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Les enfants de Pierre HENRY (9) : Louise Antoinette

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

Alors Louise Antoinette HENRY, que vas-tu nous dévoiler ? Partons sur ton chemin.

Louise Antoinette voit le jour le 17 janvier 1873 à Montlouis-sur-Loire. Elle est la dernière d’une fratrie de neuf enfants dont deux sont décédés assez jeunes.
C’est son père Pierre HENRY, tourneur, qui fait la déclaration à la mairie en présence de :
– Sylvain ARNOULT, rentier, 76 ans
– Aimé PAPON, ferblantier, 34 ans

Source AD37 – cote 6NUM8/156/012 – page 22/408

Le 28 novembre 1873, Louise Antoinette n’a que 10 mois lorsque sa mère Marie Joséphine GAUTIER décède.
Ce sont ses sœurs qui vont s’occuper d’elle. Il est très probable aussi que sa tante paternelle Julie HENRY, femme d’Etienne BOUCHER, ait participé au maintien d’un semblant équilibre familial. D’ailleurs, lors du procès de 1882, Judith BERTHELOT indique que le couple BOUCHER-HENRY aurait demandé quelques années auparavant à avoir Louise Antoinette mais Pierre HENRY aurait refusé (voir épisode 3).

Entre 1876 et 1878, Louise Antoinette, encore très petite, n’aura pas « subi » directement les affaires de vols et de mœurs impliquant Pierre Isidore, Désirée Marie et Armantine Léontine.

En décembre 1881, elle est recensée chez son père avec Armantine et Lucien.

Le 19 avril 1882, Louise Antoinette est écrouée avec son père et sa sœur Armantine à la maison d’arrêt de Tours pour vol et complicité. Elle est acquitté le 13 mai 1882.

Entre 1882 et 1894, il m’a été impossible à ce jour de suivre la trace de Louise Antoinette. Les tables de recensements de Montlouis sont restées muettes et celles des quartiers de Tours où vivaient ses sœurs également.

Le 05 août 1895 à Monts (37), Louise Antoinette met au monde une petite Antoinette HENRY de père inconnu. Elle accouche à la ferme du sieur Barthélémy GADIN sise à La Lionnière et reconnait sa fille le 09 septembre suivant. On retrouve Louise Antoinette lors du recensement de 1896, elle est domestique à La Lionnière. Sa fille doit être probablement en nourrice mais pas sur cette commune.

Le 11 octobre 1897 à Tours (37), Louise Antoinette HENRY épouse François Marie ROUSSEAU (°25/12/1872 à Derval, †26/03/1956 à Monts). Il est manœuvre et habite au 56 rue de la Riche. Lors de ce mariage (voir ici), ils reconnaissent Antoinette née deux ans plus tôt. Pierre GUILLORY, le beau-frère de Louise Antoinette, à cause de sa sœur Joséphine Julie, est témoin.

Le même jour, Désirée Marie HENRY s’unit à Abel MAUVENU (voir ici), Pierre GUILLORY est aussi témoin de ce mariage.
Finalement les liens entre au moins trois sœurs sur cinq sont bien présents et c’est en rédigeant cet article que je m’en rends compte !

Le 11 avril 1899 nait le second enfant du couple ROUSSEAU-HENRY, Albert Pierre.

Les années passent , le couple et ses deux enfants sont installés durablement à Monts. François Marie ROUSSEAU devient Poudrier au Ripault (poudrerie nationale créée par Antoine Lavoisier en 1786) et Louise Antoinette est journalière.

Après la grande guerre, le destin vient frapper François et Louise.
Albert Pierre, menuisier et célibataire, a à peine 20 ans lorsqu’il décède le 19 février 1919 à Monts. Sa fiche matricule (n°343, cote 1R825) nous apprend que son engagement est ajourné en 1918 probablement lié à une pleurésie ancienne.
Puis, c’est au tour d’Antoinette de quitter ce monde alors qu’elle n’a que 25 ans, le 02 décembre 1920 à Monts. Antoinette est dite journalière et célibataire.

François Marie ROUSSEAU décède le 26/03/1956 à Monts.

Louise Antoinette HENRY s’éteint à son domicile le 10 mai 1958 dont l’acte a été transmis aimablement par la mairie de Monts en septembre 2021.

