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#Généathème 06/2022 – Les enfants nés hors mariage

Introduction

Je n’ai pas pléthore d’enfants nés hors mariage dans mon ascendance directe ou collatérale mais ce thème inspirant me reconcilie à l’écriture après 3-4 mois de « pause et de recherches ».

Pour ce généathème de Juin 2022 proposé par la communauté Geneatech, je vous invite à une immersion non pas dans les étangs de la Brenne mais bien sur leurs bords du côté de Rosnay.

Si les roseaux pouvaient parler, on découvrirait une partie de la vérité … une fille mère qui n’en est pas une !

BERLINGAULT / BRAY Marie

Voila donc de quoi je suis parti quand j’ai épluché les AC de Rosnay pour y trouver la descendance de :
ma Sosa 609, Françoise PORCHERON
– et de mon Sosa 608, Silvain BERLINGAULT.

Le 7 juin 1741 a été apporté à l’église une fille bastarde de Silvain Brelingaud garçon meunier et de Silvine Bray, muette, née le même jour, mois et an que dessus pour recevoir les cérémonies du baptême lesquelles y ont été faites par moy curé de Rosnay soussigné, ayant été auparavant par nécessité baptisée à la maison par Pierre Saupie journalier, les susdits jours, mois et an que dessus dans le bourg du Bouchet susdite paroisse de Rosnay dans les dites cérémonies on luy a imposé le nom de Marie les parrains Louis Pellerin du bourg et marreine Marie Patouillas veuve Clément du susdit Bouchet tous les deux de cette paroisse.
Sabourault curé de Rosnay

AD36 – Rosnay – cote 3E173/01 (BMS : 1730-1749) – pg 177/305

Un peu de géographie ne nuit à personne. On trouve Rosnay (Roinay) à 25 km au Nord Est de la ville du Blanc dans l’Indre au cœur du Parc Régional de la Brenne. C’est une région baignée de nombreux étangs dont l’élevage de la carpe y a été largement développé durant 6 siècles environ.

Carte de Cassini – feuillet 31 – paroisse de Rosnay

Le décor est planté.
Silvain BERLINGAUD est né le 21 octobre 1713 à Mézières en Brenne de Silvain et Jeanne MALCOSTE. Il est garçon meunier au moulin du Blizon (au nord de Rosnay, à gauche de la Verrie) et a 28 ans lorsque nait Marie dite « bastarde » le 07 juin 1741 ondoyée au bourg du Bouchet (au Nord de Rosnay).
Silvine BRAY, la mère de Marie, est muette, une information qui me sera importante par la suite. Sur la naissance de Silvine je n’ai pas d’information précise vu l’absence d’archives antérieures à 1730 pour cette paroisse. Son acte de décès situe sa naissance vers 1712.

A ce moment, on se dit : « bon ok ! ils ne vont pas vivre longtemps dans le péché et on va bien trouver un mariage célébré par ce bon père curé Sabourault. »
Je réponds : « Que nenni ! »

Silvain BERLINGAUD prend pour épouse Françoise PORCHERON le 19 septembre 1741 soit 3 mois après la naissance de la petite Marie !

AD36 – Rosnay – cote 3E173/01 (BMS : 1730-1749) – pg 180/305

J’ai cherché à savoir ce qu’était devenue Marie BRAY (ou BERLINGAULT) et Silvine sa pauvre mère mère muette. Sans succès à ce jour pour la première, quelques bribes de vie pour la seconde.

Silvine BRAY

On trouve le baptême de Silvain BRAY « fils inconnu de Silvine BRAY » le 19/09/1745 …

AD36 – Rosnay – cote 3E173/01 (BMS : 1730-1749) – pg 250/305

… et 3 mois plus tard, son inhumation le 11/12/1745 où il est rappelé qu’il est le « fils bâtard de Silvine Bray, fille, dont le père est inconnu« .

AD36 – Rosnay – cote 3E173/01 (BMS : 1730-1749) – pg 253-254/305

Silvine est présente à l’inhumation de Marie BRAY le 07/05/1750 à Rosnay/Les Zénards, épouse en secondes noces de Pierre BONNAULT.
« L’an 1750 le 07 may le corps de Marie Bray épouse ne 2ndes noces de Pierre Bonnault journalier, décédée le jour précédent après midy dans le village des Zénards de cette paroisse, âgée de 26 ans a été enterrée dans le cimetière de cette paroisse par moy curé de Rosnay soussigné en présence de son mari, de ses frères et soeurs, Melaine Multon et sa femme Anne Chevreau du Bois Retrait, de Silvine Bray muette du Coudreau, de son beau frère Pierre Boué, de Magdelaine Bray sa femme du Temple, témoins qui ont déclaré ne savoir signer de ce interpellés Sabourault« 

Elle est aussi présente à l’inhumation de son neveu Pierre TESTé le 16/03/1753 à Rosnay/Le Coudreau.
« L’an 1753 le 16 mars le corps de Pierre Testé fils de René Testé journalier et Jeanne Bray, mort le même jour mois et an que dessus de grand matin dans le village du Coudreau de cette paroisse âgé de 2 ans 10 mois a esté inhumé dans le cimetière de cette paroisse par moy curé de Rosnay soussigné en présence de son frère sanguin Louis Testé journalier et de sa tante Silvine Bray muette, d’Ambroise Lamoureux et de Julien Thibault voisins tous du Coudreau de cette susdite paroisse qui ont déclaré ne savoir signer de ce interpellés Sabourault Curé« 

Enfin, on trouve son acte d’inhumation le 12 avril 1757, elle est ni mariée, ni veuve. Et aucune mention n’est faite de sa fille Marie qui devrait être âgé à ce moment de 16 ans.
« … pauvre muette fille de feu Michel BRAY laboureur et feu Jeanne LIARD, morte hier au soir dans le village de Riant Vert âgée de 45 ans … en présence de sa sœur Jeanne Bray femme de René TESTé du Coudreau, de Magdelaine Bray femme de Pierre Boué de Riant Vert, de François Hervier son neveu du Coudreau tous de cette paroisse … Sabourault curé de Rosnay« 

AD36 – Rosnay – cote 3E173/02 (BMS : 1750-1769) – pg 120/308

Conclusion

Ainsi s’achève cet article et cette histoire qui m’a étonné et ému. Cette pauvre femme Silvine BRAY, muette, ayant cédé aux faveurs de Silvain BERLINGAULT le meunier du Blizon avec lequel elle ne se mariera pas mais qui a reconnue le fruit de leur relation puisque cité dans l’acte de naissance de Marie BERLINGAULT/BRAY.

Peut-être qu’il était inconvenant pour la famille de Silvain BERLINGAULT d’épouser cette pauvre muette d’où son mariage avec Françoise PORCHERON, fille du maréchal et donc un parti plus intéressant … Se pose la question du patronyme attribué à Marie : Bray ou Berlingault ?

Ahhh si les roseaux pouvaient parler !

Chemin de vie de Silvine Bray et Silvain Berlingault

François POIRIER : cordonnier, voleur et gendre de Pierre HENRY

Nous avons rencontré François POIRIER (sosa 30) à maintes reprises lors des derniers articles consacrés à la descendance de Pierre HENRY. Notamment parce qu’il est l’époux d’Armantine HENRY (sosa 31) mais aussi pour avoir été interrogé en octobre 1897 lors d’une des nombreuses arrestations de son-beau-frère Lucien Pierre HENRY.

François POIRIER nait le 15 juillet 1853 à Tours, au 3 rue du Petit Gars.
Il est le 7ème enfant, sur une fratrie de 10, de Jean-François POIRIER et COLIN Rosalie Justine. Quatre enfants décéderont en bas-âge.

AD37 – cote 6NUM8/261/195 (pg 131/253) : naissance de François POIRIER

La rue du Petit Gars était située dans la quartier de La Riche, non loin des quais de la Loire.
Elle était entourée au nord par la rue de Ballan, au sud par la rue de Chanteloup, à l’ouest par la rue de la Hallebarde et à l’est par la rue des Huit-Pies (disparue également).
Pour se situer un peu, le n°1 (haut de la rue) portait le n°524 sur le plan cadastral, le n°15 (bas de la rue) le n°517, et le n°3 où est né François le numéro 523.
Vers 1860, entre 50 et 60 habitants occupent la rue.

AD37 – cote 6NUM10/261/013 – Section E1 de la Ville Perdue (1836)

La rue du Petit Gars n’existe plus. Le quartier a été acquis par la Société Mixte d’Aménagement de la Ville de Tours en 1966 pour subir les modifications qu’on lui connait aujourd’hui.

Source Michelin (2022)

Entre 1858 et 1859, la famille s’installe au n°5 de la même rue avec un accès par une cour intérieure. Jean-François et Rosalie, les parents, vivront à cette adresse pour le reste de leurs jours.

François a 13 ans lorsque sa mère Rosalie Justine décède le 07 août 1866.

En 1872, lors du recensement, François occupe un emploi de chaussonnier.

En 1873, il est exempté de service militaire pour cause  » d’arrêt du développement ». Il mesure 1m50.

AD37 – cote 1R390 – listes cantonales de tirage au sort de Tours

Au recensement de 1876, François à 23 ans. Il est cordonnier et vit toujours chez son père ainsi que ses sœurs encore célibataires :
– Rose (°31/10/1842), couturière. Elle décédera le 24/01/1880 à Tours sans postérité.
– Désirée (°10/07/1844), couturière. A eu une fille en juillet 1874 qui n’a vécue qu’un mois. Elle se mariera à Tours le 27/03/1882 à Joseph THIERRY. Veuve le 23/11/1882, elle épousera Etienne BUISSON le 30/07/1888. Elle décèdera le 08/12/1918 sans postérité.
– et Marie (°16/12/1856), relieuse. Elle épousera Louis Alphonse PAGéE (frère de René Pierre et aussi cordonnier de son état) le 04/11/1878 à Tours. Après avoir perdu 4 enfants en bas âge entre 1879 et 1884, ils partent s’installer après août 1885 à Paris avec leur dernière née Georgette, boulevard de la Villette. En août 1886 nait Jeanne qui assurera seule une postérité au couple puisque Georgette décède en février 1887. Marie POIRIER meurt à Paris le 21/09/1888 et Louis Alphonse la suit le 28/06/1890 à Tours.
A cette même époque,
– sa sœur Joséphine (°16/02/1846) vit au n°1 de la rue du Petit Gars avec son époux Marcellin ROBIN, cordonnier, qui a reconnu Victor Armand (°1866 de père inconnu) lors de leur mariage le 18/01/1873. Victor décèdera en août 1873 alors que le couple vient d’accueillir en juin un petit Aimé qui ne vivra que 2 ans les laissant sans postérité. Joséphine décèdera le 22/04/1912 suivie par Marcellin le 27/08/1915.
– son autre sœur Julie (°14/08/1851) vit au 7 rue des Huit-Pies avec son époux René Pierre PAGéE (mariés le 24/10/1871), cordonnier, et leur fille Julie Marie née en 1873. Le couple vivra un temps à Paris, boulevard de la Villette dans les années 1886 car on y trouve Pierre PAGéE témoin de la naissance de Jeanne sa nièce.

Un premier dérapage ?

Je perds la trace de François jusqu’au 15 octobre 1882 où il prévenu pour tentative d’assassinat. Il reste 2 jours aux écrous passagers sous le n°614 puis est transféré à la Maison d’Arrêt de Tours sous le numéro 310.
Le 28 octobre 1882, il est mis en liberté sur ordre du juge d’instruction.

AD37 – cote 2Y275 – pg 106/204, écrou de François POIRIER

Je n’ai pas mis la main aux AD37 sur un quelconque dossier me permettant d’en savoir plus sur cette histoire d’assassinat.

François est libre en cette fin d’année 1882 mais on comprend malheureusement bien vite qu’il n’a pas de bonnes relations et que sa vie a ou est en train de basculer « du côté obscur de la force ».

La belle équipe : Poirier, Gimonet et Marion

Le lundi 22 octobre 1883 en début d’après midi, François POIRIER (30 ans) rencontre à la pension alimentaire, rue de la Guerche à Tours, Ursin/Sylvain GIMONET (17/18 ans) et Henry MARION (19 ans).
GIMONET dit « le petit » mesure 1m54. Il est coiffé « à la chien », ses cheveux châtains retombant sur son front.
MARION quant à lui est dit « le grand », mesurant 1m70.
POIRIER et GIMONET se sont déjà rencontrés quelquefois lorsque ce dernier travaillait chez Baptiste VILLERET à La Tranchée. François propose à ses deux acolytes d’aller visiter une ferme, au bout de la rue de Paris, où prendre des effets appartenant à des scieurs de long travaillant sur l’île de Rochepinard en face de ladite ferme du sieur JACQUEMOT, marchand de bois à Tours et employant les scieurs. Ursin et Henry ont couché dans le grenier de cette maison 2 jours auparavant et connaissent les lieux.
Les trois compères repèrent les lieux mais les scieurs travaillant non loin, ils décident de reporter au soir leur méfait. Ils vont s’asseoir au bout du boulevard Heurteloup, près de la fontaine, jusque 6 heures et demi.
Ils retournent vers la ferme mais avant d’y entrer POIRIER et GIMONET vont s’assurer que les scieurs de long sont à l’auberge de M. GIRE (au 240 rue de Paris) en train de fêter leur première journée de travail. POIRIER fait alors la courte échelle à MARION qui pénètre par une croisée donnant sur le grenier juste au-dessus de la chambre des ouvriers. MARION visite la chambre, fracture un coffre et passe les objets du larcin à POIRIER et à GIMONET qui les dépose au fur et à mesure sur la banquette de l’écluse. MARION est sorti à un moment et voulant retourner dans la chambre GIMONET l’en empêche.
Ils s’éclipsent tous les trois emportant leur butin dans les saules au bord du Cher où ils effectuent le partage. Ils se séparent au bout de l’avenue GRAMMONT.
POIRIER s’en va seul et va coucher chez le sieur BRAULT, 21 rue du Renard.
GIMONET et MARION partent souper vers 9 heures du soir chez Madame THIERRY, 5 rue des bohèmes. En quittant le restaurant, ils annoncent qu’ils quittent Tours, GIMONET déclarant qu’il va à Vierzon. Ils vont se coucher dans la paille au-dessus de La Tranchée.

Boulevard Heurteloup à Tours (source http://www.actuacity.com)

Les scieurs, tous originaires de Montbazon, rentrent à leur logis entre 8h et 9h du soir, ils découvrent qu’ils viennent de se faire dépouiller durant leur absence.
La malle de Jean-Baptiste VRAY (26 ans) est fracturée, 4 pantalons, 4 gilets, un tricot, 6 ou 7 paires de chaussettes, une paire de mitaines, 2 chapeaux, 1 paire de souliers, un mètre de poche, son livret ainsi que celui de son frère, un carnet, une montre et un porte-monnaie contenant 13 à 14 francs.
Pierre GENESTIER (17 ans) s’est fait volé son livret, sa blouse et son chapeau qui étaient pendus à un clou de la chambre.
André GRANGER (16 ans) s’est vu « allégé » d’une paire de bottes, une casquette, sa blouse et son livret. Son père, Victor GRANGER, 2 paires de chaussettes et son livret.
Jean-Baptiste TEVENON (35 ans), a perdu dans l’affaire sa blouse, 1 paire de chaussettes et 1 paires de souliers.

