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Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Dans le cadre du Généathème d’Octobre proposé par la communauté Généatech, voici le 4ème épisode de l’affaire Pierre HENRY.

De l’affaire Pierre HENRY, nous sommes passé à l’affaire Pierre HENRY / Etienne TALLAND, les pièces de l’échiquier se mettent en place et un poker menteur s’installe entre les accusés, les témoins et les enfants de Pierre HENRY.

HENRY et TALLAND seront ils finalement acquittés ? Je vous laisse le découvrir…

Le 28 mai 1882, une cédule à témoins mande à comparaitre le 31 mai, la femme TERIER, la bouchère de Montlouis, et le sieur GAUCHER-GAUCHER accusé par Armantine de l’avoir touché.

Le 31 mai 1882 à 01h après midi, Marie DUMéE (femme TERRIET), 36 ans, bouchère, demeurant à Montlouis, n’a jamais entendu dire qu’aucune des filles d’HENRY fut accouché et que l’enfant eut été enterré dans un jardin. Elle ne sait rien des faits qui sont imputés tant à HENRY qu’à TALLAND et n’a jamais entendu rien dire à propos de GAUCHER-GAUCHER.

Le 01 juin 1882, le maire de Montlouis adresse un courrier au juge VINET pour lui expliquer que le sieur GAUCHER-GAUCHER étant à Saint Martin le Beau quand il a reçu sa citation, il s’est trouvé dans l’impossibilité de se rendre le 31 mai à son cabinet. Le maire lui a donc demandé de s’y rendre le vendredi suivant soit le 02 mai. Et d’ajouter dans son courrier que le dit GAUCHER-GAUCHER, a tort ou à raison passe pour un paresseux et jouit d’une réputation faisant un peu à désirer; au point de vue de la probité, il n’a cependant rien entendu dire contre lui.

Le 02 juin 1882 à 01h30 du soir, comparait Sylvain GAUCHER, 56 ans, vigneron, demeurant à Montlouis.
« Je connais la famille HENRY depuis longtemps, je n’ai rien à en dire si ce n’est que le père est un fainéant et que d’après ce qu’on en dit il envoyait ses enfants mendier et voler de côté et d’autre, mais quant à moi je ne leur ai jamais rien vu faire de mal.
Les filles d’HENRY ont bien essayé de rentrer quelques fois dans le Clos-Sabot où je travaille depuis 4 ans et plus, mais elles n’y sont jamais entrées pendant que j’y étais. Je n’ai jamais touché à Armantine ni aucune de ses soeurs. Elles ne sont pas capables de dire une pareille chose.
« 
Sur confrontation, Armantine : « Moi je dis que si qu’il m’a touchée. Un jour que j’étais sur le haut du Coteau il m’a prise par la main et m’a emmenée dans le Clos-Sabot, je ne sais pas pourquoi faire. Il m’a fait entrer par la porte tout près du cimetière, quand nous avons été rentrés il a fermé la porte à clef sur nous, il m’a couchée dans la rotte ou allée, il a relevé ma chemise et agenouillé devant moi il me touchait avec les 2 mains entre les jambes aux parties en me disant que c’était bien joli. Il y a 4 ans de cela, c’était au mois de Juillet, il y aura 5 ans en Juillet prochain. GAUCHER était en ce moment après faire les vignes du clos.« 
S. GAUCHER : « Je me rappelle cette fois-là, elle était avec sa petite sœur, je les ai prises par un bras et je les ai mises à la porte. Le haut du Coteau dont elle parle est à plus de 200 mètres de la porte du Clos et cette porte ne ferme à clef que du dehors. »
Armantine : « Et moi je dis qu’elle ferme à clef des 2 côtés
« 
S. GAUCHER : « S’il fallait tout dire, on n’en finirait pas, qu’est ce que cette fille allait faire 2 ou 3 fois par semaine avec sa sœur chez TALLAND dans le Rocher où elles passaient des 3 ou 4 heures. »
Armantine : « Vous ne m’avez jamais vu aller chez TALLAND pour y rester longtemps, je n’y allais que pour chercher de la boisson. »
GAUCHER : « Quant à moi je suis innocent comme le poisson qui vient de naitre, je ne m’attendais pas à ça aujourd’hui, je renonce (nie) à tout. »

Le 04 juin 1882, une Commission Rogatoire du juge VINET demande de vérifier si conformément à la déposition de la fille Armantine HENRY, la porte du Clos-Sabot, près du cimétière à Montlouis, est munie d’une serrure fonctionnant aussi bien du dedans que du dehors, ou si au contraire cette porte ne peut fermer à clé que du dehors. Il demande aussi de constater si la serrure qui se trouve à cette porte y aurait été placée depuis quelques jours seulement ou si au contraire elle parait y avoir été placée depuis plusieurs années. Enfin si cette serrure, au dedans du clos est munie de verrous ou de targettes dont le jeu produirait le même bruit que le jeu de la serrure. Si faire ce peut, la présence de Mr GAUCHER-GAUCHER Sylvain permettra de donner les explications sur l’objet de la présente commission rogatoire.

Montlouis – Cadastre napoléonien – Section A1 Le Bourg et le Clos-Sabot (1813), source AD37 cote 6NUM10/156/002

Le 05 Juin 1882 à 10h45 du matin, les gendarmes à pied Jules DUVEAU et Jean DUSSAULT se transportent au domicile du nommé GAUCHER Sylvain, âgé de 56 ans, vigneron lequel déclare aux gendarmes :
« Il y a 5 ans que je travaille pour le compte du nommé DOUZILLé David, propriétaire à Montlouis. Et depuis cette époque j’ai toujours fait sa vigne située au Clos-Sabot, la porte d’entrée est à vantaux dont un des battants est soutenu par une barre de fer adaptée au mur de l’intérieur et l’autre est munie d’une serrure fermant à clé par le dehors, une petite targette se trouve en dedans mais elle ne sert jamais. Chaque fois que je travaille dans ce clos, je ferme la porte et la tiens fermée qu’en y appuyant par derrière un pieu de 2 mètres de longueur, mais qui peut céder facilement à la pression qui pourrait venir du dehors. Il y a 5 ans que je vois la même serrure à cette porte. »
Les gendarmes interrogent aussi le nommé DOUZILLé Gustave, 51 ans, propriétaire au Clos-Sabot déclare que la serrure de la porte dudit clos y est depuis 20 ans et qu’on ne peut l’ouvrir que du dehors, on ne peut pas la fermer en dedans depuis 10 ans, époque à laquelle il a fait fixer une plaque en fer sur le trou de la serrure, en dedans. Son vigneron, le nommé GAUCHER est toujours détenteur de la clé.
Les gendarmes se rendent alors au Clos-Sabot accompagnés des 2 témoins et font les constatations suivantes :
1) la porte d’entrée est à vantaux telle que décrite avec la barre de fer, la serrure et la targette. La serrure ne peut fonctionner que du dehors et une pièce en fer a bien été apposé au dedans et parait y être depuis des années. En ouvrant cette porte du dehors, le bruit produit par la serrure s’entend distinctement à 80 mètres en dedans du clos et une personne occupée peut l’entendre à 50 mètres.
2) La targette au contraire ne fonctionne pas du tout, elle est fixée aux 2 clavettes par la rouille. Lorsque GAUCHER est dans le clos et que la porte n’est fermée qu’à l’aide du pieu qu’il a montré, une personne peut l’ouvrir au moyen d’une légère pression, sans faire de bruit, elle se ferme de la même manière.

Le 08 mai 1882 à 05h après midi, Armantine HENRY est de nouveau entendue par le juge.
Le juge: « Vous m’avez dit […] que le jour où GAUCHER-GAUCHER vous avait emmené dans le Clos-Sabot et avait pratiqué sur vous des attouchements obscènes il avait un fois entré avec vous fermé à clé la porte du clos de l’intérieur, lui avez vous vu retiré de la serrure la clef qu’il y avait mise pour ouvrir la porte et l’avez vous vu introduire cette clé dans la serrure pour refermer la porte sur vous ?« 
Armantine : « Oui Monsieur, je l’ai vu retirer la clef de la serrure et y remettre cette clef une fois entré pour fermer la porte du dedans. »
Le juge : « Demeuriez-vous alors où vous demeurez maintenant ?« 
Armantine : « Oui Monsieur, nous demeurions à cette époque au Bas-Rocher dans la maison appartenant à Mr GAUCHER maire de Montlouis où nous demeurons actuellement.« 
Le juge : « Eh bien, il résulterait de l’instruction que vous dites en ce moment une chose mensongère car il y a 10 ans une plaque a été appliquée sur l’entrée de la serrure au dedans du parc de façon qu’il est impossible depuis cette époque de fermer à clef la porte du clos sur soi.« 
Armantine :  » Si c’est vrai qu’il a introduit la clef dans la serrure une fois dans le Clos puisque je l’ai vu l’en retirer de crainte que je me sauve, il avait passé la clef dans une barre de fer; j’avais aussi entendu le bruit qu’avait fait la serrure quand il avait fermé à clef.« 

Le 13 juin 1882 à 02h du soir. Pierre HENRY est interrogé.
Le juge : « Il résulte de la procédure, malgré vos dénégations et même la rétractation de votre fille Armantine que vous avez commis à plusieurs reprises des attentats à la pudeur, persistez-vous à les nier ?« 
P. HENRY : « Oui je peux le dire, je n’ai jamais touché pa plus à Armantine qu’à aucun autre de mes enfants« 
Le juge : « Votre conduite même prouverait l’existence de ces attentats, n’est -il pas vrai qu’en attirant chez vous toutes espèces de gens notamment TALLAND que vous faisiez coucher avec votre fille dans le même lit vous facilitiez les actes de débauche dont elle a été victime pour ainsi dire sous vos yeux de la part de cet homme ? Qu’en faisant coucher votre fils Lucien avec sa soeur Armantine et le rendant ainsi témoin des lubricités auxquelles se livraient votre fille et TALLAND vous l’entrainiez lui-même à une corruption précoce ? Ne pensez-vous pas que tout cela est fait pour corroborer les déclarations persistantes de votre fils Lucien et les premières déclarations de votre fille Armantine en ce qui vous concerne personnellement et à prouver ainsi que vous avez abusé de votre propre fille ?« 
Pierre HENRY : »Je n’aurais jamais cru cela de TALLAND, je croyais que la présence de mon fils dans ce lit aurait imposé à TALLAND le respect de ma fille, quant à moi je le répète je ne l’ai jamais outragée.« 

Le 13 juin 1882 à 03h du soir. TALLAND est interrogé.
Le juge : « Il résulte de la procédure que vous avez à Montlouis, commis plusieurs attentats à la pudeur sur la dénommée Armantine HENRY alors âgée de moins de 13 ans, reconnaissez-vous les faits ou persistez-vous au contraire à les nier ?« 
E. TALLAND : »Je les nie, je n’ai jamais touché à cette fille, si personne ne lui avait touchée que moi elle serait encore naturelle bien sûr.« 
Le juge : « Elle est déflorée et elle soutient qu’elle l’a été par vous ?« 
E. TALLAND : »Moi je dis que c’est faux, j’ai couché auprès d’elle avec son frère c’est vrai, mais pour lui avoir touché, non.« 
Le juge : »Le rapport du médecin vient à l’appui de la déclaration, pourquoi donc vous accuserait-elle ?« 
E. TALLAND : « Je n’en sais rien, depuis 3 ans que j’ai quitté Montlouis qu’a t-elle fait, elle allait d’une commune à l’autre chercher du pain, je ne sais pas ce qui s’est passé. »
Le juge : »Pourquoi n’accuserait-elle pas aussi bien tout autre que vous qui aurait abusé d’elle ?
« 
E.TALLAND : »Si elle veut cacher ceux qui ont eu affaire à elle, je n’en suis pas cause; du temps de GAUDRON elle soutenait que c’était lui et pourtant c’était faux, le gamin aussi le disait.« 
Le juge : »Pour ce qui est de l’affaire GAUDRON dont vous parlez le rapport du médecin commis alors fut négatif. Il n’en est pas de même aujourd’hui, cette fille est déflorée indubitablement et dit qu’elle l’a été par vous ?« 
E.TALLAND : »Je jure que c’est pas moi. »

Le 22 juillet 1882, le commissaire Eugène FATOU, officier de police judiciaire de Tours Ouest et auxiliaire du Procureur de la République, entend Armantine HENRY demeurant au Refuge de Tours. Dans ce procès-verbal, Armantine déclare que le nommé TALLAND avait commis sur sa personne plusieurs attentats à la pudeur. Le premier 4 ans auparavant et le dernier le 14 juillet 1881; pour les autres, dans l’intervalle, il lui est impossible d’en fixer les dates.

Le 28 juillet 1882, le juge d’instruction demande à ce que soit communiqué au Procureur de la République la procédure suivie contre ENRIT Pierre et TALLAND Etienne.

Le 31 Juillet 1882, le Procureur de la République maître BERTRAND de la Cour d’Appel d’Orléans prés le Tribunal de 1er instance de l’arrondissement de Tours, dans son réquisitoire définitif, requiert qu’il plaise à M. le Juge d’instruction déclarer suffisamment établie contre les nommés ENRIT et TALLAND, la prévention des faits qu’il spécifie; et attendus que ces faits sont de nature à être punis d’une peine afflictive et infamante, ordonne que les pièces de la procédure, le procès-verbal constatant le corps du délit et un état des pièces servant à conviction soient transmis, sans délai, à M. le Procureur Général, pour être par lui, requis ce qu’il appartiendra.
Suit l’ordonnance du juge d’instruction indiquant que vu ce réquisitoire et les pièces de procédure criminelle contre les nommés ENRIT Pierre et TALLAND Etienne inculpés d’attentats à la pudeur et d’excitation à la débauche, il résulte contre :

  • ENRIT Pierre, des charges suffisantes d’avoir depuis moins de 3 ans à Montlouis, attenté aux moeurs en excitant, favorisant ou facilitant habituellement à la débauche ou la corruption de ENRIT (Armantine Léontine), sa fille, et de ENRIT (Pierre Lucien), son fils, tous les 2 âgés de moins de 21 ans; délit prévu et puni par les articles 334 et 335 du code pénal. Disons qu’il y a lieu à suivre contre ledit ENRIT Pierre et le renvoyons devant le Tribunal de Police Correctionnel pour y être jugé conformément à la loi. Attendu, en outre, que de ladite information, il résulte contre ENRIT Pierre d’avoir depuis moins de 10 ans, commis un ou plusieurs attentats à la pudeur, consommés ou tentés sans violence, sur la personne de ENRIT Armantine, sa fille légitime, alors âgée de moins de 13 ans.
  • TALLAND Etienne, d’avoir depuis moins de 10 ans, commis un ou plusieurs attentats à la pudeur, consommés ou tentés sans violence sur la personne de la fille ENRIT Armantine alors âgés de moins de 13 ans.