Louise Antoinette HENRY, la dernière née de la fratrie n’a pas été gâtée par la vie. Une première partie gâchée par son père (1873-1882), une seconde dont je ne sais pas grand chose (1882-1895), une troisième peut être plus apaisée et douce (1895-1919), une quatrième marquée par les décès d’abord de ses enfants puis de ses frères et soeurs (1919-1934) et une cinquième que j’imagine emplie de solitude avec son mari (1934-1958). L’arbre de François Marie ROUSSEAU et Louise Antoinette HENRY s’arrête à ces enfants décédés trop tôt dans la force de l’âge.

Cet article vient clore une série de treize articles centrés sur Pierre HENRY et ses enfants, représentant environ 3 mois de recherches et deux journées intensives aux Archives Départementales d’Indre-et-Loire que je remercie pour leur patience au passage. Je ne pensais pas au départ trouver autant de ressources pour envisager une suite aux procès de Pierre HENRY mais de fil en aiguille et d’aiguille en archives (les vrais avec du papier et sans écran !) …

J’ai donc puisé dans les actes d’état civil, les recensements, les archives d’écrous et les dossiers de procédures judiciaires, les matricules militaires, la presse numérisée, les tables de successions et absences en ligne, Geneanet et Filae.

Ces articles sont forcément incomplets et nécessiteront de nouvelles incursions dans plusieurs AD de Paris à Angers en passant par les ANOM d’Aix. Je vais laisser reposer le gâteau un petit peu et m’atteler à d’autres articles, d’autres recherches et compléter les branches et précieuses radicules de mon arbre 🙂

En attendant je vous souhaite chers lectrices/lecteurs
une bonne et heureuse année 2022.

Geneanet – Descendance G5 de Pierre HENRY °1775 †1851

Les enfants de Pierre HENRY (8) : Louis François

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

Je vous invite à découvrir la courte vie de Louis François HENRY.

Pour ne pas contrevenir à la loi, j’indiquerais les dates et lieux de naissance / mariage de ses enfants ainsi que les dates de décès que l’on trouve sur Internet très facilement grâce aux états civils.
Je ne citerais en revanche aucun de ses petits enfants. Dans le cas présent, je ne risque rien.

Louis François nait le 02 avril 1871 à Montlouis-sur-Loire (37).
Il est le fils de Pierre HENRY (37ans), tourneur, et Marie Joséphine GAULTIER (40 ans), sans profession.
La déclaration de naissance est faite par son père en présence de :
– Pierre GAUGUIN, 58 ans, maréchal, ami du père
– Alexis GAUGUIN, 23 ans, maréchal, ami du père

Source AD37 – Montlouis sur Loire – cote 6NUM8/156/012 page 3/408

Louis François n’a que un an et demi lorsqu’il décède le 03 octobre 1872 à Montlouis sur Loire au domicile de ses parents.
La déclaration est faite par Pierre HENRY (père) en présence de :
– Pierre HENRY, grand-père paternel (°21/04/1807 , †15/05/1879)
– Sylvain ARNOULT, rentier de 75 ans, ami du déclarant

Source AD37 – Montlouis sur Loire – cote 6NUM8/156/011 page 66/386

Il est important de ne pas oublier ces étoiles filantes dont le passage a été plus ou moins bref sur cette terre.

Geneanet – Descendance G5 de Pierre HENRY °1775 †1851

Les enfants de Pierre HENRY (7) : Lucien Pierre

Cet article fait suite aux 4 articles rédigés dans le cadre du Généathème d’Octobre 2021 « Vos ancêtres et la Justice » :
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 3) : Pierre HENRY
Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 4) : Pierre HENRY

Ces affaires nous ont emmenés très loin dans le sordide d’un noyau familial indigent vivant de la charité publique, de rapines diverses où l’ivrognerie et le mensonge étaient omniprésents.
Il m’a paru évident de compléter cette histoire pour savoir et partager ce qu’étaient devenus les neuf enfants de Pierre HENRY (sosa 62), lequel a fini ses jours aux Iles du Salut en Guyane Française le 28 janvier 1885.

On se souvient de Lucien Pierre HENRY lors des affaires de 1882 relatées précédemment. Voyons ensemble quel sort lui a réservé la vie.

Pour ne pas contrevenir à la loi … je n’y contreviendrai pas et ce sera très facile.

