Archives du mot-clé Gimonet

François POIRIER : cordonnier, voleur et gendre de Pierre HENRY

Nous avons rencontré François POIRIER (sosa 30) à maintes reprises lors des derniers articles consacrés à la descendance de Pierre HENRY. Notamment parce qu’il est l’époux d’Armantine HENRY (sosa 31) mais aussi pour avoir été interrogé en octobre 1897 lors d’une des nombreuses arrestations de son-beau-frère Lucien Pierre HENRY.

François POIRIER nait le 15 juillet 1853 à Tours, au 3 rue du Petit Gars.
Il est le 7ème enfant, sur une fratrie de 10, de Jean-François POIRIER et COLIN Rosalie Justine. Quatre enfants décéderont en bas-âge.

AD37 – cote 6NUM8/261/195 (pg 131/253) : naissance de François POIRIER

La rue du Petit Gars était située dans la quartier de La Riche, non loin des quais de la Loire.
Elle était entourée au nord par la rue de Ballan, au sud par la rue de Chanteloup, à l’ouest par la rue de la Hallebarde et à l’est par la rue des Huit-Pies (disparue également).
Pour se situer un peu, le n°1 (haut de la rue) portait le n°524 sur le plan cadastral, le n°15 (bas de la rue) le n°517, et le n°3 où est né François le numéro 523.
Vers 1860, entre 50 et 60 habitants occupent la rue.

AD37 – cote 6NUM10/261/013 – Section E1 de la Ville Perdue (1836)

La rue du Petit Gars n’existe plus. Le quartier a été acquis par la Société Mixte d’Aménagement de la Ville de Tours en 1966 pour subir les modifications qu’on lui connait aujourd’hui.

Source Michelin (2022)

Entre 1858 et 1859, la famille s’installe au n°5 de la même rue avec un accès par une cour intérieure. Jean-François et Rosalie, les parents, vivront à cette adresse pour le reste de leurs jours.

François a 13 ans lorsque sa mère Rosalie Justine décède le 07 août 1866.

En 1872, lors du recensement, François occupe un emploi de chaussonnier.

En 1873, il est exempté de service militaire pour cause  » d’arrêt du développement ». Il mesure 1m50.

AD37 – cote 1R390 – listes cantonales de tirage au sort de Tours

Au recensement de 1876, François à 23 ans. Il est cordonnier et vit toujours chez son père ainsi que ses sœurs encore célibataires :
– Rose (°31/10/1842), couturière. Elle décédera le 24/01/1880 à Tours sans postérité.
– Désirée (°10/07/1844), couturière. A eu une fille en juillet 1874 qui n’a vécue qu’un mois. Elle se mariera à Tours le 27/03/1882 à Joseph THIERRY. Veuve le 23/11/1882, elle épousera Etienne BUISSON le 30/07/1888. Elle décèdera le 08/12/1918 sans postérité.
– et Marie (°16/12/1856), relieuse. Elle épousera Louis Alphonse PAGéE (frère de René Pierre et aussi cordonnier de son état) le 04/11/1878 à Tours. Après avoir perdu 4 enfants en bas âge entre 1879 et 1884, ils partent s’installer après août 1885 à Paris avec leur dernière née Georgette, boulevard de la Villette. En août 1886 nait Jeanne qui assurera seule une postérité au couple puisque Georgette décède en février 1887. Marie POIRIER meurt à Paris le 21/09/1888 et Louis Alphonse la suit le 28/06/1890 à Tours.
A cette même époque,
– sa sœur Joséphine (°16/02/1846) vit au n°1 de la rue du Petit Gars avec son époux Marcellin ROBIN, cordonnier, qui a reconnu Victor Armand (°1866 de père inconnu) lors de leur mariage le 18/01/1873. Victor décèdera en août 1873 alors que le couple vient d’accueillir en juin un petit Aimé qui ne vivra que 2 ans les laissant sans postérité. Joséphine décèdera le 22/04/1912 suivie par Marcellin le 27/08/1915.
– son autre sœur Julie (°14/08/1851) vit au 7 rue des Huit-Pies avec son époux René Pierre PAGéE (mariés le 24/10/1871), cordonnier, et leur fille Julie Marie née en 1873. Le couple vivra un temps à Paris, boulevard de la Villette dans les années 1886 car on y trouve Pierre PAGéE témoin de la naissance de Jeanne sa nièce.

