et absences indiquent l’existence d’un testament et d’un inventaire mais je n’en sais pas plus.

Le 04 février 1885, Désirée Marie HENRY la sœur de Joséphine s’unit à Maximin DOUSSOT. Ils habitent également au 50 rue Colbert à Tours. Les 2 couples sont-ils voisins ou logent-ils ensemble ?

Le recensement de 1891 indique que le couple GUILLORIT vit toujours au 50 rue Colbert. Ce n’est plus le cas au recensement suivant en 1896 où ils sont installés au 1 rue des Orfèvres et où ils vivront jusqu’à la fin de leurs jours.

Source Géoportail – Tours : lieux de vie de Joséphine Julie HENRY

Le 11 octobre 1897, Pierre GUILLORIT est présent à Tours au mariage de sa plus jeune belle-sœur Louis Antoinette HENRY avec François Marie ROUSSEAU.

En 1902 et 1909, le couple marie par deux fois leur fille unique (voir plus haut).

Pierre GUILLORIT décède le 16 février 1913 à Tours en son domicile du 1 rue des Orfèvres à l’âge de 54 ans. C’est son gendre Alfred MERIOT, demeurant à 2 pas au 23 rue Littré, qui fait la déclaration à l’état civil.
Les tables de successions ne font mention que de son épouse Joséphine Julie et de Jeanne GUILLORIT son unique fille.

Puis, Joséphine et sa fille Jeanne vont traverser les 4 années de guerre qui emporteront en 1917 le second mari de Jeanne.

Joséphine Julie HENRY décède le 19 décembre 1923 au 1 rue des Orfèvres à l’âge de 64 ans.

Source AD37 – cote 6NUM8/261/483 – page 407/460

Le couple n’ayant eu qu’une fille unique, la branche patronymique de GUILLORIT Pierre mais aussi tout espoir de descendance s’arrête en 1929 au décès de Jeanne Louise Georgette GUILLORIT.

Geneanet – Descendance G5 de Pierre HENRY °1775 †1851

Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Dans le cadre du Généathème d’Octobre proposé par la communauté Généatech, voici le 4ème épisode de l’affaire Pierre HENRY.

De l’affaire Pierre HENRY, nous sommes passé à l’affaire Pierre HENRY / Etienne TALLAND, les pièces de l’échiquier se mettent en place et un poker menteur s’installe entre les accusés, les témoins et les enfants de Pierre HENRY.

HENRY et TALLAND seront ils finalement acquittés ? Je vous laisse le découvrir…

Le 28 mai 1882, une cédule à témoins mande à comparaitre le 31 mai, la femme TERIER, la bouchère de Montlouis, et le sieur GAUCHER-GAUCHER accusé par Armantine de l’avoir touché.

Le 31 mai 1882 à 01h après midi, Marie DUMéE (femme TERRIET), 36 ans, bouchère, demeurant à Montlouis, n’a jamais entendu dire qu’aucune des filles d’HENRY fut accouché et que l’enfant eut été enterré dans un jardin. Elle ne sait rien des faits qui sont imputés tant à HENRY qu’à TALLAND et n’a jamais entendu rien dire à propos de GAUCHER-GAUCHER.

Le 01 juin 1882, le maire de Montlouis adresse un courrier au juge VINET pour lui expliquer que le sieur GAUCHER-GAUCHER étant à Saint Martin le Beau quand il a reçu sa citation, il s’est trouvé dans l’impossibilité de se rendre le 31 mai à son cabinet. Le maire lui a donc demandé de s’y rendre le vendredi suivant soit le 02 mai. Et d’ajouter dans son courrier que le dit GAUCHER-GAUCHER, a tort ou à raison passe pour un paresseux et jouit d’une réputation faisant un peu à désirer; au point de vue de la probité, il n’a cependant rien entendu dire contre lui.

Le 02 juin 1882 à 01h30 du soir, comparait Sylvain GAUCHER, 56 ans, vigneron, demeurant à Montlouis.
« Je connais la famille HENRY depuis longtemps, je n’ai rien à en dire si ce n’est que le père est un fainéant et que d’après ce qu’on en dit il envoyait ses enfants mendier et voler de côté et d’autre, mais quant à moi je ne leur ai jamais rien vu faire de mal.
Les filles d’HENRY ont bien essayé de rentrer quelques fois dans le Clos-Sabot où je travaille depuis 4 ans et plus, mais elles n’y sont jamais entrées pendant que j’y étais. Je n’ai jamais touché à Armantine ni aucune de ses soeurs. Elles ne sont pas capables de dire une pareille chose.
« 
Sur confrontation, Armantine : « Moi je dis que si qu’il m’a touchée. Un jour que j’étais sur le haut du Coteau il m’a prise par la main et m’a emmenée dans le Clos-Sabot, je ne sais pas pourquoi faire. Il m’a fait entrer par la porte tout près du cimetière, quand nous avons été rentrés il a fermé la porte à clef sur nous, il m’a couchée dans la rotte ou allée, il a relevé ma chemise et agenouillé devant moi il me touchait avec les 2 mains entre les jambes aux parties en me disant que c’était bien joli. Il y a 4 ans de cela, c’était au mois de Juillet, il y aura 5 ans en Juillet prochain. GAUCHER était en ce moment après faire les vignes du clos.« 
S. GAUCHER : « Je me rappelle cette fois-là, elle était avec sa petite sœur, je les ai prises par un bras et je les ai mises à la porte. Le haut du Coteau dont elle parle est à plus de 200 mètres de la porte du Clos et cette porte ne ferme à clef que du dehors. »
Armantine : « Et moi je dis qu’elle ferme à clef des 2 côtés
« 
S. GAUCHER : « S’il fallait tout dire, on n’en finirait pas, qu’est ce que cette fille allait faire 2 ou 3 fois par semaine avec sa sœur chez TALLAND dans le Rocher où elles passaient des 3 ou 4 heures. »
Armantine : « Vous ne m’avez jamais vu aller chez TALLAND pour y rester longtemps, je n’y allais que pour chercher de la boisson. »
GAUCHER : « Quant à moi je suis innocent comme le poisson qui vient de naitre, je ne m’attendais pas à ça aujourd’hui, je renonce (nie) à tout. »

Le 04 juin 1882, une Commission Rogatoire du juge VINET demande de vérifier si conformément à la déposition de la fille Armantine HENRY, la porte du Clos-Sabot, près du cimétière à Montlouis, est munie d’une serrure fonctionnant aussi bien du dedans que du dehors, ou si au contraire cette porte ne peut fermer à clé que du dehors. Il demande aussi de constater si la serrure qui se trouve à cette porte y aurait été placée depuis quelques jours seulement ou si au contraire elle parait y avoir été placée depuis plusieurs années. Enfin si cette serrure, au dedans du clos est munie de verrous ou de targettes dont le jeu produirait le même bruit que le jeu de la serrure. Si faire ce peut, la présence de Mr GAUCHER-GAUCHER Sylvain permettra de donner les explications sur l’objet de la présente commission rogatoire.

Montlouis – Cadastre napoléonien – Section A1 Le Bourg et le Clos-Sabot (1813), source AD37 cote 6NUM10/156/002

Le 05 Juin 1882 à 10h45 du matin, les gendarmes à pied Jules DUVEAU et Jean DUSSAULT se transportent au domicile du nommé GAUCHER Sylvain, âgé de 56 ans, vigneron lequel déclare aux gendarmes :
« Il y a 5 ans que je travaille pour le compte du nommé DOUZILLé David, propriétaire à Montlouis. Et depuis cette époque j’ai toujours fait sa vigne située au Clos-Sabot, la porte d’entrée est à vantaux dont un des battants est soutenu par une barre de fer adaptée au mur de l’intérieur et l’autre est munie d’une serrure fermant à clé par le dehors, une petite targette se trouve en dedans mais elle ne sert jamais. Chaque fois que je travaille dans ce clos, je ferme la porte et la tiens fermée qu’en y appuyant par derrière un pieu de 2 mètres de longueur, mais qui peut céder facilement à la pression qui pourrait venir du dehors. Il y a 5 ans que je vois la même serrure à cette porte. »
Les gendarmes interrogent aussi le nommé DOUZILLé Gustave, 51 ans, propriétaire au Clos-Sabot déclare que la serrure de la porte dudit clos y est depuis 20 ans et qu’on ne peut l’ouvrir que du dehors, on ne peut pas la fermer en dedans depuis 10 ans, époque à laquelle il a fait fixer une plaque en fer sur le trou de la serrure, en dedans. Son vigneron, le nommé GAUCHER est toujours détenteur de la clé.
Les gendarmes se rendent alors au Clos-Sabot accompagnés des 2 témoins et font les constatations suivantes :
1) la porte d’entrée est à vantaux telle que décrite avec la barre de fer, la serrure et la targette. La serrure ne peut fonctionner que du dehors et une pièce en fer a bien été apposé au dedans et parait y être depuis des années. En ouvrant cette porte du dehors, le bruit produit par la serrure s’entend distinctement à 80 mètres en dedans du clos et une personne occupée peut l’entendre à 50 mètres.
2) La targette au contraire ne fonctionne pas du tout, elle est fixée aux 2 clavettes par la rouille. Lorsque GAUCHER est dans le clos et que la porte n’est fermée qu’à l’aide du pieu qu’il a montré, une personne peut l’ouvrir au moyen d’une légère pression, sans faire de bruit, elle se ferme de la même manière.