Pas moins de 64 pièces de procédures sont transmises au Procureur Général. L’état des frais induits par la procédure instruite contre ENRIT et TALLAND se monte à 68 francs et 15 centimes.

Le 05 août 1882, le Procureur Général de la Cour d’Appel d’Orléans Monsieur NOBLET, dans son réquisitoire,
– vu les pièces produites et l’ordonnance du Juge d’Instruction de Tribunal de 1ère Instance de Tours en date du 31 juillet 1882, crimes prévus et punis par la loi par les articles 331 et 333 du code pénal en ce qui concerne les attentats à la pudeur des 2 inculpés;
– et vu les faits contre Pierre Henry d’avoir attenté aux mœurs en excitant ou favorisant à la débauche ou la corruption de sa fille Armantine et de son fils Lucien tous deux âgès de moins de 13 ans, délits puni par les articles 334 et 335 du code Pénal;
Requiert qu’il plaise à la cour de les renvoyer devant le tribunal correctionnel pour y être jugés conformément à la loi.

Le 09 août 1882, la Cour d’Appel d’Orléans, chambre des mises en accusations rend l’arrêt suivant :

Vu la procédure suivie à Tours contre les nommés ENRIT Pierre […] et TALLAND Etienne […], prévenus d’attentats à la pudeur et en outre, ENRIT, d’excitation de mineurs à la débauche; ouï, Maitre NOBLET, substitut de Mr le Procureur Général en son rapport; lecture faite de toutes les pièces du procès; le substitut et le greffier s’étant retirés; […] La cour d’appel après en avoir délibéré sans désemparer; attendu que de la procédure résulte ce qui suit :
« Au cours d’une information dirigée au mois d’Avril dernier, contre le nommé ENRIT, pour complicité de vol, il a été établi que depuis moins de 10 ans, le prévenu avait commis sur sa fille légitime Armantine alors âgée de moins de 13 ans, de nombreux attentats à la pudeur, qu’il avait fréquemment des relations intimes avec elle.
Armantine a nié ces relations, elle a reconnu cependant que son frère avait exercé sur sa personne des attouchements obscènes, puis elle s’est rétracté.
Malgré ces contradictions et les dénégations du prévenu, la culpabilité de celui-ci ne saurait être douteuse en présence des déclarations énergiques et persistantes de son jeune fils Lucien, qui a été le témoin de nombreux attentats.
L’instruction a, en outre, établi qu’il y a environ 4 ans, le nommé TALLAND avait abusé d’Armantine, alors âgée de moins de 13 ans. Les déclarations de Lucien et d’Armantine ne laissent aucun doute à cet égard, malgré les protestations et les dénégations du prévenu.
L’information a de plus fait connaître que ENRIT livrait sa filles aux étrangers qui venaient chez lui et qu’il avait depuis moins de 3 ans favorisé ou facilité la débauche ou la corruption de son fils Lucien et de sa fille Armantine, tous 2 mineurs en livrant celle-ci à la prostitution en présence de son frère.
Le rapport du docteur qui a examiné la jeune Armantine constate que cette fille est complètement déflorée, que l’acte qui a produit cette défloration a été répété un certain nombre de fois et qu’elle remonte à une date déjà ancienne […].
« 
Attendu qu’il existe des charges suffisantes et que les faits imputés à ENRIT et TALLAND son qualifiés Crimes par la loi, la Cour d’Appel les met en accusation, suit exactement le réquisitoire du Procureur Général et demande que soient transférés aux Assises d’Indre-et-Loire les prévenus.

Le 23 août 1882, le Président du Tribunal de 1ère Instance, en l’absence du Président de la Cour d’Assises du département d’Indre-et-Loire (séant à Tours), fait extraire de la Maison de Justice Pierre HENRY et Etienne TALLAND pour les interroger.

  • Pierre HENRY, persiste dans ses déclarations antérieures, il a connaissance des faits qui lui sont imputés et qui ont donné lieu à son renvoi devant la Cour d’Assises. Il a choisi Maitre OUDIN, avocat au barreau de Tours, pour le représenter.
  • Etienne TALLAND, persiste dans ses déclarations et a connaissance des faits qui lui sont aussi imputés. Maitre LAURENT est commis pour l’aider dans sa défense.

Le 28 août 1882, le Procureur de la République de la cour d’Assises, Maitre BERTRAND, mande à comparaitre en personne devant la Cour d’Assises, séant à Tours au Palais de Justice, le mardi 05 septembre 1882 à 10h du matin les témoins suivants :
– Lucien ENRIT, apprenti taillandier, 12 ans, demeurant à Montlouis
– Armantine ENRIT, 15 ans, demeurant au Refuge à Tours
– René PHILOCHE, instituteur à Montlouis
– Auguste GAUCHER, maire à Montlouis
– Jean BLEAS, brigadier de gendarmerie à Tours
– SAINTON, docteur médecin à Tours
– FATOU, commissaire de Police de l’Ouest, à Tours

Le 05 septembre 1882 à 11h30, en présence des accusés, des maitres OUDIN et DALMAGNE (avocats respectifs de Pierre HENRY et Etienne TALLAND), Maitre GUILLE-DESBUTTES Président de la Cour d’Assises tire au sort les 12 jurés (sur les 33 bulletins des jurés présents) qui formeront le jury de jugement.

Débute alors le procés …

Le 05 septembre 1882 à 03h05, s’est assemblée publiquement au Palais de Justice à Tours, la cour d’assises d’Indre-et-Loire, composée de […] à l’effet de procéder aux débats et au jugement du procès instruit contre :
1- le nommé ENRIT Pierre, fils de Pierre et de Sylvine MEUNIER, âgé de 49 ans, né le 15 janvier 1833, à la Ville aux Dames (Indre-et-Loire), tourneur en bois, demeurant à Montlouis, veuf, 7 enfants, déjà condamné, accusé d’attentats à la pudeur;
2- le nommé TALLAND Etienne, fils d’Etienne et de Marie CHIVERT, âgé de 48 ans, né le 04 août 1834, à Noyers, arrondissement de Blois (Loir-et-Cher), jardinier, demeurant à Véretz, célibataire, déjà condamné, accusé d’attentats à la pudeur.

Conformément aux articles 310 à 313 du code de l’instruction criminel de 1808 (Livre II – De la Justice), s’installent les accusés et les jurés prêtent serment.

Vu que la publicité des débats pouvant être dangereuse pour l’ordre public et pour les mœurs, le ministère public requiert que conformément à l’article 81 de la Constitution de 1848, que les ébats auront lieu à huis clos. Après cet arrêt rendu, le président a ordonné aux huissiers d’évacuer l’auditoire, de fermer les portes et conformément à l’article 314 de code l’instruction criminelle a demandé au greffier de faire à haute voix la lecture de l’acte d’accusation. Le ministère public a déclaré tenir pour exposé la lecture faite de l’acte d’accusation et a présenté la liste des témoins qui ont conformément prêter serment selon l’article 317 à l’exception de HENRY Lucien et HENRY Armantine.

Les témoins ont fait leur dépositions séparément. Le président a interrogés les accusés sur les différents faits et circonstances du procès. Le ministère public a développé les moyens à l’appui de l’accusation. Enfin Maitres OUDIN et DALMAGNE, défenseurs des accusés, ont présenté leur défense (laquelle n’est malheureusement pas détaillée dans le dossier).

Les débats étant terminés, le Président fait ouvrir les portes, l’audience ayant été rendue publique. Il donne lecture des questions par lui posées et donne au jury les avertissement prescrits par les articles 341 à 347 du code d’Instruction criminelle; les questions ainsi que les pièces du procès, autres que les déclarations écrites des témoins ont remises au chef du jury et les jurés sortent dans leur salle pour y délibérer. Les accusés sont retirés de l’auditoire.

Après délibération, les jurés ayant repris leurs places, le Président leur demande quel est le résultat de leur délibération. Le chef du jury s’est levé, et, la main placée sur son cœur, lit la déclaration du Jury. Cette déclaration, signée par le chef du jury est remise au Président qui la signe avec le greffier.

« En ce qui concerne ENRIT
– Question principale : Enrit Pierre, accusé, ici présent, est-il coupable d’avoir depuis moins de 10 ans […] commis 1 ou plusieurs attentats à la pudeur, consommés ou tentés sans violence, sur la personne d’Armantine ENRIT alors âgé de 13 ans ? Le jury répond OUI à la majorité.
– Circonstance aggravante : L’accusé était-il le père légitime de la dite Armantine ? Le jury répond OUI à la majorité.
En ce qui concerne TALLAND
– TALLAND Etienne, accusé, ici présent, est-il coupable d’avoir depuis moins de 10 ans […] commis 1 ou plusieurs attentats à la pudeur, consommés ou tentés sans violence, sur la personne d’Armantine ENRIT alors âgé de 13 ans ? Le jury répond NON à la majorité.
« 

Etienne TALLAND entre le premier pour écouter la déclaration du jury à son égard. La déclaration étant négative, le Président rend à l’égard de l’accusé TALLAND l’ordonnance prescrite par l’article 358 et TALLAND Etienne se retire de l’audience.

Pierre HENRY comparait à son tour pour entendre la sentence à son encontre. Il est condamné à 12 ans de travaux forcés, 5 ans de surveillance de la police et aux dépens. Le président avertit le condamné en ces termes : « Vous avez 3 jours francs pour vous pourvoir en cassation contre l’arrêt que vous venez d’entendre ».

Le 05 septembre 1882 à 19h30, la séance publique est levée.

Le jeudi 07 septembre 1882, le quotidien l’Union Libérale dans sa Chronique Locale consacre, un petit encart légèrement vitriolé sur le jugement rendu. Le journal d’Indre-et-Loire dans son n°210 en date du 07 septembre 1882 mentionne cet arrêt en étant plus factuel et dit que CALLAUD (au lieu de TALLAND) est acquitté.

Article de l’Union Libérale du 07 septembre 1882 – source Retronews (BnF Gallica)

En reprenant, le registre d’écrou de la Maison de Justice de Tours (cote 2Y275) où il a été incarcéré du 09 août au 15 septembre 1882, il est bien stipulé son départ en direction de Saint Martin de Ré en attendant son transfert aux Iles du Salut en Guyane. Sa peine débutant le 10 septembre vu le fameux délai d’attente de 3 jours francs à partir du jugement, on en déduit qu’il ne s’est pas pourvu en cassation.

Grâce au site des ANOM (cote H465), j’ai pu retrouver sa fiche matricule au n°19597. Il aurait embarqué le 02 décembre 1882 sur le Calvados à destination de la Guyane Française. Durant sa détention, il exercera la profession d’effilocheur permettant de faire du papier à partir de la laine, de vieux chiffons et de cordage.

Pierre HENRY décède le 28 janvier 1885 à 07h30 du matin à l’âge de 52 ans. On ne connait pas la raison du décès (acte de décès, source ANOM).

Epilogue de l’épisode 4

Ce qui reste très étrange dans ce débat et jugement, c’est que Lucien a soutenu de nombreuses fois que TALLAND avait a plusieurs reprises abusé de sa sœur et qu’au final aucune charge ne fut retenue à son encontre. Il aurait été intéressant de voir comment sa défense a été construite pour obtenir l’acquittement.

Voilà donc comment se termine le parcours de Pierre HENRY pour lequel on peut émettre toute sorte de jugement, toute hypothèse pouvant expliquer cette dérive ou toute autre explication psychologique. Je dirais que c’est une très très triste affaire découverte au fil de recherches généalogiques classiques (naissance, mariage, décès). Mais cette affaire en a mis à jour d’autres, plus ou moins graves, mais qui ont très certainement eu des répercussions sur la vie de tous les enfants HENRY.

La cote 2U620 contenant toutes les pièces de procédure m’a permis d’élaborer ces articles.
La cote 2U74 reprenant l’arrêt de la cour d’assises et contenant la liste exhaustive des jurés est venue en complément de la première.

Dans mes prochains articles, je vous livrerais donc les autres affaires mais aussi le devenir de ces ancêtres directs et collatéraux. Je m’arrêterais à cette génération par respect pour leur descendance.

Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY

Dans le cadre du Généathème d’Octobre proposé par la communauté Généatech, voici le 3ème épisode de l’affaire Pierre HENRY.

Pour résumer l’Affaire, le 18 avril 1882, la gendarmerie alertée par de multiples plaintes de vols dans la commune de Montlouis-sur-Loire, perquisitionne le domicile de la famille HENRY et y découvre 4 mouchoirs effectivement volés à la veuve SERRAULT. Pierre et ses deux filles, Armantine (15 ans) et Antoinette (9 ans), sont écroués dans la foulée.
Lucien (12 ans) qui n’a pas été arrêté précédemment, est entendu par la gendarmerie le 21 avril 1882 et procède « au grand déballage familial » (voir les épisodes 1 et 2).

La justice suit son cours sur cette première affaire de vols et complicités. Témoignages et accusations vont mener au jugement du 13 mai 1882 : Lucien et Antoinette seront acquittés, Armantine placée dans une maison de correction jusqu’à ses 20 ans et le père Pierre écopera de 2 ans de prison et aux frais.