Lucien Pierre nait le 08 janvier 1869 à Montlouis-sur-Loire. Il est le septième enfant (sixième vivant) de Pierre HENRY et Marie Joséphine GAUTIER. La déclaration est faite par le père en présence de :
– Athanase-Napoléon DANSAULT, maréchal, âgé de 30 ans
– Sylvain ARNOULT, rentier, âgé de 72 ans

Source AD37 – Montlouis sur Loire – cote 9NUM8/156/006 – pg 370/390

Agé de presque 5 ans, sa mère quitte ce monde le 28 novembre 1873. Il est pris en charge probablement par ses sœurs Désirée Marie et Armantine Léontine dans une moindre mesure. Les enfants sont livrés à eux-mêmes et entrainés par leur père à profiter de la générosité toute relative des habitants de la commune.

En 1876, son frère Pierre Isidore est envoyé en maison de correction suite à une affaire de vols (voir ici)

A l’hiver 1877, Lucien sera directement impliqué dans l’affaire « Gaudron » puisqu’il est présent ce 04 janvier quand René GAUDRON dit Lunette aurait à plusieurs reprises abusé ou tenté d’abuser sa sœur Armantine (voir ici). Ceci étant, René GAUDRON est acquitté en mars de la même année.

En 1878, il voit partir sa sœur Désirée en maison de correction au Refuge de Tours (voir ici). A la maison, il ne reste plus qu’Armantine et la petite dernière, Louise Antoinette.

En Mai 1882, il est acquitté des fait de vols dont il est accusé « comme ayant agi sans discernement ». Par contre, ses dépositions contre son père sont accablantes et enverront ce dernier au bagne.
Il est remis à « ses parents », c’est son cousin éloigné Etienne BLOT qui essayera de lui apprendre le métier de taillandier.

En 1886, lors du recensement à Montlouis, je perds sa trace pour ne la retrouver qu’en 1889 dans les listes cantonales de tirage au sort (à priori la cote 1R406 que je n’ai pas encore consulté). Il aurait été réformé d’après les informations trouvées dans … un dossier de procédure de justice. Eh oui !

Champion toutes catégories confondues

Le 10 avril 1891, à Corbeil, il écope d’un mois de prison pour vol et coups et blessures.

Le 10 mai 1891, à Melun, il est arrêté pour outrages et violences à garde-champêtre, ivresse manifeste. Jugé le 13 mai, il prend 8 jours et 5 francs d’amende.

Le 27 mai 1891, à Melun, c’est 10 jours de prison et 5 francs d’amende pour ivresse, violences et rébellion.

Le 16 avril 1892, à Tours, il est inculpé pour coups volontaires à agents en date du 12 avril 1892 et condamné à 6 semaines de prison et 16 francs d’amende. Petit retour sur les faits (source AD37, cote 3U3/2505).
Les agents DESGEORGES et ROLLAND sont en tournée Quai Port Bretagne à Tours quand ils aperçoivent 2 individus qui se battent. L’agent DESGEORGES prie le plus récalcitrant, un nommé HENRY, de le suivre en le saisissant par le bras. Arrivés près des Halles, HENRY refuse d’avancer et dit « Si tu es seul pour m’emmener, tu peux te fouiller« . L’agent le reprend par le bras mais HENRY ne se laisse pas faire, saisit l’agent par les parties et lui envoie 2 coups de poings. Deux agents des Halles viennent en renfort et maitrisent le nommé HENRY qui subitement se couche et fait le mort. Les agents le hisse dans une charrette pour le mener au poste. En chemin, il reste sans bouger au moins 1/4 d’heure, se relève et comme un forcené saisit l’agent ROLLAND, lui déchire sa tunique et le frappe des pieds et des mains. DESGEORGES voulant aider son collègue est pris à parti, voit sa tunique déchirée elle aussi et reçoit son lot de coups. Ce sont 2 autres agents qui permettent de ligoter HENRY qui de nouveau joue  » l’inanimé  » et est trainé en voiture jusqu’au poste. Au moment de le délier pour le mettre au « violon », HENRY se rebiffe à nouveau, donne des coups et mord l’agent ROLLAND.
Lucien HENRY pour sa défense dit au juge :  » J’ai été condamné une seule fois à Melun. J’étais sans connaissance lorsque j’ai frappé les agents; j’avais une attaque d’épilepsie. Je sais bien que je j’ai déchiré les tuniques des agents. Je persiste dans ce que j’ai dit. « 

Le 30 avril 1894, la 11ème chambre de Paris, le condamne pour coups, outrages, rébellion à agents et ivresse en date du 23 avril, à 2 mois de prison et 5 francs d’amende. Il sort de prison le 23 juin 1894.