Le 08 mai 1882 à 05h après midi, Armantine HENRY est de nouveau entendue par le juge.
Le juge: « Vous m’avez dit […] que le jour où GAUCHER-GAUCHER vous avait emmené dans le Clos-Sabot et avait pratiqué sur vous des attouchements obscènes il avait un fois entré avec vous fermé à clé la porte du clos de l’intérieur, lui avez vous vu retiré de la serrure la clef qu’il y avait mise pour ouvrir la porte et l’avez vous vu introduire cette clé dans la serrure pour refermer la porte sur vous ?« 
Armantine : « Oui Monsieur, je l’ai vu retirer la clef de la serrure et y remettre cette clef une fois entré pour fermer la porte du dedans. »
Le juge : « Demeuriez-vous alors où vous demeurez maintenant ?« 
Armantine : « Oui Monsieur, nous demeurions à cette époque au Bas-Rocher dans la maison appartenant à Mr GAUCHER maire de Montlouis où nous demeurons actuellement.« 
Le juge : « Eh bien, il résulterait de l’instruction que vous dites en ce moment une chose mensongère car il y a 10 ans une plaque a été appliquée sur l’entrée de la serrure au dedans du parc de façon qu’il est impossible depuis cette époque de fermer à clef la porte du clos sur soi.« 
Armantine :  » Si c’est vrai qu’il a introduit la clef dans la serrure une fois dans le Clos puisque je l’ai vu l’en retirer de crainte que je me sauve, il avait passé la clef dans une barre de fer; j’avais aussi entendu le bruit qu’avait fait la serrure quand il avait fermé à clef.« 

Le 13 juin 1882 à 02h du soir. Pierre HENRY est interrogé.
Le juge : « Il résulte de la procédure, malgré vos dénégations et même la rétractation de votre fille Armantine que vous avez commis à plusieurs reprises des attentats à la pudeur, persistez-vous à les nier ?« 
P. HENRY : « Oui je peux le dire, je n’ai jamais touché pa plus à Armantine qu’à aucun autre de mes enfants« 
Le juge : « Votre conduite même prouverait l’existence de ces attentats, n’est -il pas vrai qu’en attirant chez vous toutes espèces de gens notamment TALLAND que vous faisiez coucher avec votre fille dans le même lit vous facilitiez les actes de débauche dont elle a été victime pour ainsi dire sous vos yeux de la part de cet homme ? Qu’en faisant coucher votre fils Lucien avec sa soeur Armantine et le rendant ainsi témoin des lubricités auxquelles se livraient votre fille et TALLAND vous l’entrainiez lui-même à une corruption précoce ? Ne pensez-vous pas que tout cela est fait pour corroborer les déclarations persistantes de votre fils Lucien et les premières déclarations de votre fille Armantine en ce qui vous concerne personnellement et à prouver ainsi que vous avez abusé de votre propre fille ?« 
Pierre HENRY : »Je n’aurais jamais cru cela de TALLAND, je croyais que la présence de mon fils dans ce lit aurait imposé à TALLAND le respect de ma fille, quant à moi je le répète je ne l’ai jamais outragée.« 

Le 13 juin 1882 à 03h du soir. TALLAND est interrogé.
Le juge : « Il résulte de la procédure que vous avez à Montlouis, commis plusieurs attentats à la pudeur sur la dénommée Armantine HENRY alors âgée de moins de 13 ans, reconnaissez-vous les faits ou persistez-vous au contraire à les nier ?« 
E. TALLAND : »Je les nie, je n’ai jamais touché à cette fille, si personne ne lui avait touchée que moi elle serait encore naturelle bien sûr.« 
Le juge : « Elle est déflorée et elle soutient qu’elle l’a été par vous ?« 
E. TALLAND : »Moi je dis que c’est faux, j’ai couché auprès d’elle avec son frère c’est vrai, mais pour lui avoir touché, non.« 
Le juge : »Le rapport du médecin vient à l’appui de la déclaration, pourquoi donc vous accuserait-elle ?« 
E. TALLAND : « Je n’en sais rien, depuis 3 ans que j’ai quitté Montlouis qu’a t-elle fait, elle allait d’une commune à l’autre chercher du pain, je ne sais pas ce qui s’est passé. »
Le juge : »Pourquoi n’accuserait-elle pas aussi bien tout autre que vous qui aurait abusé d’elle ?
« 
E.TALLAND : »Si elle veut cacher ceux qui ont eu affaire à elle, je n’en suis pas cause; du temps de GAUDRON elle soutenait que c’était lui et pourtant c’était faux, le gamin aussi le disait.« 
Le juge : »Pour ce qui est de l’affaire GAUDRON dont vous parlez le rapport du médecin commis alors fut négatif. Il n’en est pas de même aujourd’hui, cette fille est déflorée indubitablement et dit qu’elle l’a été par vous ?« 
E.TALLAND : »Je jure que c’est pas moi. »

Le 22 juillet 1882, le commissaire Eugène FATOU, officier de police judiciaire de Tours Ouest et auxiliaire du Procureur de la République, entend Armantine HENRY demeurant au Refuge de Tours. Dans ce procès-verbal, Armantine déclare que le nommé TALLAND avait commis sur sa personne plusieurs attentats à la pudeur. Le premier 4 ans auparavant et le dernier le 14 juillet 1881; pour les autres, dans l’intervalle, il lui est impossible d’en fixer les dates.

Le 28 juillet 1882, le juge d’instruction demande à ce que soit communiqué au Procureur de la République la procédure suivie contre ENRIT Pierre et TALLAND Etienne.

Le 31 Juillet 1882, le Procureur de la République maître BERTRAND de la Cour d’Appel d’Orléans prés le Tribunal de 1er instance de l’arrondissement de Tours, dans son réquisitoire définitif, requiert qu’il plaise à M. le Juge d’instruction déclarer suffisamment établie contre les nommés ENRIT et TALLAND, la prévention des faits qu’il spécifie; et attendus que ces faits sont de nature à être punis d’une peine afflictive et infamante, ordonne que les pièces de la procédure, le procès-verbal constatant le corps du délit et un état des pièces servant à conviction soient transmis, sans délai, à M. le Procureur Général, pour être par lui, requis ce qu’il appartiendra.
Suit l’ordonnance du juge d’instruction indiquant que vu ce réquisitoire et les pièces de procédure criminelle contre les nommés ENRIT Pierre et TALLAND Etienne inculpés d’attentats à la pudeur et d’excitation à la débauche, il résulte contre :

  • ENRIT Pierre, des charges suffisantes d’avoir depuis moins de 3 ans à Montlouis, attenté aux moeurs en excitant, favorisant ou facilitant habituellement à la débauche ou la corruption de ENRIT (Armantine Léontine), sa fille, et de ENRIT (Pierre Lucien), son fils, tous les 2 âgés de moins de 21 ans; délit prévu et puni par les articles 334 et 335 du code pénal. Disons qu’il y a lieu à suivre contre ledit ENRIT Pierre et le renvoyons devant le Tribunal de Police Correctionnel pour y être jugé conformément à la loi. Attendu, en outre, que de ladite information, il résulte contre ENRIT Pierre d’avoir depuis moins de 10 ans, commis un ou plusieurs attentats à la pudeur, consommés ou tentés sans violence, sur la personne de ENRIT Armantine, sa fille légitime, alors âgée de moins de 13 ans.
  • TALLAND Etienne, d’avoir depuis moins de 10 ans, commis un ou plusieurs attentats à la pudeur, consommés ou tentés sans violence sur la personne de la fille ENRIT Armantine alors âgés de moins de 13 ans.