Le mardi 23 octobre, GIMONET et MARION quittent Tours.
En parallèle, à 9h du matin, le sieur VRAY dépose une plainte pour vol d’effets à son encontre et celle de ses camarades. La machine judiciaire se met en marche. L’agent de sûreté TESSIER est chargé de suivre la piste des coupables.
Dans la matinée, François POIRIER quant à lui retourne sur les bords du Cher pour y chercher le reste des objets laissés dans un sac la veille. Le sieur CIMIER, cultivateur et demeurant 73 rue de Paris, est en train de chasser. Il observe le manège de POIRIER et trouvant son attitude bizarre d’autant qu’il a eu vent de l’affaire de vol survenu la veille. POIRIER met un sac sur son dos et se dirige vers la jetée. A ce moment, CIMIER n’étant pas sur la même rive interpelle un ouvrier pour arrêter POIRIER. POIRIER lâche le sac et prends ses jambes à son cou. Arrivé au pont de Grammont, POIRIER étant poursuivi par l’ouvrier, décide de traverser le Cher et se trouve au final nez à nez avec CIMIER qui lui promet de lui mettre du plomb dans les jambes s’il se sauve. Ils récupèrent.
Le nommé CIMIER amène POIRIER à l’auberge du sieur GIRE et vident le sac devant les scieurs de long qui reconnaissent une partie de leurs effets. L’agent TESSIER arrive sur ces entrefaites à l’auberge et découvre POIRIER ligoté à une chaise !
POIRIER est mené au commissariat où il est écroué en attendant son interrogatoire.

Le 24 octobre à 14h, POIRIER est interrogé et dit ne pas connaitre le nom de ses acolytes. Il raconte tous les faits et les reconnait, mentionnant qu’il a été été plus ou moins entraîné par les deux autres lascars.
Toutefois, il dit que pris de remords, il voulait rendre l’objet de sa part de larcin aux scieurs ce pourquoi il était revenu aux saules pour récupérer le sac.
Il semble aussi que POIRIER ait reçu quelques coups car lorsqu’il dépose son œil gauche est « poché ». J’imagine bien que M. CIMIER et les scieurs de long l’auront quelques peu malmené …

Le 24 octobre est émis un signalement concernant MARION et GIMONET qui ont été identifiés soit par François POIRIER soit par les soins de l’enquête auprès de Madame THIERRY, la restauratrice de la rue des Bohèmes.

Le jeudi 25 octobre, GIMONET et MARION se trouvent du côté de Vierzon (Cher) et apprennent qu’ils sont recherchés par la gendarmerie. Ils disparaissent très vite et prennent la route de Paris où ils arriveront 7 jours plus tard.

Le 27 octobre, le commissaire de police de Tours émet l’hypothèse que GIMONET se soit retiré chez son père à Noyers (Loir-et-Cher).

Le 29 octobre, le commissariat de police du quartier de l’est de Tours, apprend que Sylvain GIMONET a travaillé entre le 03 mai et le 26 juillet 1883 chez le sieur VILLERET, demeurant à La Tranchée, pour ramasser les boues de la ville. Il a été renvoyé car l’entreprise était peu satisfaite de son travail.
Henri MARION est inconnu du sieur VILLERET.

Le 02 novembre, la gendarmerie de St Aignan (Loir-et-Cher) se déplace à Noyers espérant y trouver GIMONET et MARION. Ils font chou blanc. La mère de GIMONET, Adèle BORBONNA, déclare ne pas avoir de nouvelles et pense qu’il est à Tours.

Le 04 novembre, une commission rogatoire est émise pour saisir au bureau des postes et télégraphes de Saint Aignan tous télégrammes ou correspondances entre les nommés MARION et GIMONET et les parents de ce dernier demeurant à Noyers. Cette commission sera levée le 22 décembre 1883.

Le 06 Novembre, un télégramme du procureur de Paris à la Gendarmerie de Saint Aignan indique que GIMONET a été arrêté pour vagabondage et demande si ses parents qui habitent Noyers, à la Cochonnière, le réclame. La gendarmerie répond au procureur de Paris que ledit GIMONET est sous le coup d’un mandat d’amener décerné le 27 octobre par le juge d’Instruction de Tours.

Le 06 novembre, le commissariat de police du quartier de l’est de Tours, après avoir recueilli des renseignements, fait état de la moralité de François POIRIER. Il passe pour être paresseux et quand il est ivre, il est tapageur et méchant. Il a travaillé longtemps pour le compte de MM GIRAULT et LEROY, fabricants de chaussures à Tours, qui ont dû cesser de l’occuper parce qu’il a vendu ou laissé en paiement dans les cabarets de la marchandise qui lui avait été donnée à confectionner. Depuis l’été, François ramassait des chiffons dans les rues et ne fréquentait plus que de mauvaises sociétés.

Le 12 novembre, le commissaire de police, chef du 2ème bureau de 1ère division à la préfecture de Police de Paris, fait comparaitre Sylvain GIMONET qui a été poursuivi pour vagabondage en ladite ville. GIMONET indique être renvoyé de cette inculpation mais le commissaire l’informe du mandat d’amener émis par le procureur de Tours.

Le 14 novembre 1883, la préfecture de police de Paris informe le procureur de la République de Tours que Sylvain GIMONET sera transféré sous escorte en vertu du mandat d’amener du 27 octobre.

Le 16 novembre à 14h, GIMONET est entendu par le juge d’instruction. Il assure que c’est POIRIER qui a proposé le casse. Pour ce qui est de l’argent volé (14 francs), c’est MARION qui l’a récupéré en jetant le porte-monnaie dans le Cher. Cet argent a servi à leurs dépenses sur la route de Tours à Paris.

Le 24 novembre, le commissaire de police de la 1ère division à la préfecture de Paris, informe que le nommé Henri MARION est sorti du dépôt de la préfecture le 07 novembre sans indiquer l’endroit où il se retirait. MARION est introuvable depuis.

Le 15 décembre, les scieurs de long sont cités à comparaître pour déposer sur l’affaire devant le juge d’instruction VINET.

Le 22 décembre, les sieurs GIRE et CIMIER sont appelés à comparaitre comme témoins.

Le 23 décembre, Henri MARION, détenu à Paris, est amené à Tours par voie ferrée escorté par 2 agents.

Le 28 décembre, MARION est conduit par mandat de dépôt à la Maison d’Arrêt de Tours. Il est interrogé à 13h. Il conte par le menu détail la rencontre avec François POIRIER, le vol, son départ avec GIMONET vers Paris où il furent arrêtés pour filouterie d’aliments. Sa mère, habitant la capitale, a payé et il a été mis en liberté. GIMONET quant a lui a été retenu car il y avait un mandat contre eux deux.
Ndlr : bizarre dans ces circonstances que MARION ait été relâché alors qu’un mandat existait déjà et connu de GIMONET. Y avait-il déjà une notion de caution ?
Bref, MARION sort de prison grâce à cette « caution » et va vivre chez sa mère. Sauf que le 12 décembre, il est poursuivi et inculpé pour escroquerie à 4 mois de prison par le tribunal de Paris. Il indique même qu’au mois de septembre 1883, il a subi une peine de 15 jours de prison à Blois pour vagabondage n’ayant ni papiers ni ressources.

Et côté antécédents, casiers judiciaire qu’en est-il ?

Le casier judiciaire de François POIRIER est vierge. Son écrou en 1882 pour la tentative d’assassinat ne figure pas sur l’extrait ce qui nous permet de penser qu’effectivement il était innocent.

Ursin GIMONET a été condamné le 11 août 1882 à un mois d’emprisonnement à Blois pour vol.

François Henri MARION est loin d’être un perdreau de l’année et a été condamné 5 fois.
Les 4 premières condamnations ont lieu à Paris : le 20 février 1882 pour escroquerie (1 mois de prison), le 30 novembre 1882 pour filouterie (2 mois de prison), le 23 février 1883 et le 27 avril 1883 pour filouterie (2 mois de prison à chaque fois).
La dernière condamnation date du 31 août 1883 à Blois pour vagabondage (15 jours de prison).
Et c’est sans compter les 4 mois de prison qu’il aurait dû avoir le 12 décembre juste avant d’être conduit à Tours …

Cour d’appel, cour d’assises et un tour à la case Prison

Le 31 décembre 1883, le Juge d’Instruction et le Procureur de la République ordonnent que soient transmises toutes les pièces d’instruction au Procureur Général pour décider des suite à donner.

Dans son réquisitoire du 19 janvier 1884, le procureur général près la Cour d’Appel d’Orléans, indique mettre en état d’arrestation les 3 contrevenants et les renvoyer devant la cour d’assises d’Indre-et-Loire pour y être jugés conformément à la loi. La cour d’appel suit le réquisitoire en date du 22 janvier 1884.

A compter du 22 janvier, les 3 accusés sont transférés de la Maison d’Arrêt à la Maison de Justice en attendant leur procès.

Le 07 février 1884, le procureur général de la cour d’appel adresse toutes les pièces du dossiers au procureur de la république de Tours afin de mettre cette affaire en état d’être jugée aux prochaines assises.

La notification aux trois prisonniers de leur renvoi aux assises est faite par huissier le 25 février 1884.

Le 1er mars 1884, POIRIER, MARION et GIMONET sont interrogés par le président du tribunal de 1ere instance.
François POIRIER persiste dans ses déclarations faites au juge d’instruction et désire que la cour constate qu’il n’est resté que six semaines sans travailler et qu’aucun acte d’improbité ne lui a été reproché. Maitre ROUSSEL est commis d’office pour sa défense.
Henri MARION et Ursin GIMONET n’ajoutent rien de plus à leurs précédentes déclarations et seront représentés respectivement par maitres LAURENCEAU et LETENGEON.

Les assises ont lieu le lundi 17 mars 1884.
Jean-Baptiste VRAY, Pierre GENESTIER et Pierre CIMIER sont appelés comme témoins.
Les 12 jurés déclarent coupables les trois compères tout en indiquant quelques circonstances atténuantes dont nous n’avons pas la teneur.

La sentence est lourde pour POIRIER et MARION qui prennent 2 ans d’emprisonnement. GIMONET ne subira quant à lui « que » six mois de prison.

Mes hypothèses sur cette sentence sont les suivantes :
– U. GIMONET est le plus jeune de la bande, il a pu être entrainé et influencé
– F. POIRIER est l’instigateur du larcin
– H. MARION est le seul à avoir pénétré dans la chambre et donc commis une effraction; de plus, il traine au moins 5 condamnations.

François POIRIER sera transféré à la prison de FONTEVRAUD (ancienne abbaye royale où sont exposés les gisants d’Aliénor d’Aquitaine et Richard Cœur de Lion) où il ne sortira que le 17 mars 1886.

Laissons GIMONET et MARION purger leur peine de leur côté pour revenir à notre principal sujet et mon Sosa en l’occurrence.

Retour à la liberté

Au printemps 1886, François POIRIER sort de la prison de Fontevraud. Je ne l’ai pas retrouvé dans les recensements de 1886 qui se sont achevés à l’été. Peut-être a-t-il trouvé un emploi de journalier ou de cordonnier dans un quartier différent de celui de la Riche où vit encore son père et sa sœur Désirée POIRIER (veuve depuis fin 1882) au 5 rue du Petit Gars ?

En Août 1886, la jeune Armantine HENRY sort du Refuge où elle vient de passer 4 années. Elle a 20 ans. Les sœurs lui ont probablement dans leur grande bonté donné quelques sous en échange des (très) nombreux travaux de couture auxquelles elle aura été astreinte (ou contrainte); nous rediscuterons des conditions de vie du Refuge.
Bref, imaginons un instant Armantine, lâchée sans le sous dans ce quartier de La Riche. De là on peut imaginer pas mal de scénarios :
– est-elle récupérée par sa sœur Joséphine Julie, qui vit rue Colbert dans le quartier de l’hôtel de ville, le temps de trouver un emploi correct ?
– est-elle alpaguée par un de ces gars sans vergogne qui vont la mettre sur le trottoir comme cela est souvent arrivé aux jeunes filles libérées du Refuge et non accompagnées dans leur réinsertion ?
– trouve-t-elle une pension dans ce quartier et un petit emploi honnête lui permettant de vivre chichement ?
– du fait de ses antécédents malheureux et de son caractère trempé, fit-elle commerce de son corps pour son propre compte afin de s’en sortir ?
Je laisse libre cours à votre imagination chers lecteurs/lectrices …
Ce dont je suis certain c’est que ce retour à la vie normale après 4 ans de cloître n’a pas dû être bien facile !

Si l’on regarde le cadastre de 1836, on s’aperçoit que le Refuge, la rue du Petit Gars et la place Victoire restent des lieux suffisamment proches pour concevoir qu’Armantine et François se soient rencontrés dans ce quartier peut être à l’ombre des arbres de la Place de La Riche à la faveur des chaleurs estivales de 1887. Et si on y mettait un peu de romance entre cet ancien voleur et cette ancienne petite délurée au caractère bien trempé ?

Quoi qu’il en soit, François POIRIER, le petit cordonnier, rencontre Armantine Léontine HENRY, ouvrière couturière, entre Aout 1886 et novembre 1887 comme l’atteste ce petit encart de l’Union Libérale du 21 novembre 1887. Ils logent tous les deux 16 place Victoire à La Riche et il s’agit de se marier !

Source L’union Libérale du 21 et 22 novembre 1887 – page 4/4

La suite, on la connait déjà au travers des histoires précédemment comptées sur les enfants de Pierre HENRY et l’article concernant Armantine.
François et Armantine se marient le 12 décembre 1887. Jean-François POIRIER, père, est présent.

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Source AD37 – cote 6NUM8/261/301 – Tours – page 279/329

En juillet 1889, le couple est installé au 5 rue du Petit Gars. Peut être ont-ils récupérés l’appartement de Jean-François POIRIER décédé en Avril 1888 et laissé vacant par Désirée POIRIER qui a convolé en secondes justes noces le 30 juillet 1888.
Le 25 juillet 1889, leur premier enfant, Armand François POIRIER, nait à cette adresse.

En 1891, ils ne vivent plus dans la rue du Petit Gars et pas encore au 6 rue des prêtres où vient au monde ma sosa 15, Fernande Gabrielle POIRIER, le 25 juillet 1894; et où décédera le 16 août suivant Armand François.

Au recensement de 1896, clos en juillet, François est noté comme étant sans profession. En septembre, il est témoin au décès de son beau-frère Jean DOUSSOT (épx de Désirée Marie HENRY) et est dit chiffonnier. Le couple doit tirer la ficelle par les deux bouts.

Le 03 décembre 1896 nait le troisième et dernier enfant du couple, Emile Ludovic POIRIER († 1929 sans postérité). François a dû retrouver un emploi plus stable car il est noté cordonnier sur l’acte de naissance.