Un premier dérapage ?

Je perds la trace de François jusqu’au 15 octobre 1882 où il prévenu pour tentative d’assassinat. Il reste 2 jours aux écrous passagers sous le n°614 puis est transféré à la Maison d’Arrêt de Tours sous le numéro 310.
Le 28 octobre 1882, il est mis en liberté sur ordre du juge d’instruction.

AD37 – cote 2Y275 – pg 106/204, écrou de François POIRIER

Je n’ai pas mis la main aux AD37 sur un quelconque dossier me permettant d’en savoir plus sur cette histoire d’assassinat.

François est libre en cette fin d’année 1882 mais on comprend malheureusement bien vite qu’il n’a pas de bonnes relations et que sa vie a ou est en train de basculer « du côté obscur de la force ».

La belle équipe : Poirier, Gimonet et Marion

Le lundi 22 octobre 1883 en début d’après midi, François POIRIER (30 ans) rencontre à la pension alimentaire, rue de la Guerche à Tours, Ursin/Sylvain GIMONET (17/18 ans) et Henry MARION (19 ans).
GIMONET dit « le petit » mesure 1m54. Il est coiffé « à la chien », ses cheveux châtains retombant sur son front.
MARION quant à lui est dit « le grand », mesurant 1m70.
POIRIER et GIMONET se sont déjà rencontrés quelquefois lorsque ce dernier travaillait chez Baptiste VILLERET à La Tranchée. François propose à ses deux acolytes d’aller visiter une ferme, au bout de la rue de Paris, où prendre des effets appartenant à des scieurs de long travaillant sur l’île de Rochepinard en face de ladite ferme du sieur JACQUEMOT, marchand de bois à Tours et employant les scieurs. Ursin et Henry ont couché dans le grenier de cette maison 2 jours auparavant et connaissent les lieux.
Les trois compères repèrent les lieux mais les scieurs travaillant non loin, ils décident de reporter au soir leur méfait. Ils vont s’asseoir au bout du boulevard Heurteloup, près de la fontaine, jusque 6 heures et demi.
Ils retournent vers la ferme mais avant d’y entrer POIRIER et GIMONET vont s’assurer que les scieurs de long sont à l’auberge de M. GIRE (au 240 rue de Paris) en train de fêter leur première journée de travail. POIRIER fait alors la courte échelle à MARION qui pénètre par une croisée donnant sur le grenier juste au-dessus de la chambre des ouvriers. MARION visite la chambre, fracture un coffre et passe les objets du larcin à POIRIER et à GIMONET qui les dépose au fur et à mesure sur la banquette de l’écluse. MARION est sorti à un moment et voulant retourner dans la chambre GIMONET l’en empêche.
Ils s’éclipsent tous les trois emportant leur butin dans les saules au bord du Cher où ils effectuent le partage. Ils se séparent au bout de l’avenue GRAMMONT.
POIRIER s’en va seul et va coucher chez le sieur BRAULT, 21 rue du Renard.
GIMONET et MARION partent souper vers 9 heures du soir chez Madame THIERRY, 5 rue des bohèmes. En quittant le restaurant, ils annoncent qu’ils quittent Tours, GIMONET déclarant qu’il va à Vierzon. Ils vont se coucher dans la paille au-dessus de La Tranchée.

Boulevard Heurteloup à Tours (source http://www.actuacity.com)

Les scieurs, tous originaires de Montbazon, rentrent à leur logis entre 8h et 9h du soir, ils découvrent qu’ils viennent de se faire dépouiller durant leur absence.
La malle de Jean-Baptiste VRAY (26 ans) est fracturée, 4 pantalons, 4 gilets, un tricot, 6 ou 7 paires de chaussettes, une paire de mitaines, 2 chapeaux, 1 paire de souliers, un mètre de poche, son livret ainsi que celui de son frère, un carnet, une montre et un porte-monnaie contenant 13 à 14 francs.
Pierre GENESTIER (17 ans) s’est fait volé son livret, sa blouse et son chapeau qui étaient pendus à un clou de la chambre.
André GRANGER (16 ans) s’est vu « allégé » d’une paire de bottes, une casquette, sa blouse et son livret. Son père, Victor GRANGER, 2 paires de chaussettes et son livret.
Jean-Baptiste TEVENON (35 ans), a perdu dans l’affaire sa blouse, 1 paire de chaussettes et 1 paires de souliers.