Pas moins de 64 pièces de procédures sont transmises au Procureur Général. L’état des frais induits par la procédure instruite contre ENRIT et TALLAND se monte à 68 francs et 15 centimes.

Le 05 août 1882, le Procureur Général de la Cour d’Appel d’Orléans Monsieur NOBLET, dans son réquisitoire,
– vu les pièces produites et l’ordonnance du Juge d’Instruction de Tribunal de 1ère Instance de Tours en date du 31 juillet 1882, crimes prévus et punis par la loi par les articles 331 et 333 du code pénal en ce qui concerne les attentats à la pudeur des 2 inculpés;
– et vu les faits contre Pierre Henry d’avoir attenté aux mœurs en excitant ou favorisant à la débauche ou la corruption de sa fille Armantine et de son fils Lucien tous deux âgès de moins de 13 ans, délits puni par les articles 334 et 335 du code Pénal;
Requiert qu’il plaise à la cour de les renvoyer devant le tribunal correctionnel pour y être jugés conformément à la loi.

Le 09 août 1882, la Cour d’Appel d’Orléans, chambre des mises en accusations rend l’arrêt suivant :

Vu la procédure suivie à Tours contre les nommés ENRIT Pierre […] et TALLAND Etienne […], prévenus d’attentats à la pudeur et en outre, ENRIT, d’excitation de mineurs à la débauche; ouï, Maitre NOBLET, substitut de Mr le Procureur Général en son rapport; lecture faite de toutes les pièces du procès; le substitut et le greffier s’étant retirés; […] La cour d’appel après en avoir délibéré sans désemparer; attendu que de la procédure résulte ce qui suit :
« Au cours d’une information dirigée au mois d’Avril dernier, contre le nommé ENRIT, pour complicité de vol, il a été établi que depuis moins de 10 ans, le prévenu avait commis sur sa fille légitime Armantine alors âgée de moins de 13 ans, de nombreux attentats à la pudeur, qu’il avait fréquemment des relations intimes avec elle.
Armantine a nié ces relations, elle a reconnu cependant que son frère avait exercé sur sa personne des attouchements obscènes, puis elle s’est rétracté.
Malgré ces contradictions et les dénégations du prévenu, la culpabilité de celui-ci ne saurait être douteuse en présence des déclarations énergiques et persistantes de son jeune fils Lucien, qui a été le témoin de nombreux attentats.
L’instruction a, en outre, établi qu’il y a environ 4 ans, le nommé TALLAND avait abusé d’Armantine, alors âgée de moins de 13 ans. Les déclarations de Lucien et d’Armantine ne laissent aucun doute à cet égard, malgré les protestations et les dénégations du prévenu.
L’information a de plus fait connaître que ENRIT livrait sa filles aux étrangers qui venaient chez lui et qu’il avait depuis moins de 3 ans favorisé ou facilité la débauche ou la corruption de son fils Lucien et de sa fille Armantine, tous 2 mineurs en livrant celle-ci à la prostitution en présence de son frère.
Le rapport du docteur qui a examiné la jeune Armantine constate que cette fille est complètement déflorée, que l’acte qui a produit cette défloration a été répété un certain nombre de fois et qu’elle remonte à une date déjà ancienne […].
« 
Attendu qu’il existe des charges suffisantes et que les faits imputés à ENRIT et TALLAND son qualifiés Crimes par la loi, la Cour d’Appel les met en accusation, suit exactement le réquisitoire du Procureur Général et demande que soient transférés aux Assises d’Indre-et-Loire les prévenus.

Le 23 août 1882, le Président du Tribunal de 1ère Instance, en l’absence du Président de la Cour d’Assises du département d’Indre-et-Loire (séant à Tours), fait extraire de la Maison de Justice Pierre HENRY et Etienne TALLAND pour les interroger.

  • Pierre HENRY, persiste dans ses déclarations antérieures, il a connaissance des faits qui lui sont imputés et qui ont donné lieu à son renvoi devant la Cour d’Assises. Il a choisi Maitre OUDIN, avocat au barreau de Tours, pour le représenter.
  • Etienne TALLAND, persiste dans ses déclarations et a connaissance des faits qui lui sont aussi imputés. Maitre LAURENT est commis pour l’aider dans sa défense.

Le 28 août 1882, le Procureur de la République de la cour d’Assises, Maitre BERTRAND, mande à comparaitre en personne devant la Cour d’Assises, séant à Tours au Palais de Justice, le mardi 05 septembre 1882 à 10h du matin les témoins suivants :
– Lucien ENRIT, apprenti taillandier, 12 ans, demeurant à Montlouis
– Armantine ENRIT, 15 ans, demeurant au Refuge à Tours
– René PHILOCHE, instituteur à Montlouis
– Auguste GAUCHER, maire à Montlouis
– Jean BLEAS, brigadier de gendarmerie à Tours
– SAINTON, docteur médecin à Tours
– FATOU, commissaire de Police de l’Ouest, à Tours

Le 05 septembre 1882 à 11h30, en présence des accusés, des maitres OUDIN et DALMAGNE (avocats respectifs de Pierre HENRY et Etienne TALLAND), Maitre GUILLE-DESBUTTES Président de la Cour d’Assises tire au sort les 12 jurés (sur les 33 bulletins des jurés présents) qui formeront le jury de jugement.

Débute alors le procés …

Le 05 septembre 1882 à 03h05, s’est assemblée publiquement au Palais de Justice à Tours, la cour d’assises d’Indre-et-Loire, composée de […] à l’effet de procéder aux débats et au jugement du procès instruit contre :
1- le nommé ENRIT Pierre, fils de Pierre et de Sylvine MEUNIER, âgé de 49 ans, né le 15 janvier 1833, à la Ville aux Dames (Indre-et-Loire), tourneur en bois, demeurant à Montlouis, veuf, 7 enfants, déjà condamné, accusé d’attentats à la pudeur;
2- le nommé TALLAND Etienne, fils d’Etienne et de Marie CHIVERT, âgé de 48 ans, né le 04 août 1834, à Noyers, arrondissement de Blois (Loir-et-Cher), jardinier, demeurant à Véretz, célibataire, déjà condamné, accusé d’attentats à la pudeur.

Conformément aux articles 310 à 313 du code de l’instruction criminel de 1808 (Livre II – De la Justice), s’installent les accusés et les jurés prêtent serment.

Vu que la publicité des débats pouvant être dangereuse pour l’ordre public et pour les mœurs, le ministère public requiert que conformément à l’article 81 de la Constitution de 1848, que les ébats auront lieu à huis clos. Après cet arrêt rendu, le président a ordonné aux huissiers d’évacuer l’auditoire, de fermer les portes et conformément à l’article 314 de code l’instruction criminelle a demandé au greffier de faire à haute voix la lecture de l’acte d’accusation. Le ministère public a déclaré tenir pour exposé la lecture faite de l’acte d’accusation et a présenté la liste des témoins qui ont conformément prêter serment selon l’article 317 à l’exception de HENRY Lucien et HENRY Armantine.

Les témoins ont fait leur dépositions séparément. Le président a interrogés les accusés sur les différents faits et circonstances du procès. Le ministère public a développé les moyens à l’appui de l’accusation. Enfin Maitres OUDIN et DALMAGNE, défenseurs des accusés, ont présenté leur défense (laquelle n’est malheureusement pas détaillée dans le dossier).

Les débats étant terminés, le Président fait ouvrir les portes, l’audience ayant été rendue publique. Il donne lecture des questions par lui posées et donne au jury les avertissement prescrits par les articles 341 à 347 du code d’Instruction criminelle; les questions ainsi que les pièces du procès, autres que les déclarations écrites des témoins ont remises au chef du jury et les jurés sortent dans leur salle pour y délibérer. Les accusés sont retirés de l’auditoire.