Le 20 juillet 1894, le tribunal de Saumur le condamne également à 2 mois de prison et 16 francs d’amende pour outrages et ivresse le 14 juillet précédent.

Libéré le 14 septembre 1894, Lucien se trouve sur la commune de Francueil le 07 octobre. Vers 07h du soir, il entre ivre dans l’auberge du sieur BOUTET qui le met à la porte. Deux clients qui se trouvaient à diner dans l’établissement s’aperçoivent que 2 seaux en zinc leur appartenant et qu’ils avaient laissé à la porte ont été subtilisés. Lucien vend entre-temps les seaux au sieur MEUNIER pour la somme de 2 francs. Ledit MEUNIER s’étant arrêté à l’auberge, parle de son achat et apprend que des seaux ont été volés à des vendangeurs de passage. Il laisse les seaux à l’aubergiste pour qu’il les remette à leurs propriétaires s’ils viennent à les réclamer.
Lucien se représente le 08 octobre matin à l’auberge, le sieur BOUTET le reconnait, le met à la porte en lui disant qu’il est le voleur des seaux. Le garde champêtre est alerté de suite des faits et retrouve HENRY qui l’insulte, lui envoie des coups de poings et des coups de pieds (ndlr : entre nous, il me fait penser à un ninja, non ?). Plusieurs personnes accourent pour le maitriser et le mettre au violon de la localité. Les gendarmes viennent le cueillir le même jour dans l’après-midi pour l’emmener à Tours; ils notent que Lucien a une ancre tatouée sur la main gauche. A la maison d’arrêt, il est noté « tatouage de 2 ancres sur les bras, nombreuses cicatrices sur le dos et sur les 2 rotules ».
Le tribunal de Tours le condamne le 16 octobre à 4 mois de prison pour vol, outrages et rébellion (AD37, cote 3U3/2553).
Le 21 novembre 1894, il est transféré à la prison de Chinon. Il sort théoriquement de prison le 09 février 1895 (et non le 09 janvier 1895 comme noté sur l’écrou ci-dessous). D’après les propos de Lucien Henry lors de son arrestation suivante, il serait sorti le 23 janvier 1895 …

Source AD37 – cote 2Y431 – Ecrou Maison de Correction – pg 224/313

Le 21 mars 1895, il est arrêté par le gendarme Florimond SAMIER pour vagabondage sur la commune de Luynes.  » Etant de service de planton à notre résidence au lieu dit La Romaine, nous avons aperçu un individu étranger au pays, vêtu de haillons […] nous l’avons questionné sur son identité et moyen d’existence, il nous a déclaré : je me nomme HENRY Lucien, 26 ans, je n’ai pas travaillé depuis le 23 janvier 1895, date de ma sortie de la prison de Chinon, je n’ai aucun moyen d’existence, je mendie pour vivre « 
Le même jour, à la demande du maire de Luynes, un médecin visite Lucien à la brigade de Luynes. Il reconnait un état épileptique et une faiblesse générale qui rend impossible la marche de Luynes à Tours pour son transfèrement devant le procureur. Un convoi civil composé d’une voiture à un collier conduit par le sieur CHIDET est alors requis pour mener Lucien HENRY à Tours.
Le 22 mars il est écroué à la maison d’arrêt de Tours et condamné le 23 mars à 8 jours de prison. Il est mis en liberté le 30 mars 1895.

Le 17 octobre 1895, Lucien est à Paris lorsqu’il est arrêté pour outrages, rébellions et vagabondage. Je n’ai pas consulté les dossiers de procédure aux AD de Paris mais les Tables Alphabétiques et Rôles du Tribunal Correctionnel (cotes D1U66017 et D1U65648) confirment bien sa présence.
Il est condamné à 6 mois de prison et 2 ans d’interdiction de séjour. Il sort théoriquement le 17 avril 1896.

Le 25 septembre 1896, le tribunal de Blois le condamne aussi à 6 mois de prison pour tentative de vol, outrages et coups et blessures volontaires commis le 16 septembre 1896. Il sort le 25 mars 1897.