Seulement, tout ne s’arrête pas là, puisqu’une affaire d’attentat à la pudeur plane sur Pierre HENRY et un dénommé Etienne TALLAND suite aux dépositions d’abord de Lucien mais aussi du maire de Montlouis qui a dressé un portrait peu flatteur du père. Le 11/05/1882, un réquisitoire à fin d’information est rédigé à l’attention du juge d’instruction par le procureur de la république du Tribunal de 1ère instance de Tours, pour inculpation contre HENRY Pierre pour d’attentat à la pudeur sur ses 2 filles.

Le 12/05/1882 à 05h du soir, HENRY Pierre est interrogé et informé qu’il est inculpé d’avoir depuis moins de 10 ans commis plusieurs attentats à la pudeur sur ses 2 filles Armantine et Antoinette. Pierre répond que cela est faux et qu’il jamais insulté une femme.
Le juge lui demande s’il couchait avec ses filles. Réponse affirmative, Antoinette couchait avec lui depuis sa naissance et il n’a jamais dormi avec Armantine qui partageait un lit avec son frère Lucien. Ils n’ont que 2 chambres séparées par une cloison et donnant toutes deux sur un atelier.
Le juge demande s’il a fait coucher quelquefois des étrangers avec Armantine. Pierre dit qu’un nommé TALAND (carrier) demeurant actuellement à Véretz est venu quelquefois mais n’a jamais couché; il y a plus de 3 ans qu’il n’est pas venu. Le juge continue « il paraitrait qu’un soir TALAND était couché avec votre fille et votre fils dans le même lit; il a eu des relations avec Armantine et son frère lui a succédé immédiatement et après l’appel de votre fille vous êtes arrivé et avez eu des relations incestueuses ?« . Pierre : « c’est bien faux, bien-sur« .
A la question pourquoi Pierre dormait avec Antoinette et Armantine avec Lucien, il répond qu’Antoinette par habitude ne voulait pas coucher avec sa sœur.
Le juge émet l’hypothèse qu’il a eu peut être des relations avec ses 2 autres filles plus agées. Pierre répond « pas plus avec elle qu’avec les plus jeunes […] mes 2 filles ont une bonne conduite, cependant le maitre d’école de Montlouis m’a dit avant d’être amené ici qu’Armantine avait été trouvée dans les rottes avec des jeunes gens […] Je ne sais pas si elle était attiré là par quelqu’un comme sa sœur Désirée qui est au Refuge avait été à 15 ans attirée par la femme PODEVIN qui faisait venir chez elle des jeunes gens […] Mr GAUCHER le maire sait cela. Quant à ma fille Antoinette elle ne va point courir avec les petits garçons ou bien si elle l’a fait je ne m’en suis pas aperçu« .

Un mandat de dépôt est émis le 12 mai 1882 par le juge en charge de la première instruction : Alphonse VINET.

Le même jour, un cédule à témoins est émise pour faire comparaitre le 15/05/1882 Mr GAUCHER le maire, René PHILOCHE l’instituteur, HENRY Lucien le fils et la femme PODEVIN.

Le 13 mai 1882, un extrait du casier du Tribunal de Tours concernant Pierre HENRY est versé au dossier. Son casier est vierge.

Le 15 mai 1882, les interrogatoires des 4 témoins ci-dessus ont lieu :

  • Lucien HENRY confirme l’organisation du coucher et dit avoir vu 2 ou 3 fois son père venir trouver Armantine et faire leurs affaires (ndlr, je vous passe les détails). Deux ou trois fois sa sœur lui a demandé de faire pareil et lui à fait « mettre son affaire dans la sienne ». et lui-même a fait la même chose avec Antoinette en précisant « papa aussi le lui avait fait« .
    Lucien indique aussi que d’autres personnes ont fait cela avec sa sœur. Le nommé TALAND qui venait boire avec son père et ensuite couchait avec sa sœur il y a trois ou quatre ans. Il a vu aussi un individu âgé qui avait été en place à Poitiers chez un maréchal avec son père, faire à Armantine la même chose que TALAND, son père et lui-même.
    Confrontation avec son père : « Tout cela est faux, c’est quelqu’un qui lui a commandé de dire cela, mon pauvre enfant c’est toi qui me mets dans la misère. C’est comme pour le poisson du père BOISVINET, je ne lui avais point commandé de la prendre« 
    Lucien pleurant : ‘Non monsieur personne ne m’a commandé de dire ce que j’ai dit, si je le dis c’est parce que c’est la vérité« 
    Le juge insiste auprès de Lucien de bien réfléchir à ses propos, Lucien affirme que ce n’est pas un mensonge et le père soutient que c’est un mensonge et si c’était vrai il le dirais tout de suite.
  • Auguste GAUCHER, négociant en vins et maire de Montlouis, déclare que depuis la mort de sa femme le nommé HENRY passe pour abuser de ses filles et quand il peut ramasser sur la route des individus pour lui payer à boire il leur cède pour la nuit la place dans le lit à côté de sa fille. Les voisins pourront être entendus utilement : Mme veuve NAU-LEGUAY, le sieur HENRY (charretier), la femme RENARD-BERTHELOT, Mme DESOUCHES, Mme GAUGUIN et Mme BOURREAU-GUIGNARD de Montlouis. Il parait que Mme DESOUCHES ou Mme RENARD ont vu HENRY en chemise relever le devant et se montrer à nu devant ses enfants.
    A sa connaissance à une époque, la femme PODEVIN livrait des jeunes gens à une des filles HENRY aujourd’hui au Refuge et cela en présence d’Armantine. La femme PODEVIN a été condamnée il y a 4 ans environ. On prétend que la femme PODEVIN avait des relations avec HENRY et qu’ils partageaient le produit de la débauche de sa fille.
    Le public accuse HENRY d’avoir eu des relations incestueuses avec Armantine et Désirée. Le maire ne sait si de tels rapports ont eu lieu avec Antoinette mais que des rumeurs circulent sur des rapports avec Joséphine, son autre fille mariée à Tours.
    HENRY est d’un caractère violent à son égard, et qu’il aurait dit suite à l’arrestation de son fils (Pierre Isidore) pour vols et actuellement à Mettray qu’il lui aurait avant le lendemain fichu un coup de fusil; à cette occasion HENRY a été momentanément arrêté. Ceci étant, il ne lui a jamais adressé personnellement de menaces.
    Au dire des voisins, ce serait un nommé TALAND, terrassier, ayant demeuré à Montdésir à Montlouis, qui aurait le plus assidument fréquenté la maison HENRY et aurait eu des relations avec Armantine.
    Confrontation avec l’inculpé : « je n’ai rien à dire à cette déposition si ce n’est que les bruits répandus sur mon compte sont faux et que je n’ai jamais touché à aucune de mes filles. Mr PHILOCHE m’ a appris un jour à la mairie qu’on disait cela de moi et d’Armantine, je n’en savais rien et ce n’est pas vrai; qu’on fasse visiter mes filles. »
  • René PHILOCHE, 50 ans, instituteur, connais la famille HENRY pour être mal famée et a entendu dire qu’Armantine menait une mauvaise conduite. Il n’a jamais trouvé cette fille avec des jeunes gens dans les rottes qui sont des entiers parcourant le Coteau où se trouvent des maisons habitées par des gens mal notés.
    Confronté à Pierre qui dit que Mr PHILOCHE lui a rapporté que sa fille allait dans les rottes avec des jeunes gens.
    PHILOCHE répond qu’il n’a pas pu lui dire cela puisqu’il ne lui a jamais adressé la parole. Le jour de son arrestation, Antoinette a raconté devant lui aux gendarmes que son père la quittait pour aller au lit avec sa sœur avec laquelle il restait longtemps et ajoutant qu’elle entendait le lit craquer mais que son père ne lui avait jamais mis la main aux cuisses sinon elle l’aurait dit.
    HENRY dit qu’il croyait que c’était ce monsieur qui lui en avait parlé à la mairie et qu’il n’avait pas entendu parler Antoinette de lui et de sa sœur.
  • Silvine LORRAIN, femme PODEVIN, 33 ans, déclare qu’il n’y a eu que Désirée qui est venue chez elle et qu’elle a été condamnée pour cela.
    Pierre HENRY dit qu’il ne sait pas où allaient ses filles une fois qu’il était au travail et qu’il n’a jamais reçu d’argent de cette femme.
    La femme PODEVIN acquiesce sur le fait qu’aucun argent ne lui a été donné, ni d’HENRY ni des jeunes gens qui venaient voir Désirée. Les jeunes gens ne donnaient de l’argent qu’à la fille HENRY.

Le 16 mai 1882, le juge VINET émet une nouvelle cédule à témoins concernant toutes les personnes nommés par le maire les mandant à comparaitre le 19/05/1882 à 01h du soir : les dames NAUD, RENARD, DESOUCHES, GAUGUIN et BOURREAU. Etienne TALAND est lui aussi appelé à comparaitre ce même jour.

Le 19 mai 1882, les dépositions suivantes sont prises.

  • Maria SONZAY (femme DESOUCHES), 28 ans, couturière raconte qu’il y a un an à peu près, Antoinette HENRY a emmené sa fille de 4 ans au bas de la levée de La Loire en face le jardin de son père. Quand elle est venue la chercher, sa fille « jetait les hauts cris« , Antoinette l’avait pincé au sang aux parties. Maria fit des reproches au père qui était dans son jardin en haut du coteau et en retour il lui répondit par des injures. Régulièrement Antoinette et Armantine venaient chercher ses enfants ou leur faisait boire du sirop de groseille, du café ou autre chose, toutes choses qu’elles volaient. Un jour elles avaient couché son petit garçon entre 2 futailles (tonneaux), lui ont déboutonné le pantalon et tiraient sur ses parties; ce sont les voisins alertés par les cris qui ont fait cesser cela.
    Elle n’a rien à dire au sujet d’HENRY et ne sait pas aperçu qu’il se soit montré nu à ses enfants.
  • Judith BERTHELOT (femme RENARD) n’a jamais vu HENRY relever le devant de sa chemise et se montrer à ses enfants et n’a aucun connaissance d’attentat à la pudeur. 9 à 10 ans auparavant il lui a montrer ses nudités alors qu’il urinait près du mur de la cour. C’est tout ce qu’elle sait de cet homme pourtant il y a quelques années son beau-frère BOUCHET, charpentier, lui a demandé sa petite Antoinette, elle ne sais pourquoi HENRY n’a pas voulu la lui confier.
  • Rosalie LEGUAY (veuve NAU), 61 ans, voisine des HENRY qui louent un logement de Mr GAUCHER. Depuis un couple d’années HENRY ramassait et faisait entrer chez lui tous les coureurs de grands chemins et individus mal famés pour boire jusqu’à 4h du matin. Le tapage était tel qu’elle fut obligé de se plaindre mais très doucement car elle les craignaient. Elle ne s’est jamais aperçu d’aucun attentat à la pudeur commis par HENRY sur ses filles ou d’autres enfants.
    Henry répond que c’étaient des gens qui lui demandaient à boire et auxquels il donnait un peu de boisson faute de vin et qu’il ne les gardais jamais jusqu’à 4h du matin.
    La veuve NAU rétorque que c’était ces gens qui apportaient la boisson et l’an dernier encore aux vendanges il faisait encore du tapage à 1 et 4h du matin, son gendre qui était là lui a demandé ce que c’était que ce bruit.
    HENRY répond que c’était peut être des gens qui l’avait fait lever pour lui demander des marchandises de son état.
  • Françoise GAUDIN (femme GAUGUIN), 57 ans, déclare « en 1871 ou 1872 un jour j’ai aperçu par la fenêtre de la maison d’Henry qui donnait sur notre cour la femme d’HENRY qui raccommodait le pantalon de son mari, sur lui assis sur une chaise. Une de ses filles, je ne sais laquelle qui pouvait avoir une dizaine d’années […] s’est approchée de son père et le touchait aux hanches mais par dessus sa chemise et son gilet en disant : regarde maman comme il est gros. »
  • Louise GUIGNARD (femme BOURREAU), a été leur voisine durant un couple d’année jusqu’en 1876. A cette époque ni depuis elle n’a eu connaissance d’acte blâmable; elle ne les a jamais fréquenté. Cependant, elle a connaissance des noces le soir chez lui avec des gens venant d’on ne sait où mais encore à ce sujet elle n’a eu de plainte à porter contre lui.
    HENRY dit qu’il n’a pas vu de pareils gens venir chez lui.
    La femme BOURREAU « Allons ne nous dément pas, tu sais bien que c’est vrai« 
  • Etienne TALAND, 47 ans, terrassier. « Voilà 10 ans que je connais HENRY, j’ai habité Montlouis et j’en suis parti il y a tantôt 2 ans pour aller demeurer à Véretz […] Je n’ai jamais fait de noces chez lui, je l’aidais à bêcher les vignes, je soupais avec lui, quelque fois je restais là après souper à boire quelques verres de vin avec lui je ne sais pas jusqu’à quelle heure je n’y faisais pas attention, ce n’était pas des orgies et je ne faisais de tort à personne.
    A l’époque où HENRY demeurait à côté de chez Mme BOURREAU, il fut malade, les voisins étaient bien honnêtes pour lui mais ne lui portaient pas de secours, c’est moi qui lui portait à boire et à manger et 3 ou 4 fois j’ai couché chez lui tantôt sur le pied de son lit, tantôt sur le lit des enfants, avec eux mais tout habillé, je ne quittais seulement pas mes souliers.
    Il est bien certain que je n’ai jamais eu de relations avec Armantine ni d’autres, ce n’est pas mon affaire, pour boire un coup j’en suis bien mais pour ça, non, vous pouvez prendre des informations à Véretz et à Tours où je suis resté 6 ans depuis 1861.
    Je ne me suis jamais aperçu non plus si HENRY ait eu avec ses filles de pareilles relations; je ne me suis jamais rencontré chez lui le soir que quelques fois avec son gendre maçon à Montlouis
    . »
  • Armantine HENRY, 14 ans. Depuis la mort de sa mère 9 ans auparavant, elle explique comment sont répartis les couchages dans les 2 chambres. Elle dit qu’il y a bien des années que son père a commencé à venir la trouver dans son lit, elle ne sait pas pourquoi, il ne la touchait pas et restait tranquille à côté d’elle. Jamais d’autres hommes que son père n’ont couché avec elle et elle ne s’est livré à personne, ni à son père, ni à son frère Lucien, ni à TALLAND, ni à personne; aucun d’eux ne l’a touchée ni avec la main ni avec leur affaire. Ce ne sont que mensonges. Elle ne s’est jamais amusée même avec des petits garçons.
    Elle n’a jamais vu son père s’amuser avec sa petite sœur Antoinette et ne sait pas s’il l’a fait avec ses autres sœurs Désirée ou Joséphine. Elle ne sait pas si Antoinette s’est amusée avec des petits garçons.
    Le juge : « Vous venez de me dire que c’était votre père qui avait commencé à coucher avec vous, comment se fait-il que vous me déclariez maintenant que personne autre ait couché avec vous ? »
    Armantine : « Il n’y a que mon père et mon frère qui aient jamais couché avec moi et ni l’un ni l’autre ne m’a fait de sottises. Je pense bien que le médecin qui me verra reconnaitra que je n’ai jamais eu de rapports avec les hommes. Personne à Montlouis ne m’a jamais attiré pour me livrer aux hommes, ça n’est arrivé qu’à ma sœur Désirée chez la PODEVIN« 

Le 21 mai 1882, une cédule à témoin est émise envers HENRY (charretier) et Lucien HENRY pour comparaitre le 23 mai 1882 à 01h du soir. Une autre cédule a dû être émise (mais non présente dans le dossier) pour que comparaissent le même jour Antoinette HENRY (demeurant chez sa sœur Joséphine au 50 rue du commerce à Tours), Joséphine HENRY et Désirée HENRY (actuellement au Refuge de Tours).