Après délibération, les jurés ayant repris leurs places, le Président leur demande quel est le résultat de leur délibération. Le chef du jury s’est levé, et, la main placée sur son cœur, lit la déclaration du Jury. Cette déclaration, signée par le chef du jury est remise au Président qui la signe avec le greffier.

« En ce qui concerne ENRIT
– Question principale : Enrit Pierre, accusé, ici présent, est-il coupable d’avoir depuis moins de 10 ans […] commis 1 ou plusieurs attentats à la pudeur, consommés ou tentés sans violence, sur la personne d’Armantine ENRIT alors âgé de 13 ans ? Le jury répond OUI à la majorité.
– Circonstance aggravante : L’accusé était-il le père légitime de la dite Armantine ? Le jury répond OUI à la majorité.
En ce qui concerne TALLAND
– TALLAND Etienne, accusé, ici présent, est-il coupable d’avoir depuis moins de 10 ans […] commis 1 ou plusieurs attentats à la pudeur, consommés ou tentés sans violence, sur la personne d’Armantine ENRIT alors âgé de 13 ans ? Le jury répond NON à la majorité.
« 

Etienne TALLAND entre le premier pour écouter la déclaration du jury à son égard. La déclaration étant négative, le Président rend à l’égard de l’accusé TALLAND l’ordonnance prescrite par l’article 358 et TALLAND Etienne se retire de l’audience.

Pierre HENRY comparait à son tour pour entendre la sentence à son encontre. Il est condamné à 12 ans de travaux forcés, 5 ans de surveillance de la police et aux dépens. Le président avertit le condamné en ces termes : « Vous avez 3 jours francs pour vous pourvoir en cassation contre l’arrêt que vous venez d’entendre ».

Le 05 septembre 1882 à 19h30, la séance publique est levée.

Le jeudi 07 septembre 1882, le quotidien l’Union Libérale dans sa Chronique Locale consacre, un petit encart légèrement vitriolé sur le jugement rendu. Le journal d’Indre-et-Loire dans son n°210 en date du 07 septembre 1882 mentionne cet arrêt en étant plus factuel et dit que CALLAUD (au lieu de TALLAND) est acquitté.

Article de l’Union Libérale du 07 septembre 1882 – source Retronews (BnF Gallica)

En reprenant, le registre d’écrou de la Maison de Justice de Tours (cote 2Y275) où il a été incarcéré du 09 août au 15 septembre 1882, il est bien stipulé son départ en direction de Saint Martin de Ré en attendant son transfert aux Iles du Salut en Guyane. Sa peine débutant le 10 septembre vu le fameux délai d’attente de 3 jours francs à partir du jugement, on en déduit qu’il ne s’est pas pourvu en cassation.

Grâce au site des ANOM (cote H465), j’ai pu retrouver sa fiche matricule au n°19597. Il aurait embarqué le 02 décembre 1882 sur le Calvados à destination de la Guyane Française. Durant sa détention, il exercera la profession d’effilocheur permettant de faire du papier à partir de la laine, de vieux chiffons et de cordage.

Pierre HENRY décède le 28 janvier 1885 à 07h30 du matin à l’âge de 52 ans. On ne connait pas la raison du décès (acte de décès, source ANOM).

Epilogue de l’épisode 4

Ce qui reste très étrange dans ce débat et jugement, c’est que Lucien a soutenu de nombreuses fois que TALLAND avait a plusieurs reprises abusé de sa sœur et qu’au final aucune charge ne fut retenue à son encontre. Il aurait été intéressant de voir comment sa défense a été construite pour obtenir l’acquittement.

Voilà donc comment se termine le parcours de Pierre HENRY pour lequel on peut émettre toute sorte de jugement, toute hypothèse pouvant expliquer cette dérive ou toute autre explication psychologique. Je dirais que c’est une très très triste affaire découverte au fil de recherches généalogiques classiques (naissance, mariage, décès). Mais cette affaire en a mis à jour d’autres, plus ou moins graves, mais qui ont très certainement eu des répercussions sur la vie de tous les enfants HENRY.

La cote 2U620 contenant toutes les pièces de procédure m’a permis d’élaborer ces articles.
La cote 2U74 reprenant l’arrêt de la cour d’assises et contenant la liste exhaustive des jurés est venue en complément de la première.

Dans mes prochains articles, je vous livrerais donc les autres affaires mais aussi le devenir de ces ancêtres directs et collatéraux. Je m’arrêterais à cette génération par respect pour leur descendance.

Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY

Dans le cadre du Généathème d’Octobre proposé par la communauté Généatech, voici le 3ème épisode de l’affaire Pierre HENRY.

Pour résumer l’Affaire, le 18 avril 1882, la gendarmerie alertée par de multiples plaintes de vols dans la commune de Montlouis-sur-Loire, perquisitionne le domicile de la famille HENRY et y découvre 4 mouchoirs effectivement volés à la veuve SERRAULT. Pierre et ses deux filles, Armantine (15 ans) et Antoinette (9 ans), sont écroués dans la foulée.
Lucien (12 ans) qui n’a pas été arrêté précédemment, est entendu par la gendarmerie le 21 avril 1882 et procède « au grand déballage familial » (voir les épisodes 1 et 2).

La justice suit son cours sur cette première affaire de vols et complicités. Témoignages et accusations vont mener au jugement du 13 mai 1882 : Lucien et Antoinette seront acquittés, Armantine placée dans une maison de correction jusqu’à ses 20 ans et le père Pierre écopera de 2 ans de prison et aux frais.

Seulement, tout ne s’arrête pas là, puisqu’une affaire d’attentat à la pudeur plane sur Pierre HENRY et un dénommé Etienne TALLAND suite aux dépositions d’abord de Lucien mais aussi du maire de Montlouis qui a dressé un portrait peu flatteur du père. Le 11/05/1882, un réquisitoire à fin d’information est rédigé à l’attention du juge d’instruction par le procureur de la république du Tribunal de 1ère instance de Tours, pour inculpation contre HENRY Pierre pour d’attentat à la pudeur sur ses 2 filles.

Le 12/05/1882 à 05h du soir, HENRY Pierre est interrogé et informé qu’il est inculpé d’avoir depuis moins de 10 ans commis plusieurs attentats à la pudeur sur ses 2 filles Armantine et Antoinette. Pierre répond que cela est faux et qu’il jamais insulté une femme.
Le juge lui demande s’il couchait avec ses filles. Réponse affirmative, Antoinette couchait avec lui depuis sa naissance et il n’a jamais dormi avec Armantine qui partageait un lit avec son frère Lucien. Ils n’ont que 2 chambres séparées par une cloison et donnant toutes deux sur un atelier.
Le juge demande s’il a fait coucher quelquefois des étrangers avec Armantine. Pierre dit qu’un nommé TALAND (carrier) demeurant actuellement à Véretz est venu quelquefois mais n’a jamais couché; il y a plus de 3 ans qu’il n’est pas venu. Le juge continue « il paraitrait qu’un soir TALAND était couché avec votre fille et votre fils dans le même lit; il a eu des relations avec Armantine et son frère lui a succédé immédiatement et après l’appel de votre fille vous êtes arrivé et avez eu des relations incestueuses ?« . Pierre : « c’est bien faux, bien-sur« .
A la question pourquoi Pierre dormait avec Antoinette et Armantine avec Lucien, il répond qu’Antoinette par habitude ne voulait pas coucher avec sa sœur.
Le juge émet l’hypothèse qu’il a eu peut être des relations avec ses 2 autres filles plus agées. Pierre répond « pas plus avec elle qu’avec les plus jeunes […] mes 2 filles ont une bonne conduite, cependant le maitre d’école de Montlouis m’a dit avant d’être amené ici qu’Armantine avait été trouvée dans les rottes avec des jeunes gens […] Je ne sais pas si elle était attiré là par quelqu’un comme sa sœur Désirée qui est au Refuge avait été à 15 ans attirée par la femme PODEVIN qui faisait venir chez elle des jeunes gens […] Mr GAUCHER le maire sait cela. Quant à ma fille Antoinette elle ne va point courir avec les petits garçons ou bien si elle l’a fait je ne m’en suis pas aperçu« .

Un mandat de dépôt est émis le 12 mai 1882 par le juge en charge de la première instruction : Alphonse VINET.