Mi-Octobre 1897, François qui est de nouveau chiffonnier, est interrogé par la police au sujet d’un vol commis par son beau-frère Lucien Henry.

Le 04 Décembre 1897, François POIRIER s’éteint au 6 rue des Prêtres à l’âge de 44 ans, après 10 ans de mariage, laissant sa jeune épouse de 31 ans avec deux enfants en bas-âge.

AD37 – cote 6NUM8/261/332 – pg 322/383

Un arbre et un peu de GénéaTech(nologie)

Enfin, histoire de terminer dignement cet article, on trouvera ci-dessous la descendance de Jean-François POIRIER et Rosalie Justine COLIN, les parents de François.
Tracé avec Draw.io , je l’ai sauvegardé au format .xml en local pour m’en resservir plus tard mais aussi en .jpg que je me suis empressé de compresser au format webp via le site squoosh afin d’être un peu écolo-responsable (merci le week-end GeneaTech de Janvier 2022).

Sur les 13 petits-enfants du couple POIRIER-COLIN, 9 n’auront pas de descendance car décédés en bas-âge, symbolisée par un X. Seuls Désirée, François et Marie en auront une symbolisée par la flèche verte ou par le point d’interrogation.

Cet article achève quelque part la série d’articles que j’ai consacré à Pierre HENRY. Armantine HENRY et François POIRIER, mes sosas 30 et 31 auront eu maille à partir avec la justice, Armantine de part son éducation et François de part ses relations.
On peut se demander qu’est-ce qui a bien pu mener François à fréquenter la mauvaise société mais cela restera à tout jamais un mystère.
Deux destins bien malheureux …

#SOSA 2022 : Jean ROINGEARD

Comme il est de tradition d’écrire un article sur le sosa de l’année qui débute alors je me plie à l’exercice pour vous présenter mon Sosa 2022.

1 Moi
3 Ma mère
7 Ma grand-mère
15 POIRIER Fernande Gabrielle
31 HENRY Armantine Léontine (voir l’article)
63 GAUTIER Marie Joséphine
126 GAULTIER Gilles
252 GAULTIER Pierre
505 YVONNET Jeanne
1011 ROINGEARD Marie (voir l’article)
2022 ROINGEARD Jean

Bon c’est vrai que vous avez déjà plus ou moins fait connaissance avec mes sosas 15 / 31 et 63 suite aux articles de la fin d’année dernière : l’affaire Pierre HENRY, époux de Marie Joséphine GAUTIER, et les enfants de Pierre HENRY dont Armantine Léontine HENRY.

C’est vrai aussi que vous connaissez mon sosa 1011 grâce au généathème de mai 2021 : Marie ROINGEARD et ses 4 mariages.

Et pour finir, je vous ai emmené en juin 2021 dans une enquête pour découvrir mon sosa 32356, Jehan JARRY, avec un beau diagramme à la clé.

Vous allez encore me dire « sacré famille » ? Eh bien vous avez un tout petit peu raison et je vous laisse découvrir mon sosa 2022 : Jean ROINGEARD.

Jean ROINGEARD nait le 13 mai 1675 en la paroisse de Loché-sur-Indrois au lieu-dit La Claye. Il est le fruit de l’union, le 19 juin 1673 dans la même paroisse, de Michel ROINGEARD (°~1645 †1707) et Jeanne MAILLé (°~1660 †1691).
Il est le second enfant d’une fratrie (issue de son père) de 14 enfants.

source AD37 – cote 6NUM6/133/102 (BMS 1675) – pg 9-10/25

Le lundy treise may au midy […]
a este baptise Jean fils de Michel Roingeard sergetier (ou drappier ?) demeurant à la
Claye et Jeanne son espouse Le parrain Jean Gourre
Laboureur demeurant à la Claye Sa Maraine Francoise
Boureau fille de Jean Bourreau et de Anne Deroches lesquels
me declare ne savoir signer aussy signe en la minute
Rene Delaunay cure de loches

Source Géoportail – Carte de Cassini – Loché sur Indrois

Sa mère, Jeanne MAILLé, décède le 13 novembre 1691 à Loché sur Indrois après avoir mis au monde Jeanne le 04 novembre qui ne vit que 6 jours, 8ème et dernier enfant du couple.
Son père, Michel, convole en secondes noces avec Silvine PENIN le 11 août 1693 à Bridoré / St Martin de Cercay où il s’établit et aura cinq autres enfants nés entre 1695 et 1706.

Il est fort probable que Jean ROINGEARD, 18 ans, n’ait pas suivi son père à Bridoré en 1693 et soit resté domestique (ou autre) à Loché-sur-Indrois puisqu’il s’y marie le 10 juillet 1702 avec Marie ROBIN, originaire de Châtillon-sur-Indre, fille d’Estienne et BOUSSETEAU Gillette. Il a 27 ans et elle seulement 14 ans !

AD 37 – Loché sur Indrois / St Barthélémy – cote 6NUM6/221/043 – pg 45/46

Ce mariage ne donnera pas de fruits et l’on trouve l’inhumation de Marie ROBIN le 08 février 1705 en la paroisse Saint Sulpice de Coulangé à 6 km au Nord de Loché où le travail a dû les amener.

Le 26 mai 1705 à Coulangé, Jean ROINGEARD épouse Marie BAUDOIN (sosa 2023, rendez-vous dans un an), fille † d’Estienne et Andrée BOILEAU.

AD37 – Villeloin-Coulangé St Sulpice – cote 6NUM6/277/019 – pg 4/13

Naissent deux enfants de cette union :
– Marie ROINGEARD, mon sosa 1011, née le 03/04/1706 à Villeloin-Coulangé / St Sulpice (37) et décédée le 24/08/1771 à Saint-Hippolyte / Vitray (37).
– Julien ROINGEARD, né le 21/10/1708 à Bridoré / Oizay (37) et décédé 1 mois plus tard le 20/11/1708 dans la même paroisse.

Jean est finalement redescendu en 1707-1708 à Bridoré, là où avait élu domicile son père, Michel, quelques 15 années plus tôt.

Ce mariage ne durera finalement pas longtemps. Je n’ai pas trouvé à ce jour l’acte d’inhumation de Marie BAUDOIN et tout ce que je puis dire c’est que le décès se situe entre le 21/10/1708 (naissance du petit Julien) et le 10 septembre 1711 (remariage de son époux).

Le 10 septembre 1711, Jean a 36 ans, il glisse l’alliance à sa troisième épouse Marie JOUSSEAU / JOUSEAU à Fléré la Rivière (36) et s’installent à Bridoré.

Ndlr : j’avoue que l’acte ci-dessous ne fait pas rêver mais c’est encore lisible. Par contre, je déplore l’absence ou la disparition des réglages de contraste qui existaient il me semble il y a quelques temps … De même, certains généalogistes et associations ont lu le patronyme POUVREAU là où il me semble déchiffrer JOUSEAU (à son décès en 1739 on lit bien JOUSSEAU). Si vous avez un avis, ce sera le bienvenu 😉

AD36 – Fléré la Rivière – cote 3E074/01 – pg 154/178

Trois enfants naissent à Bridoré :
– Julien (°03/10/1712), il épouse Renée RIMBAULT le 01/02/1740 à Fléré-la-Rivière et décède le 19/08/1741 à Bridoré, tout juste le temps d’avoir une enfant Marie (°24/01/1741 à Fléré)
– Elisabeth (°15/12/1714), elle épouse Gilles FORTIN le 15/09/1733 à Saint-Hippolyte. Ils auront 6 enfants entre 1734 et 1754 tous nés aussi à Bridoré sauf le dernier né à Fléré.
– François (°02/02/1718), il épouse Anne L’HERMITTE le 24/11/1740 à Saint-Hippolyte. Ils n’ont pas eu d’enfants à priori. Je sais de lui qu’il a été meunier grâce à l’acte d’inhumation de son épouse (†21/02/1782 à Vitray) et qu’il est décédé entre le 27/11/1759 (présent au mariage de son neveu Claude YVONNET) et le 06/11/1770, inhumation de son beau-frère Jean L’HERMITTE où Anne est dite « veuve ROINGEARD ».

Entre 1718 et 1724, Jean et sa femme déménagent pour s’installer à Saint-Hippolyte où deux autres enfants voient le jour.
– Jean (°09/11/1724, †10/11/1724)
– Suzanne (°25/10/1725, †09/02/1732 même lieu)

Entre 1732 et 1739, Jean revient habiter Bridoré où vit sa fille Elisabeth et son mari Jean FORTIN. En 1733, il est dit fermier et en 1739, il est laboureur.

Marie JOUSEAU, sa femme, décède le 12 février 1739 après 28 ans de vie commune.

Jean ROINGEARD la rejoint dans sa dernière demeure le 02 juin 1742 à Bridoré où sont présents ses enfants (Marie, Elisabeth et François) et beaux-enfants (Gilles FORTIN et RAINBAULT Renée veuve de Julien).

AD37 – Bridoré / Oizay – cote 6NUM6/039/027 – pg 2/5

Mon sosa 2022, Jean ROINGEARD aura vécu dans quatre paroisses différentes. Marié trois fois, il enterrera ses trois épouses et quatre de ses sept enfants.

Chemin de Vie de Jean ROINGEARD 1675-1742

En rédigeant cet article, je vois qu’il me reste quelques épines généalogiques.
La première sera mon sosa 2023 et donc une des trois épouses de Jean ROINGEARD, Marie BAUDOIN, pour laquelle je n’ai ni acte de baptême ni acte d’inhumation mais pour ce dernier j’ai au moins une période de 3 années entre 1708 et 1711. Allez ! il me reste un an pour trouver 🙂
La seconde concerne François, le fils de Jean ROINGEARD & Marie JOUSSEAU, pour lequel je n’ai pas encore trouvé l’acte d’inhumation; tout ce que je sais à ce jour c’est qu’il se situe entre novembre 1759 et novembre 1770.
La troisième est le métier de son père, Michel. Est-il sergettier ou drappier en 1675 ? J’ai cru lire sergettier sur l’acte de baptême ci-dessus mais j’ai un doute car en 1674 au baptême de son neveu il est écrit très clairement « drappier ». Si vous avez des idées pour lever ce doute …

En tout cas, merci pour votre lecture.

Les enfants de Pierre HENRY (9) : Louise Antoinette

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

Alors Louise Antoinette HENRY, que vas-tu nous dévoiler ? Partons sur ton chemin.

Louise Antoinette voit le jour le 17 janvier 1873 à Montlouis-sur-Loire. Elle est la dernière d’une fratrie de neuf enfants dont deux sont décédés assez jeunes.
C’est son père Pierre HENRY, tourneur, qui fait la déclaration à la mairie en présence de :
– Sylvain ARNOULT, rentier, 76 ans
– Aimé PAPON, ferblantier, 34 ans

Source AD37 – cote 6NUM8/156/012 – page 22/408

Le 28 novembre 1873, Louise Antoinette n’a que 10 mois lorsque sa mère Marie Joséphine GAUTIER décède.
Ce sont ses sœurs qui vont s’occuper d’elle. Il est très probable aussi que sa tante paternelle Julie HENRY, femme d’Etienne BOUCHER, ait participé au maintien d’un semblant équilibre familial. D’ailleurs, lors du procès de 1882, Judith BERTHELOT indique que le couple BOUCHER-HENRY aurait demandé quelques années auparavant à avoir Louise Antoinette mais Pierre HENRY aurait refusé (voir épisode 3).

Entre 1876 et 1878, Louise Antoinette, encore très petite, n’aura pas « subi » directement les affaires de vols et de mœurs impliquant Pierre Isidore, Désirée Marie et Armantine Léontine.

En décembre 1881, elle est recensée chez son père avec Armantine et Lucien.

Le 19 avril 1882, Louise Antoinette est écrouée avec son père et sa sœur Armantine à la maison d’arrêt de Tours pour vol et complicité. Elle est acquitté le 13 mai 1882.

Entre 1882 et 1894, il m’a été impossible à ce jour de suivre la trace de Louise Antoinette. Les tables de recensements de Montlouis sont restées muettes et celles des quartiers de Tours où vivaient ses sœurs également.

Le 05 août 1895 à Monts (37), Louise Antoinette met au monde une petite Antoinette HENRY de père inconnu. Elle accouche à la ferme du sieur Barthélémy GADIN sise à La Lionnière et reconnait sa fille le 09 septembre suivant. On retrouve Louise Antoinette lors du recensement de 1896, elle est domestique à La Lionnière. Sa fille doit être probablement en nourrice mais pas sur cette commune.

Le 11 octobre 1897 à Tours (37), Louise Antoinette HENRY épouse François Marie ROUSSEAU (°25/12/1872 à Derval, †26/03/1956 à Monts). Il est manœuvre et habite au 56 rue de la Riche. Lors de ce mariage (voir ici), ils reconnaissent Antoinette née deux ans plus tôt. Pierre GUILLORY, le beau-frère de Louise Antoinette, à cause de sa sœur Joséphine Julie, est témoin.

Le même jour, Désirée Marie HENRY s’unit à Abel MAUVENU (voir ici), Pierre GUILLORY est aussi témoin de ce mariage.
Finalement les liens entre au moins trois sœurs sur cinq sont bien présents et c’est en rédigeant cet article que je m’en rends compte !

Le 11 avril 1899 nait le second enfant du couple ROUSSEAU-HENRY, Albert Pierre.

Les années passent , le couple et ses deux enfants sont installés durablement à Monts. François Marie ROUSSEAU devient Poudrier au Ripault (poudrerie nationale créée par Antoine Lavoisier en 1786) et Louise Antoinette est journalière.

Après la grande guerre, le destin vient frapper François et Louise.
Albert Pierre, menuisier et célibataire, a à peine 20 ans lorsqu’il décède le 19 février 1919 à Monts. Sa fiche matricule (n°343, cote 1R825) nous apprend que son engagement est ajourné en 1918 probablement lié à une pleurésie ancienne.
Puis, c’est au tour d’Antoinette de quitter ce monde alors qu’elle n’a que 25 ans, le 02 décembre 1920 à Monts. Antoinette est dite journalière et célibataire.

François Marie ROUSSEAU décède le 26/03/1956 à Monts.

Louise Antoinette HENRY s’éteint à son domicile le 10 mai 1958 dont l’acte a été transmis aimablement par la mairie de Monts en septembre 2021.

Louise Antoinette HENRY, la dernière née de la fratrie n’a pas été gâtée par la vie. Une première partie gâchée par son père (1873-1882), une seconde dont je ne sais pas grand chose (1882-1895), une troisième peut être plus apaisée et douce (1895-1919), une quatrième marquée par les décès d’abord de ses enfants puis de ses frères et soeurs (1919-1934) et une cinquième que j’imagine emplie de solitude avec son mari (1934-1958). L’arbre de François Marie ROUSSEAU et Louise Antoinette HENRY s’arrête à ces enfants décédés trop tôt dans la force de l’âge.