Le 23 mai 1882, les témoins suivants sont interrogés pat le Juge VINET.

  • Lucien HENRY (déjà entendu le 15 mai), confirme ses rapports avec Armantine ainsi que ceux de son père, TALLAND et un individu en place à Poitiers.
    Armantine, confrontée, nie tout cela et Lucien soutient que c’est la vérité.
    Lucien précise à la demande du juge qu’il faisait la même chose, comme son père, avec Antoinette mais qu’il ne faisaient « pas rentrer leur affaire« .
  • Antoinette HENRY, 9 ans, dit que jamais son père ne l’a touchée aux jambes ni qu’elle se soit aperçu qu’il allait trouver Armantine. Elle ne sait pas pourquoi son père la faisait coucher avec lui plutôt qu’avec Armantine. Elle ne s’est jamais fait toucher par des petits garçons, ni déboutonné le pantalon du petit DESOUCHES et pincé entre les jambes la petite DESOUCHES.
  • Joséphine HENRY (femme GUILLORY), 22 ans, rempailleuse de chaises et demeurant à Tours, déclare être restée chez son père que 6 mois après le décès de sa mère. Elle a été domestique ensuite jusqu’à son mariage. Tout le temps qu’elle a demeuré chez son père, il ne lui a jamais manqué de respect et ne s’est pas ce qui s’est passé ensuite après son départ de la maison en Juin 1874.
  • Désirée HENRY, 18 ans, couturière, demeurant au Refuge à Tours déclare que son père quand il était ivre disait de vilaines choses mais ne l’a jamais touchée. Elle a été entrainée par une mauvaise femme la femme PODEVIN qui l’a emmenée chez elle pour la mettre en rapport avec des hommes quand elle avait 14 ans; elle ne comprenait pas alors l’importance de ce qu’elle faisait et le comprends aujourd’hui. Son père la grondait souvent à cause de cela et bien des fois il est venu la chercher chez cette femme et il la battait. Elle ajoute que des gens venait quelquefois le soir pour boire avec son père mais ne s’est jamais aperçu qu’ils aient rien fait de mal.

Le 23 mai 1882, le juge ordonne au Docteur SAINTON de faire visiter 2 jeunes filles à effet de contrôle si elles portent aux parties sexuelles des traces d’attentats et de défloration et dans l’affirmative de donner une époque des faits et si la défloration doit être attribuée à des rapports sexuels.
Il ordonne de faire visiter Lucien HENRY et de voir si les rapports libidineux qu’ils auraient pu avoir avec ses sœurs auraient pu produire leur défloration.
Enfin d’examiner Pierre HENRY pour rechercher s’il existe sur lui quelques signes distinctifs de rapprochements incestueux.
Ces examens auront lieu à priori le 23 ou 24 mai d’après les évènements qui suivent et donneront lieu à un rapport du médecin en date du 26 mai 1882.

Le 23 mai 1882, le Procureur de la République dans un réquisitoire à fin d’information demande au juge VINET d’inculper monsieur TALLAND pour attentat à la pudeur.

Le 23 mai 1882, un mandat d’amener est lancé par le juge VINET à l’encontre d’Etienne TALAND, 47 ans, terrassier à Véretz.

Le 24 Mai 1882 à 01h du soir, le Brigadier Joseph BLAIN et le gendarme à cheval Léon BALIZET se déplacent de Cormery pour arrêter Etienne TALAND à son domicile de Véretz et le déposer en chambre de sûreté à leur caserne en attendant son transfèrement. Les renseignements pris indiquent qu’il vit à Véretz depuis environ 2 ans et y serait bien considéré si ce n’est qu’il se livre fréquemment à l’ivrognerie.

Le 24 mai 1882, le juge VINET entend le sieur Pierre HENRY (homonyme de l’inculpé) et de nouveau, Antoinette et Désirée HENRY.

  • Antoinette HENRY (déjà entendue la veille). Elle assure de ne s’être jamais amusée avec personne, pas plus avec son frère qu’avec son père, à faire de vilaines choses.
    Lucien, confronté, lui dit que c’est bien vrai mais qu’elle ne veut pas le dire.
    Antoinette dit que c’est un menteur.
    Le juge demande à Lucien comment il s’amusait et Antoinette voyant Lucien hésiter lui lance : « Il le dirait bien tout de suite si c’était vrai« 
    Lucien dit : « Je faisais toucher son affaire à la sienne et elle me disait de lui faire comme à Armantine« .
    Antoinette répond : « Je ne lui ai jamais dit ça, je ne sais point ce qu’il faisait à ma soeur« .
  • Pierre HENRY (voiturier/charretier et aussi débitant de vin), 49 ans, demeurant à Montlouis, indique que son métier l’oblige à être souvent sur pied à tout heure de la nuit et atteste que des individus venaient faire la noce chez Pierre HENRY et qu’une nuit vers 03h30 un individu d’une trentaine d’années est venu lui demander du vin. Il connait aussi TALLAND qui a habité à Montlouis environ 18 mois auparavant mais comme il est rarement chez lui il ne sait pas si cet homme venait souvent chez HENRY.
  • Joséphine HENRY vient déclarer que sa soeur Antoinette vient de lui faire des aveux et a eu des relations avec Lucien ce que le médecin a remarqué quand il l’a visitée.
    Antoinette, confrontée, dis que c’est vrai et que si elle ne l’a pas dit avant c’est qu’elle avait honte. Ce que faisait Lucien lui faisait un peu mal.
    Lucien, confronté, répond qu’il avait bien dit qu’il s’était amusé avec Antoinette (ndlr, je passe les détails). Comme il a bien dit aussi que son père s’amusait avec Antoinette mais ce n’est pas vrai, il ne l’a vu qu’avec Armantine.

Le 25 mai 1882 à 10h30 du matin, le sieur TALLAND est interrogé par le juge qui lui dit qu’il est inculpé d’avoir depuis moins de 10 ans, à Montlouis, commis un ou plusieurs attentats à la pudeur sur la personne d’Armantine HENRY alors âgée de moins de 13 ans.
TALLAND : « C’est faux comme la fausse monnaie, il y aura 2 ans le 20 septembre prochain que je suis à Véretz, depuis cette époque je ne suis allé à Montlouis qu’un couple de fois pour voter mais je ne suis pas entré chez HENRY. Avant d’aller à Véretz, j’allais quelquefois chez HENRY boire un coup avec lui et quelquefois j’y ai couché soit par terre ou à côté du gamin mais tout habillé; le gamin couchait avec sa soeur Armantine, il était entre Armantine et moi et encore étais-je couché au pied du lit« 
Le juge : « Puisque vous habitiez à Montlouis pourquoi couchiez vous chez HENRY au lieu de vous retirer chez vous ?« 
TALLAND :  » Vous savez quand on avait bu un coup ! J’ai bien couché aussi chez BOURILLON, chez MOREAU, mais pas avec leurs enfants. Pour ma connaissance je n’ai jamais fait de tort pas plus à un enfant qu’à une femme, si étant couché avec Armantine HENRY je l’ai touché c’est hors de ma connaissance pour ces affaires, et puis je n’ai jamais passé pour cela.« 

Le 25 mai 1882 à 03h du soir. Armantine est interrogé : « il y aura 3 ans l’hiver prochain« . […] Il venait souvent le soir […], il couchait dans mon lit, plusieurs fois il a essayé à abuser d’elle, « enfin une nuit il a réussi, il m’a fait beaucoup de mal entre les jambes, à mes parties […] TALLAND n’a fait pénétrer ses parties dans les miennes qu’une fois, après il n’a pas recherché, je ne me rappelle pas combien de fois il avait essayer avant d’y arriver. Je ne pas pourquoi mon père a laissé coucher cet homme avec moi, c’est TALLAND qui a joui seul de moi, jamais mon père ne l’a fait ni mon frère non plus. Ce qui dit mon frère est faux, je ne sais pas où il a pris ça, je ne lui ai point dit et il ne l’a pas vu. Je ne me rappelle pas si mon frère était couché avec nous quand TALLAND m’a fait ça, mais il devait y être puisque nous n’avions que deux lits […]. TALLAND se déshabillait bien pour se mettre dans le lit […] je pleurais quand je le voyais venir se coucher avec moi mais je ne pouvais pas l’empêcher parce que c’était papa qui voulait qu’il couche avec moi
Il y a 5 ans, un nommé GAUDRON-GAILLARD qui demeure maintenant loin d’ici, un soir
que je revenais de Véretz sur les 8 heures avec mon frère essaya de me prendre de force, je ne me rappelle pas ce qu’il me fit mais il a été poursuivi en cours d’assises où il a attrapé de la prison« .
E. TALLAND : « Je n’ai jamais rien fait à cette drôlière, ce qu’elle dit est faux, elle l’invente, je ne comprends pas ça après leur avoir rendu des services. »
Armantine : « Si ce n’était pas vrai je ne le dirais pas« 
E. TALLAND :  » Que voulez-vous que je vous dise si on m’en veut, il n’y en manque pas qui m’en veulent, je citerais BLOT et VILLARD, de Montlouis, que j’ai fait assigner pour des comptes« .
Le juge à TALLAND :  » Vous pensez donc que cette jeune fille se serait fait déflorer pour permettre à VILLARD qui ne lui est rien, et à BLOT, qui est son cousin germain, de se venger de vous ?« 
E. TALLAND : « Pour moi c’est dans mon idée, j’ai bien couché avec cette fille mais je ne lui ai rien fait, son frère était entre nous deux. »
Armantine : « Je dis que c’est vrai moi« 
Pierre HENRY (père) dit que TALLAND a couché avec sa fille et son fils; s’il a laissé couché TALLAND dans ce lit c’est parce que son fils y était, Armantine ne lui a jamais dit que ça la répugnait et elle aurait dû le lui dire. Il faisait cela pour que TALLAND soit plus tôt prêt pour aller à l’ouvrage le lendemain, quant à lui, il n’a jamais touché à ses enfants.
Le juge à HENRY : « N’avez-vous pas fait coucher avec votre fille Armantine un autre individu avec lequel vous avez été en place chez un maréchal à Poitiers ?« 
P. HENRY :  » Je n’ai jamais travaillé à Poitiers, j’ai travaillé ici à Portillon chez un sieur GUILLON, maréchal, aujourd’hui décédé; aucun de ceux avec qui je me suis trouvé (avant mon mariage) ne sont venus me voir depuis à Montlouis« .
Armantine : « Je ne sais pas non plus ce que cela veut dire, je n’ai jamais connu que TALLAND« 

Le 25 mai 1882, le juge demande au Dr SAINTON d’examiner Etienne TALLAND et convoque par cédule Lucien HENRY, BLOT et VILLARD à comparaitre le 27 mai suivant.

Le 26 mai 1882, un extrait du casier du Tribunal de Blois concernant Etienne TALLAND est versé au dossier. Tout ce qu’on y trouve est qu’il a été condamné pour faits de chasse à 16 francs d’amende le 01 février 1856.

Le 26 mai 1882, le rapport du Docteur SAINTON sur les examens ordonnés les 23 et 25 mai est remis au juge.
Armantine HENRY, 14 ans, est nubile et réglée. L’examen confirme une défloration remontant à une époque éloignée qu’il est impossible de préciser. Cette défloration est telle que peut la produire l’introduction d’un corps volumineux et dur comme un membre en érection; l’acte qui l’a produite a été certainement répété un certain nombre de fois. Il n’y as pas de traces de violences sexuelles.
Antoinette HENRY, 9 ans, présente des organes génitaux conforme à ceux d’enfants de son âge mais l’examen montre une défloration produite par l’introduction d’un corps rigide peu volumineux tel que le doigt ou que la verge d’un jeune garçon de 10 à 12 ans. Défloration déjà ancienne mais indéterminée.
Pierre HENRY, 48 ans, ne présente rien de particulier et son membre parait d’un volume médiocre indiquant qu’il ne puisse pas être l’auteur des actes qui lui sont imputés. Il n’est atteint d’aucune affection vénérienne récente ou ancienne.
Lucien HENRY, 12 ans, présente un sexe de taille en rapport avec son âge et peut parfaitement être l’auteur de la défloration de sa sœur Antoinette.
Etienne TALLAND, l’examen ne permet pas dans sa conformation qu’il ne soit pas l’auteur des actes dont il est inculpé. Il ne présente aucune affection contagieuse.