Le 13 octobre 1897 à Tours, les agents de police PECHER et PERTHUIS dressent un procès verbal indiquant que dans la nuit du 12 au 13 octobre en passant par la place Victoire, ils ont trouvé un individu couché près d’un sac contenant des pommes. Ils n’ont trouvé aucun papier d’identité mais l’individu a dit s’appeler Lucien HENRI âgé de 22 ans, né à Fondettes et y demeurant chez son père. Il a essayé de leur échappé durant la nuit et ils l’ont enfermé au violon.
Interrogé de nouveau (le lendemain de son arrestation), il dit avoir 28 ans et né à Montlouis sur Loire, ce qui est plus proche de la réalité ! Il loge depuis 4 jours en garni place Victoire et vient du côté de Nantes. Il est réformé et n’a jamais été condamné. Le 12 octobre, il a ramassé des pommes à travers champs sous les arbres sur la commune de Saint-Cyr et affirme ne pas les avoir volées; le sac contenant les pommes lui a été prêté par son beau-frère POIRIER, cordonnier et demeurant au 6 rue des Prêtres. Il est épileptique et au moment de rentrer à sa chambre la veille après sa « cueillette », il a été pris d’une crise et est tombé au sol où il est resté jusqu’au passage des agents. Ses papiers sont chez son beau-frère.
Interrogé, François POIRIER (45 ans, chiffonnier) déclare que Lucien HENRY est bien son beau-frère qui ne peut rester nulle part et voyage continuellement de bourgs en villes. Il y a peu de temps qu’il est revenu à Tours et est entré comme ouvrier chez le sieur AUZANEAU, maréchal ferrant au village des Guets commune de Montbazon où il a travaillé deux jours et à la suite d’un coup de pied de cheval il est entré pour quelques jours à l’hôpital. Le 12 octobre, Lucien a effectivement demandé un sac pour aller ramasser des pommes à travers champs. Quant à ses papiers, ils ne sont pas chez lui et ignore ce qu’il en a fait.
Lors de son interpellation, les agents trouvent, en plus du sac de pommes, un couteau, un porte monnaie contenant un franc de Louis Philippe et un mouchoir à petits carreaux lilas avec bandes rouges formant une croix. Lucien avoue avoir emporté ce mouchoir par « mégarde » à sa sortie de l’hospice.
D’après les renseignements pris par le commissaire de police, Lucien est domicilié au 18bis place Victoire et vit depuis quelques jours à Tours. Il subvient à ses besoins par des maraudages et des rapines. Trois ans auparavant, il vivait à Tours et logeait la nuit dans des bouges où il fréquentait « la mauvaise société ».
Le sac de pommes constitue dès lors un vol de récoltes dont le propriétaire est inconnu et le mouchoir un vol simple envers l’hospice de Tours. Une assignation à comparaitre le 23 octobre lui est signifié par huissier le 13 octobre 1897.
A partir de là, j’émet l’hypothèse qu’il a été remis en liberté en attendant de comparaitre 10 jours plus tard. Sauf que le 23 octobre, Lucien ne se présente probablement pas car une nouvelle assignation est faite le 08 novembre :

L’an 1897 le 8 novembre, à la requête de Mr le Procureur près le tribunal de 1ere instance […] je soussigné André Henri ROGER, huissier audiencier au dit tribunal demeurant à Tours place Plumeau n°2 ai cité HENRY Lucien Pierre, 28 ans, maréchal ferrant, sans domicile ni résidence connu … ce pourquoi j’ai affiché copie de la présente à la principale porte du Tribunal civil de Tours et ai remis semblable copie à Mr le Procureur de la République en son parquet ou étant et parlant […] à comparaitre en personne le samedi 13 novembre 1987 devant le dit tribunal […]

Le 13 novembre 1897, Lucien Pierre ne se présente pas à l’audience.
Le tribunal après en avoir délibéré conformément à la loi, jugeant en audience publique de police correctionnelle et en premier ressort; attendu que le prévenu HENRY bien que régulièrement cité, ne comparait pas, donne défaut contre lui et dit qu’il sera passé outre aux débats.
Il est donc déclaré coupable et condamné à 4 mois d’emprisonnement et 18 francs 20 centimes pour frais de procès.