Le mardi 23 octobre, GIMONET et MARION quittent Tours.
En parallèle, à 9h du matin, le sieur VRAY dépose une plainte pour vol d’effets à son encontre et celle de ses camarades. La machine judiciaire se met en marche. L’agent de sûreté TESSIER est chargé de suivre la piste des coupables.
Dans la matinée, François POIRIER quant à lui retourne sur les bords du Cher pour y chercher le reste des objets laissés dans un sac la veille. Le sieur CIMIER, cultivateur et demeurant 73 rue de Paris, est en train de chasser. Il observe le manège de POIRIER et trouvant son attitude bizarre d’autant qu’il a eu vent de l’affaire de vol survenu la veille. POIRIER met un sac sur son dos et se dirige vers la jetée. A ce moment, CIMIER n’étant pas sur la même rive interpelle un ouvrier pour arrêter POIRIER. POIRIER lâche le sac et prends ses jambes à son cou. Arrivé au pont de Grammont, POIRIER étant poursuivi par l’ouvrier, décide de traverser le Cher et se trouve au final nez à nez avec CIMIER qui lui promet de lui mettre du plomb dans les jambes s’il se sauve. Ils récupèrent.
Le nommé CIMIER amène POIRIER à l’auberge du sieur GIRE et vident le sac devant les scieurs de long qui reconnaissent une partie de leurs effets. L’agent TESSIER arrive sur ces entrefaites à l’auberge et découvre POIRIER ligoté à une chaise !
POIRIER est mené au commissariat où il est écroué en attendant son interrogatoire.

Le 24 octobre à 14h, POIRIER est interrogé et dit ne pas connaitre le nom de ses acolytes. Il raconte tous les faits et les reconnait, mentionnant qu’il a été été plus ou moins entraîné par les deux autres lascars.
Toutefois, il dit que pris de remords, il voulait rendre l’objet de sa part de larcin aux scieurs ce pourquoi il était revenu aux saules pour récupérer le sac.
Il semble aussi que POIRIER ait reçu quelques coups car lorsqu’il dépose son œil gauche est « poché ». J’imagine bien que M. CIMIER et les scieurs de long l’auront quelques peu malmené …

Le 24 octobre est émis un signalement concernant MARION et GIMONET qui ont été identifiés soit par François POIRIER soit par les soins de l’enquête auprès de Madame THIERRY, la restauratrice de la rue des Bohèmes.

Le jeudi 25 octobre, GIMONET et MARION se trouvent du côté de Vierzon (Cher) et apprennent qu’ils sont recherchés par la gendarmerie. Ils disparaissent très vite et prennent la route de Paris où ils arriveront 7 jours plus tard.

Le 27 octobre, le commissaire de police de Tours émet l’hypothèse que GIMONET se soit retiré chez son père à Noyers (Loir-et-Cher).

Le 29 octobre, le commissariat de police du quartier de l’est de Tours, apprend que Sylvain GIMONET a travaillé entre le 03 mai et le 26 juillet 1883 chez le sieur VILLERET, demeurant à La Tranchée, pour ramasser les boues de la ville. Il a été renvoyé car l’entreprise était peu satisfaite de son travail.
Henri MARION est inconnu du sieur VILLERET.

Le 02 novembre, la gendarmerie de St Aignan (Loir-et-Cher) se déplace à Noyers espérant y trouver GIMONET et MARION. Ils font chou blanc. La mère de GIMONET, Adèle BORBONNA, déclare ne pas avoir de nouvelles et pense qu’il est à Tours.

Le 04 novembre, une commission rogatoire est émise pour saisir au bureau des postes et télégraphes de Saint Aignan tous télégrammes ou correspondances entre les nommés MARION et GIMONET et les parents de ce dernier demeurant à Noyers. Cette commission sera levée le 22 décembre 1883.

Le 06 Novembre, un télégramme du procureur de Paris à la Gendarmerie de Saint Aignan indique que GIMONET a été arrêté pour vagabondage et demande si ses parents qui habitent Noyers, à la Cochonnière, le réclame. La gendarmerie répond au procureur de Paris que ledit GIMONET est sous le coup d’un mandat d’amener décerné le 27 octobre par le juge d’Instruction de Tours.