Le 26 mai 1882, le brigadier Joseph BLAIN et le gendarme à cheval Charles GRATRAUD sont dépêchés à Véretz, suite à une dépêche télégraphique du Procureur de la République en date du 25 mai, pour s’enquérir de la moralité d’Etienne TALLAND.
Le procès verbal fait apparaitre que depuis l’arrestation de TALLAND, une rumeur circule tendant à dire que la fille HENRY aurait couché avec TALLAND et son frère Lucien, et que celle-ci aurait accouché d’un enfant qui serait mort on ne sait comment et enterré dans un jardin. La rumeur cite Madame TERIER, bouchère à Montlouis et une de ses voisines comme pouvant donner de précieux renseignements.

Dans un courrier du 27 mai 1882, le Dr SAINTON confirme qu’Armantine n’a jamais été enceinte et n’a jamais accouché.

Le 27 mai 1882, 2 nouvelles dépositions sont effectuées suite à la cédule précédente ainsi que la confrontation entre Lucien et Armantine avec Etienne TALLAND :

  • BLOT Auguste Etienne, 56 ans, forgeron taillandier, cousin germain par alliance de l’accusé HENRY, n’a pas connaissance des faits reprochés tant par HENRY que par TALLAND. Lucien loge chez lui à la demande du maire pour tâcher de lui apprendre à travailler et ne s’est pas permis de le questionner sur les faits reprochés à son père et à TALLAND. Il avoue avoir eu des difficultés avec ce dernier et s’il ne l’aime pas, il n’a pas assez de haine ni même assez d’estime pour dicter à personne une accusation portant sur des faits dont il n’a pas connaissance et dont il pourrait être innocent. TALLAND logeait dans ses bâtiments et comme il ne payait pas, il a ôté les portes; il a été assigné par son locataire qui a été débouté de sa demande.
    Confronté à TALLAND qui dit : « Je n’ai rien à dire sur cette déposition, je croyais que Mr BLOT m’en voulait, mais je n’en veux à personne, cependant je suis méprisé dans le bourg de Montlouis sans savoir pourquoi, n’ayant jamais fait de tort à personne ».
  • FOUGERON César Auguste dit VILLARD, 48 ans, menuisier. TALLAND a été son locataire et comme il ne payait pas, il l’a fait expulser. Il lui doit encore des loyers et les frais, et le sieur VILLARD aurait le plus grand désir d’être payé mais il n’a contre cette homme ni animosité ni malveillance.
    TALLAND répond que si le témoin ne lui en veut pas, il ne lui en veut pas non plus. Mais il lui avait offert de l’argent qu’il avait refusé en préférant lui faire des frais.
    VILLARD tenait beaucoup plus à le faire sortir de chez lui car il ne lui plaisait pas de le voir réunir des camarades pour boire et faire la noce.
  • Lucien HENRY, déjà entendu les jours précédents, maintient sa version que TALLAND s’est amusé deux ou trois fois avec Armantine et que son père est venu aussi une fois s’amuser aussi avec elle.
    Etienne TALLAND :  » Ca c’est faux, je ne comprends pas ça, je n’étais pourtant pas saoul à ne pas savoir ce que je faisais, si je l’avais fait, je m’en souviendrais bien-sûr« 
    Lucien : « C’est bien vrai, j’étais dans le même lit, TALLAND se mettait entre ma sœur et moi« 
    E. TALLANT : « C’est bien faux, mon petit gars, si tu veux le dire je ne peux pas t’en empêcher, tu as été bien souvent battu par ton père pour avoir dit des mensonges« 
    Lucien :  » Il m’est bien arrivé quelques fois en effet d’être battu par mon père pour des mensonges mais aujourd’hui je ne ment pas« 
  • Armantine HENRY, déjà entendue :  » Je vous ai dit que TALLAND m’avait introduit son membre dans mes parties qu’une fois […], je me trompais il me l’a introduit plusieurs fois. Mon père ne m’a jamais introduit ses parties en contact avec les miennes, il n’a jamais fait que m’y chatouiller avec les doigts […] c’était avant que TALLAND eut des rapports avec moi et depuis la mort de ma mère que mon père me chatouillait comme ça, ça me faisait bien un peu de mal mais je ne pouvais pas me défendre de lui « .
    Confrontation avec Etienne TALLAND : « Je n’ai jamais fait cela pas plus à elle qu’à d’autres » et s’adressant à Armantine  » Si ça avait existé pourquoi ne le disais tu pas à ton père ? Qui sait ce que tu as fait depuis 3 ans ? Si tu n’avais pas vu d’autres hommes que moi t userais encore naturelles ?« 
    Armantine répond : « Je n’ai jamais vu d’autres hommes que lui« 
    Confrontation avec son père qui lui dit d’un ton sévère : « C’est vrai que je t’ai touchée là ?« 
    Armantine : « Non ce n’est pas vrai« 
    Le Juge à Armantine : « Pourquoi m’avoir dit tout à l’heure que votre père vous chatouillait avec les doigts ?« 
    Armantine : « Je ne comprenais pas ce que ça voulait dire, non jamais mon père ne m’a rien fait avec les doigts, je croyais parler de TALLAND. »
    Pierre HENRY : « Ma fille a peut être voulu parler aussi d’un nommé GAUCHER-GAUCHER qui, d’après le monde, l’avait touchée dans le Clos-Sabot à Montlouis. »
    Armantine : « C’est moi qui l’ai dit à mon père que cet homme m’avait touchée et c’est vrai aussi, c’est ce que je voulais vous dire tout à l’heure mais je ne trouvais pas son nom. Ca se passait avant l’affaire GAUDRON. »
    Pierre HENRY : « Non Monsieur c’est depuis, je le sais bien« 
    Le juge à Pierre HENRY : « Comment et par qui le savez-vous ?« 
    Pierre HENRY : « Parce que ma grande fille me l’a dit, nous demeurions chez monsieur GAUCHER, dans le Rocher, et que nous n’y sommes entrés que depuis 4 ans passés, la 5ème année court, je ne l’ai pas alors dénoncé parce que GAUDRON avait été acquitté et que je craignais de faire encore crier après moi« .
    Le Juge à Armantine : « Puisque vous avez conté à votre père ce que vous avait fait GAUCHER, pourquoi ne lui disiez vous pas aussi ce que vous faisait TALLAND ?« 
    Armantine :  » Je ne sais pas « 

Epilogue de l’épisode 3

Je pensais que cet épisode allait être le dernier concernant Pierre Henry mais il reste encore à conter sur cette Affaire …

Etienne TALLAND est inculpé tout comme Pierre HENRY pour attentat à la pudeur, on n’en attendait pas moins du juge VINET qui mène tambour battant son enquête.
Il y a cette affaire en 1878 avec la femme PODEVIN qui a vu Désirée HENRY être placée au Refuge de TOURS.
Il y a la bouchère, Mme TERIER qui aurait des informations concernant un accouchement (et un enterrement dans un jardin) mais que le Docteur SAINTON n’affirme pas pour sa part après examen.
Il y a aussi cette histoire avec le nommé GAUDRON pour des attouchements sur Armantine en 1877, tout comme le sieur GAUCHER-GAUCHER au Clos-Sabot.
Sans parler du frère, Pierre Isidore, « pensionnaire » depuis 1876 à la colonie agricole de Mettray. Qu’a-t-il fait ?

On comprends désormais le titre de ces articles !

Alors je vous donne rendez-vous pour un épisode 4 mais je ne jure pas que ce soit le dernier.

Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY

Dans la continuité de l’épisode 1 de cette série d’articles et du généathème d’Octobre , nous allons donc visiter d’un peu plus près ce pourquoi Pierre HENRY (sosa 62) pour s’est retrouvé face à la justice en ce premier semestre de l’an de grâce 1882.

AVERTISSEMENT : certains propos rapportés factuellement peuvent choquer. Ils m’ont moi-même troublé lors de mes lectures mais les termes permettent aussi de contextualiser et mieux comprendre de quel milieu social il s’agit et les errements qui ont eu lieu. Récit que je veux le plus sans jugement, cela a été et ne peux être défait, c’est ainsi.

Je ne vais pas vous retracer chronologiquement mes propres recherches qui n’ont pas été d’une rigueur extraordinaire mais bien la chronologie d’évènements qui ouvriront des portes vers d’autres articles … alors, allons-y chers lecteurs !

Afin de ne pas se perdre dans les prénoms, on se reportera utilement à la frise ci-dessous.

En ce 18 avril 1882 à 5 heures du soir, le Brigadier Jean BLEAS assisté du réserviste de la gendarmerie nationale (9ème légion de la compagnie d’Indre-et-Loire) est en tournée dans la commune de Montlouis et est informé de différents vols commis au préjudice de plusieurs personnes par la famille HENRY.
Une enquête minutieuse est menée et le brigadier prend les 3 déclarations suivantes.

  • Armand DOUDON, 21 ans, tonnelier à Montlouis, déclare que le 05 mars 1882 vers 2 heures du soir, alors qu’il était couché dans son lit, les filles HENRY sont entrées pour offrir de la salade. La maisonnée étant restée muette, elles son reparties puis revenues pensant qu’il n’y avait personne. L’une d’elle a pénétré dans la cuisine et fouillé dans l’armoire. Entendant du bruit, Armand s’est levé et l’a mis à la porte après s’être assuré qu’elle n’avait rien pris.
  • Mme COULTELOUP, 34 ans, épicière à Montlouis, déclare que dans les premiers jours de mars 1882 s’être aperçu de la soustraction d’un sac de pralines et une boîte de pastilles de sucre d’orge. Elle a soupçonné immédiatement les filles HENRY qu’elle avait vu rôder autour de chez elle. Trois jours après le vol, elle fait venir la plus jeune des filles (Antoinette) et lui fait avouer que c’est sa sœur Armantine qui a commis le vol.
  • Philomène MENELAUS, femme HENRY (je n’ai pas trouvé de lien familial direct à ce jour), 39 ans, aubergiste à Montlouis, déclare que le 25 février pendant qu’elle était à Tours, il a été volé une poule dans sa cour puis quelques jours plus tard du beurre dans un placard, une bouteille de rhum, une bouteille de sirop de groseille et du chocolat. Ses soupçons se portent sur les filles HENRY et notamment Armantine qui est venue chez elle le jour de la disparition du beurre.

Ces déclarations faites, les gendarmes se rendent au domicile de la famille HENRY accompagné de l’adjoint au maire et d’un conseiller municipal. Durant une minutieuse perquisition, Armantine retire du dessous de son lit 4 mouchoirs à petits carreaux ainsi qu’un étui à aiguilles qu’elle déclare avoir volés.
Aux questions posées à Pierre HENRY ainsi qu’à Armantine, ils se sont bornés à déclarer n’avoir jamais rien volé sauf toutefois une pièce de 5 francs en argent qu’Armantine a soustrait à un dénommé DUVAL.
Antoinette, 9 ans, déclare que le samedi précédent soit le 15 avril 1882, en passant par le village de La Bourdesière, Armantine a ouvert la croisée de la maison de veuve SERRAULT et en allongeant le bras a pris 4 mouchoirs ainsi qu’1 mètre de galon sur la table. En rentrant, Antoinette a raconté à son père le méfait et son père répondit qu’elle se ferait prendre un jour par les gendarmes et si la femme SERRAULT venait réclamer les mouchoirs, il la battrait devant elle. Antoinette dit aussi aux gendarmes et témoins présents que c’est aussi Armantine qui a volé les pralines et les berlingots chez madame COULTELOUP et que pendant qu’elle vole elle fait le guet à la porte ou dans la rue pour la prévenir.

Sur ce, dans la nuit du 18 au 19 avril 1882, Pierre et ses deux filles sont arrêtés et menés à la prison de Tours jusqu’au 25 avril 1882, comme l’atteste les écrous passagers (cote 2Y233 page 55) ci-dessous.

Avant d’aller plus loin, j’aimerais faire une toute petite digression sur les écrous (source : 60 minutes d’archives des AD37, atelier du 15/10/2020).
L’écrou est l’acte (procès-verbal) constatant qu’une personne a été placée en détention dans un établissement pénitentiaire. Les écrous contiennent une somme d’informations importante permettant une ouverture de recherches très intéressantes.
La prison de Tours accueille à la fois les maisons d’arrêt, de correction et de justice. On y trouve les condamnés de simple police, les vagabonds, les passagers, les étrangers sans passeport … ainsi que les condamnés par le tribunal correctionnel jusqu’à un an de prison et les prévenus en attente de jugement à la cours d’assises.
Il y un registre d’écrou spécifique à chaque type de détenu :
– Arrêt : prévenus en attente d’un jugement
– Justice : accusés jugés en cours d’assises
– Correction : condamnés à une peine correctionnelle de moins d’un an
– Dettier : contraintes par corps (dans le cas de dettes et créances à recouvrer si j’ai bien compris)
– Passagers : individus de passage (transférement, expulsion, …)
– Militaires
– Détenus par mesure administrative

Le 21 avril 1882 à 09 heures du soir, le brigadier Jean BLEAS assisté du gendarme territorial Louis PICODON se rend de nouveau à Montlouis pour y compléter le procés verbal du 18 avril. Ils interrogent successivement les personnes suivantes.