Mais Lucien n’effectuera pas sa peine de suite puisqu’il s’est de nouveau « évaporé ».
C’est le Parquet de la Seine en Mai 1898 qui, demandant des renseignements au parquet de Tours, permet de remettre la main sur le fugitif. Le parquet de Tours prie ses collègues parisiens de signifier le jugement du 13 novembre 1897 au nommé Henry actuellement emprisonné à la prison Sainte Pélagie de Paris.
Le 21 mai 1898, Lucien, grand malin qu’il est, informe le parquet de Tours, par greffiers interposés, qu’il fait opposition au jugement par défaut. Le 7ème parquet du Tribunal de 1ère Instance de la Seine indique qu’Henry sera libérable le 07 juillet 1898.
Le 23 mai 1898, le Parquet de Tours, demande à ses homologues d’informer Mr HENRY Lucien Pierre que le tribunal statuera le 16 juillet 1898 sur l’opposition formée par lui contre le jugement de novembre 1897.
Lucien sort donc de prison mais je ne sais pas s’il s’est présenté le 16 juillet au Tribunal de Tours. Il est débouté de son opposition et la condamnation de 4 mois est maintenue.
Une note dans le dossier de procédure (AD37 cote 3U3/2611) indique que le gardien chef de la prison d’Angers informe le Procureur de la République de Tours que le sieur HENRY à commencé à subir sa peine le 14 octobre 1898. Vous avez bien lu, Angers !

L’arrêt de l’audience publique de Police correctionnelle du Tribunal Civil de 1ère Instance de Tours (AD37, cote 3U3/1579), indique qu’Henry Lucien aurait été arrêté pour vagabondage le 08 octobre 1898 et condamné par le Tribunal d’Angers à deux mois de prison. Voilà ce qui explique la note du gardien chef de la prison d’Angers. Maintenant a-t-il purgé 4 mois + 2 mois supplémentaires de prison ? Il faudrait aller voir les AD49 …

Du 16 au 18 novembre 1899, Lucien est arrêté pour vagabondage à Tours mais est radié de l’écrou en vertu d’un non lieu.

La Der des Der

Le 1er janvier 1900, Lucien est arrêté à Château-la-Vallière (37) pour vagabondage. Il est remis entre les mains du Tribunal Civil de 1ère Instance de Tours qui le juge le 20 janvier 1900.
Vu qu’il a déjà subi une peine de 2 mois par le Tribunal d’Angers et qu’il y a lieu de lui accorder les circonstances atténuantes, il est déclaré en état de récidive légale, fait prévu et puni par les articles 269, 270, 271, 58 et 463 du code pénal.
Pour cela il écope d’un mois d’emprisonnement et 16 francs 80 centimes …
Mais ce n’est pas tout !

Attendu qu’il résulte du casier judiciaire de Henry que, depuis moins de 10 ans, non compris la durée de toutes les peines subies, qu’il a encouru les condamnations suivantes et que je me suis acharné à vous décrire plus haut (octobre 1894 à Tours, mars 1895 à Tours, novembre 1895 à Paris, septembre 1896 à Blois, juillet 1898 à Tours, octobre 1898 à Angers), ledit HENRY tombe sous le coup de l’application de l’article 4, § 2 et 4 de la loi du 27 mai 1885.

La sentence finale est la suivante : « à l’expiration de sa peine, HENRY sera relégué« .

Lucien va donc être envoyé au bagne, en l’occurrence en Guyane, et n’aura à sa sortie plus le droit de mettre les pieds dans l’hexagone.

Pour ceux qui n’auraient pas compté, Lucien a effectué au moins 15 séjours en prison avant de partir au bagne comme illustré ci-dessous.

Comme l’indique sa fiche matricule sous le numéro 6473, Lucien Pierre HENRY a embarqué le 21 décembre 1900 sur le Calédonie à destination de la Guyane Française. Il arrive au Maroni le 15 janvier 1901.

Source ANOM – cote H2346 – registre matricules Guyane Française

Lucien n’aura vécu (ou survécu) que 3 mois en Guyane, il décède à Saint-Jean-du-Maroni le 24 avril 1901. Son acte de décès n’en dit pas plus sur les circonstances de son décès, toutes les hypothèses sont recevables : alcool, énième et fatale crise d’épilepsie, maladie « locale » …

Source ANOM – Etat Civil Saint Jean du Maroni (1901)

Lucien Pierre n’a pas réussi à trouver sa voie dans cette vie. Les tribulations familiales dès sa plus jeune enfance l’auront marqué à jamais faisant de lui peu à peu un paria, s’enfermant dans un perpétuel mensonge. On peut croire que sa famille lui soit venue en aide ponctuellement mais son beau-frère François POIRIER en octobre 1897 le dit lui-même : « il ne peut rester nulle part et voyage continuellement de bourgs en villes« .