Cet article vient clore une série de treize articles centrés sur Pierre HENRY et ses enfants, représentant environ 3 mois de recherches et deux journées intensives aux Archives Départementales d’Indre-et-Loire que je remercie pour leur patience au passage. Je ne pensais pas au départ trouver autant de ressources pour envisager une suite aux procès de Pierre HENRY mais de fil en aiguille et d’aiguille en archives (les vrais avec du papier et sans écran !) …

J’ai donc puisé dans les actes d’état civil, les recensements, les archives d’écrous et les dossiers de procédures judiciaires, les matricules militaires, la presse numérisée, les tables de successions et absences en ligne, Geneanet et Filae.

Ces articles sont forcément incomplets et nécessiteront de nouvelles incursions dans plusieurs AD de Paris à Angers en passant par les ANOM d’Aix. Je vais laisser reposer le gâteau un petit peu et m’atteler à d’autres articles, d’autres recherches et compléter les branches et précieuses radicules de mon arbre 🙂

En attendant je vous souhaite chers lectrices/lecteurs
une bonne et heureuse année 2022.

Geneanet – Descendance G5 de Pierre HENRY °1775 †1851

Bilan 2021

Avant 2021, j’étais tout seul devant mon écran parcourant les archives en ligne (registres paroissiaux, état civils et recensement) et les arbres sur Geneanet et Filae : la base, quoi !
Et puis, l’idée du blog est venue en début d’année, boostée par le mois GeneaTech en février. Je me suis lancé !

Il n’y a jamais de hasard, 21 articles publiés en 2021.

1er article de blog rédigé en avril sur les implexes.
Trois participations à des GénéaThèmes en mai (Remariages), août (Marie) et septembre (vos ancêtres et la Justice).
Un tuto sur le logiciel gratuit Ancestrologie.
10 abonnés, 1077 vues, 556 visiteurs : inespéré et motivant.

Cette année m’aura permis de faire de belles rencontres notamment au Salon de Généalogie de Paris 15ème et la soirée qui a suivi fin octobre, et bien avant durant l’été au détour d’un petit plan d’eau dans le Poitou : n’est-ce pas Françoise ?

Il y a eu les tweets et les likes, comme un fil d’Ariane, un apprentissage.

Bref bref bref, malgré un contexte sanitaire compliqué, une belle année au sens généalogique du terme. Alors quelles sont les perspectives 2022 ?

A vrai dire, pas de promesses sur des engagements que je ne saurais tenir mais j’ai quelques idées pour janvier 2022 :
– terminer la série autour de Pierre HENRY et ses enfants
– un article sur un gendre de Pierre HENRY
– un article sur le Refuge de Tours
– viser un 11ème abonné (la barre est haute) et autant de vues/visiteurs
– ChallengeAZ … à voir mais pas sûr du tout à moins de le faire sur 2 ans

Je vais aussi reprendre les relevés systématiques de la commune de Sainte-Lizaigne (36) avec NIMEGUE3 que je livrerais aux admins du site Registres18 et à la SGBB qui reverse ses relevés sur Geneanet. Activité de longue haleine mais qui permet de goûter tout le merveilleux travail de fourmi réalisé par les bénévoles depuis tant d’années.

Continuer à découvrir et à partage sont des objectifs sympathoches 🙂

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une belle, agréable, généreuse et bienveillante année 2022.
Que la santé soit au rendez-vous et que nous retrouvions la liberté des embrassades et des franches poignées de main.

Généalogiquement vôtre

Les enfants de Pierre HENRY (8) : Louis François

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

Je vous invite à découvrir la courte vie de Louis François HENRY.

Pour ne pas contrevenir à la loi, j’indiquerais les dates et lieux de naissance / mariage de ses enfants ainsi que les dates de décès que l’on trouve sur Internet très facilement grâce aux états civils.
Je ne citerais en revanche aucun de ses petits enfants. Dans le cas présent, je ne risque rien.

Louis François nait le 02 avril 1871 à Montlouis-sur-Loire (37).
Il est le fils de Pierre HENRY (37ans), tourneur, et Marie Joséphine GAULTIER (40 ans), sans profession.
La déclaration de naissance est faite par son père en présence de :
– Pierre GAUGUIN, 58 ans, maréchal, ami du père
– Alexis GAUGUIN, 23 ans, maréchal, ami du père

Source AD37 – Montlouis sur Loire – cote 6NUM8/156/012 page 3/408

Louis François n’a que un an et demi lorsqu’il décède le 03 octobre 1872 à Montlouis sur Loire au domicile de ses parents.
La déclaration est faite par Pierre HENRY (père) en présence de :
– Pierre HENRY, grand-père paternel (°21/04/1807 , †15/05/1879)
– Sylvain ARNOULT, rentier de 75 ans, ami du déclarant

Source AD37 – Montlouis sur Loire – cote 6NUM8/156/011 page 66/386

Il est important de ne pas oublier ces étoiles filantes dont le passage a été plus ou moins bref sur cette terre.

Geneanet – Descendance G5 de Pierre HENRY °1775 †1851

Les enfants de Pierre HENRY (7) : Lucien Pierre

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

On se souvient de Lucien Pierre HENRY lors des affaires de 1882 relatées précédemment. Voyons ensemble quel sort lui a réservé la vie.

Pour ne pas contrevenir à la loi … je n’y contreviendrai pas et ce sera très facile.

Lucien Pierre nait le 08 janvier 1869 à Montlouis-sur-Loire. Il est le septième enfant (sixième vivant) de Pierre HENRY et Marie Joséphine GAUTIER. La déclaration est faite par le père en présence de :
– Athanase-Napoléon DANSAULT, maréchal, âgé de 30 ans
– Sylvain ARNOULT, rentier, âgé de 72 ans

Source AD37 – Montlouis sur Loire – cote 9NUM8/156/006 – pg 370/390

Agé de presque 5 ans, sa mère quitte ce monde le 28 novembre 1873. Il est pris en charge probablement par ses sœurs Désirée Marie et Armantine Léontine dans une moindre mesure. Les enfants sont livrés à eux-mêmes et entrainés par leur père à profiter de la générosité toute relative des habitants de la commune.

En 1876, son frère Pierre Isidore est envoyé en maison de correction suite à une affaire de vols (voir ici)

A l’hiver 1877, Lucien sera directement impliqué dans l’affaire « Gaudron » puisqu’il est présent ce 04 janvier quand René GAUDRON dit Lunette aurait à plusieurs reprises abusé ou tenté d’abuser sa sœur Armantine (voir ici). Ceci étant, René GAUDRON est acquitté en mars de la même année.

En 1878, il voit partir sa sœur Désirée en maison de correction au Refuge de Tours (voir ici). A la maison, il ne reste plus qu’Armantine et la petite dernière, Louise Antoinette.

En Mai 1882, il est acquitté des fait de vols dont il est accusé « comme ayant agi sans discernement ». Par contre, ses dépositions contre son père sont accablantes et enverront ce dernier au bagne.
Il est remis à « ses parents », c’est son cousin éloigné Etienne BLOT qui essayera de lui apprendre le métier de taillandier.

En 1886, lors du recensement à Montlouis, je perds sa trace pour ne la retrouver qu’en 1889 dans les listes cantonales de tirage au sort (à priori la cote 1R406 que je n’ai pas encore consulté). Il aurait été réformé d’après les informations trouvées dans … un dossier de procédure de justice. Eh oui !

Champion toutes catégories confondues

Le 10 avril 1891, à Corbeil, il écope d’un mois de prison pour vol et coups et blessures.

Le 10 mai 1891, à Melun, il est arrêté pour outrages et violences à garde-champêtre, ivresse manifeste. Jugé le 13 mai, il prend 8 jours et 5 francs d’amende.

Le 27 mai 1891, à Melun, c’est 10 jours de prison et 5 francs d’amende pour ivresse, violences et rébellion.

Le 16 avril 1892, à Tours, il est inculpé pour coups volontaires à agents en date du 12 avril 1892 et condamné à 6 semaines de prison et 16 francs d’amende. Petit retour sur les faits (source AD37, cote 3U3/2505).
Les agents DESGEORGES et ROLLAND sont en tournée Quai Port Bretagne à Tours quand ils aperçoivent 2 individus qui se battent. L’agent DESGEORGES prie le plus récalcitrant, un nommé HENRY, de le suivre en le saisissant par le bras. Arrivés près des Halles, HENRY refuse d’avancer et dit « Si tu es seul pour m’emmener, tu peux te fouiller« . L’agent le reprend par le bras mais HENRY ne se laisse pas faire, saisit l’agent par les parties et lui envoie 2 coups de poings. Deux agents des Halles viennent en renfort et maitrisent le nommé HENRY qui subitement se couche et fait le mort. Les agents le hisse dans une charrette pour le mener au poste. En chemin, il reste sans bouger au moins 1/4 d’heure, se relève et comme un forcené saisit l’agent ROLLAND, lui déchire sa tunique et le frappe des pieds et des mains. DESGEORGES voulant aider son collègue est pris à parti, voit sa tunique déchirée elle aussi et reçoit son lot de coups. Ce sont 2 autres agents qui permettent de ligoter HENRY qui de nouveau joue  » l’inanimé  » et est trainé en voiture jusqu’au poste. Au moment de le délier pour le mettre au « violon », HENRY se rebiffe à nouveau, donne des coups et mord l’agent ROLLAND.
Lucien HENRY pour sa défense dit au juge :  » J’ai été condamné une seule fois à Melun. J’étais sans connaissance lorsque j’ai frappé les agents; j’avais une attaque d’épilepsie. Je sais bien que je j’ai déchiré les tuniques des agents. Je persiste dans ce que j’ai dit. « 

Le 30 avril 1894, la 11ème chambre de Paris, le condamne pour coups, outrages, rébellion à agents et ivresse en date du 23 avril, à 2 mois de prison et 5 francs d’amende. Il sort de prison le 23 juin 1894.

Le 20 juillet 1894, le tribunal de Saumur le condamne également à 2 mois de prison et 16 francs d’amende pour outrages et ivresse le 14 juillet précédent.

Libéré le 14 septembre 1894, Lucien se trouve sur la commune de Francueil le 07 octobre. Vers 07h du soir, il entre ivre dans l’auberge du sieur BOUTET qui le met à la porte. Deux clients qui se trouvaient à diner dans l’établissement s’aperçoivent que 2 seaux en zinc leur appartenant et qu’ils avaient laissé à la porte ont été subtilisés. Lucien vend entre-temps les seaux au sieur MEUNIER pour la somme de 2 francs. Ledit MEUNIER s’étant arrêté à l’auberge, parle de son achat et apprend que des seaux ont été volés à des vendangeurs de passage. Il laisse les seaux à l’aubergiste pour qu’il les remette à leurs propriétaires s’ils viennent à les réclamer.
Lucien se représente le 08 octobre matin à l’auberge, le sieur BOUTET le reconnait, le met à la porte en lui disant qu’il est le voleur des seaux. Le garde champêtre est alerté de suite des faits et retrouve HENRY qui l’insulte, lui envoie des coups de poings et des coups de pieds (ndlr : entre nous, il me fait penser à un ninja, non ?). Plusieurs personnes accourent pour le maitriser et le mettre au violon de la localité. Les gendarmes viennent le cueillir le même jour dans l’après-midi pour l’emmener à Tours; ils notent que Lucien a une ancre tatouée sur la main gauche. A la maison d’arrêt, il est noté « tatouage de 2 ancres sur les bras, nombreuses cicatrices sur le dos et sur les 2 rotules ».
Le tribunal de Tours le condamne le 16 octobre à 4 mois de prison pour vol, outrages et rébellion (AD37, cote 3U3/2553).
Le 21 novembre 1894, il est transféré à la prison de Chinon. Il sort théoriquement de prison le 09 février 1895 (et non le 09 janvier 1895 comme noté sur l’écrou ci-dessous). D’après les propos de Lucien Henry lors de son arrestation suivante, il serait sorti le 23 janvier 1895 …

Source AD37 – cote 2Y431 – Ecrou Maison de Correction – pg 224/313

Le 21 mars 1895, il est arrêté par le gendarme Florimond SAMIER pour vagabondage sur la commune de Luynes.  » Etant de service de planton à notre résidence au lieu dit La Romaine, nous avons aperçu un individu étranger au pays, vêtu de haillons […] nous l’avons questionné sur son identité et moyen d’existence, il nous a déclaré : je me nomme HENRY Lucien, 26 ans, je n’ai pas travaillé depuis le 23 janvier 1895, date de ma sortie de la prison de Chinon, je n’ai aucun moyen d’existence, je mendie pour vivre « 
Le même jour, à la demande du maire de Luynes, un médecin visite Lucien à la brigade de Luynes. Il reconnait un état épileptique et une faiblesse générale qui rend impossible la marche de Luynes à Tours pour son transfèrement devant le procureur. Un convoi civil composé d’une voiture à un collier conduit par le sieur CHIDET est alors requis pour mener Lucien HENRY à Tours.
Le 22 mars il est écroué à la maison d’arrêt de Tours et condamné le 23 mars à 8 jours de prison. Il est mis en liberté le 30 mars 1895.

Le 17 octobre 1895, Lucien est à Paris lorsqu’il est arrêté pour outrages, rébellions et vagabondage. Je n’ai pas consulté les dossiers de procédure aux AD de Paris mais les Tables Alphabétiques et Rôles du Tribunal Correctionnel (cotes D1U66017 et D1U65648) confirment bien sa présence.
Il est condamné à 6 mois de prison et 2 ans d’interdiction de séjour. Il sort théoriquement le 17 avril 1896.

Le 25 septembre 1896, le tribunal de Blois le condamne aussi à 6 mois de prison pour tentative de vol, outrages et coups et blessures volontaires commis le 16 septembre 1896. Il sort le 25 mars 1897.