  • Marie PORTESEAU (Veuve Luc SERRAULT), 70 ans, journalière, indique que le 15 avril en rentrant chez elle, elle a trouvé sa croisée entr’ouverte et s’est aperçue de la disparition de ses 4 mouchoirs de poche. Elle a porté ses soupçons sur les filles HENRY qu’elle avait vu rôder dans le village et est allé faire sa déclaration au maire. Elle ajoute que ces filles ont également volé 1 paire de chaussettes posées sur des échalas à Jacques PIERRE, son voisin actuellement absent.
  • Sylvine LORRAIN (femme POITEVIN), 33 ans, journalière, déclare que le dimanche 16 avril 1882, Armantine HENRY a pénétré dans sa maison et lui a volé 1 pain de 6 livres et la moitié d’un autre pain. Elle est allé aussitôt chez le père des filles et y a reconnu son pain.
  • Françoise VIGNOT (femme GARNIER), journalière, déclare qu’il y a un an environ, Armantine lui a volé un mouchoir de poche qui séchait dans son jardin et que quelques jours plus tard elle a remarqué son mouchoir au cou du frère d’Armantine.
  • Toussaint JUSSEAU, 46 ans, aubergiste à Montlouis, déclare que depuis le 1er janvier 1882, Armantine l’a volé à 3 reprises, une brioche, une orange et une pomme. De même, elle aurait volé à son beau-père, David BURON, une douzaine d’œufs.
  • Madame FOUGERAULT, maitresse d’hôtel, déclare que l’année passée vers la Saint Jean, Antoinette HENRY lui a volé 2 œufs. S’apercevant du délit , elle a appelée Antoinette qui l’a injuriée sans lui rendre l’objet du larcin.
  • Judith BERTHELOT (femme RENARD), 52 ans, couturière, indique avoir surpris 4 ans auparavant le fils HENRY dans son jardin avec un panier rempli de pommes et que c’était son père qui lui avait commandé le méfait. Elle est allé voir Pierre HENRY au sujet du vol et a été reçu de la façon la plus grossière.
    De plus, Pierre HENRY a été longtemps son voisin et que toutes les fois où il allait uriner contre le mur de sa cour et qu’elle passait (elle ou bien sa fille), il se retournait et montrait « ses parties sexuelles ».
  • Marie BOURGUIGNON (femme de Michel RENARD), 60 ans, dit que 3 semaines auparavant, Armantine a volé 1 boîte de pastilles de gommes (1/2 livre) et que quelques jours après le vol, elle lui a rapporté la boîte vide en déclarant que ce n’était pas elle qui l’avait dérobé.

Le brigadier et son acolyte n’en seront pas de leur peine lorsqu’ils vont interroger Lucien HENRY, 12 ans, fils de Pierre HENRY, né le 08/01/1870 (en fait 1869) et demeurant chez son père. Lucien reconnaît :
– avoir volé des pommes à Mme RENARD
– des poissons à son ancien patron le nommé BOISVINET, cultivateur à Vouvray
– avoir bu une partie du rhum que sa sœur a volé chez HENRY (Philomène)
– mangé un lapin, lui aussi volé mais ne sait pas au préjudice de qui.

Et là, ça commence à balancer dur !

Lucien raconte qu’il y a 3 ans, un dénommé TALAND, 45 ans, travaillant à Veretz chez Monsieur JACQUES, venait souvent faire la noce, qu’il payait à boire et apportait du pain. Comme il était tard et qu’il n’y avait plus rien à boire, son père proposait à TALAND d’aller se coucher avec sa fille Armantine. TALAND s’exécutait et se couchait à côté d’Armantine et Lucien dans le même lit et caressait sa sœur devant lui. Lucien faisait alors semblant de dormir.
Il ajoute
« mon Papa et TALAND ne se cachent pas pour caresser ma sœur et ils la baisent l’un après l’autre …
Mon père baise souvent ma sœur Armantine …
il y a environ 15 jours qu’il ne l’a pas caressée, d’habitude il la voit une fois ou deux par semaine.
Ma sœur Désirée qu’est aujourd’hui dans un refuge, se faisait également caresser par des étrangers, devant mon père.
Moi aussi je baise quelquefois ma sœur, je l’ai caressé plus de 20 fois. Du reste c’est elle qui m’a engagé à le faire et si je l’ai fait c’est à force de voir mon père caresser mes sœurs devant moi …
il y a environ 6 mois un individu de 40 ans environ, qui a travaillé avec mon père à Poitiers est entré chez nous; après avoir vidé une bouteille … mon père lui a dit d’aller se coucher avec Armantine, auprès de laquelle il est resté une partie de la journée et toute la nuit; pendant la nuit, cet étranger, mon père et moi avons baisé Armantine chacun notre tour …

Ma petite sœur Antoinette a vu différentes fois mon père avec Armantine; Antoinette se laisse aussi caresser par les gamins du voisinage, moi-même je l’ai caressée 2 fois.
Depuis très longtemps, je couche avec Armantine et mon père avec Antoinette.
« .

Les autres renseignements portés par le brigadier BLEAS indiquent que Pierre HENRY jouit d’une très mauvaise réputation, il envoie tous les jours ses enfants à la maraude, il ne veut pas les caser parce qu’il estime qu’étant domestiques ils ne rapportent rien alors qu’autrement ils lui apportent tous les soirs le produit de leurs vols. Il attire chez lui tous les saltimbanques et les gens mal famés et livre ses filles aux premiers venus, lui-même a des relations illicites avec elles.
Il est père de 7 enfants, 5 filles et 2 garçons. Deux filles sont mariées et leur réputation est bonne; un fille est dans un Refuge et l’aîné des garçon est à Mettray. On présume qu’il s’est servi successivement de toutes ses filles.

Le 24 Avril 1882, le Procureur de la République du Tribunal de 1ere instance de Tours dans son Réquisitoire à fin d’information, transmet les 2 procès verbaux de la gendarmerie au Juge d’Instruction, d’informer par voies de droit et décerner les mandats de dépot contre HENRY Armantine (15 ans), Antoinette (9 ans) et Pierre (48 ans) pour Vols et Complicités de Vols.

Le 25 Avril 1882, le Juge d’Instruction Alphonse VINET lance 3 mandats de dépôt contre Pierre HENRY et ses deux filles pour Vol et Complicité et ordonne qu’ils soient tous trois placés en Maison d’Arrêt.

Mandat de dépot de Pierre HENRY en date du 25 avril 1882, source AD37 cote 3U3/2356

Le 25/04/1882, comme indiqué dans le mandat de dépôt, le transfert entre les écrous Passagers et les écrous de la Maison d’Arrêt est effectif pour Pierre, Armantine et Antoinette. Ci-dessous, l’extrait de l’écrou de la Maison d’Arrêt que j’ai volontairement tronqué de moitié pour ne pas dévoiler la suite car cet écrou contient aussi la conclusion voire les conclusions de ces affaires (jugement, acquittement, placement, etc). On voit tout de même dans la colonne « Transcriptions » qu’un second mandat de dépôt est émis en date du 12 mai contre Pierre HENRY pour attentat à la pudeur.

Source AD37 cote 2Y275 page 35

Le 25/04/1882 à 3h30, Armantine est interrogée par le juge VINET. Elle réfute la plupart des vols et avoir fouillé l’armoire de DOUDON; elle ne sais pas qui a volé les mouchoirs mais avoue le vol des 5 francs rendus à sa propriétaire Mme DUVAL. Elle dit que son frère Lucien a trouvé le mouchoir de la femme GARNIER dans les rottes (sentiers) et volé des pommes à la femme RENARD; quant au vol de poisson du sieur BOISVINET, elle l’ignorait.
Elle réfute les faits qu’Antoinette faisait le guet pendant qu’elle volait et que son père les incitaient à commettre ces larcins.
De même, elle n’a pas volé ni bu le rhum de la femme RENARD et encore moins mangé son lapin.

Le 25/04/1882 à 04h, Antoinette est interrogée par le juge VINET. Elle indique que c’est sa sœur qui a volé les pralines et les pastilles à Mme COUTELOUP, les 4 mouchoirs à la veuve SERRAULT, du beurre et 3 bâtons de chocolats à la femme HENRY (pour le rhum et le sirop de groseilles, elle n’en sait rien). Pour la boite de pastilles de gommes, elle dit l’avoir trouvé dans un nid de pie au pied de la Rotte qui conduit chez la femme PODEVIN et que c’est sa sœur sur ordre du père qui est allé la ramener à la femme RENARD. Elle n’a pas connaissance du vol de chaussettes du nommé sieur JACQUES, du pain de la femme PODEVIN, des oeufs de David BURON et de la poule que son père aurait volé puisque cette poule serait tombée dans le puit de Mme GILLE.
Elle ne sait pas pourquoi sa sœur a fouillé dans l’armoire de DOUDON, ça l’a pris comme ça et Antoinette « rouge comme un coq » de honte l’a dit à son père qui a « donné une branlée » à Armantine. Elle dit aussi qu’Armantine a volé 2 oranges chez JUSSAULT et qu’elle même n’a pas dérobé la pomme et la brioche.
Antoinette dit qu’elle n’a jamais rien pris à personne, qu’elle ne veux pas « se faire crier sur le dos comme il y en a, que ce n’est pas son affaire. Si elle mange quelque chose c’est qu’elle le gagne en allant tous les jours garder les vaches de Mme CHAUVIN, demeurant auprès du pont de Montlouis, qui lui donne 10 francs et que lorsque qu’elle ne sera plus ici elle veux retourner tout de suite chez elle.
Antoinette admet que sa sœur lui disait de faire le guet lors des vols mais qu’elle s’en allait par peur de se faire prendre.
Elle nie que son père les incitait à rapiner en disant « si vous voulez manger, allez chercher ». Elle n’a pas connaissance d’un vol de panier de pommes à la femme RENARD ni des poissons du nommé BOIVINET de la Frillière à Vouvray; par contre sa sœur aurait soustrait 102 sous à un nommé VITAL-PROUST demeurant dans les coteaux, somme que son père aurait restitué le soir même.

Le 25/04/1882 à 05h, Pierre HENRY est interrogé par le juge VINET. Il dit au juge qu’il n’a rien vu de tous les vols dont il est accusé avec ses filles, qu’il travaille de côté et d’autre et que si ses enfants cachent ce qu’ils volent il est difficile de s’en apercevoir. Il sait que sa fille Armantine a volé 5 francs et 10 centimes mais qu’ils ont été restitué à monsieur VIDAL-PROUST. Il n’y pas eu vol de lapin par sa fille et que c’était son propre lapin qui s’était étranglé qui a été mangé. Il n’a jamais vu de bouteille de rhum ni de bouteille de sirop de groseille chez lui et encore moins la soi-disant poule volée à la femme HENRY.
Concernant la démonstration de ses parties génitales à Judith BERTHELOT (femme RENARD) et sa fille, il dit que c’est faux.
Concernant la composition de la famille, il indique qu’Armantine, Antoinette et Lucien vivent avec lui. Ses 2 filles ainées, Marie et Joséphine, sont mariées respectivement à un maçon nommé GASTé demeurant à Montlouis et un garçon épicier sur le marché aux fruits à Tous nommé Louis GUILORY. Sa fille Désirée est au Refuge à Tours et son fils aîné Lucien est à Mettray (colonie agricole).

Le 25/04/1882, Alphonse VINET, juge d’Instruction, demande au maire de Montlouis de fournir des renseignements concernant Pierre, Armantine et Antoinette qui sont inculpés de vols et complicités. La réponse du maire parviendra au parquet le 06/05/1882, j’évoquerais plus loin son contenu.

Le 25/04/1882, le juge VINET émet un Mandat d’Amener le nommé Lucien HENRY, 12 ans, demeurant chez son père et qui n’a pas été arrêté le 18 avril précédent.

Le 26/04/1882 à 11h du matin, les gendarmes à pied Antoine REGNIER et Paul POUPINEAU, munis du mandat d’amener de la veille, se rendent au domicile des HENRY pour y arrêter Lucien HENRY. Lucien obéit et est conduit devant le juge qui a gardé l’inculpé par devers lui.

Le 26/04/1882 à 03h du soir, Lucien comparait devant le juge pour y être interrogé.
Lucien reconnait avoir volé des pommes il y 2 ans à Judith BERTHELOT (femme RENARD) et les poissons 1 an auparavant au sieur BOISVINET qu’il a vendu 10 sous à un nommé GALLOIS à la Frillière; argent qu’il a utilisé pour s’amuser à l’assemblée. Concernant le mouchoir de poche volé à la femme GARNIER, Lucien dit que c’est sa sœur Armantine qui l’a dérobé.
Ensuite il lui est demandé s’il est courant de plusieurs vols commis par Armantine au préjudice de plusieurs personnes à Montlouis. Lucien dit qu’il sait que 3 ou 4 mouchoirs ont été volés à La Vallée mais ne sait à qui. Que de la liqueur a été volé à la femme HENRY et qu’il en a bu un petit verre que sa petite sœur Antoinette lui a donné comme il revenait de travailler aux champs. Il n’a pas connaissances d’autres méfaits commis par ses sœurs. Quant au lapin qui aurait été volé, dont il a parlé à la gendarmerie, il ne sait pas si c’était un lapin volé car son père en avait tiré un.
Lucien avoue que son père les incitait à voler s’ils voulaient manger et que c’est lui qui lui a donné le panier pour voler les pommes. Il dit aussi que l’année passé ils ont mangé des œufs que sa sœur Armantine avait volé. Il ne sait pas si sa sœur a volé du pain à la femme PODEVIN ni si elle a volé des pralines à madame COUTELOUP mais il se souvient avoir vu sa petite sœur en manger il n’y a pas si longtemps.
Enfin il indique que depuis une semaine, il est chez son cousin BLOT, taillandier à Montlouis, qu’il a travaillé 1 mois en 1881 chez le sieur BOISVINET et que tout le reste du temps il est resté chez son père.

Le 26/04/1882, le juge d’instruction émet une « Cédule à témoins » mandant et ordonnant à tous huissiers de faire comparaître en personnes 14 témoins pour le 28/04/1882 à 01h précise du soir.

Le 27/04/1882, l’huissier commis auprès du tribunal de Tours assigne les 14 témoins pour y faire leurs dépositions sur « les faits dont il leur sera donné connaissance ». A défaut de comparution, ils seront contraints et condamnés conformément à la loi.

Le 28 Avril 1882, comme requis par les huissiers les témoins déposent et sont mis en présence des inculpés pour croiser les versions.

