Archives quotidiennes :

Les Affaires dans l’ Affaire (épisode 2) : Pierre HENRY

Dans la continuité de l’épisode 1 de cette série d’articles et du généathème d’Octobre , nous allons donc visiter d’un peu plus près ce pourquoi Pierre HENRY (sosa 62) pour s’est retrouvé face à la justice en ce premier semestre de l’an de grâce 1882.

AVERTISSEMENT : certains propos rapportés factuellement peuvent choquer. Ils m’ont moi-même troublé lors de mes lectures mais les termes permettent aussi de contextualiser et mieux comprendre de quel milieu social il s’agit et les errements qui ont eu lieu. Récit que je veux le plus sans jugement, cela a été et ne peux être défait, c’est ainsi.

Je ne vais pas vous retracer chronologiquement mes propres recherches qui n’ont pas été d’une rigueur extraordinaire mais bien la chronologie d’évènements qui ouvriront des portes vers d’autres articles … alors, allons-y chers lecteurs !

Afin de ne pas se perdre dans les prénoms, on se reportera utilement à la frise ci-dessous.

En ce 18 avril 1882 à 5 heures du soir, le Brigadier Jean BLEAS assisté du réserviste de la gendarmerie nationale (9ème légion de la compagnie d’Indre-et-Loire) est en tournée dans la commune de Montlouis et est informé de différents vols commis au préjudice de plusieurs personnes par la famille HENRY.
Une enquête minutieuse est menée et le brigadier prend les 3 déclarations suivantes.

  • Armand DOUDON, 21 ans, tonnelier à Montlouis, déclare que le 05 mars 1882 vers 2 heures du soir, alors qu’il était couché dans son lit, les filles HENRY sont entrées pour offrir de la salade. La maisonnée étant restée muette, elles son reparties puis revenues pensant qu’il n’y avait personne. L’une d’elle a pénétré dans la cuisine et fouillé dans l’armoire. Entendant du bruit, Armand s’est levé et l’a mis à la porte après s’être assuré qu’elle n’avait rien pris.
  • Mme COULTELOUP, 34 ans, épicière à Montlouis, déclare que dans les premiers jours de mars 1882 s’être aperçu de la soustraction d’un sac de pralines et une boîte de pastilles de sucre d’orge. Elle a soupçonné immédiatement les filles HENRY qu’elle avait vu rôder autour de chez elle. Trois jours après le vol, elle fait venir la plus jeune des filles (Antoinette) et lui fait avouer que c’est sa sœur Armantine qui a commis le vol.
  • Philomène MENELAUS, femme HENRY (je n’ai pas trouvé de lien familial direct à ce jour), 39 ans, aubergiste à Montlouis, déclare que le 25 février pendant qu’elle était à Tours, il a été volé une poule dans sa cour puis quelques jours plus tard du beurre dans un placard, une bouteille de rhum, une bouteille de sirop de groseille et du chocolat. Ses soupçons se portent sur les filles HENRY et notamment Armantine qui est venue chez elle le jour de la disparition du beurre.

Ces déclarations faites, les gendarmes se rendent au domicile de la famille HENRY accompagné de l’adjoint au maire et d’un conseiller municipal. Durant une minutieuse perquisition, Armantine retire du dessous de son lit 4 mouchoirs à petits carreaux ainsi qu’un étui à aiguilles qu’elle déclare avoir volés.
Aux questions posées à Pierre HENRY ainsi qu’à Armantine, ils se sont bornés à déclarer n’avoir jamais rien volé sauf toutefois une pièce de 5 francs en argent qu’Armantine a soustrait à un dénommé DUVAL.
Antoinette, 9 ans, déclare que le samedi précédent soit le 15 avril 1882, en passant par le village de La Bourdesière, Armantine a ouvert la croisée de la maison de veuve SERRAULT et en allongeant le bras a pris 4 mouchoirs ainsi qu’1 mètre de galon sur la table. En rentrant, Antoinette a raconté à son père le méfait et son père répondit qu’elle se ferait prendre un jour par les gendarmes et si la femme SERRAULT venait réclamer les mouchoirs, il la battrait devant elle. Antoinette dit aussi aux gendarmes et témoins présents que c’est aussi Armantine qui a volé les pralines et les berlingots chez madame COULTELOUP et que pendant qu’elle vole elle fait le guet à la porte ou dans la rue pour la prévenir.

Sur ce, dans la nuit du 18 au 19 avril 1882, Pierre et ses deux filles sont arrêtés et menés à la prison de Tours jusqu’au 25 avril 1882, comme l’atteste les écrous passagers (cote 2Y233 page 55) ci-dessous.