Le 13 octobre 1897 à Tours, les agents de police PECHER et PERTHUIS dressent un procès verbal indiquant que dans la nuit du 12 au 13 octobre en passant par la place Victoire, ils ont trouvé un individu couché près d’un sac contenant des pommes. Ils n’ont trouvé aucun papier d’identité mais l’individu a dit s’appeler Lucien HENRI âgé de 22 ans, né à Fondettes et y demeurant chez son père. Il a essayé de leur échappé durant la nuit et ils l’ont enfermé au violon.
Interrogé de nouveau (le lendemain de son arrestation), il dit avoir 28 ans et né à Montlouis sur Loire, ce qui est plus proche de la réalité ! Il loge depuis 4 jours en garni place Victoire et vient du côté de Nantes. Il est réformé et n’a jamais été condamné. Le 12 octobre, il a ramassé des pommes à travers champs sous les arbres sur la commune de Saint-Cyr et affirme ne pas les avoir volées; le sac contenant les pommes lui a été prêté par son beau-frère POIRIER, cordonnier et demeurant au 6 rue des Prêtres. Il est épileptique et au moment de rentrer à sa chambre la veille après sa « cueillette », il a été pris d’une crise et est tombé au sol où il est resté jusqu’au passage des agents. Ses papiers sont chez son beau-frère.
Interrogé, François POIRIER (45 ans, chiffonnier) déclare que Lucien HENRY est bien son beau-frère qui ne peut rester nulle part et voyage continuellement de bourgs en villes. Il y a peu de temps qu’il est revenu à Tours et est entré comme ouvrier chez le sieur AUZANEAU, maréchal ferrant au village des Guets commune de Montbazon où il a travaillé deux jours et à la suite d’un coup de pied de cheval il est entré pour quelques jours à l’hôpital. Le 12 octobre, Lucien a effectivement demandé un sac pour aller ramasser des pommes à travers champs. Quant à ses papiers, ils ne sont pas chez lui et ignore ce qu’il en a fait.
Lors de son interpellation, les agents trouvent, en plus du sac de pommes, un couteau, un porte monnaie contenant un franc de Louis Philippe et un mouchoir à petits carreaux lilas avec bandes rouges formant une croix. Lucien avoue avoir emporté ce mouchoir par « mégarde » à sa sortie de l’hospice.
D’après les renseignements pris par le commissaire de police, Lucien est domicilié au 18bis place Victoire et vit depuis quelques jours à Tours. Il subvient à ses besoins par des maraudages et des rapines. Trois ans auparavant, il vivait à Tours et logeait la nuit dans des bouges où il fréquentait « la mauvaise société ».
Le sac de pommes constitue dès lors un vol de récoltes dont le propriétaire est inconnu et le mouchoir un vol simple envers l’hospice de Tours. Une assignation à comparaitre le 23 octobre lui est signifié par huissier le 13 octobre 1897.
A partir de là, j’émet l’hypothèse qu’il a été remis en liberté en attendant de comparaitre 10 jours plus tard. Sauf que le 23 octobre, Lucien ne se présente probablement pas car une nouvelle assignation est faite le 08 novembre :

L’an 1897 le 8 novembre, à la requête de Mr le Procureur près le tribunal de 1ere instance […] je soussigné André Henri ROGER, huissier audiencier au dit tribunal demeurant à Tours place Plumeau n°2 ai cité HENRY Lucien Pierre, 28 ans, maréchal ferrant, sans domicile ni résidence connu … ce pourquoi j’ai affiché copie de la présente à la principale porte du Tribunal civil de Tours et ai remis semblable copie à Mr le Procureur de la République en son parquet ou étant et parlant […] à comparaitre en personne le samedi 13 novembre 1987 devant le dit tribunal […]

Le 13 novembre 1897, Lucien Pierre ne se présente pas à l’audience.
Le tribunal après en avoir délibéré conformément à la loi, jugeant en audience publique de police correctionnelle et en premier ressort; attendu que le prévenu HENRY bien que régulièrement cité, ne comparait pas, donne défaut contre lui et dit qu’il sera passé outre aux débats.
Il est donc déclaré coupable et condamné à 4 mois d’emprisonnement et 18 francs 20 centimes pour frais de procès.

Mais Lucien n’effectuera pas sa peine de suite puisqu’il s’est de nouveau « évaporé ».
C’est le Parquet de la Seine en Mai 1898 qui, demandant des renseignements au parquet de Tours, permet de remettre la main sur le fugitif. Le parquet de Tours prie ses collègues parisiens de signifier le jugement du 13 novembre 1897 au nommé Henry actuellement emprisonné à la prison Sainte Pélagie de Paris.
Le 21 mai 1898, Lucien, grand malin qu’il est, informe le parquet de Tours, par greffiers interposés, qu’il fait opposition au jugement par défaut. Le 7ème parquet du Tribunal de 1ère Instance de la Seine indique qu’Henry sera libérable le 07 juillet 1898.
Le 23 mai 1898, le Parquet de Tours, demande à ses homologues d’informer Mr HENRY Lucien Pierre que le tribunal statuera le 16 juillet 1898 sur l’opposition formée par lui contre le jugement de novembre 1897.
Lucien sort donc de prison mais je ne sais pas s’il s’est présenté le 16 juillet au Tribunal de Tours. Il est débouté de son opposition et la condamnation de 4 mois est maintenue.
Une note dans le dossier de procédure (AD37 cote 3U3/2611) indique que le gardien chef de la prison d’Angers informe le Procureur de la République de Tours que le sieur HENRY à commencé à subir sa peine le 14 octobre 1898. Vous avez bien lu, Angers !

L’arrêt de l’audience publique de Police correctionnelle du Tribunal Civil de 1ère Instance de Tours (AD37, cote 3U3/1579), indique qu’Henry Lucien aurait été arrêté pour vagabondage le 08 octobre 1898 et condamné par le Tribunal d’Angers à deux mois de prison. Voilà ce qui explique la note du gardien chef de la prison d’Angers. Maintenant a-t-il purgé 4 mois + 2 mois supplémentaires de prison ? Il faudrait aller voir les AD49 …

Du 16 au 18 novembre 1899, Lucien est arrêté pour vagabondage à Tours mais est radié de l’écrou en vertu d’un non lieu.

La Der des Der

Le 1er janvier 1900, Lucien est arrêté à Château-la-Vallière (37) pour vagabondage. Il est remis entre les mains du Tribunal Civil de 1ère Instance de Tours qui le juge le 20 janvier 1900.
Vu qu’il a déjà subi une peine de 2 mois par le Tribunal d’Angers et qu’il y a lieu de lui accorder les circonstances atténuantes, il est déclaré en état de récidive légale, fait prévu et puni par les articles 269, 270, 271, 58 et 463 du code pénal.
Pour cela il écope d’un mois d’emprisonnement et 16 francs 80 centimes …
Mais ce n’est pas tout !

Attendu qu’il résulte du casier judiciaire de Henry que, depuis moins de 10 ans, non compris la durée de toutes les peines subies, qu’il a encouru les condamnations suivantes et que je me suis acharné à vous décrire plus haut (octobre 1894 à Tours, mars 1895 à Tours, novembre 1895 à Paris, septembre 1896 à Blois, juillet 1898 à Tours, octobre 1898 à Angers), ledit HENRY tombe sous le coup de l’application de l’article 4, § 2 et 4 de la loi du 27 mai 1885.

La sentence finale est la suivante : « à l’expiration de sa peine, HENRY sera relégué« .

Lucien va donc être envoyé au bagne, en l’occurrence en Guyane, et n’aura à sa sortie plus le droit de mettre les pieds dans l’hexagone.

Pour ceux qui n’auraient pas compté, Lucien a effectué au moins 15 séjours en prison avant de partir au bagne comme illustré ci-dessous.

Comme l’indique sa fiche matricule sous le numéro 6473, Lucien Pierre HENRY a embarqué le 21 décembre 1900 sur le Calédonie à destination de la Guyane Française. Il arrive au Maroni le 15 janvier 1901.

Source ANOM – cote H2346 – registre matricules Guyane Française

Lucien n’aura vécu (ou survécu) que 3 mois en Guyane, il décède à Saint-Jean-du-Maroni le 24 avril 1901. Son acte de décès n’en dit pas plus sur les circonstances de son décès, toutes les hypothèses sont recevables : alcool, énième et fatale crise d’épilepsie, maladie « locale » …

Source ANOM – Etat Civil Saint Jean du Maroni (1901)

Lucien Pierre n’a pas réussi à trouver sa voie dans cette vie. Les tribulations familiales dès sa plus jeune enfance l’auront marqué à jamais faisant de lui peu à peu un paria, s’enfermant dans un perpétuel mensonge. On peut croire que sa famille lui soit venue en aide ponctuellement mais son beau-frère François POIRIER en octobre 1897 le dit lui-même : « il ne peut rester nulle part et voyage continuellement de bourgs en villes« .

Le concernant, il me restera à retrouver les dossiers de justice dans les différents lieux où il a été emprisonné (Paris, Corbeil, Melun, Blois, Angers, Saumur) mais aussi de voir aux ANOM si son dossier est plus étoffé que la simple fiche matricule.

Les enfants de Pierre HENRY (6) : Armantine Léontine

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

Je vous invite à découvrir la vie de Armantine Léontine HENRY.

Pour ne pas contrevenir à la loi … je n’y contreviendrai pas …

Armantine Léontine HENRY est ma sosa 31 à la génération 5. Le 19 août 1866, elle est la sixième enfant du couple Pierre HENRY, tourneur, et Marie Joséphine GAUTIER. La déclaration est faite par son père en présence de :
– Etienne BOUCHER, 30 ans, charpentier, oncle paternel
– François FILLET, 40 ans, propriétaire, ami

Source AD37 – cote 6NUM8/156/006 – Montlouis-sur-Loire – page 345/390

Armantine est orpheline de mère le 28 novembre 1873. Elle à 7 ans.

Nous avons vu lors des précédents articles dédiés à son père qu’en 1877 elle est mêlée, ainsi que son petit frère Lucien, à une affaire de mœurs avec un dénommé GAUDRON. Qu’en est-il ?

1877 : L’affaire GAUDRON

Je vous ferais grâce des propos « crus » mais ne nous y trompons pas, Armantine a le verbe « léger » pour une enfant de 11 ans. Les pièces de procédure et les interrogatoires qui suivent sont issus de la cote 2U577 (AD37).

Le 23 janvier 1877, les gendarmes Jean-Baptiste FOLLOT et Alfred CORNEMUSE de la brigade de Tours, constatent que le 22 janvier, le sieur Pierre HENRI, 44 ans, tourneur, demeurant à Montlouis, s’est présenté à leur caserne pour y déclarer que sa petite fille Armantine, âgée de 9 ans, avait été victime d’un viol le 04 janvier par le nommé GAUDRON dit Lunette au village de Cusseau (il semblerait que ce soit le village de Thuisseau au sud de Montlouis et non Husseau à l’est de Montlouis qui est moins proche de Veretz).
Il interrogent Julie BOUCHER qui a appris par la clameur publique que sa nièce avait été victime d’un viol et leur conte ce que sa nièce lui a avoué.
Puis ils se rendent chez Pierre HENRY pour y interroger Armantine. Elle dit qu’elle était partie chercher du pain à Cusseau avec Lucien son frère. GAUDRON les a emmené chez lui pour leur en donner, il a conduit Armantine dans la cave pour tirer du vin pendant que so nfrère se chauffait. En revenant de la cave il lui a proposé 2 sous pour faire son lit en haut mais il n’y est pas allée. Il leur a fait mangé de la merluche et fait boire du vin puis il a pris Armantine sur ses genoux pour la faire chauffer et dans cette position il l’a touché aux parties sexuelles et vice versa. GAUDRON les a reconduit jusqu’au petit bois de Cusseau et a dit à Lucien de rester sur le chemin pendant qu’eux d’eux sont entrés dans le bois où il s’est couché sur Armantine, il lui a fait mal et s’est retiré aussitôt. Il a proposé d’aller souper chez lui mais Armantine n’a pas voulu alors GAUDRON lui aurait botter les fesses et donner une calotte pour la chasser. En sortant du bois ils se sont trouvés face à deux jeunes hommes qu’Armantine ne connaissait pas mais que GAUDRON semblait connaitre. Allant vers Montlouis, ils ont raccompagnés les enfants.
Les gendarmes continuent leur enquête et interroge MILLET et SAGET qui confirment avoir rencontrer GAUDRON et les enfants, avoir entendu GAUDRON dire à Armantine « qu’il ne fallait rien dire » et enfin qu’Armantine avait dit à MILLET que GAUDRON lui avait proposé 2 sous pour lui faire son affaire dans les bois.
Les gendarmes n’ont pu interroger GAUDRON car parti dés le matin par le train de 5 heures pour aller demeurer à Sepmes, canton de La Haye (Indre-et-Loire).
Les renseignements pris sur le compte de GAUDRON par des personnes notables de la localité ne sont pas élogieux : paresseux, il est parvenu à dissiper une partie de sa fortune, il est marié et père de 2 enfants. Les informations concernant HENRY ne sont pas mieux : veuf et père de 6 enfants, il les envoie chercher leur pain et le peu d’argent qu’ils rapportent, il s’en sert pour boire et il est très paresseux.

Le 24 Janvier, un télégramme du parquet de Tours à celui de Loches, demande d’arrêter et de transférer à Tours, le nommé GAUCHER dit Lunette, 43 ans, propriétaire à Sepmes (37).

Le 25 janvier, les gendarmes Jean-Baptiste CHRETIEN et Jean-Baptiste DENJEAN de la brigade de La Haye-Descartes, se transportent à la ferme de Maison Rouge à Sepmes pour y arrêter le sieur GAUDRON.
Son signalement par les gendarmes est le suivant : mesure 1m71, cheveux et sourcils noirs, front rond, yeux noirs, nez et bouche moyens, menton rond et visage long. Marque particulière : il est un peu vouté.
Il est mené à la Maison d’Arrêt de Tours dès le 26 janvier 1877. On notera que son signalement est un peu différent. A l’époque, les approximations vont bon train quand même !

Source AD37 – cote 2Y271 – Maison d’Arrêt de Tours

Le 01 février, Armantine est interrogée par je juge.
Le 04 janvier 1877, Pierre HENRY envoie ses enfants Armantine et Lucien vendre des fuseaux à Veretz, le bourg d’à côté. En réalité, ils étaient partis mendier de ci de là.
Chemin faisant, ils rencontre René GAUDRON qui leur dit de passer chez lui à leur retour car il est des tabourets à rempailler.
Vers 16 heures, les enfants toquent chez GAUDRON qui les fait entrer et leur propose de se réchauffer un peu au coin du feu.
Il est descendu avec Armantine tirer du vin à la cave, l’aurait couchée par terre, s’est mis sur elle en relevant ses jupons et lui a fait mal en voulant mettre son devant dans le sien sans y parvenir. Elle a voulu crier mais GAUDRON l’en a défendu.
Ils sont remontés dans la cuisine où il l’a mise sur ses genoux auprès du feu, le dos tourné de son côté et il lui a encore fait. Il lui a défendu de crier. Son petit frère était là et ensuite ils ont mangé de la merluche et bu du vin rouge.
Après le souper, GAUDRON a proposé 2 sous si elle montait dans la chambre faire le lit. Alors qu’ils montaient tous deux, Lucien s’est mis à pleurer et ils sont redescendus.
Armantine a demandé au sieur GAUDRON de les accompagner parce qu’elle avait peur des loups. Presque à la sortie du bois qui est de chaque côté du chemin, GAUDRON l’a prise par la main et dit à Lucien de rester sur la route. Ils sont entrés dans le bois et il lui a encore fait.
Deux jeunes gens (Théodore MILLET et Louis SACHET) passant par là les ont vus sortir du bois, GAUDRON leur a parlé et les enfants sont repartis. Chemin faisant, Armantine aurait raconté à SACHET ce que GAUDRON lui avait fait.
Quelque temps plus tard, elle aurait raconté à sa tante (Julie HENRY, femme BOUCHER) et à son père ce qui lui était arrivé
.