Le même jour, un cédule à témoins est émise pour faire comparaitre le 15/05/1882 Mr GAUCHER le maire, René PHILOCHE l’instituteur, HENRY Lucien le fils et la femme PODEVIN.

Le 13 mai 1882, un extrait du casier du Tribunal de Tours concernant Pierre HENRY est versé au dossier. Son casier est vierge.

Le 15 mai 1882, les interrogatoires des 4 témoins ci-dessus ont lieu :

  • Lucien HENRY confirme l’organisation du coucher et dit avoir vu 2 ou 3 fois son père venir trouver Armantine et faire leurs affaires (ndlr, je vous passe les détails). Deux ou trois fois sa sœur lui a demandé de faire pareil et lui à fait « mettre son affaire dans la sienne ». et lui-même a fait la même chose avec Antoinette en précisant « papa aussi le lui avait fait« .
    Lucien indique aussi que d’autres personnes ont fait cela avec sa sœur. Le nommé TALAND qui venait boire avec son père et ensuite couchait avec sa sœur il y a trois ou quatre ans. Il a vu aussi un individu âgé qui avait été en place à Poitiers chez un maréchal avec son père, faire à Armantine la même chose que TALAND, son père et lui-même.
    Confrontation avec son père : « Tout cela est faux, c’est quelqu’un qui lui a commandé de dire cela, mon pauvre enfant c’est toi qui me mets dans la misère. C’est comme pour le poisson du père BOISVINET, je ne lui avais point commandé de la prendre« 
    Lucien pleurant : ‘Non monsieur personne ne m’a commandé de dire ce que j’ai dit, si je le dis c’est parce que c’est la vérité« 
    Le juge insiste auprès de Lucien de bien réfléchir à ses propos, Lucien affirme que ce n’est pas un mensonge et le père soutient que c’est un mensonge et si c’était vrai il le dirais tout de suite.
  • Auguste GAUCHER, négociant en vins et maire de Montlouis, déclare que depuis la mort de sa femme le nommé HENRY passe pour abuser de ses filles et quand il peut ramasser sur la route des individus pour lui payer à boire il leur cède pour la nuit la place dans le lit à côté de sa fille. Les voisins pourront être entendus utilement : Mme veuve NAU-LEGUAY, le sieur HENRY (charretier), la femme RENARD-BERTHELOT, Mme DESOUCHES, Mme GAUGUIN et Mme BOURREAU-GUIGNARD de Montlouis. Il parait que Mme DESOUCHES ou Mme RENARD ont vu HENRY en chemise relever le devant et se montrer à nu devant ses enfants.
    A sa connaissance à une époque, la femme PODEVIN livrait des jeunes gens à une des filles HENRY aujourd’hui au Refuge et cela en présence d’Armantine. La femme PODEVIN a été condamnée il y a 4 ans environ. On prétend que la femme PODEVIN avait des relations avec HENRY et qu’ils partageaient le produit de la débauche de sa fille.
    Le public accuse HENRY d’avoir eu des relations incestueuses avec Armantine et Désirée. Le maire ne sait si de tels rapports ont eu lieu avec Antoinette mais que des rumeurs circulent sur des rapports avec Joséphine, son autre fille mariée à Tours.
    HENRY est d’un caractère violent à son égard, et qu’il aurait dit suite à l’arrestation de son fils (Pierre Isidore) pour vols et actuellement à Mettray qu’il lui aurait avant le lendemain fichu un coup de fusil; à cette occasion HENRY a été momentanément arrêté. Ceci étant, il ne lui a jamais adressé personnellement de menaces.
    Au dire des voisins, ce serait un nommé TALAND, terrassier, ayant demeuré à Montdésir à Montlouis, qui aurait le plus assidument fréquenté la maison HENRY et aurait eu des relations avec Armantine.
    Confrontation avec l’inculpé : « je n’ai rien à dire à cette déposition si ce n’est que les bruits répandus sur mon compte sont faux et que je n’ai jamais touché à aucune de mes filles. Mr PHILOCHE m’ a appris un jour à la mairie qu’on disait cela de moi et d’Armantine, je n’en savais rien et ce n’est pas vrai; qu’on fasse visiter mes filles. »
  • René PHILOCHE, 50 ans, instituteur, connais la famille HENRY pour être mal famée et a entendu dire qu’Armantine menait une mauvaise conduite. Il n’a jamais trouvé cette fille avec des jeunes gens dans les rottes qui sont des entiers parcourant le Coteau où se trouvent des maisons habitées par des gens mal notés.
    Confronté à Pierre qui dit que Mr PHILOCHE lui a rapporté que sa fille allait dans les rottes avec des jeunes gens.
    PHILOCHE répond qu’il n’a pas pu lui dire cela puisqu’il ne lui a jamais adressé la parole. Le jour de son arrestation, Antoinette a raconté devant lui aux gendarmes que son père la quittait pour aller au lit avec sa sœur avec laquelle il restait longtemps et ajoutant qu’elle entendait le lit craquer mais que son père ne lui avait jamais mis la main aux cuisses sinon elle l’aurait dit.
    HENRY dit qu’il croyait que c’était ce monsieur qui lui en avait parlé à la mairie et qu’il n’avait pas entendu parler Antoinette de lui et de sa sœur.
  • Silvine LORRAIN, femme PODEVIN, 33 ans, déclare qu’il n’y a eu que Désirée qui est venue chez elle et qu’elle a été condamnée pour cela.
    Pierre HENRY dit qu’il ne sait pas où allaient ses filles une fois qu’il était au travail et qu’il n’a jamais reçu d’argent de cette femme.
    La femme PODEVIN acquiesce sur le fait qu’aucun argent ne lui a été donné, ni d’HENRY ni des jeunes gens qui venaient voir Désirée. Les jeunes gens ne donnaient de l’argent qu’à la fille HENRY.

Le 16 mai 1882, le juge VINET émet une nouvelle cédule à témoins concernant toutes les personnes nommés par le maire les mandant à comparaitre le 19/05/1882 à 01h du soir : les dames NAUD, RENARD, DESOUCHES, GAUGUIN et BOURREAU. Etienne TALAND est lui aussi appelé à comparaitre ce même jour.

Le 19 mai 1882, les dépositions suivantes sont prises.