  • Armand DOUDON, 20 ans, tonnelier, confirme sa première déposition au Brigadier BLEAS lorqu’il a surpris Armantine fouiller dans l’armoire début Mars 1882. Il ajoute que vers la mi-Avril une livre de beurre a disparu et que leur soupçons se sont portés sur les jeunes filles qui s’amusaient devant leur porte.
    Armantine nie. Antoinette accuse sa sœur de mensonge. Pierre n’a rien à dire.
  • Joséphine COUDELOUP, 34 ans, épicière, confirme la version donnée aux gendarmes sur le vol de la boites de pastilles et de pralines.
    Armantine nie. Antoinette dit que c’est vrai. Pierre ne sait rien.
  • Philomène MENELAUS (femme HENRY), 39 ans, débitante, a de forts soupçons sur les filles HENRY et notamment Armantine sur les vols déclarés (poule, beurre, rhum, sirop de groseille, bouteille de fine champagne, 1 demie livre de chocolat).
    Armantine et Antoinette nient. Pierre dit qu’il n’a rien vu, ni de la poule ni d’autre chose.
    Philomène précise qu’elle ne parle pas de la poule tombée dans le puits l’été de l’année précédente.
  • Marie VERRIER (femme PROUST), 33 ans, journalière, déclare que du 10 au 15 janvier Armantine lui a subtilisé 100 sous et 10 centimes. Son mari est allé parler à HENRY père qui a dit que sa fille en était bien capable puisqu’elle le volait lui-même. Dans l’intervalle Armantine est venue apporter 3 francs en demandant de les accepter sinon son père la battrait. Marie VERRIER a refusé et une instant après Pierre HENRY est venu restituer l’argent.
    Pierre et Armantine reconnaissent les faits. Antoinette n’était pas au courant.
  • Marie PRETESEILLE (veuve SERRAULT, on notera qu’elle a été nommé PORTESEAU auparavant), accuse les filles du vol des 4 mouchoirs et du ruban de bonnet en percale.
    Armantine nie. Antoinette dit que c’est vrai puisqu’elle était présente et a vu sa sœur couper les ficelles de la croisée permettant d’accéder à la table où étaient déposés les objets. Pierre dit n’avoir rien su jusqu’au jour où les gendarmes ont perquisitionné et trouvé les objets.
  • Pierre PION (nommé Jacques PIERRE auparavant), 36 ans, vigneron, confirme le vol de ses chaussettes en laine rouge mais ne sait pas dire qui les a volé.
    Les accusés disent qu’il n’est point entré de chaussettes chez eux.
  • Silvine LORAIN (femme PODEVIN), 33 ans, journalière, accuse Armantine d’avoir volé un pain de 6 livres qu’elle est allé réclamer à Pierre HENRY et que peu après ce dernier a remis à son petit garçon une livre de pain lui disant de n’en parler à personne. Elle accuse aussi Armantine d’avoir volé un « mauvais tablier ».
    Pierre Henry dit qu’il n’a pas parlé comme cela au garçon et qu’il lui a donné ce pain en pensant qu’il était possible que sa fille en eut volé. Armantine nie et Antoinette n’a rien vu de tout cela.
  • Françoise VIGNEAU (femme GARNIER), 48 ans, journalière, accuse Armantine et Lucien d’avoir volé un mouchoir qu’elle a ensuite vu au cou de Lucien. Elle accuse aussi Armantine d’avoir pris des fleurs dans le jardin de la femme PODEVIN et d’avoir remuer la porte de la maison. Elle n’a cependant pas pu voir si elle avait pris du pain car il y a beaucoup d’arbres derrière lesquels elle pouvait se cacher.
    Armantine nie. Antoinette et Pierre ne savent rien.
  • Catherine BURON (femme JUSSAUME), 42 ans, aubergiste, s’est aperçu le 04 février de la disparition d’une orange, puis 8 jours après d’une brioche dans la maie et pendant environ 3 semaines de pommes. Fin février, Antoinette est venue chercher du vin et a subtilisé une pomme dans le buffet déposée là exprès pour la confondre. Après avoir constaté la disparition de la pomme, elle a couru après Antoinette et a découvert la pomme.
    Antoinette reconnait le vol de pomme mais pas celui de l’orange et de la brioche, par contre elle dit que sa sœur Armantine lui a donné un morceau d’orange. Armantine nie. Pierre ne savait rien sinon il aurait corrigé ses enfants.
  • Catherine DAVID (femme BURON), 64 ans, sans profession, déclare qu’en Septembre 1880 on lui a pris 8 œufs dans son poulailler et avoir des soupçons sur les auteurs car ses voisins lui ont rapporté avoir vu Lucien jouer sur un tas de sable dans la cour et ses 2 sœurs se promener dans le quartier. Ses oupçons ont été renforcés car une quinzaine de jours auparavant elle avait surpris les 3 enfants munis d’un bissac lui voler des pois dans son champ.
    Armantine nie, Antoinette ne se souviens plus et Pierre n’en a rien su.
  • Louise MOLINON (femme FAUGEROUX), 29 ans, maîtresse d’hôtel, dit qu’en Juillet 1881, Antoinette est venue chercher du vin et pendant qu’elle était dans la cave la fille lui a volé 2 œufs, ce qu’elle a nié mais étant seule présente dans les lieux ce ne pouvait être qu’elle.
    Antoinette nie et ne rappelle pas avoir volé 2 œufs. Armantine et Pierre n’ont pas eu connaissance de cela.
  • Judith BERTHELOT (femme RENARD), 52 ans, couturière, indique que vers 1887 ou 1888 elle a surpris Lucien lui voler des pommes, qu’à sa vue il s’est sauvé et est tombé. Elle a ramassé le panier et sa casquette qu’elle a porté à la mairie. C’est alors que Lucien a dit que c’était son père qui lui avait commandé de commettre ce vol. Elle ajoute que vers 1873-1874, lorsque Pierre HENRY était son voisin, qu’au moment où il lâchait de l’eau (urinait) et qu’elle passait avec sa fille, il montrait ses nudités. Elle lui a fais des observations à ce propos et il lui a répondu par des injures. Il a cessé quand un voisin a menacé de le dénoncer.
    Pierre dit qu’il n’a jamais envoyé son fils voler, il n’a jamais fait les sottises dont l’accuse son ancienne voisine et ne sais pas pourquoi elle lui en veut. Les filles HENRY n’ont rien à dire sur cette déposition.
  • Marie BOURGUIGNON (femme RENARD), 60 ans, couturière, s’est aperçue début Avril 1882 de la disparition d’un boite de gommes qu’Armantine lui a rapporté vide en lui demandant si elle lui appartenait. Elle ajoute qu’elle devait bien le savoir puisque son nom est marqué dessus et que si elle ne ait pas lire, son père lui le sait. Armantine lui aurait répondu qu’elle avait trouvé la boite dans une petite rotte prés de chez elle. Elle indique qu’un baquet, une autre boite de gommes et 1,5 kg de fromage de gruyère ont été volé et elle a idée que ce sont les HENRY qui lui ont pris mais elle n’en est pas sûre.
    Armantine dit qu’elle a trouvé la boite dans une nid dans un buisson de ronces ou plutôt que c’est sa sœur qui l’a trouvé. Antoinette confirme les dires. Armantine a supposé que la boite appartenait à la femme RENARD car elle avait vu la même quand elle était venue chercher 2 sous de vinaigre. Pierre et Antoinette ne sont pas au courant d’un quelconque méfait.
  • Martin BOISVINET, 65 ans, pêcheur, demeurant à la Frillère à Vouvray, indique qu’en août 1881 Lucien HENRY a été domestique chez lui, qu’il leva ses nasses pour lui prendre du poisson et qu’il en vendit pour 15 sous. Le dimanche suivant il est allé chez son père et n’est jamais revenu. Quand le sieur BOISVINET est allé chez Pierre HENRY pour lui payer son dû (rapport à l’emploi de Lucien), il lui a raconté l’histoire des nasses et le père HENRY lui a répondu qu’il aurait lui dire plus tôt et qu’il aurait mis une branlée à son fils.

Le 28/04/1882, un mandat de comparution est émis par le Juge VINET envers Lucien HENRY, 12 ans, demeurant chez son cousin BLOT taillandier à Montlouis, pour répondre et s’expliquer sur les faits dont il est inculpé le mercredi 3 mai 1882 à 1h du soir.
Je suppose que du 26/04/1882 au 03/05/1882, il est resté libre. Je n’ai pas trouvé de trace d’écrou le concernant.

Le 03/05/1882 à 4h du soir, Lucien comparait une nouvelle fois devant le juge et maintient sa déposition concernant les vols de poissons, d’œufs, de pois et de pommes.

Le 03/05/1882 à 04h30 du soir, Armantine est de nouveau devant le juge pour un second interrogatoire. Elle reconnait avoir volé 5 francs 10 centimes à la femme PROUST.
Elle nie le vol de pralines et de sucres d’orges à la femme COUDELOUP; sa sœur est une menteuse.
Elle n’a pas volé à la femme HENRY la poule, la bouteille de rhum et la bouteille de sirop de groseille, la bouteille de cognac et du beurre; et puis la femme HENRY n’est bonne qu’à faire du mal à tout le monde.
Elle n’a pas soustrait frauduleusement du pain à la femme PODEVIN et si son père lui a remis un morceau c’était de peur qu’elle dise quelque chose car elle est si menteuse.
Pour le mouchoir de la femme GARNIER, il n’a pas été volé puisque Lucien l’a trouvé dans la rotte et qu’elle l’a vu le ramasser alors pourquoi il le nie.
Elle nie le vol des fruits et pâtisseries à la femme JUSSEAUME, sa sœur ment quand elle dit qu’elle lui a donné de l’orange.
Elle nie avoir volé des pois et des œufs à la femme BURON. Son frère est un menteur et ils n’ont mangé que ce que le père achetait.
Il en va de même pour les pastilles de gommes subtilisées à la femme RENARD qui les accuse parce que son père lui doit soi-disant un « seau » et que ce n’est pas vrai.
Concernant les 4 mouchoirs volés à la veuve SERRAULT, elle n’a jamais coupé la ficelle, sa sœur ment et elle ne sait pas qui les a cachés sous la paillasse.
Idem pour les chaussettes rouges.
Concernant la tentative de vol dans l’armoire du sieur DOUDON, elle n’a pas fait le guet à la porte pendant que sa sœur fouillait dans l’armoire, Antoinette avait dans son tablier des guenilles trouvées dans les rottes qui ne valaient rien et qui étaient crois t-elle au père THIBAULT, rien n’a été pris à DOUDON.
Enfin elle dit qu’il n’est pas vrai que son père les envoyait marauder ou voler de côté et d’autre.

Le 03/05/1882 à 05h du soir, Antoinette est elle aussi de nouveau entendue.
Elle nie avoir fouillé dans l’armoire du sieur DOUDON, c’était sa sœur et par ailleurs elle était partie.
Elle ne faisait pas le guet lors du vol des 4 mouchoirs de la SERRAULT et ne savait pas que ces mouchoirs étaient chez eux.
Elle admet avoir volé une pomme à la femme JUSSEAUME, mais pas la brioche ni l’orange. C’est Armantine qui a pris l’orange.
Pour le vol d’œufs et de pois au préjudice de la femme BURON, elle dit ne pas avoir volé d’œufs et ne pas se souvenir pour les pois.
Elle ne se rappelle pas avoir volé 2 œufs à la femme FOUGEROUX.
Pour la boite de pastilles de gommes de la femme RENARD, elle ne sait pas si c’est sa soeur qui l’a prise. Elle l’a trouvée dans un buisson d’épines.
Pendant que sa soeur subtilsait les pralines et les sucres d’orge à madame COUDELOUP, Antoinette dit qu’elle était à la maison et pas avec sa soeur.
Antoinette se défend d’avoir été avec Armantine lors du vols des bouteilles, de la poule et du beurre à la femme HENRY. Elle n’a pas donné un verre de liqueur à son frère, il ment car il croit se sauver; c’est comme pour les poissons, Lucien dit que c’est son père qui lui a commandé ce vol mais parallèlement il a dit à Antoinette que c’était un individu qui a dit levé les nasses du père BOISVINET et lui a donné les poissons pour aller les vendre.
Elle nie savoir quoi que ce soit au sujet du vol des chaussettes rouges.
Lucien est confronté à sa soeur Antoinette :
Lucien  » Ce que ma soeur dit pour les poissons n’est pas vrai, ce qui est vrai c’est qu’un gars m’avait dit qu’il y en avait dans les nasses« 
Antoinette  » Tu es un menteur, tu crois te sauver mais tu ne te sauvera pas va« 

Le 03/05/1882 à 06h du soir, c’est au tour de Pierre HENRY d’être de nouveau entendu par le juge VINET.
Il déclare n’avoir jamais donné le conseil de voler à ses enfants et qu’il leur a toujours donné les meilleurs exemples qu’il a pu. Il n’a vu chez lui aucun objet que ses enfants auraient volé; ce qu’il a su que ses enfants avaient pris, il l’a restitué tout de suite notamment l’argent de la femme PROUST.
Il n’a jamais vu de liqueurs ni d’eau de vie chez lui provenant de vol et il n’est pas vrai qu’il a recommandé à la femme PODEVIN de ne rien dire au sujet du vol de pain que sa fille aurait pu commettre.
Le juge dit qu’il a fait de ses enfants des petits voleurs et qu’il a lui-même une réputation détestable. Pierre répond qu’il est bien vu dans le pays et qu’il jamais fait de mal à personne. Son fils Lucien l’accuse à tort, ainsi pour le poisson pris à BOISVINET son fils lui a raconté c’était un gars qui avait levé les nasses et lui avait donné le poisson pour aller le vendre.
Lucien est confronté à son père :
Lucien « Je n’ai pas dit à mon père que c’était un gars qui m’avait donné le poisson, je lui ai dit qu’un nommé Etienne NAU m’avait dit qu’il y en avait dans la nasse« 

Le 06 mai 1882, le maire de Montlouis fournit au Procureur de la République les renseignements demandés le 25/04/1882. Sa lettre d’introduction n’est pas très élogieuse. Paresseux, depuis le décès de sa femme surtout, a exploité ses enfants et a vécu de la mendicité et des vols de ces derniers. Il a depuis longtemps la réputation d’avoir abusé de ses filles, les unes après les autres.