Le 27 janvier, René GAUDRON dit « Lunette », né le 2 mars 1833, marié et père de 6 enfants, est interrogé.
Le juge indique que le 04 janvier Armantine et son frère Lucien allaient chercher du pain à Cuisseau et que GAUDRON leur a proposé de leur en donner. Une fois entrés, Armantine et lui sont descendus seuls à la cave. Ils ont mangé de la merluche et bu du vin. Il a fait asseoir Armantine sur ses genoux et échanger des attouchements. Il a reconduit les enfants jusqu’au bois de Cuisseau où il a fait entrer Armantine en laissant Lucien sur la route.
GAUDRON indique qu’il avait demandé le 02 ou 03 janvier, aux enfants HENRY, de passer chez lui pour prendre des tabourets à rempailler. Le soir ils ont venus, la fille est descendue après lui à la cave, il leur a servi un bon morceau de pain, de la merluche et 2-3 verres de vin pur. Il dit avoir pris la petite fille sur ses genoux et n’avoir point fait de sottises; les enfants l’ont caressée en lui disant : « Papa nous avait bien dit que vous étiez un bon bonhomme« . Il leur a dit ensuite de s’en aller et les enfants lui ont demandé de les reconduire. Il est allé avec eux jusqu’à la sortie du bois de la Croix Cassée et Armantine lui a demandé de les conduire un peu plus loin parce qu’ils avaient peur. C’est à ce moment que les gens gens sont arrivés et ont raccompagnés les enfants.
Le juge dit qu’Armantine a raconté à Louis SACHET que GAUDRON avait proposé 2 sous pour entrer dans le bois afin de se faire toucher le devant. GAUDRON réfute disant qu’il n’a pas été dit de paroles déplacées mais que depuis il a appris que les enfants étaient très « avancés ». Il refute aussi d’avoir dit « de ne rien dire » quand ils étaient sur la route.

Louis SACHET, interrogé le 01 février, rapporte ce qu’Armantine lui a dit concernant les attouchements dans la cuisine et que GAUDRON lui avait proposé de monter dans la chambre pour lui faire son affaire, elle ne lui a pas dit qu’il s’était couché sur elle. Il indique aussi avoir entendu GAUDRON dire aux enfants « il ne faut rien dire », alors qu’ils s’approchaient du trio sur la route des bois. Enfin, il déclare n’avoir jamais entendu dire que GAUDRON ait l’habitude de s’attaquer aux enfants, que la petite fille demande son pain et vient souvent à la porte de son maître et enfin que le père est un homme qui ne travaille guère et qui passe pour ne pas être grand chose.

Théodore MILLET, le 01 février, confirme les dires de son compère SACHET qui lui aurait rapporté les propos et la recommandation « de ne rien dire » de GAUDRON à Armantine.
GAUDRON ne reconnait pas cette histoire, qu’il n’a rien fait et que son tort peut-être a été de faire boire les enfants un peu trop.

Le même jour, Lucien HENRY, 7 ans, est interrogé. En allant vendre des fuseaux à Veretz, ils ont rencontré GAUDRON qui leur a dit de repasser chez lui pour manger. Ils le connaissent bien mais n’étaient jamais allé chez lui et ils faisaient quand ils sont arrivés. GAUDRON a emmené sa soeur à la cave puis en haut dans la chambre pour faire le lit en lui promettant 2 sous, mais à moitié de l’escalier, Lucien a crié et ils sont redescendu. Ils ont mangé de la merluche, du pain et bu du vin (coupé avec de l’eau pour Lucien). Après le souper, Armantine a demandé à GAUDRON de les raccompagner par peur de traverser seuls les bois. Une fois dans les bois, GAUDRON a emmener Armantine dans le bois où ils sont restés longtemps, le laissant seul sur la route. Ils sont ressortis du bois en entendant des jeunes gens arriver. « C’est mon papa qui m’a dit de dire cela » mais il est bien vrai qu’ils sont entrés dans le bois et sa soeur n’a pas crié dans le bois mais elle a crié quand il l’a mise sur ses genoux pour la faire chauffer.
GAUDRON, confronté à cette histoire, dit que l’on voit bien que c’est une leçon qui a été faite à cet enfant. Il n’est pas entré dans le bois et il est aussi innocent que l’enfant qui vient de naître.
Lucien, réitère son propos sur le faits que GAUDRON est entré dans le bois avec sa sœur.

Le 01 février, Julie HENRY, lingère et épouse d’Etienne BOUCHER, sœur de Pierre HENRY et tante d’Armantine (au cas où vous seriez perdus), est entendue.
Le 08 janvier, ayant appris que sa nièce pouvait avoir des poux, elle est allée lui changer sa chemise qu’elle a examiné et elle n’a rien vu d’extraordinaire. Le soir même, on lui a rapporté que sa nièce avait été insultée par Mr GAUDRON.
Le 09 janvier, elle est allé questionné sa nièce qui lui a conté que le 04 janvier avec son frère elle a rencontré GAUDRON qui leur a demandé de passer pour rendre des tabourets à rempailler. Ils y sont allés. GAUDRON l’a faite descendre à la cave pour tirer à boire, il l’a mise sur ses genoux et ils sont se touchés (mais Julie n’en est pas certaine). Ils sont remontés dans la chambre où Lucien se chauffait. Ils ont bu et mangé. GAUDRON les a reconduit par le chemin de Thuisseau où il a mené Armantine dans les bois laissant Lucien sur le chemin. GAUDRON a promis 2 sous si Armantine voulait se laisser faire, qu’elle avait bien voulu, qu’il a avait bien essayé mais n’avait pas pu. Au moment de sortir du bois, sont arrivés des jeunes gens et les enfants sont partis avec ces derniers après avoir discuté avec GAUDRON.
GAUDRON pour sa défense dit qu’il n’a pas insulté l’enfant et que tout cela n’est pas vrai. Il a entendu dire auss ique l’enfant avait été visitée (par un médecin).

Le 01 février, Pierre HENRY fait sa déposition. Le 04 janvier il a envoyé ses enfants Armantine et Lucien vendre des marchandises à la campagne du côté de Veretz. En rentrant ils sont allés chez Mr GAUDRON qui leur avait dit avoir des tabourets à rempailler. Ils sont entrés chez lui et étaient allés à la cave tirer à boire, GAUDRON interdisant à Lucien de descendre. Armantine est monté faire le lit mais est redescendue car Lucien s’était mis à pleurer. Ils ont soupé chez GAUDRON qui les a reconduits jusqu’au bout du bois où ils ont rencontré deux jeunes gens qui ont raccompagnés les enfants. Le lendemain, GAUDRON est venu chez HENRY, il a donné 50 centimes à l’une de ses filles pour aller chercher du vin qu’ils ont bu ensemble. GAUDRON a dit qu’il avait des tabourets à faire rempailler, les enfants n’ont rien dit à leur père ce jour là. Plus tard, il a entendu dire que GAUDRON avait insulté sa fille. Il a demandé aux enfants le 22 janvier des précisions, sa sœur le savait depuis quelques jours mais ne lui a rien dit. La petite fille lui a raconté que GAUDRON l’avait emmené dans le bois, ce qu’il avait essayé de lui faire et l’avait battue; mais aussi qu’il avait aussi essayé une première fois chez lui mais elle ne lui a rien dit de la cave.
GAUDRON, sur confrontation, dit que tout est faux et que le lendemain il a été le bienvenu par le père comme par les enfants et a demandé si les enfants étaient bien rendus (rentrés).
HENRY dit qu’il a bien vu que les enfants étaient « chauds » et qu’ils n’étaient pas comme d’habitude.
GAUDRON répond que ce même jour, la petite fille (Armantine) et sa sœur sont venues chez lui, elles ont ramassé des papiers qu’il jetait, elles ont été vues par des vignerons.
HENRY dit que sa fille Armantine n’est pas une menteuse. Ils ne sait pas qui lui a appris les mots qu’elle a utilisé pour lui raconter l’histoire.
GAUDRON précise que le jour où les deux filles sont revenues, il a eu de la peine à les renvoyer. Il a mis à sa porte les deux tabourets afin qu’elles puissent les prendre en passant et sans rentrer chez lui.
HENRY dit qu’il ne sait pas pourquoi sa fille aurait raconté de plusieurs manières différentes ce qui lui est arrivé.
GAUDRON lui rétorque que c’est bien simple, c’est parce qu’elle se trompe sur ce qu’on lui a fait dire.
HENRY dit « je lui ai pourtant recommandé de ne dire que ce qui lui était arrivé« .

Le 10 février, Armantine est de nouveau entendue par le juge. Elle affirme que GAUDRON l’a touchée et que ce n’est pas son père qui lui a dit de déclarer cela. Elle ne sait pas dire pourquoi elle a raconté l’histoire de différentes manières. Armantine dit que GAUDRON lui a fait des choses dans la cave et dans le bois mais que dans la cuisine il ne lui a rien fait. Le juge demande aussi à Armantine qui lui a appris les mots qu’elle emploie. Elle dit que c’est GAUDRON.

Le 10 février, la jeune Armantine est visitée par le docteur Léon DANNER, sur ordonnance du juge, pour constater si celle-ci porte des traces d’attentats à la pudeur ou de viol pouvant remonter au 04 janvier.
La conclusion du médecin est qu’Armantine n’est pas déflorée et qu’elle ne porte aux parties sexuelles aucun trace d’attouchements violents ou de tentative de viol. Il note aussi que ses organes sexuels sont peu développés à l’exception du clitoris dont le volume et l’aspect flétri dénotent des habitudes d’onanisme.

Le 20 février, le juge ROGER demande à ce que soit communiqué au Procureur de la République la procédure contre René GAUDRON.

Le 20 février, le maire de Montlouis sur requête du juge, adresse un courrier portant sur la moralité de René GAUDRON. Le maire a entendu dire que ledit GAUDRON courait un peu les femmes mais qu’il n’a jamais entendu dire qu’il avait essayer de corrompre des enfants et qui si la faute qu’on lui impute est exacte, il croit que ce serait la première fois qu’il aurait eu cette mauvaise pensée.

Le 24 février, la cour d’appel d’Orleans, chambre des mises en accusations, à la lecture des pièces du procès, renvoie l’accusé devant la cour d’Assises.

Le 01 mars 1877, le président du Tribunal de 1ère instance de Tours, interroge le sieur GAUDRON avant sa traduction définitive devant les assises. René GAUDRON maintient ses dépositions et prend Maitre RIVIERE, avocat à Tours, pour le défendre. Il est transféré et écroué le même jour à la Maison de Justice.
Nota : on remarquera la justesse (oups) du signalement et aussi sa taille : 1m71 lors de son arrestation à Sepmes, 1m64 lors de son écrou le 26 janvier et 1m70 le 1er mars …

Source AD37 – cote 2Y398 – Maison de Justice de Tours

Le 13 mars 1877 se tient le procès en cour d’assises (arrêt trouvé en cote 2U73 aux AD37) de René GAUDRON dit Lunette. Les 12 jurés sont tirés au sort et les débats ont lieu à huis-clos. Il est dit qu’Armantine a 9 ans alors qu’en réalité elle a 11 ans.
Les témoins après avoir prêté serment ont déposé les uns après les autres et répondu aux questions du ministère public. Le président de la cour Mr PAULMIER a interrogé l’accusé sur les différents faits et circonstances du procès. Enfin l’avocat maitre RIVIERE a présenté la défense.
La parole n’étant plus demandée, le président a déclaré les débats terminés. Il a résumé l’affaire, a fait remarquer aux jurés les principales preuves pour ou contre l’accusé et a donné lecture des questions posées par lui. Les jurés se sont retirés pour délibérer et le président a fait retirer l’accusé de l’auditoire.
Les jurés après délibération sont entrés dans l’auditoire et le chef du jury, Alfred DUVALDESTIN, sur demande du président s’est levé, a posé la main sur son cœur et a lu la déclaration du jury :
A la question : « GAUDRON René dit Lunette, ici présent, est-il coupable d’avoir le 04 janvier 1877, à Montlouis, commis un attentat à la pudeur consommé ou tenté sans violence sur la personne de Armantine HENRI, âgée de moins de 13 ans ?« 
Le jury a répondu : « Non« 
Le président a fait comparaitre l’accusé , et le greffier a lu à haute voix la déclaration du jury. Cette déclaration étant négative, le président a prononcé l’acquittement de GAUDRON et ordonné sa mise en liberté.

Pierre HENRY et sa fille Armantine ne sont pas plus inquiétés de leur côté. Y-a-t-il eu mensonge, machinations ? Présomption d’innocence pour GAUDRON malgré cette histoire dans les bois ? Il est bien dommage de ne pas avoir les minutes précises des débats. C’est frustrant !

Et la vie reprend son cours … jusqu’en 1882. Armantine a 15 ans.

1882 : les affaires HENRY et HENRY / TALLAND

Je ne vais refaire les 4 épisodes de l’affaire HENRY. En résumé, en Avril 1882, Armantine est d’abord prévenue de vols simple et vols de récoltes.
L’instruction prend une autre tournure lorsque son petit frère Lucien fait le grand déballage aux gendarmes, Armantine est aussi « victime » d’attentats à la pudeur commis par son petit frère, par son père et peut être même par un certain Etienne TALLAND. Une seconde instruction est ouverte.

Le 19 avril, Armantine est placée aux écrous Passagers de Tours avec son père et sa petite sœur Louise Antoinette, prévenue pour vols simples et vols de récoltes.

Le 25 Avril et jusqu’au 02 Juillet 1882, elle est transférée et maintenue à la maison d’Arrêt de Tours, le temps des deux instructions.

Dans ces deux affaires, le poker menteur mène une danse frénétique pour aboutir aux sentences suivantes :
– Etienne TALLAND est acquitté d’attentats à la pudeur
– Lucien HENRY est placé dans la famille, on en reparlera
– Armantine HENRY, prévenue dans le premier procès est acquitté mais conduite au Refuge de Tours pour y être tenue fermement jusqu’à ses 20 ans accomplis.
– Pierre HENRY sera condamné à 12 ans de bagne.

Le Refuge de Tours

La cote 1Y95 consultée aux archives de Tours concernent les dossiers nominatifs des détenues jugées en Indre-et-Loire et placées dans l’établissement du Refuge. Le dossiers d’Armantine m’a permis d’y trouver la notice d’information et un avis de la commission de surveillance.

Source : larotative.info du 15 ami 2016 – Le Refuge de Tours

Armantine Léontine est confiée à sœur Angélique le 02 juillet 1882 pour être conduite à la Maison d’Education Correctionnelle à Tours, autrement appelée la Maison du Refuge ou encore Bon Pasteur, tenue par des sœurs. Je me fendrais d’un article à ce propos.
Il est dit dans la notice qu’Armantine a mauvais caractère et est débauchée. Elle n’a pas fréquenté l’école primaire, elle est catholique et a fait sa première communion (ndlr : n’a pas non plus été touchée par la grâce divine, non plus). Sa conduite en prison, avant d’être placée au Refuge, a été bonne.
Il faut cependant l’éloigner de sa famille. Son état de santé est bon.
Enfin il est stipulé en observations particulières : « La fille HENRY est effrontée et a besoin d’être tenue très sévèrement« . On pourra dès lors faire confiance aux sœurs pour la remettre dans le droit chemin …

Le 03 novembre 1882, la commission de surveillance en charge de visiter les jeunes détenus ne fait que confirmer ce que dit la notice et que son intelligence n’est pas développée puisqu’elle n’a pas fréquenté l’école.