  • Maria SONZAY (femme DESOUCHES), 28 ans, couturière raconte qu’il y a un an à peu près, Antoinette HENRY a emmené sa fille de 4 ans au bas de la levée de La Loire en face le jardin de son père. Quand elle est venue la chercher, sa fille « jetait les hauts cris« , Antoinette l’avait pincé au sang aux parties. Maria fit des reproches au père qui était dans son jardin en haut du coteau et en retour il lui répondit par des injures. Régulièrement Antoinette et Armantine venaient chercher ses enfants ou leur faisait boire du sirop de groseille, du café ou autre chose, toutes choses qu’elles volaient. Un jour elles avaient couché son petit garçon entre 2 futailles (tonneaux), lui ont déboutonné le pantalon et tiraient sur ses parties; ce sont les voisins alertés par les cris qui ont fait cesser cela.
    Elle n’a rien à dire au sujet d’HENRY et ne sait pas aperçu qu’il se soit montré nu à ses enfants.
  • Judith BERTHELOT (femme RENARD) n’a jamais vu HENRY relever le devant de sa chemise et se montrer à ses enfants et n’a aucun connaissance d’attentat à la pudeur. 9 à 10 ans auparavant il lui a montrer ses nudités alors qu’il urinait près du mur de la cour. C’est tout ce qu’elle sait de cet homme pourtant il y a quelques années son beau-frère BOUCHET, charpentier, lui a demandé sa petite Antoinette, elle ne sais pourquoi HENRY n’a pas voulu la lui confier.
  • Rosalie LEGUAY (veuve NAU), 61 ans, voisine des HENRY qui louent un logement de Mr GAUCHER. Depuis un couple d’années HENRY ramassait et faisait entrer chez lui tous les coureurs de grands chemins et individus mal famés pour boire jusqu’à 4h du matin. Le tapage était tel qu’elle fut obligé de se plaindre mais très doucement car elle les craignaient. Elle ne s’est jamais aperçu d’aucun attentat à la pudeur commis par HENRY sur ses filles ou d’autres enfants.
    Henry répond que c’étaient des gens qui lui demandaient à boire et auxquels il donnait un peu de boisson faute de vin et qu’il ne les gardais jamais jusqu’à 4h du matin.
    La veuve NAU rétorque que c’était ces gens qui apportaient la boisson et l’an dernier encore aux vendanges il faisait encore du tapage à 1 et 4h du matin, son gendre qui était là lui a demandé ce que c’était que ce bruit.
    HENRY répond que c’était peut être des gens qui l’avait fait lever pour lui demander des marchandises de son état.
  • Françoise GAUDIN (femme GAUGUIN), 57 ans, déclare « en 1871 ou 1872 un jour j’ai aperçu par la fenêtre de la maison d’Henry qui donnait sur notre cour la femme d’HENRY qui raccommodait le pantalon de son mari, sur lui assis sur une chaise. Une de ses filles, je ne sais laquelle qui pouvait avoir une dizaine d’années […] s’est approchée de son père et le touchait aux hanches mais par dessus sa chemise et son gilet en disant : regarde maman comme il est gros. »
  • Louise GUIGNARD (femme BOURREAU), a été leur voisine durant un couple d’année jusqu’en 1876. A cette époque ni depuis elle n’a eu connaissance d’acte blâmable; elle ne les a jamais fréquenté. Cependant, elle a connaissance des noces le soir chez lui avec des gens venant d’on ne sait où mais encore à ce sujet elle n’a eu de plainte à porter contre lui.
    HENRY dit qu’il n’a pas vu de pareils gens venir chez lui.
    La femme BOURREAU « Allons ne nous dément pas, tu sais bien que c’est vrai« 
  • Etienne TALAND, 47 ans, terrassier. « Voilà 10 ans que je connais HENRY, j’ai habité Montlouis et j’en suis parti il y a tantôt 2 ans pour aller demeurer à Véretz […] Je n’ai jamais fait de noces chez lui, je l’aidais à bêcher les vignes, je soupais avec lui, quelque fois je restais là après souper à boire quelques verres de vin avec lui je ne sais pas jusqu’à quelle heure je n’y faisais pas attention, ce n’était pas des orgies et je ne faisais de tort à personne.
    A l’époque où HENRY demeurait à côté de chez Mme BOURREAU, il fut malade, les voisins étaient bien honnêtes pour lui mais ne lui portaient pas de secours, c’est moi qui lui portait à boire et à manger et 3 ou 4 fois j’ai couché chez lui tantôt sur le pied de son lit, tantôt sur le lit des enfants, avec eux mais tout habillé, je ne quittais seulement pas mes souliers.
    Il est bien certain que je n’ai jamais eu de relations avec Armantine ni d’autres, ce n’est pas mon affaire, pour boire un coup j’en suis bien mais pour ça, non, vous pouvez prendre des informations à Véretz et à Tours où je suis resté 6 ans depuis 1861.
    Je ne me suis jamais aperçu non plus si HENRY ait eu avec ses filles de pareilles relations; je ne me suis jamais rencontré chez lui le soir que quelques fois avec son gendre maçon à Montlouis
    . »
  • Armantine HENRY, 14 ans. Depuis la mort de sa mère 9 ans auparavant, elle explique comment sont répartis les couchages dans les 2 chambres. Elle dit qu’il y a bien des années que son père a commencé à venir la trouver dans son lit, elle ne sait pas pourquoi, il ne la touchait pas et restait tranquille à côté d’elle. Jamais d’autres hommes que son père n’ont couché avec elle et elle ne s’est livré à personne, ni à son père, ni à son frère Lucien, ni à TALLAND, ni à personne; aucun d’eux ne l’a touchée ni avec la main ni avec leur affaire. Ce ne sont que mensonges. Elle ne s’est jamais amusée même avec des petits garçons.
    Elle n’a jamais vu son père s’amuser avec sa petite sœur Antoinette et ne sait pas s’il l’a fait avec ses autres sœurs Désirée ou Joséphine. Elle ne sait pas si Antoinette s’est amusée avec des petits garçons.
    Le juge : « Vous venez de me dire que c’était votre père qui avait commencé à coucher avec vous, comment se fait-il que vous me déclariez maintenant que personne autre ait couché avec vous ? »
    Armantine : « Il n’y a que mon père et mon frère qui aient jamais couché avec moi et ni l’un ni l’autre ne m’a fait de sottises. Je pense bien que le médecin qui me verra reconnaitra que je n’ai jamais eu de rapports avec les hommes. Personne à Montlouis ne m’a jamais attiré pour me livrer aux hommes, ça n’est arrivé qu’à ma sœur Désirée chez la PODEVIN« 

Le 21 mai 1882, une cédule à témoin est émise envers HENRY (charretier) et Lucien HENRY pour comparaitre le 23 mai 1882 à 01h du soir. Une autre cédule a dû être émise (mais non présente dans le dossier) pour que comparaissent le même jour Antoinette HENRY (demeurant chez sa sœur Joséphine au 50 rue du commerce à Tours), Joséphine HENRY et Désirée HENRY (actuellement au Refuge de Tours).

Le 23 mai 1882, les témoins suivants sont interrogés pat le Juge VINET.

  • Lucien HENRY (déjà entendu le 15 mai), confirme ses rapports avec Armantine ainsi que ceux de son père, TALLAND et un individu en place à Poitiers.
    Armantine, confrontée, nie tout cela et Lucien soutient que c’est la vérité.
    Lucien précise à la demande du juge qu’il faisait la même chose, comme son père, avec Antoinette mais qu’il ne faisaient « pas rentrer leur affaire« .
  • Antoinette HENRY, 9 ans, dit que jamais son père ne l’a touchée aux jambes ni qu’elle se soit aperçu qu’il allait trouver Armantine. Elle ne sait pas pourquoi son père la faisait coucher avec lui plutôt qu’avec Armantine. Elle ne s’est jamais fait toucher par des petits garçons, ni déboutonné le pantalon du petit DESOUCHES et pincé entre les jambes la petite DESOUCHES.
  • Joséphine HENRY (femme GUILLORY), 22 ans, rempailleuse de chaises et demeurant à Tours, déclare être restée chez son père que 6 mois après le décès de sa mère. Elle a été domestique ensuite jusqu’à son mariage. Tout le temps qu’elle a demeuré chez son père, il ne lui a jamais manqué de respect et ne s’est pas ce qui s’est passé ensuite après son départ de la maison en Juin 1874.
  • Désirée HENRY, 18 ans, couturière, demeurant au Refuge à Tours déclare que son père quand il était ivre disait de vilaines choses mais ne l’a jamais touchée. Elle a été entrainée par une mauvaise femme la femme PODEVIN qui l’a emmenée chez elle pour la mettre en rapport avec des hommes quand elle avait 14 ans; elle ne comprenait pas alors l’importance de ce qu’elle faisait et le comprends aujourd’hui. Son père la grondait souvent à cause de cela et bien des fois il est venu la chercher chez cette femme et il la battait. Elle ajoute que des gens venait quelquefois le soir pour boire avec son père mais ne s’est jamais aperçu qu’ils aient rien fait de mal.

Le 23 mai 1882, le juge ordonne au Docteur SAINTON de faire visiter 2 jeunes filles à effet de contrôle si elles portent aux parties sexuelles des traces d’attentats et de défloration et dans l’affirmative de donner une époque des faits et si la défloration doit être attribuée à des rapports sexuels.
Il ordonne de faire visiter Lucien HENRY et de voir si les rapports libidineux qu’ils auraient pu avoir avec ses sœurs auraient pu produire leur défloration.
Enfin d’examiner Pierre HENRY pour rechercher s’il existe sur lui quelques signes distinctifs de rapprochements incestueux.
Ces examens auront lieu à priori le 23 ou 24 mai d’après les évènements qui suivent et donneront lieu à un rapport du médecin en date du 26 mai 1882.

Le 23 mai 1882, le Procureur de la République dans un réquisitoire à fin d’information demande au juge VINET d’inculper monsieur TALLAND pour attentat à la pudeur.

Le 23 mai 1882, un mandat d’amener est lancé par le juge VINET à l’encontre d’Etienne TALAND, 47 ans, terrassier à Véretz.