Courrier du maire de Montlouis au Procureur de la République le 06 mai 1882, source AD37 cote 3U3/2356

Concernant la fiche de renseignements de Pierre HENRY, j’ai relevé quelques erreurs de la mairie : il est dit qu’il est né le 14/08/1835 à Montlouis de Jean HENRY et GREGOIRE Marie, alors qu’il est né le 15/01/1833 à La Ville aux Dames de Pierre HENRY et MEUNIER Silvine. Le Pierre HENRY né en 1835 est un cousin germain.
Il est tourneur sur bois et catholique.

Fiche de renseignements concernant Pierre HENRY (page 1/2), source AD37 cote 3U3/2356

C’est un paresseux qui vit de la mendicité et des vols de ses enfants.
Il se serait marié le 05/10/1858 avec GAUTHIER Marie Joséphine. Encore une erreur, c’est son cousin germain qui s’est marié à cette date avec Louise DRIE (cote 6NUM8/156/008 page 107/291).
Il a 7 enfants vivants dont 1 garçon à Mettray (Pierre Isidore) et une fille au Refuge (Désirée Marie).
Il a une mauvaise conduite antérieure et à la réputation de s’adonner à la débauche et au libertinage.
Il sait lire, son éducation est ordinaire et a pour signe particulier d’être boiteux.

Fiche de renseignements concernant Pierre HENRY (page 2/2), source AD37 cote 3U3/2356

Les fiches de renseignements de Lucien, Armantine et Antoinette n’apportent pas plus d’informations que nous n’avons déjà à part qu’ils sont tous les trois catholiques.

Le 06 mai 1882, Le procureur de la République dans son réquisitoire final dit qu’il y a lieu de renvoyer Pierre, Armantine, Antoinette et Lucien et requiert qu’il plaise à monsieur le Juge d’Instruction de les mettre en prévention et les renvoyer devant le Tribunal de Police Correctionnelle pour y être jugés conformément à la loi.
Le juge Alphonse VINET suit le réquisitoire du procureur.

Le 09 mai 1882, le tribunal correctionnel émet une « Assignation à Prévenu » contre Pierre et ses trois enfants pour comparaitre le samedi 13/05/1882 à l’heure de midi pour les délits prévus et punis par les articles cités pour chacun d’entre eux :

  • Pierre HENRY détenu à la Maison d’Arrêt, pour s’être depuis moins de 3 ans rendu complice de vols commis par ses enfants Lucien – Antoinette et Armantine, soit en provoquant par dons, promesses, menaces, abus d’autorité ou de pouvoir, machinations ou artifices coupables à les commettre soit en recelant tout ou partie en objets volés sachant qu’ils provenaient du vol (articles 59, 60 et 62 du livre II et 388 et 401 du livre III du code pénal de 1810)
  • Lucien HENRY (12 ans), à Montlouis, d’avoir en Avril dernier à la Frillière soustrait une certaine quantité de poissons au préjudice de BOISVINET (article 401 du livre III du code pénal);
    de concert avec ses sœurs soustrait frauduleusement des pois ou récoltes non détachées du sol à l’aide de bissac au préjudice de la femme Buron (article 388 du livre III du code pénal).
    Mineur de moins de 16 ans, il tombe sous le coup de l’article 66 du livre II du code pénal :
    « Lorsque l’accusé aura moins de seize ans, s’il est décidé qu’il a agi sans discernement, il sera acquitté ; mais il sera, selon les circonstances, remis à ses parents, ou conduit dans une maison de correction, pour y être élevé et détenu pendant tel nombre d’années que le jugement déterminera, et qui toutefois ne pourra excéder l’époque où il aura accompli sa vingtième année. »
  • Antoinette (9 ans) et Armantine (15 ans) HENRY, détenues à la Maison d’Arrêt, d’avoir ensemble de concert et conjointement avec leur frère Lucien HENRY depuis moins de 3 ans soustrait frauduleusement des pois ou récoltes non encore détachées du sol au préjudice de la femme BURON (article 388 du livre III du code pénal);
    Ensemble […] soit l’une comme auteur principale ou soit l’autre comme complice avoir soustrait frauduleusement divers objets mobiliers, fruits, denrées au préjudice de la femme COUDELOUP et autres (article 401 du livre III du code pénal;
    Armantine d’avoir soustrait une certaine somme d’argent au préjudice de la daénommée PROUST (article 401 du livre III du code pénal).
    Mineures de moins de 16 ans, elles tombent aussi sous le coup de l’article 66 du livre II du code pénal.

Le 13 mai 1882, le jugement est rendu par la 2ème chambre du Tribunal de Police Correctionnelle de Tours :

  • Pierre HENRY est condamné à 2 ans de prison et aux frais pour complicité de vols de récoltes et vols simples.
  • Armantine HENRY est condamnée à être détenue dans une maison de correction jusqu’à l’âge de 20 ans pour vols simples et vols de récoltes.
  • Lucien HENRY est acquitté et remis à ses parents (ndlr : peut être chez son cousin Auguste BLOT chez qui il résidait quelques jours auparavant ?)
  • Antoinette HENRY est acquittée et remise à ses parents.

Epilogue de l’épisode 2

Pierre HENRY n’en a pas terminé avec la justice, vous l’aurez deviné à la lecture de ce long article !
Les soupçons rapportés par le maire et les révélations de Lucien HENRY amènent le juge d’Instruction VINET à émettre un 2ème mandat de dépôt en date du 12 mai 1882 pour attentat à la pudeur.
On notera aussi qu’à l’époque des faits, Pierre Isidore et Désirée Marie sont « pensionnaires » dans des maisons de correction bien connues (la colonie Agricole du Mettray et le Refuge de Tours). J’en raconterais plus à leur sujet un peu plus tard dans des articles séparés.
On retiendra aussi le nom de Silvine LORAIN (femme PODEVIN) qui apparaît dans l’histoire (ou les affaires) des HENRY.

Comme on dit : « la suite au prochain épisode » ! Le 3ème et dernier concernant Pierre HENRY.


Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY

Il y a environ trois ans, muni des copies des livrets de famille relatifs aux deux mariages de mon AGP Louis Auguste CHESNEAU (sosa 14) et généreusement transmis par une grande cousine, j’entrepris de remonter « un tout petit peu » la branche de sa seconde épouse Fernande Gabrielle POIRIER, accessoirement mon sosa 15.
Cette recherche, largement facilitée par un arbre déposé sur Geneanet et dont les informations se révélèrent toutes justes malgré l’absence de sources, me fit remonter assez vite à mon sosa 124, le dénommé Pierre HENRY né à Montlouis-sur-Loire le 15 janvier 1833, marié à Marie Joséphine GAULTIER le 02 juin 1857 (même commune) et décédé le 28 janvier 1885 … aux Iles du Salut en Guyane !

Fallait pas s’appeler Madame Irma pour en conclure qu’un os était tombé dans le potage et que l’aïeul n’était pas un enfant de cœur.
Je laissais là cette première découverte sans remonter plus loin cette ascendance pour y revenir quelques deux années plus tard pour en savoir un peu plus sur les raisons de cet envoi au bagne …

Et ça tombe plutôt bien car en ce mois d’Octobre 2021 le Généathème de la communauté Geneatech propose une causerie sur « Vos ancêtres et la Justice »; de plus, une descente aux AD de l’Indre-et-Loire à Tours, cet été, m’a permis d’étoffer la partie judiciaire de l’affaire « Henry » et d’en découvrir d’autres …

Je vous invite donc à partager mes découvertes que je ne pourrais pas synthétiser en un seul article tellement il y a à raconter. Allez, GO !

A l’est de Tours, à quelques 12 km sur la rive gauche de la Loire, Montlouis-sur-Loire est un bourg d’environ 2232 âmes au recensement de 1881, une population stable depuis un siècle. La famille HENRY y est installée au moins depuis 1773, date où s’arrête aujourd’hui mes recherches et correspondant au mariage de l’AGP de Pierre HENRY.

Montlouis-sur-Loire et ses environs, carte de Cassini, source Géoportail

Pierre HENRY est le fils de Pierre HENRY (° 21 avril 1807 et † 15 mai 1879), maréchal-ferrant originaire de Montlouis-sur-Loire, et de Silvine MEUNIER (° 11 mars 1797 et † 24 novembre 1865), originaire de La Ville aux Dames, où ils se marient le 20 septembre 1828.

Pierre HENRY naît le 15 janvier 1833 à La Ville aux Dames, village de la Bredivière; il est le deuxième enfant et seul fils d’une fratrie de quatre :
Silvine HENRY, ° 14 mars 1830 à La Ville aux Dames ( † non trouvée). Mariée à Edouard MICHAUD, originaire de Châtillon sur Sèvre (79), le 05 juin 1849. Ils n’auront qu’un fils qui entrera au grand séminaire à Poitiers (dispensé de conscription en 1871 sur la liste de Châtillon sur Sèvre).
Julie HENRY, ° 10 août 1835 à Tours et † 23 mars 1898 à Montlouis. Mariée à Etienne BOUCHER, originaire de Bourgueil (37), le 09 juillet 1856. Ils auront trois fils : Etienne °1856, Georges °1860 et Jules °1864.
Marie HENRY, ° 10 septembre 1838 à Montlouis et † 24 décembre 1864. Fille mère de Marie-Sylvine HENRY (° 20 octobre 1863, † 21 septembre 1864).

Pierre HENRY exerce le métier de charcutier lorsqu’il s’unit le 02 juin 1857 à Montlouis-sur-Loire avec Marie Joséphine GAULTIER (°15 janvier 1831), elle-même cuisinière à Montlouis et originaire d’Epeigné les Bois (37).
Les parents de Marie Joséphine, Gilles GAULTIER et Elizabeth RENAULT, quant à eux, demeurent en 1857 à Saint-Georges dans le Loir-et-Cher (41) entre Chenonceaux et Montrichard, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Montlouis en descendant Le Cher.

De la Ville aux Dames à Epeigné les Bois, carte de Cassini, source Géoportail

De cette union HENRY – GAULTIER, naitront 9 enfants :

  1. Marie Pâquerette (° 03/04/1858 et † 18/01/1934 à Montlouis). Gagiste, elle épouse Pierre Louis GASTé, maçon de son état, le 18/09/1876 à Montlouis. Ils auront 11 enfants.
  2. Joséphine Julie (° 03/12/1859 Montlouis, † 19/12/1923 Tours). Domestique à partir de 1874 puis cuisinière au moment de son union avec Pierre GUILLORIT le 25/10/1879 à Montlouis. Je ne leur connait qu’une fille Jeanne Louise Georgette (° 11/03/1894).
  3. Alphonsine Adrienne (° 25/01/1861 et † 06/03/1864 à Montlouis).
  4. Désirée Marie (° 12/09/1863 Montlouis, † 10/07/1924 St Pierre des Corps). Elle épouse en 1ères noces, le 04/02/1885 à Tours, Jean DOUSSOT (° 14/06/1857, † 15/09/1896), journalier et natif de Corancy dans la Nièvre où leurs 2 enfants verront aussi le jour en 1886 et 1887. Le 11/10/1897 à Tours, Désirée a 36 ans et après un an de veuvage elle s’unit à Julien Abel MAUVENU, terrassier né au Blanc le 24/07/1872. Je ne leur connais pas de descendance. Désirée fait partie de « l’aventure judiciaire » mais j’en dis pas plus.
  5. Pierre Isidore (° 15/03/1865 Montlouis, † 14/08/1917 Bourgueil). Je ne lui connais ni épouse, ni enfants. Néanmoins il y aura toujours à raconter sur son sujet et son rapport à la justice …
  6. Armantine Léontine (° 19/08/1866 Montlouis, † 07/08/1933 Tours). Elle est mon sosa 31. Elle épouse François POIRIER (cordonnier, sosa 30) le 12/12/1887 à Tours. Ils auront 3 enfants : Armand François (°1889 †1894), Fernande Gabrielle (°25/07/1894 Tours, † ???, sosa 15) et Emile Ludovic (°1896, † 1929). Le point commun de ce couple est aussi la justice car tous les deux auront eu maille à partir avec cette dernière.
  7. Lucien Pierre (° 08/01/1869 Montlouis, † 24/04/1901 St Laurent du Maroni). Je ne lui connais pas de descendance mais on notera que Saint Laurent du Maroni ce n’est plus vraiment en Touraine … La justice aura opté pour le bagne !
  8. Louis François (° 02/04/1871 et † 03/10/1872 à Montlouis).
  9. Louise Antoinette (° 13/01/1873 Montlouis, † 10/05/1958 Monts). Elle épouse François Marie ROUSSEAU à Tours le 11/10/1897. De cette union naitront à Monts, Antoinette en 1895 et Albert en 1899. Elle sera forcément mêlée aux déboires judiciaires de son père.

Pierre HENRY, de charcutier en 1857, deviendra Marchand de porcs en 1859 puis Tourneur sur bois à partir de 1863.

Marie Joséphine GAULTIER décède le 28 novembre 1873 à Montlouis dans le quartier du Rocher. Sept de ses neuf enfants lui survivront; en 1873, son ainée Marie Pâquerette n’a que 15 ans et sa petite dernière Louise Antoinette n’a que 10 mois.
Il est possible que sa disparition, à l’âge de 42 ans seulement, ait plongé son mari et ses enfants dans un tourbillon infernal qui les mènera quasiment tous à côtoyer de très près la justice au moins une fois dans leur vie sauf peut-être Marie Pâquerette et Joséphine Julie.

C’est donc ce que je propose de conter à présent dans une série d’articles. J’ai choisi d’amener ces histoires de la même manière que je les ai découvertes et il me reste à ce jour encore quelques recherches à effectuer qui clôtureront cette « saga ».

Alors bien-sûr, je ferais des sauts de puces en avant et en arrière selon les articles et les individus concernés, j’espère néanmoins ne pas perdre mon/ma lecteur/lectrice au passage.

Alors Pierre HENRY ?
Que test-il donc arrivé en 1882 pour finir au bagne en Guyane ?