Le 06 novembre, le commissariat de police du quartier de l’est de Tours, après avoir recueilli des renseignements, fait état de la moralité de François POIRIER. Il passe pour être paresseux et quand il est ivre, il est tapageur et méchant. Il a travaillé longtemps pour le compte de MM GIRAULT et LEROY, fabricants de chaussures à Tours, qui ont dû cesser de l’occuper parce qu’il a vendu ou laissé en paiement dans les cabarets de la marchandise qui lui avait été donnée à confectionner. Depuis l’été, François ramassait des chiffons dans les rues et ne fréquentait plus que de mauvaises sociétés.

Le 12 novembre, le commissaire de police, chef du 2ème bureau de 1ère division à la préfecture de Police de Paris, fait comparaitre Sylvain GIMONET qui a été poursuivi pour vagabondage en ladite ville. GIMONET indique être renvoyé de cette inculpation mais le commissaire l’informe du mandat d’amener émis par le procureur de Tours.

Le 14 novembre 1883, la préfecture de police de Paris informe le procureur de la République de Tours que Sylvain GIMONET sera transféré sous escorte en vertu du mandat d’amener du 27 octobre.

Le 16 novembre à 14h, GIMONET est entendu par le juge d’instruction. Il assure que c’est POIRIER qui a proposé le casse. Pour ce qui est de l’argent volé (14 francs), c’est MARION qui l’a récupéré en jetant le porte-monnaie dans le Cher. Cet argent a servi à leurs dépenses sur la route de Tours à Paris.

Le 24 novembre, le commissaire de police de la 1ère division à la préfecture de Paris, informe que le nommé Henri MARION est sorti du dépôt de la préfecture le 07 novembre sans indiquer l’endroit où il se retirait. MARION est introuvable depuis.

Le 15 décembre, les scieurs de long sont cités à comparaître pour déposer sur l’affaire devant le juge d’instruction VINET.

Le 22 décembre, les sieurs GIRE et CIMIER sont appelés à comparaitre comme témoins.

Le 23 décembre, Henri MARION, détenu à Paris, est amené à Tours par voie ferrée escorté par 2 agents.

Le 28 décembre, MARION est conduit par mandat de dépôt à la Maison d’Arrêt de Tours. Il est interrogé à 13h. Il conte par le menu détail la rencontre avec François POIRIER, le vol, son départ avec GIMONET vers Paris où il furent arrêtés pour filouterie d’aliments. Sa mère, habitant la capitale, a payé et il a été mis en liberté. GIMONET quant a lui a été retenu car il y avait un mandat contre eux deux.
Ndlr : bizarre dans ces circonstances que MARION ait été relâché alors qu’un mandat existait déjà et connu de GIMONET. Y avait-il déjà une notion de caution ?
Bref, MARION sort de prison grâce à cette « caution » et va vivre chez sa mère. Sauf que le 12 décembre, il est poursuivi et inculpé pour escroquerie à 4 mois de prison par le tribunal de Paris. Il indique même qu’au mois de septembre 1883, il a subi une peine de 15 jours de prison à Blois pour vagabondage n’ayant ni papiers ni ressources.

Et côté antécédents, casiers judiciaire qu’en est-il ?

Le casier judiciaire de François POIRIER est vierge. Son écrou en 1882 pour la tentative d’assassinat ne figure pas sur l’extrait ce qui nous permet de penser qu’effectivement il était innocent.

Ursin GIMONET a été condamné le 11 août 1882 à un mois d’emprisonnement à Blois pour vol.

François Henri MARION est loin d’être un perdreau de l’année et a été condamné 5 fois.
Les 4 premières condamnations ont lieu à Paris : le 20 février 1882 pour escroquerie (1 mois de prison), le 30 novembre 1882 pour filouterie (2 mois de prison), le 23 février 1883 et le 27 avril 1883 pour filouterie (2 mois de prison à chaque fois).
La dernière condamnation date du 31 août 1883 à Blois pour vagabondage (15 jours de prison).
Et c’est sans compter les 4 mois de prison qu’il aurait dû avoir le 12 décembre juste avant d’être conduit à Tours …

Cour d’appel, cour d’assises et un tour à la case Prison

Le 31 décembre 1883, le Juge d’Instruction et le Procureur de la République ordonnent que soient transmises toutes les pièces d’instruction au Procureur Général pour décider des suite à donner.