Le 24 Mai 1882 à 01h du soir, le Brigadier Joseph BLAIN et le gendarme à cheval Léon BALIZET se déplacent de Cormery pour arrêter Etienne TALAND à son domicile de Véretz et le déposer en chambre de sûreté à leur caserne en attendant son transfèrement. Les renseignements pris indiquent qu’il vit à Véretz depuis environ 2 ans et y serait bien considéré si ce n’est qu’il se livre fréquemment à l’ivrognerie.

Le 24 mai 1882, le juge VINET entend le sieur Pierre HENRY (homonyme de l’inculpé) et de nouveau, Antoinette et Désirée HENRY.

  • Antoinette HENRY (déjà entendue la veille). Elle assure de ne s’être jamais amusée avec personne, pas plus avec son frère qu’avec son père, à faire de vilaines choses.
    Lucien, confronté, lui dit que c’est bien vrai mais qu’elle ne veut pas le dire.
    Antoinette dit que c’est un menteur.
    Le juge demande à Lucien comment il s’amusait et Antoinette voyant Lucien hésiter lui lance : « Il le dirait bien tout de suite si c’était vrai« 
    Lucien dit : « Je faisais toucher son affaire à la sienne et elle me disait de lui faire comme à Armantine« .
    Antoinette répond : « Je ne lui ai jamais dit ça, je ne sais point ce qu’il faisait à ma soeur« .
  • Pierre HENRY (voiturier/charretier et aussi débitant de vin), 49 ans, demeurant à Montlouis, indique que son métier l’oblige à être souvent sur pied à tout heure de la nuit et atteste que des individus venaient faire la noce chez Pierre HENRY et qu’une nuit vers 03h30 un individu d’une trentaine d’années est venu lui demander du vin. Il connait aussi TALLAND qui a habité à Montlouis environ 18 mois auparavant mais comme il est rarement chez lui il ne sait pas si cet homme venait souvent chez HENRY.
  • Joséphine HENRY vient déclarer que sa soeur Antoinette vient de lui faire des aveux et a eu des relations avec Lucien ce que le médecin a remarqué quand il l’a visitée.
    Antoinette, confrontée, dis que c’est vrai et que si elle ne l’a pas dit avant c’est qu’elle avait honte. Ce que faisait Lucien lui faisait un peu mal.
    Lucien, confronté, répond qu’il avait bien dit qu’il s’était amusé avec Antoinette (ndlr, je passe les détails). Comme il a bien dit aussi que son père s’amusait avec Antoinette mais ce n’est pas vrai, il ne l’a vu qu’avec Armantine.

Le 25 mai 1882 à 10h30 du matin, le sieur TALLAND est interrogé par le juge qui lui dit qu’il est inculpé d’avoir depuis moins de 10 ans, à Montlouis, commis un ou plusieurs attentats à la pudeur sur la personne d’Armantine HENRY alors âgée de moins de 13 ans.
TALLAND : « C’est faux comme la fausse monnaie, il y aura 2 ans le 20 septembre prochain que je suis à Véretz, depuis cette époque je ne suis allé à Montlouis qu’un couple de fois pour voter mais je ne suis pas entré chez HENRY. Avant d’aller à Véretz, j’allais quelquefois chez HENRY boire un coup avec lui et quelquefois j’y ai couché soit par terre ou à côté du gamin mais tout habillé; le gamin couchait avec sa soeur Armantine, il était entre Armantine et moi et encore étais-je couché au pied du lit« 
Le juge : « Puisque vous habitiez à Montlouis pourquoi couchiez vous chez HENRY au lieu de vous retirer chez vous ?« 
TALLAND :  » Vous savez quand on avait bu un coup ! J’ai bien couché aussi chez BOURILLON, chez MOREAU, mais pas avec leurs enfants. Pour ma connaissance je n’ai jamais fait de tort pas plus à un enfant qu’à une femme, si étant couché avec Armantine HENRY je l’ai touché c’est hors de ma connaissance pour ces affaires, et puis je n’ai jamais passé pour cela.« 

Le 25 mai 1882 à 03h du soir. Armantine est interrogé : « il y aura 3 ans l’hiver prochain« . […] Il venait souvent le soir […], il couchait dans mon lit, plusieurs fois il a essayé à abuser d’elle, « enfin une nuit il a réussi, il m’a fait beaucoup de mal entre les jambes, à mes parties […] TALLAND n’a fait pénétrer ses parties dans les miennes qu’une fois, après il n’a pas recherché, je ne me rappelle pas combien de fois il avait essayer avant d’y arriver. Je ne pas pourquoi mon père a laissé coucher cet homme avec moi, c’est TALLAND qui a joui seul de moi, jamais mon père ne l’a fait ni mon frère non plus. Ce qui dit mon frère est faux, je ne sais pas où il a pris ça, je ne lui ai point dit et il ne l’a pas vu. Je ne me rappelle pas si mon frère était couché avec nous quand TALLAND m’a fait ça, mais il devait y être puisque nous n’avions que deux lits […]. TALLAND se déshabillait bien pour se mettre dans le lit […] je pleurais quand je le voyais venir se coucher avec moi mais je ne pouvais pas l’empêcher parce que c’était papa qui voulait qu’il couche avec moi
Il y a 5 ans, un nommé GAUDRON-GAILLARD qui demeure maintenant loin d’ici, un soir
que je revenais de Véretz sur les 8 heures avec mon frère essaya de me prendre de force, je ne me rappelle pas ce qu’il me fit mais il a été poursuivi en cours d’assises où il a attrapé de la prison« .
E. TALLAND : « Je n’ai jamais rien fait à cette drôlière, ce qu’elle dit est faux, elle l’invente, je ne comprends pas ça après leur avoir rendu des services. »
Armantine : « Si ce n’était pas vrai je ne le dirais pas« 
E. TALLAND :  » Que voulez-vous que je vous dise si on m’en veut, il n’y en manque pas qui m’en veulent, je citerais BLOT et VILLARD, de Montlouis, que j’ai fait assigner pour des comptes« .
Le juge à TALLAND :  » Vous pensez donc que cette jeune fille se serait fait déflorer pour permettre à VILLARD qui ne lui est rien, et à BLOT, qui est son cousin germain, de se venger de vous ?« 
E. TALLAND : « Pour moi c’est dans mon idée, j’ai bien couché avec cette fille mais je ne lui ai rien fait, son frère était entre nous deux. »
Armantine : « Je dis que c’est vrai moi« 
Pierre HENRY (père) dit que TALLAND a couché avec sa fille et son fils; s’il a laissé couché TALLAND dans ce lit c’est parce que son fils y était, Armantine ne lui a jamais dit que ça la répugnait et elle aurait dû le lui dire. Il faisait cela pour que TALLAND soit plus tôt prêt pour aller à l’ouvrage le lendemain, quant à lui, il n’a jamais touché à ses enfants.
Le juge à HENRY : « N’avez-vous pas fait coucher avec votre fille Armantine un autre individu avec lequel vous avez été en place chez un maréchal à Poitiers ?« 
P. HENRY :  » Je n’ai jamais travaillé à Poitiers, j’ai travaillé ici à Portillon chez un sieur GUILLON, maréchal, aujourd’hui décédé; aucun de ceux avec qui je me suis trouvé (avant mon mariage) ne sont venus me voir depuis à Montlouis« .
Armantine : « Je ne sais pas non plus ce que cela veut dire, je n’ai jamais connu que TALLAND« 

Le 25 mai 1882, le juge demande au Dr SAINTON d’examiner Etienne TALLAND et convoque par cédule Lucien HENRY, BLOT et VILLARD à comparaitre le 27 mai suivant.

Le 26 mai 1882, un extrait du casier du Tribunal de Blois concernant Etienne TALLAND est versé au dossier. Tout ce qu’on y trouve est qu’il a été condamné pour faits de chasse à 16 francs d’amende le 01 février 1856.