On se souvient par ailleurs que sa sœur Désirée Marie HENRY est aussi au Refuge depuis quatre années et qu’elle doit sortir en 1883. Elles se sont donc forcément croisées à un moment ou à un autre durant cette année commune.

Sortie et retour à une vie « normale »

Armantine sort de la Maison de Correction le 19 août 1886.
Elle n’est pas accueillie par sa sœur Désirée qui vit à ce moment avec son mari à Corancy dans la Nièvre.
Peut-être est-elle hébergée chez sa sœur Julie épouse GUILLORIT ? A priori, le recensement de 1886 a eu lieu au mois d’août, le mois de sa sortie du Refuge mais je n’ai pas trouvé ce jour un lieu d’habitation à cette période.

On retrouve la trace d’Armantine dans l’Union Libérale du 21 et 22 novembre 1887 où est annoncé la publication des mariages. Elle vit au n°16 de la Place Victoire, quartier Poissonnerie de Tours.

Source L’union Libérale du 21 et 22 novembre 1887 – page 4/4

Le 12 décembre 1887 (soit 85 ans et 2 jours avant mon anniversaire !) Armantine Léontine HENRY, ouvrière couturière de 21 ans et trois mois, prend pour époux François POIRIER, ouvrier cordonnier âgé de 34 ans et natif de Tours. Contrairement à l’adresse figurant dans la publication, François habite au n°5 rue des Petits Gars (encore une histoire de domicile de fait et de domicile de droit) …
Les chats ne faisant pas des chiens, un bel article sera rédigé bientôt en l’honneur de mon sosa 30.

Source AD37 – cote 6NUM8/261/301 – Tours – page 279/329

Le 25 juillet 1889, Armantine à 23 ans lorsqu’elle met au monde Armand François au 5 rue des Petits-Gars à Tours. Sa vie ne sera qu’éphémère puisqu’il décède le 16 août 1894.

Le 25 juillet 1894 nait Fernande Gabrielle POIRIER (sosa 15) au domicile de ses parents n°6 rue des Prêtres à Tours.
– A 14 ans, le 17 octobre 1908, elle est placée à la Maison d’Arrêt de Tours pour coups et vol. Elle est transférée en Appel à Orléans le 10 décembre 1908 (ndlr : on ne change pas une équipe qui gagne ! hum ! hum !). Encore des recherches à faire pour en savoir plus.
– Lors du recensement de 1911, elle n’est pas au domicile de sa mère. A-t-elle été en prison ou en maison de correction jusqu’à l’âge de 20 ans ?
– On la retrouve à 26 ans, au mariage de sa sœur, le 22 mai 1920, elle réside 20 rue du Change à Tours et est employée de bureau.
– Et hop, disparition jusqu’au 28 mars 1931 à Vouvray où elle épouse, à 37 ans, CHESNEAU Louis (mon sosa 14). Il auront un enfant.
– Et re-hop, impossible de trouver ne serait-ce que son acte de décès … un vrai mystère cette AGM !

Au recensement de 1896, François POIRIER est noté comme « sans profession ». La vie doit être bien compliquée pour le couple.

Le 03 décembre 1896 nait Emile Ludovic POIRIER. En 1911, il exerce la profession de Passementier. Il évitera la guerre pour défaut de musculature en 1915-1916. Il épouse le 25 février 1922 à Tours, Suzanne Marie Jeanne BARTELLEAU. Ils auront une fille qui ne vivra pas 1 mois en 1924. Emile Ludovic décède le 04 juin 1929 sans postérité (ni d’actif apparent).

François Poirier décède le 04 décembre 1897 à l’âge de 44 ans, à son domicile du 6 rue des Prêtres, laissant Armantine seule avec ses 2 enfants âgé de 1 et 3 ans.

Continuer à se battre …

Armantine est veuve à 31 ans, je ne savais pas ce qu’elle avait fait durant presque 25 ans soit de 1897 à 1922, année du mariage de son fils Emile Ludovic.
J’ai fini par retrouver sa trace un peu par hasard (via Filae) dans les recensements de 1906 où elle habite au 27 rue Jules Charpentier, avec un certain Auguste Constant CHANTELOUP, cordonnier de son état, de 16 ans son aîné. Et je lui découvre en plus de Fernande Gabrielle et Emile Ludovic … 2 enfants supplémentaires : Augustine Léontine (°1900 à Tours) et Louise Armandine (°1904 à Saint Julien).
La recherche est devenue quasi épique et non dénuée de découvertes.

Le 20 février 1900 vient au monde Augustine Léontine, enfant naturelle de père et de mère inconnus (trouvée grâce aux recherches de Nicole Chantelou déposées sur Geneanet). La déclaration est faite par Madeleine METTé, sage femme âgée de 57 ans, demeurant 3 rue du gazomètre.
Elle est reconnue par sa mère le 06 avril 1920 (20 ans plus tard !!!) et prendra le nom de HENRY. On ne saura jamais si Auguste CHANTELOUP était son père car il est décédé depuis 2 ans. Mais quand même ! Augustine c’est le féminin de Auguste, et Léontine est le 2ème prénom de sa mère …
Elle épouse le 22 mai 1920, à Tours, Emile François Joseph GUéNAND de 19 ans son aîné. Elle est ouvrière en chaussures. Sa sœur Fernande Gabrielle, employée de bureau, est témoin au mariage.
Le 19 juin 1954, divorcée ou veuve, elle épouse Michel Baptiste REDAUD à Paris 18ème, de 21 ans son aîné.
Elle s’éteint le 04 janvier 1965 à paris 18ème, 2 ans après son second époux et en l’état de mes recherches je ne sais dire si elle a eu une postérité.

Le 13 décembre 1903 nait au 1 rue des Balais, Louise Armandine CHANTELOUP, fille naturelle d’Auguste CHANTELOUP déclarant et de mère non dénommé. C’est fou ! La déclaration est faite aussi par Madeleine METTEY, sage femme demeurant au 25 rue des Cerisiers; tiens donc ! la même sage femme qu’en 1900 … Sa mère ne la reconnaitra jamais.
Le destin de Louise Armandine est bien triste, les relevés collaboratifs des écrous de Tours révèlent son arrestation le 17 septembre 1928, elle est dite « fille soumise ».
Louise Armandine décède à l’hôpital boulevard Tonnelé le 23 novembre 1929 et c’est Armantine Léontine HENRY qui en fait la déclaration à l’état civil.

Revenons au fil de vie d’Armantine Léontine.

Au recensement de 1911, Armantine habite au 5 rue André Duchesne (quartier de La Riche) avec Auguste CHANTELOUP et 3 de ses enfants hormis Fernande Gabrielle qui, rappelons-le est peut-être en maison de correction.
Armantine est Blanchisseuse au Bateau Parisien à Tours.

Le 28 novembre 1918, Auguste Constant CHANTELOUP décède bvd Tonnelé, âgé de 68 ans. Il est domicilié au 12 rue André Duchesne à Tours.

Le 22 mai 1920, elle marie sa fille Augustine Léontine après l’avoir reconnue un mois plus tôt.

Le 25 février 1922, c’est au tour de son fils de voler de ses propres ailes. Armantine vit toujours au 12 rue André Duchesne.

Arrêter de se battre

Le 04 juin et le 23 novembre 1929, Armantine enterre successivement son fils Emile et sa dernière fille Louise. Armantine à 63 ans et l’épreuve doit être bien terrible puisqu’elle s’éteint l’année suivante le 07 août 1930.

Source AD37 – cote 6NUM8/261/490 – Tours – pg 256/443

On notera que la déclaration est effectuée par Louis CHESNEAU (mon sosa 14), futur époux de Fernande Gabrielle.

Armantine Léontine aura eu une enfance bien tumultueuse, victime des turpitudes de son père. Un passage au Refuge de Tours qui n’arrangera pas son équilibre psychologique. Puis elle se mariera avec François POIRIER de 13 ans son aîné, qui ne semble pas avoir été un enfant de chœur. Elle devient veuve en 1897 et semble refaire sa vie dès 1899-1900.
Ce que j’ai du mal à comprendre c’est qu’elle n’a reconnu que très tardivement la première de ses deux dernières filles mais pas la dernière, Louise. Armantine est pourtant déclarante lors de son décès et Louise a été reconnue par Auguste CHANTELOUP dès sa naissance. Cela restera un mystère …

Avec ces 2 nouveaux enfants trouvés, je mets à jour l’arbre de descendance à partir de cette article.

Les enfants de Pierre HENRY (5) : Pierre Isidore dit « Albert »

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

Je vous invite à découvrir le chemin parcouru par Pierre Isidore dit « Albert » HENRY.

Pour ne pas contrevenir à la loi … je n’y contreviendrai pas …

Pierre Isidore voit le jour le 15 mars 1865 à Montlouis-sur-Loire. Il est le cinquième enfant de la famille. Son père Pierre HENRY est tourneur et sa mère Joséphine GAULTIER est sans profession. La déclaration est faite par le père en présence de :
– Sylvain ARNOULT, rentier , 66 ans, ami
– Jules THIéLON, instituteur, 35 ans, ami.

Source AD37 – cote 6NUM8/156/006 – Montlouis sur Loire – page 334/390

Lorsque sa mère décède le 28 novembre 1873, Pierre Isidore a huit ans et demi. Il va devoir désormais vivre sous le joug de son père …

Le 05 août 1876 commence l’affaire « GIRAUD » dans laquelle Pierre Isidore dit « Albert » est directement impliqué. Le dossier de procédure consulté aux AD37 (cote 3U3/2294) nous apprend tous les tenants de l’affaire

L’affaire GIRAUD

Le 06 août 1876, les gendarmes détachés à l’Assemblée de Montlouis-sur-Loire sont informés par le sieur LATOUCHE, maire, qu’un vol avec effraction a été commis la veille au domicile de Martin GIRAUD (77 ans), propriétaire au bourg. L’auteur du larcin n’est autre qu’Albert HENRY, 12 ans, demeurant chez son père Pierre HENRY.

Les gendarmes se rendent chez le sieur GIRAUD qui raconte :

Hier cinq du courant, je suis parti de la maison vers midi et demi pour aller travailler dans mes vignes après avoir fermé la porte à clef. A mon retour vers 6 heures, j’ai remarqué qu’un carreau de ma croisée avait été cassé pendant mon absence et qu’une somme de 15 francs qui était placée dans le tiroir de ma table m’avait été volé, laquelle se composait d’une pièce de 10 francs et d’une pièce de 5 francs en argent. Mes soupçons se sont portés sur le jeune HENRY; en effet, peu de temps après j’appris par le sieur PASQUIER Jean, âgé de 32 ans, charcutier, mon voisin, qu’il avait vu un enfant sortir de ma maison en passant par un carreau qui était cassé.
Il y a environ 8 jours, ce même enfant m’avait déjà volé cinq francs dans ce même tiroir, et la veille vers quatre heures du soir, m’étant absenté de la maison quelques instants, lorsque je suis rentré, j’ai entendu remuer sous mon lit, après avoir regardé ce qu’il pouvait y avoir, j’ai vu ce garçon qui y était couché, aussitôt il s’est retiré et lui ayant demandé ce qu’il faisait chez moi, il ne m’a pas répondu puis il est parti.

Les gendarmes se rendent ensuite chez le sieur PASQUIER qui confirme avoir vu le jeune HENRY sortir de la maison du sieur GIRAUD par un carreau cassé et avoir prévenu ce dernier.

Accompagnés du Maire, les gendarmes vont chez Pierre HENRY pour y interroger son fils qui avoue être entré dans la maison après avoir cassé le carreau de la croisée avec un marteau mais ne sait pas dire ce qu’il est advenu de l’argent volé.

Sur ces entrefaites, Pierre HENRY qui assiste à l’interrogatoire se met en colère et le maire en prend plein son grade.

Si mon fils va en prison, je suis un homme perdu! Il y a dans cette commune le sieur GAUCHER, marchand de vin en gros que je vais tuer dès ce soir si je le rencontre et de reste demain vous allez en entendre parler ! Car cet homme ne cherche qu’à me nuire. Il m’a fait retirer le mois dernier 12 livres de grain que je touchais du bureau de bienfaisance. De plus, il empêche ma fille aînée qui est domestique chez lui depuis 3 mois de venir me voir et de me donner de l’argent pour m’aider à élever ma famille. Il a également fait retirer de chez moi une autre de mes filles qu’il a fait placer et je ne sais ni où ni chez qui elle se trouve !

Sur ce, les gendarmes l’invite à cesser ces propos et qu’il a des enfants à élever. Pierre HENRY ne décolère pas pour autant et promet que dès le soir ou le lendemain au plus tard, il tuerait le sieur GAUCHER. Le maire requiert les gendarmes d’arrêter, et le père, et le fils.

Les autres renseignements et descriptions versés dans le procès-verbal d’arrestation par les gendarmes sont :
– Pierre HENRY est veuf depuis 3 ans, père de 7 enfants dont 5 sont à sa charge. I la mauvaise réputation, s’énerve souvent et est très brutal . Il ne cesse de faire des menaces à ses voisins qui ont peur de lui. C’est cette mauvaise conduite qui lui a fait retirer l’aide de 12 livres de grain qu’il touchait du bureau de bienfaisance.
Il mesure 1m62, cheveux châtains grisonnants, front haut, yeux gris, nez moyen, bouche grande, menton rond, visage ovale, teint coloré, petite cicatrice au coin de l’œil gauche, boiteux de la jambe gauche.
– Albert HENRY mesure 1m44, cheveux châtains, front couvert, yeux gris, nez et bouche moyens, menton rond, visage ovale, teint clair.

Et voilà ! le père et le fils enregistré dans les écrous passagers (cote 2Y330) à Tours le 06 août 1876 respectivement n°1816 et 1817.
Pierre sortira le 07 août avec ordonnance de non-lieu.
En revanche, Pierre Isidore reste prévenu pour vols qualifiés. Ce sont les écrous de la maison de Correction (cote 2Y421), à défaut d’avoir trouvé l’arrêt dans le dossier de procédure, qui nous apportent les informations du jugement.

Source AD37 – cote 2Y330 – Ecrous Passagers – page 189/214
Source AD37 – cote 2Y421 – Ecrous de la Maison de Correction – pg 152/222

Pierre Isidore est, je cite : « acquitté de la prévention de vols qualifiés reconnu ayant agi sans discernement mais le tribunal a néanmoins ordonné qu’il serait conduit dans une maison de correction jusqu’à l’âge de 20 ans accomplis en vertu des articles 379, 384 et 466 du code pénal« . La maison de Correction sera la Colonie de Mettray, commune située au Nord de Tours. Il devra y rester jusqu’au 15 mars 1885.