Dans son réquisitoire du 19 janvier 1884, le procureur général près la Cour d’Appel d’Orléans, indique mettre en état d’arrestation les 3 contrevenants et les renvoyer devant la cour d’assises d’Indre-et-Loire pour y être jugés conformément à la loi. La cour d’appel suit le réquisitoire en date du 22 janvier 1884.

A compter du 22 janvier, les 3 accusés sont transférés de la Maison d’Arrêt à la Maison de Justice en attendant leur procès.

Le 07 février 1884, le procureur général de la cour d’appel adresse toutes les pièces du dossiers au procureur de la république de Tours afin de mettre cette affaire en état d’être jugée aux prochaines assises.

La notification aux trois prisonniers de leur renvoi aux assises est faite par huissier le 25 février 1884.

Le 1er mars 1884, POIRIER, MARION et GIMONET sont interrogés par le président du tribunal de 1ere instance.
François POIRIER persiste dans ses déclarations faites au juge d’instruction et désire que la cour constate qu’il n’est resté que six semaines sans travailler et qu’aucun acte d’improbité ne lui a été reproché. Maitre ROUSSEL est commis d’office pour sa défense.
Henri MARION et Ursin GIMONET n’ajoutent rien de plus à leurs précédentes déclarations et seront représentés respectivement par maitres LAURENCEAU et LETENGEON.

Les assises ont lieu le lundi 17 mars 1884.
Jean-Baptiste VRAY, Pierre GENESTIER et Pierre CIMIER sont appelés comme témoins.
Les 12 jurés déclarent coupables les trois compères tout en indiquant quelques circonstances atténuantes dont nous n’avons pas la teneur.

La sentence est lourde pour POIRIER et MARION qui prennent 2 ans d’emprisonnement. GIMONET ne subira quant à lui « que » six mois de prison.

Mes hypothèses sur cette sentence sont les suivantes :
– U. GIMONET est le plus jeune de la bande, il a pu être entrainé et influencé
– F. POIRIER est l’instigateur du larcin
– H. MARION est le seul à avoir pénétré dans la chambre et donc commis une effraction; de plus, il traine au moins 5 condamnations.

François POIRIER sera transféré à la prison de FONTEVRAUD (ancienne abbaye royale où sont exposés les gisants d’Aliénor d’Aquitaine et Richard Cœur de Lion) où il ne sortira que le 17 mars 1886.

Laissons GIMONET et MARION purger leur peine de leur côté pour revenir à notre principal sujet et mon Sosa en l’occurrence.

Retour à la liberté

Au printemps 1886, François POIRIER sort de la prison de Fontevraud. Je ne l’ai pas retrouvé dans les recensements de 1886 qui se sont achevés à l’été. Peut-être a-t-il trouvé un emploi de journalier ou de cordonnier dans un quartier différent de celui de la Riche où vit encore son père et sa sœur Désirée POIRIER (veuve depuis fin 1882) au 5 rue du Petit Gars ?

En Août 1886, la jeune Armantine HENRY sort du Refuge où elle vient de passer 4 années. Elle a 20 ans. Les sœurs lui ont probablement dans leur grande bonté donné quelques sous en échange des (très) nombreux travaux de couture auxquelles elle aura été astreinte (ou contrainte); nous rediscuterons des conditions de vie du Refuge.
Bref, imaginons un instant Armantine, lâchée sans le sous dans ce quartier de La Riche. De là on peut imaginer pas mal de scénarios :
– est-elle récupérée par sa sœur Joséphine Julie, qui vit rue Colbert dans le quartier de l’hôtel de ville, le temps de trouver un emploi correct ?
– est-elle alpaguée par un de ces gars sans vergogne qui vont la mettre sur le trottoir comme cela est souvent arrivé aux jeunes filles libérées du Refuge et non accompagnées dans leur réinsertion ?
– trouve-t-elle une pension dans ce quartier et un petit emploi honnête lui permettant de vivre chichement ?
– du fait de ses antécédents malheureux et de son caractère trempé, fit-elle commerce de son corps pour son propre compte afin de s’en sortir ?
Je laisse libre cours à votre imagination chers lecteurs/lectrices …
Ce dont je suis certain c’est que ce retour à la vie normale après 4 ans de cloître n’a pas dû être bien facile !