Le 26 mai 1882, le rapport du Docteur SAINTON sur les examens ordonnés les 23 et 25 mai est remis au juge.
Armantine HENRY, 14 ans, est nubile et réglée. L’examen confirme une défloration remontant à une époque éloignée qu’il est impossible de préciser. Cette défloration est telle que peut la produire l’introduction d’un corps volumineux et dur comme un membre en érection; l’acte qui l’a produite a été certainement répété un certain nombre de fois. Il n’y as pas de traces de violences sexuelles.
Antoinette HENRY, 9 ans, présente des organes génitaux conforme à ceux d’enfants de son âge mais l’examen montre une défloration produite par l’introduction d’un corps rigide peu volumineux tel que le doigt ou que la verge d’un jeune garçon de 10 à 12 ans. Défloration déjà ancienne mais indéterminée.
Pierre HENRY, 48 ans, ne présente rien de particulier et son membre parait d’un volume médiocre indiquant qu’il ne puisse pas être l’auteur des actes qui lui sont imputés. Il n’est atteint d’aucune affection vénérienne récente ou ancienne.
Lucien HENRY, 12 ans, présente un sexe de taille en rapport avec son âge et peut parfaitement être l’auteur de la défloration de sa sœur Antoinette.
Etienne TALLAND, l’examen ne permet pas dans sa conformation qu’il ne soit pas l’auteur des actes dont il est inculpé. Il ne présente aucune affection contagieuse.

Le 26 mai 1882, le brigadier Joseph BLAIN et le gendarme à cheval Charles GRATRAUD sont dépêchés à Véretz, suite à une dépêche télégraphique du Procureur de la République en date du 25 mai, pour s’enquérir de la moralité d’Etienne TALLAND.
Le procès verbal fait apparaitre que depuis l’arrestation de TALLAND, une rumeur circule tendant à dire que la fille HENRY aurait couché avec TALLAND et son frère Lucien, et que celle-ci aurait accouché d’un enfant qui serait mort on ne sait comment et enterré dans un jardin. La rumeur cite Madame TERIER, bouchère à Montlouis et une de ses voisines comme pouvant donner de précieux renseignements.

Dans un courrier du 27 mai 1882, le Dr SAINTON confirme qu’Armantine n’a jamais été enceinte et n’a jamais accouché.

Le 27 mai 1882, 2 nouvelles dépositions sont effectuées suite à la cédule précédente ainsi que la confrontation entre Lucien et Armantine avec Etienne TALLAND :

  • BLOT Auguste Etienne, 56 ans, forgeron taillandier, cousin germain par alliance de l’accusé HENRY, n’a pas connaissance des faits reprochés tant par HENRY que par TALLAND. Lucien loge chez lui à la demande du maire pour tâcher de lui apprendre à travailler et ne s’est pas permis de le questionner sur les faits reprochés à son père et à TALLAND. Il avoue avoir eu des difficultés avec ce dernier et s’il ne l’aime pas, il n’a pas assez de haine ni même assez d’estime pour dicter à personne une accusation portant sur des faits dont il n’a pas connaissance et dont il pourrait être innocent. TALLAND logeait dans ses bâtiments et comme il ne payait pas, il a ôté les portes; il a été assigné par son locataire qui a été débouté de sa demande.
    Confronté à TALLAND qui dit : « Je n’ai rien à dire sur cette déposition, je croyais que Mr BLOT m’en voulait, mais je n’en veux à personne, cependant je suis méprisé dans le bourg de Montlouis sans savoir pourquoi, n’ayant jamais fait de tort à personne ».
  • FOUGERON César Auguste dit VILLARD, 48 ans, menuisier. TALLAND a été son locataire et comme il ne payait pas, il l’a fait expulser. Il lui doit encore des loyers et les frais, et le sieur VILLARD aurait le plus grand désir d’être payé mais il n’a contre cette homme ni animosité ni malveillance.
    TALLAND répond que si le témoin ne lui en veut pas, il ne lui en veut pas non plus. Mais il lui avait offert de l’argent qu’il avait refusé en préférant lui faire des frais.
    VILLARD tenait beaucoup plus à le faire sortir de chez lui car il ne lui plaisait pas de le voir réunir des camarades pour boire et faire la noce.
  • Lucien HENRY, déjà entendu les jours précédents, maintient sa version que TALLAND s’est amusé deux ou trois fois avec Armantine et que son père est venu aussi une fois s’amuser aussi avec elle.
    Etienne TALLAND :  » Ca c’est faux, je ne comprends pas ça, je n’étais pourtant pas saoul à ne pas savoir ce que je faisais, si je l’avais fait, je m’en souviendrais bien-sûr« 
    Lucien : « C’est bien vrai, j’étais dans le même lit, TALLAND se mettait entre ma sœur et moi« 
    E. TALLANT : « C’est bien faux, mon petit gars, si tu veux le dire je ne peux pas t’en empêcher, tu as été bien souvent battu par ton père pour avoir dit des mensonges« 
    Lucien :  » Il m’est bien arrivé quelques fois en effet d’être battu par mon père pour des mensonges mais aujourd’hui je ne ment pas« 
  • Armantine HENRY, déjà entendue :  » Je vous ai dit que TALLAND m’avait introduit son membre dans mes parties qu’une fois […], je me trompais il me l’a introduit plusieurs fois. Mon père ne m’a jamais introduit ses parties en contact avec les miennes, il n’a jamais fait que m’y chatouiller avec les doigts […] c’était avant que TALLAND eut des rapports avec moi et depuis la mort de ma mère que mon père me chatouillait comme ça, ça me faisait bien un peu de mal mais je ne pouvais pas me défendre de lui « .
    Confrontation avec Etienne TALLAND : « Je n’ai jamais fait cela pas plus à elle qu’à d’autres » et s’adressant à Armantine  » Si ça avait existé pourquoi ne le disais tu pas à ton père ? Qui sait ce que tu as fait depuis 3 ans ? Si tu n’avais pas vu d’autres hommes que moi t userais encore naturelles ?« 
    Armantine répond : « Je n’ai jamais vu d’autres hommes que lui« 
    Confrontation avec son père qui lui dit d’un ton sévère : « C’est vrai que je t’ai touchée là ?« 
    Armantine : « Non ce n’est pas vrai« 
    Le Juge à Armantine : « Pourquoi m’avoir dit tout à l’heure que votre père vous chatouillait avec les doigts ?« 
    Armantine : « Je ne comprenais pas ce que ça voulait dire, non jamais mon père ne m’a rien fait avec les doigts, je croyais parler de TALLAND. »
    Pierre HENRY : « Ma fille a peut être voulu parler aussi d’un nommé GAUCHER-GAUCHER qui, d’après le monde, l’avait touchée dans le Clos-Sabot à Montlouis. »
    Armantine : « C’est moi qui l’ai dit à mon père que cet homme m’avait touchée et c’est vrai aussi, c’est ce que je voulais vous dire tout à l’heure mais je ne trouvais pas son nom. Ca se passait avant l’affaire GAUDRON. »
    Pierre HENRY : « Non Monsieur c’est depuis, je le sais bien« 
    Le juge à Pierre HENRY : « Comment et par qui le savez-vous ?« 
    Pierre HENRY : « Parce que ma grande fille me l’a dit, nous demeurions chez monsieur GAUCHER, dans le Rocher, et que nous n’y sommes entrés que depuis 4 ans passés, la 5ème année court, je ne l’ai pas alors dénoncé parce que GAUDRON avait été acquitté et que je craignais de faire encore crier après moi« .
    Le Juge à Armantine : « Puisque vous avez conté à votre père ce que vous avait fait GAUCHER, pourquoi ne lui disiez vous pas aussi ce que vous faisait TALLAND ?« 
    Armantine :  » Je ne sais pas « 

Epilogue de l’épisode 3

Je pensais que cet épisode allait être le dernier concernant Pierre Henry mais il reste encore à conter sur cette Affaire …

Etienne TALLAND est inculpé tout comme Pierre HENRY pour attentat à la pudeur, on n’en attendait pas moins du juge VINET qui mène tambour battant son enquête.
Il y a cette affaire en 1878 avec la femme PODEVIN qui a vu Désirée HENRY être placée au Refuge de TOURS.
Il y a la bouchère, Mme TERIER qui aurait des informations concernant un accouchement (et un enterrement dans un jardin) mais que le Docteur SAINTON n’affirme pas pour sa part après examen.
Il y a aussi cette histoire avec le nommé GAUDRON pour des attouchements sur Armantine en 1877, tout comme le sieur GAUCHER-GAUCHER au Clos-Sabot.
Sans parler du frère, Pierre Isidore, « pensionnaire » depuis 1876 à la colonie agricole de Mettray. Qu’a-t-il fait ?

On comprends désormais le titre de ces articles !

Alors je vous donne rendez-vous pour un épisode 4 mais je ne jure pas que ce soit le dernier.