Le concernant, il me restera à retrouver les dossiers de justice dans les différents lieux où il a été emprisonné (Paris, Corbeil, Melun, Blois, Angers, Saumur) mais aussi de voir aux ANOM si son dossier est plus étoffé que la simple fiche matricule.

Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 1) : Pierre HENRY

Il y a environ trois ans, muni des copies des livrets de famille relatifs aux deux mariages de mon AGP Louis Auguste CHESNEAU (sosa 14) et généreusement transmis par une grande cousine, j’entrepris de remonter « un tout petit peu » la branche de sa seconde épouse Fernande Gabrielle POIRIER, accessoirement mon sosa 15.
Cette recherche, largement facilitée par un arbre déposé sur Geneanet et dont les informations se révélèrent toutes justes malgré l’absence de sources, me fit remonter assez vite à mon sosa 124, le dénommé Pierre HENRY né à Montlouis-sur-Loire le 15 janvier 1833, marié à Marie Joséphine GAULTIER le 02 juin 1857 (même commune) et décédé le 28 janvier 1885 … aux Iles du Salut en Guyane !

Fallait pas s’appeler Madame Irma pour en conclure qu’un os était tombé dans le potage et que l’aïeul n’était pas un enfant de cœur.
Je laissais là cette première découverte sans remonter plus loin cette ascendance pour y revenir quelques deux années plus tard pour en savoir un peu plus sur les raisons de cet envoi au bagne …

Et ça tombe plutôt bien car en ce mois d’Octobre 2021 le Généathème de la communauté Geneatech propose une causerie sur « Vos ancêtres et la Justice »; de plus, une descente aux AD de l’Indre-et-Loire à Tours, cet été, m’a permis d’étoffer la partie judiciaire de l’affaire « Henry » et d’en découvrir d’autres …

Je vous invite donc à partager mes découvertes que je ne pourrais pas synthétiser en un seul article tellement il y a à raconter. Allez, GO !

A l’est de Tours, à quelques 12 km sur la rive gauche de la Loire, Montlouis-sur-Loire est un bourg d’environ 2232 âmes au recensement de 1881, une population stable depuis un siècle. La famille HENRY y est installée au moins depuis 1773, date où s’arrête aujourd’hui mes recherches et correspondant au mariage de l’AGP de Pierre HENRY.

Montlouis-sur-Loire et ses environs, carte de Cassini, source Géoportail

Pierre HENRY est le fils de Pierre HENRY (° 21 avril 1807 et † 15 mai 1879), maréchal-ferrant originaire de Montlouis-sur-Loire, et de Silvine MEUNIER (° 11 mars 1797 et † 24 novembre 1865), originaire de La Ville aux Dames, où ils se marient le 20 septembre 1828.

Pierre HENRY naît le 15 janvier 1833 à La Ville aux Dames, village de la Bredivière; il est le deuxième enfant et seul fils d’une fratrie de quatre :
Silvine HENRY, ° 14 mars 1830 à La Ville aux Dames ( † non trouvée). Mariée à Edouard MICHAUD, originaire de Châtillon sur Sèvre (79), le 05 juin 1849. Ils n’auront qu’un fils qui entrera au grand séminaire à Poitiers (dispensé de conscription en 1871 sur la liste de Châtillon sur Sèvre).
Julie HENRY, ° 10 août 1835 à Tours et † 23 mars 1898 à Montlouis. Mariée à Etienne BOUCHER, originaire de Bourgueil (37), le 09 juillet 1856. Ils auront trois fils : Etienne °1856, Georges °1860 et Jules °1864.
Marie HENRY, ° 10 septembre 1838 à Montlouis et † 24 décembre 1864. Fille mère de Marie-Sylvine HENRY (° 20 octobre 1863, † 21 septembre 1864).

Pierre HENRY exerce le métier de charcutier lorsqu’il s’unit le 02 juin 1857 à Montlouis-sur-Loire avec Marie Joséphine GAULTIER (°15 janvier 1831), elle-même cuisinière à Montlouis et originaire d’Epeigné les Bois (37).
Les parents de Marie Joséphine, Gilles GAULTIER et Elizabeth RENAULT, quant à eux, demeurent en 1857 à Saint-Georges dans le Loir-et-Cher (41) entre Chenonceaux et Montrichard, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Montlouis en descendant Le Cher.