Si l’on regarde le cadastre de 1836, on s’aperçoit que le Refuge, la rue du Petit Gars et la place Victoire restent des lieux suffisamment proches pour concevoir qu’Armantine et François se soient rencontrés dans ce quartier peut être à l’ombre des arbres de la Place de La Riche à la faveur des chaleurs estivales de 1887. Et si on y mettait un peu de romance entre cet ancien voleur et cette ancienne petite délurée au caractère bien trempé ?

Quoi qu’il en soit, François POIRIER, le petit cordonnier, rencontre Armantine Léontine HENRY, ouvrière couturière, entre Aout 1886 et novembre 1887 comme l’atteste ce petit encart de l’Union Libérale du 21 novembre 1887. Ils logent tous les deux 16 place Victoire à La Riche et il s’agit de se marier !

Source L’union Libérale du 21 et 22 novembre 1887 – page 4/4

La suite, on la connait déjà au travers des histoires précédemment comptées sur les enfants de Pierre HENRY et l’article concernant Armantine.
François et Armantine se marient le 12 décembre 1887. Jean-François POIRIER, père, est présent.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est mariage_henry-poirier_12-12-1887.jpg
Source AD37 – cote 6NUM8/261/301 – Tours – page 279/329

En juillet 1889, le couple est installé au 5 rue du Petit Gars. Peut être ont-ils récupérés l’appartement de Jean-François POIRIER décédé en Avril 1888 et laissé vacant par Désirée POIRIER qui a convolé en secondes justes noces le 30 juillet 1888.
Le 25 juillet 1889, leur premier enfant, Armand François POIRIER, nait à cette adresse.

En 1891, ils ne vivent plus dans la rue du Petit Gars et pas encore au 6 rue des prêtres où vient au monde ma sosa 15, Fernande Gabrielle POIRIER, le 25 juillet 1894; et où décédera le 16 août suivant Armand François.

Au recensement de 1896, clos en juillet, François est noté comme étant sans profession. En septembre, il est témoin au décès de son beau-frère Jean DOUSSOT (épx de Désirée Marie HENRY) et est dit chiffonnier. Le couple doit tirer la ficelle par les deux bouts.

Le 03 décembre 1896 nait le troisième et dernier enfant du couple, Emile Ludovic POIRIER († 1929 sans postérité). François a dû retrouver un emploi plus stable car il est noté cordonnier sur l’acte de naissance.

Mi-Octobre 1897, François qui est de nouveau chiffonnier, est interrogé par la police au sujet d’un vol commis par son beau-frère Lucien Henry.

Le 04 Décembre 1897, François POIRIER s’éteint au 6 rue des Prêtres à l’âge de 44 ans, après 10 ans de mariage, laissant sa jeune épouse de 31 ans avec deux enfants en bas-âge.

AD37 – cote 6NUM8/261/332 – pg 322/383

Un arbre et un peu de GénéaTech(nologie)

Enfin, histoire de terminer dignement cet article, on trouvera ci-dessous la descendance de Jean-François POIRIER et Rosalie Justine COLIN, les parents de François.
Tracé avec Draw.io , je l’ai sauvegardé au format .xml en local pour m’en resservir plus tard mais aussi en .jpg que je me suis empressé de compresser au format webp via le site squoosh afin d’être un peu écolo-responsable (merci le week-end GeneaTech de Janvier 2022).

Sur les 13 petits-enfants du couple POIRIER-COLIN, 9 n’auront pas de descendance car décédés en bas-âge, symbolisée par un X. Seuls Désirée, François et Marie en auront une symbolisée par la flèche verte ou par le point d’interrogation.

Cet article achève quelque part la série d’articles que j’ai consacré à Pierre HENRY. Armantine HENRY et François POIRIER, mes sosas 30 et 31 auront eu maille à partir avec la justice, Armantine de part son éducation et François de part ses relations.
On peut se demander qu’est-ce qui a bien pu mener François à fréquenter la mauvaise société mais cela restera à tout jamais un mystère.
Deux destins bien malheureux …