En 1882, dans le dossier de la colonie (cote 1Y223), Pierre Isidore, 17 ans, apprend le métier de cultivateur. Sa conduite laisse encore à désirer à cause de son mauvais caractère mais son travail est satisfaisant. Il a obtenu son certificat d’études primaires grâce à des progrès sensibles.

La cote 2Y214 relative à la libération des jeunes détenus fait état de la libération en septembre 1883 de Pierre Isidore, soit presque 2 ans avant sa sortie effective de la colonie.

Pierre Isidore s’engage pour 5 ans à compter du 05 septembre 1883 au 131ème de ligne sous le n°2691 ce qui peut expliquer sa libération anticipé de la colonie de Mettray. Il est envoyé en congés le 23 septembre 1887 et un certificat de bonne conduite lui est accordé.
La fiche matricule (n° de recrutement 932, cote 1R626) indique que :
– au moment de son engagement, il vit à Angers et exerce le métier de maçon
– le 01 avril 1888 il vit à Rochecorbon (37)
– le 12 janvier 1892 il demeure à Bourgueil (37)
– du 5 au 17 juillet 1898, il effectue une période d’exercices dans le 70ème Régiment Territorial d’Infanterie
– et …

La petite affaire NICIER

Le 04 septembre 1904 à la suite d’une querelle, Pierre Isidore s’empare d’un pot de fleurs et brise volontairement deux carreaux de la fenêtre du sieur NICIER; causant un préjudice d’environ 1 franc et cinquante centimes.

Le 22 septembre 1904, comme il ne comparait pas devant la justice, le Tribunal Correctionnel de Chinon le condamne par défaut à 16 francs d’amende plus les frais du procès qui s’élève à 27 francs et 16 centimes.

A cette époque, Il est dit que Pierre Isidore est célibataire et ouvrier carrier à la Bidaudière commune de Bourgueil.

Kurt Peiser – L’ivrogne (source : http://www.artnet.fr/)

Pierre Isidore HENRY n’a peut être pas habité la commune de Bourgueil entre 1906 et 1911, je ne l’ai pas trouvé dans les recensements. Cependant, il est dit y demeurant lors de son décès à l’hospice de Bourgueil le 14 août 1917.

Source AD37 – cote 6NUM8/031/028 – Bourgueil – page 234/346

Les tables de successions et absences (cote 6NUM3/004/011) indique un certificat au 18 avril 1918 constatant l’absence d’actif et précise qu’il est bien célibataire.

On aurait pu croire que ses 5 années dans l’armée lui aurait mis le pied à l’étrier pour affronter la vie alors qu’il n’a que 22 ans mais je ne pense pas que sa fin de vie ait été bien heureuse. Nul ne le saura …

Geneanet – Descendance G5 de Pierre HENRY °1775 †1851

Les enfants de Pierre HENRY (4) : Désirée Marie

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

Je vous invite à découvrir le chemin parcouru par Désirée Marie HENRY.

Pour ne pas contrevenir à la loi, j’indiquerais les dates et lieux de naissance / mariage de ses enfants ainsi que les dates de décès que l’on trouve sur Internet très facilement grâce aux états civils.
Je ne citerais en revanche aucun de ses petits enfants.

Désirée Marie HENRY nait le 12 septembre 1863 à Montlouis-sur-Loire (37). Elle est le quatrième enfant de Pierre HENRY (31ans), tourneur, et Marie Joséphine GAULTIER (33 ans), sans profession.
La déclaration de naissance est faite par son père en présence de :
– Sylvain ARNOULT, propriétaire, 65 ans, ami du déclarant
– Jules THIéLON, instituteur, 33 ans, ami du déclarant

Source AD37 – Montlouis sur Loire – cote 6NUM8/156/006 – page 316/390

Le 28 novembre 1873, Désirée a 10 ans lorsque sa mère passe de vie à trépas.

En 1876, trois évènements surviennent dans la vie de cette pauvre famille. Tout d’abord sa soeur Joséphine Julie est placée comme domestique on ne sait où à partir de Juin. Puis son frère Pierre Isidore est envoyé à la colonie de Mettray, en août, suite à une condamnation pour vols. Et enfin, son autre sœur ainée Marie Pâquerette se marie à l’automne.
A treize ans, elle devient l’aînée des enfants ce qui est confirmé par le recensement de fin 1876 à Montlouis-sur-Loire. Elle doit certainement continuer à participer à l’aumône organisée par son père, qui, semble-t-il, n’est pas un exemple de probité.

En Janvier 1877, l’affaire « GAUDRON René » éclate, sa sœur cadette Armantine et son petit frère Lucien sont interrogés par la gendarmerie. Ce qui n’amène pas plus de stabilité dans cette famille. Nous reparlerons de cette affaire dans l’article consacrée à Armantine.

L’affaire PODEVIN

Au printemps 1878, c’est au tour de Désirée Marie d’être mêlée à une affaire de vols et de mœurs : l’affaire PODEVIN, découverte lors de mes recherches sur les affaires de Pierre HENRY.

Le registre d’écrou de la maison d’arrêt (cote 2Y272) n’indique pas si Désirée vient des écrous Passagers mais nous donne des informations très intéressantes.
Désirée a un petit nez, son menton est rond, son visage ovale, son front est ordinaire, son teint est clair et ses yeux gris. Elle mesure 1m49, ce qui semble assez normal pour une jeune fille de 14 ans et demi.
Elle porte un bonnet, une robe, 1 jupon, 1 chemise et 1 paire de souliers.
Par jugement du Tribunal de Police Correctionnelle de Tours en date du 18 mai 1878, Désirée Marie est acquittée de la prévention de vol de récoltes et d’outrage public à la pudeur comme agi sans discernement mais renvoyée dans une maison de correction jusqu’à l’âge de 20 ans accomplis.
Jugée le 18 mai 1878, elle commence sa peine le 05 juin 1878 et doit la terminer le jour de ses 20 ans le 12 septembre 1883. Le 09 juin elle est remise à sœur Marie Joseph pour être conduite au Refuge de Tours.

On retrouve une partie de ces informations dans un tout petit encart du journal L’Indépendant d’Indre-et-Loire en date du 20 mai 1878 (source Geneanet).

Source Geneanet – L’indépendant d’Indre-et-Loire – cote 2039PERU4 (1878) – pg 237/608

Placée à la Maison du Refuge de Tours

Le dossier nominatif des détenues jugées en Indre-et-Loire et placées à la Maison du Refuge de Tours entre 1863 et 1885 (AD37, cote 1Y95) permet d’en savoir un peu plus sur Désirée et les raisons de son placement.
Malheureusement, il m’a été impossible de trouver le moindre dossier de procédure (théoriquement en cote 3U3/2314), ni l’arrêt du tribunal de police correctionnel (théoriquement en cote 2U73) lors de mon second passage aux AD37 fin Octobre 2021. Est-ce parce que c’est un jugement à huit-clos et que le dossier se trouve ailleurs ? C’est étonnant …

Je m’égare dans mes réflexions, revenons au dossier ! Dans la notice d’information dressée le 14 juin 1878, il est dit :

La fille HENRY, associée avec la femme PODEVIN de Montlouis, a volé à plusieurs reprises des fruits dans le jardin d’un habitant de cette commune. Excitée et sous l’emprise de cette femme qui favorisait des relations coupables avec des jeunes gens de la localité. Elle s’est livrée plusieurs fois à eux, en présences de ses frères et soeurs âgés de 6 à 12 ans seulement.
La fille HENRY a toujours fait preuve de détestables instincts, de moeurs déplorables et son caractère était absolument insoumis.
Un bon point (ouf !) : elle sait lire et écrire.
On ne sait pas si cela la sauvera : Catholique, a fait sa première communion
Avant sa détention, elle a appris à rempailler les chaises mais n’a pas été employée à des travaux d’agriculture ou placée en domesticité.
Le délit pourrait être imputable au défaut de surveillance du père, qu’elle n’a pas été excitée par celui-ci mais par la seule femme PODEVIN.
En tout état de cause, il est conseillé que Désirée Marie soit éloignée de sa famille.

Un commission de surveillance visite la jeune Désirée Marie HENRY le 05 juillet 1876 et établit le rapport suivant.

Concernant la famille : La mère est décédée. Le père de Désirée est ouvrier tourneur, il est paresseux et vit de la charité publique qu’il fait exploiter par ses enfants. Il boit ce qu’il gagne sans qu’il y ait lieu toutefois de lui reprocher d’avoir excité ou favorisé les mauvais instincts de sa fille.

Concernant Désirée : sa santé est bonne, ses mœurs détestables, son caractère insoumis et son intelligence ordinaire. Le médecin de la prison de Tours, un mois plus tôt, en date du 05 juin 1878, a même indiqué un tempérament excellent.

L’heure de la sortie

Comme prévu par la loi et indiqué dans le dossier de libération des détenues (archivé en cote 1Y96 aux AD37), Désirée Marie sort du Refuge de Tours le 12 septembre 1883. D’ailleurs, elle y croise depuis Juin 1882 sa cadette Armantine Léontine suite aux affaires de Pierre HENRY.

Une Notice Individuelle Statistique et Médicale est remplie à cette occasion.
On y apprend que son numéro d’écrou est 293, elle a appris le métier de couturière et a été vaccinée contre la variole. Elle mesure 1m52 et pèse 55 kg et qu’à son entrée elle était boiteuse. Finalement, elle a pas bien grandit en 5 ans.
Entre le 22 décembre 1882 et le 01 mars 1882, elle a passé 68 jours à l’infirmerie pour des engelures à un pied.
Entre le 12 février 1883 et le 05 mars 1883, elle a eu une affection aux muqueuses (on n’en sait pas plus) nécessitant un nouveau séjour à l’infirmerie.

Source AD37 – cote 1Y96 – Bulletin de libération de Désirée Marie HENRY le 12 septembre 1883

Retour à la vie civile

Les mois passent et on retrouve Désirée Marie le 04 février 1885 à Tours pour son mariage avec Jean DOUSSOT, journalier de 27 ans, originaire de Corançy dans la Nièvre, en plein Morvan.
Il est inscrit dans l’acte de Pierre HENRY « est dans l’impossibilité de manifester sa volonté » quant au mariage de sa fille; c’est mieux que d’écrire qu’il est au bagne pour encore une dizaine d’années. Pierre GASTé, beau-frère à cause Marie Pâquerette HENRY est témoin ainsi qu’Etienne BOUCHER, l’oncle paternelle.
A cette date , les époux demeurent au 50 rue Colbert à Tours qui n’est autre que l’adresse où vivent également Joséphine et Pierre GUILLORIT. Il me plait à penser que les deux sœurs se reconstruisent une nouvelle vie avec leur époux respectifs. Elles sont toutes deux couturières et peut être que Joséphine a aidé Désirée à sa sortie du Refuge pour trouver un emploi.

Source AD37 – cote 6NUM8/261/294

Désirée tombe enceinte courant 1885, elle quitte avec son mari l’Indre-et-Loire pour la Nièvre, berceau de sa belle-famille.

Le 29 mai 1886 nait à Corancy, plus précisément dans le hameau de Lorient, Maximin Francis. Devenu homme et exerçant le métier de conducteur-typographe à Tours, il épouse le 17 octobre 1910 Louise Adrienne DEVINEAU. Il décède le 01 août 1931 à Tours (37).
Le lendemain de sa naissance passe l’agent recenseur. On y trouve sur la même page les parents de Jean DOUSSOT et au moins sept de leurs enfants, un domestique et un pensionnaire de 6 ans nommé Claude SAUTEREAU (enfant de l’assistance ? je n’ai pas cherché pour ne point m’égarer encore … mais le recensement de 1881 mentionne Jean SAUTEREAU âgé d’un an et comme étant « petit-fils »).

Source AD58 – cote 6M082/1 – Recensement de 1886 à Lorient commune de Corançy – page 8/46

Le 18 septembre 1887, le couple accueille Marie à Lorient hameau de Corancy. A 21 ans, mécanicienne, elle épouse Corentin Yves Marie FEUNTEN, employé aux chemins de fer d’Orléans, le 11 juillet 1908 à Tours. Elle décède à Ivry sur Seine (94) le 29 juin 1960.

Le recensement de 1891 mentionne le couple et ses deux enfants qui habite toujours le hameau de Lorient.

Entre 1891 et le 15 septembre 1896, le couple revient à Tours (37) où Jean DOUSSOT décède en son domicile du 6 rue des Petits Gars à l’âge de 39 ans. Désirée n’a que 33 ans et ses enfants, 10 et 9 ans respectivement.

Le 11 octobre 1897, Désirée s’unit à Julien Abel MAUVENU. Désirée est couturière et Julien, terrassier. Pierre GUILLORIT, beau-frère de Désirée est témoin au mariage. Cette fois, l’état civil ne manquera de citer le lieu de décès du père de Désirée.

Source AD37 – cote 6NUM8/261/331 – page 248/365

Désirée et Julien n’auront, semble t’il, pas d’enfants ensemble comme le montre le recensement de 1906 à Tours où ils logent Rue Boucicault avec François (Maximin) et Marie DOUSSOT.

Source AD37 – cote 6NUM5/261/085 – Recensement 1906 – page 123/173

En rédigeant cet article qui me permet de compléter le chemin de vie de Désirée, patatras ! Le recensement de 1911 à Tours, toujours rue Boucicault, fait apparaitre 2 enfants : Léon et Jeanne. Je me suis vu obligé de reprendre les recherches dans les actes de naissance … en vain …

Source AD37 – cote 6NUM5/261/086 – Recensement 1911 – page 137/185

Du 02 août 1914 au 19 janvier 1919, Julien Abel est appelé pour servir sa patrie. Sa fiche matricule ne m’en apprend pas plus.

On retrouve Désirée Marie et Julien dans les tables de recensement de 1921 à Saint-Pierre-des-Corps. Ils habitent au 45 rue du Bas Chemin.

Désirée Marie HENRY (épse MAUVENU) décède le 10 juillet 1924 en son domicile de Saint-Pierre-des-Corps.

Source AD37 – cote 6NUM8/233/021 – page 33/214

Il me reste 2 épines généalogiques.

Je sais que Julien Abel MAUVENU habitait encore le domicile du 45 rue du Bas Chemin à St Pierre des Corps lors du recensement de 1926. Et ensuite plus rien ! Les tables décennales et les registres de décès de Saint-Pierre-des-Corps et de Tours sur la période 1926-1933 sont restés silencieux. Filae & Geneanet ne m’ont pas plus aidé. Retronews non plus …

Quant aux 2 enfants découverts lors du recensement de 1911 (Léon et Jeanne), aucune naissance trouvée sur Tours entre 1897 et 1911. Je ne les ai donc pas intégrés à ma généalogie et aucune idée pour le moment pour diriger mes recherches.

L’enfance de Marie Désirée jusqu’à ses 20 ans n’ont pas été des plus heureux, on s’en doute bien. J’espère que ses vies conjugales l’ont été bien plus et que ses deux enfants (ou quatre) lui ont donné tout le bonheur qu’elle n’a pas eu dans sa prime jeunesse.

Geneanet – Descendance G5 de Pierre HENRY °1775 †1851