De la Ville aux Dames à Epeigné les Bois, carte de Cassini, source Géoportail

De cette union HENRY – GAULTIER, naitront 9 enfants :

  1. Marie Pâquerette (° 03/04/1858 et † 18/01/1934 à Montlouis). Gagiste, elle épouse Pierre Louis GASTé, maçon de son état, le 18/09/1876 à Montlouis. Ils auront 11 enfants.
  2. Joséphine Julie (° 03/12/1859 Montlouis, † 19/12/1923 Tours). Domestique à partir de 1874 puis cuisinière au moment de son union avec Pierre GUILLORIT le 25/10/1879 à Montlouis. Je ne leur connait qu’une fille Jeanne Louise Georgette (° 11/03/1894).
  3. Alphonsine Adrienne (° 25/01/1861 et † 06/03/1864 à Montlouis).
  4. Désirée Marie (° 12/09/1863 Montlouis, † 10/07/1924 St Pierre des Corps). Elle épouse en 1ères noces, le 04/02/1885 à Tours, Jean DOUSSOT (° 14/06/1857, † 15/09/1896), journalier et natif de Corancy dans la Nièvre où leurs 2 enfants verront aussi le jour en 1886 et 1887. Le 11/10/1897 à Tours, Désirée a 36 ans et après un an de veuvage elle s’unit à Julien Abel MAUVENU, terrassier né au Blanc le 24/07/1872. Je ne leur connais pas de descendance. Désirée fait partie de « l’aventure judiciaire » mais j’en dis pas plus.
  5. Pierre Isidore (° 15/03/1865 Montlouis, † 14/08/1917 Bourgueil). Je ne lui connais ni épouse, ni enfants. Néanmoins il y aura toujours à raconter sur son sujet et son rapport à la justice …
  6. Armantine Léontine (° 19/08/1866 Montlouis, † 07/08/1933 Tours). Elle est mon sosa 31. Elle épouse François POIRIER (cordonnier, sosa 30) le 12/12/1887 à Tours. Ils auront 3 enfants : Armand François (°1889 †1894), Fernande Gabrielle (°25/07/1894 Tours, † ???, sosa 15) et Emile Ludovic (°1896, † 1929). Le point commun de ce couple est aussi la justice car tous les deux auront eu maille à partir avec cette dernière.
  7. Lucien Pierre (° 08/01/1869 Montlouis, † 24/04/1901 St Laurent du Maroni). Je ne lui connais pas de descendance mais on notera que Saint Laurent du Maroni ce n’est plus vraiment en Touraine … La justice aura opté pour le bagne !
  8. Louis François (° 02/04/1871 et † 03/10/1872 à Montlouis).
  9. Louise Antoinette (° 13/01/1873 Montlouis, † 10/05/1958 Monts). Elle épouse François Marie ROUSSEAU à Tours le 11/10/1897. De cette union naitront à Monts, Antoinette en 1895 et Albert en 1899. Elle sera forcément mêlée aux déboires judiciaires de son père.

Pierre HENRY, de charcutier en 1857, deviendra Marchand de porcs en 1859 puis Tourneur sur bois à partir de 1863.

Marie Joséphine GAULTIER décède le 28 novembre 1873 à Montlouis dans le quartier du Rocher. Sept de ses neuf enfants lui survivront; en 1873, son ainée Marie Pâquerette n’a que 15 ans et sa petite dernière Louise Antoinette n’a que 10 mois.
Il est possible que sa disparition, à l’âge de 42 ans seulement, ait plongé son mari et ses enfants dans un tourbillon infernal qui les mènera quasiment tous à côtoyer de très près la justice au moins une fois dans leur vie sauf peut-être Marie Pâquerette et Joséphine Julie.

C’est donc ce que je propose de conter à présent dans une série d’articles. J’ai choisi d’amener ces histoires de la même manière que je les ai découvertes et il me reste à ce jour encore quelques recherches à effectuer qui clôtureront cette « saga ».

Alors bien-sûr, je ferais des sauts de puces en avant et en arrière selon les articles et les individus concernés, j’espère néanmoins ne pas perdre mon/ma lecteur/lectrice au passage.

Alors Pierre HENRY ?
Que test-il donc arrivé en 1882 pour finir au bagne en Guyane ?