Avant d’aller plus loin, j’aimerais faire une toute petite digression sur les écrous (source : 60 minutes d’archives des AD37, atelier du 15/10/2020).
L’écrou est l’acte (procès-verbal) constatant qu’une personne a été placée en détention dans un établissement pénitentiaire. Les écrous contiennent une somme d’informations importante permettant une ouverture de recherches très intéressantes.
La prison de Tours accueille à la fois les maisons d’arrêt, de correction et de justice. On y trouve les condamnés de simple police, les vagabonds, les passagers, les étrangers sans passeport … ainsi que les condamnés par le tribunal correctionnel jusqu’à un an de prison et les prévenus en attente de jugement à la cours d’assises.
Il y un registre d’écrou spécifique à chaque type de détenu :
– Arrêt : prévenus en attente d’un jugement
– Justice : accusés jugés en cours d’assises
– Correction : condamnés à une peine correctionnelle de moins d’un an
– Dettier : contraintes par corps (dans le cas de dettes et créances à recouvrer si j’ai bien compris)
– Passagers : individus de passage (transférement, expulsion, …)
– Militaires
– Détenus par mesure administrative

Le 21 avril 1882 à 09 heures du soir, le brigadier Jean BLEAS assisté du gendarme territorial Louis PICODON se rend de nouveau à Montlouis pour y compléter le procés verbal du 18 avril. Ils interrogent successivement les personnes suivantes.

  • Marie PORTESEAU (Veuve Luc SERRAULT), 70 ans, journalière, indique que le 15 avril en rentrant chez elle, elle a trouvé sa croisée entr’ouverte et s’est aperçue de la disparition de ses 4 mouchoirs de poche. Elle a porté ses soupçons sur les filles HENRY qu’elle avait vu rôder dans le village et est allé faire sa déclaration au maire. Elle ajoute que ces filles ont également volé 1 paire de chaussettes posées sur des échalas à Jacques PIERRE, son voisin actuellement absent.
  • Sylvine LORRAIN (femme POITEVIN), 33 ans, journalière, déclare que le dimanche 16 avril 1882, Armantine HENRY a pénétré dans sa maison et lui a volé 1 pain de 6 livres et la moitié d’un autre pain. Elle est allé aussitôt chez le père des filles et y a reconnu son pain.
  • Françoise VIGNOT (femme GARNIER), journalière, déclare qu’il y a un an environ, Armantine lui a volé un mouchoir de poche qui séchait dans son jardin et que quelques jours plus tard elle a remarqué son mouchoir au cou du frère d’Armantine.
  • Toussaint JUSSEAU, 46 ans, aubergiste à Montlouis, déclare que depuis le 1er janvier 1882, Armantine l’a volé à 3 reprises, une brioche, une orange et une pomme. De même, elle aurait volé à son beau-père, David BURON, une douzaine d’œufs.
  • Madame FOUGERAULT, maitresse d’hôtel, déclare que l’année passée vers la Saint Jean, Antoinette HENRY lui a volé 2 œufs. S’apercevant du délit , elle a appelée Antoinette qui l’a injuriée sans lui rendre l’objet du larcin.
  • Judith BERTHELOT (femme RENARD), 52 ans, couturière, indique avoir surpris 4 ans auparavant le fils HENRY dans son jardin avec un panier rempli de pommes et que c’était son père qui lui avait commandé le méfait. Elle est allé voir Pierre HENRY au sujet du vol et a été reçu de la façon la plus grossière.
    De plus, Pierre HENRY a été longtemps son voisin et que toutes les fois où il allait uriner contre le mur de sa cour et qu’elle passait (elle ou bien sa fille), il se retournait et montrait « ses parties sexuelles ».
  • Marie BOURGUIGNON (femme de Michel RENARD), 60 ans, dit que 3 semaines auparavant, Armantine a volé 1 boîte de pastilles de gommes (1/2 livre) et que quelques jours après le vol, elle lui a rapporté la boîte vide en déclarant que ce n’était pas elle qui l’avait dérobé.

Le brigadier et son acolyte n’en seront pas de leur peine lorsqu’ils vont interroger Lucien HENRY, 12 ans, fils de Pierre HENRY, né le 08/01/1870 (en fait 1869) et demeurant chez son père. Lucien reconnaît :
– avoir volé des pommes à Mme RENARD
– des poissons à son ancien patron le nommé BOISVINET, cultivateur à Vouvray
– avoir bu une partie du rhum que sa sœur a volé chez HENRY (Philomène)
– mangé un lapin, lui aussi volé mais ne sait pas au préjudice de qui.

Et là, ça commence à balancer dur !

Lucien raconte qu’il y a 3 ans, un dénommé TALAND, 45 ans, travaillant à Veretz chez Monsieur JACQUES, venait souvent faire la noce, qu’il payait à boire et apportait du pain. Comme il était tard et qu’il n’y avait plus rien à boire, son père proposait à TALAND d’aller se coucher avec sa fille Armantine. TALAND s’exécutait et se couchait à côté d’Armantine et Lucien dans le même lit et caressait sa sœur devant lui. Lucien faisait alors semblant de dormir.
Il ajoute
« mon Papa et TALAND ne se cachent pas pour caresser ma sœur et ils la baisent l’un après l’autre …
Mon père baise souvent ma sœur Armantine …
il y a environ 15 jours qu’il ne l’a pas caressée, d’habitude il la voit une fois ou deux par semaine.
Ma sœur Désirée qu’est aujourd’hui dans un refuge, se faisait également caresser par des étrangers, devant mon père.
Moi aussi je baise quelquefois ma sœur, je l’ai caressé plus de 20 fois. Du reste c’est elle qui m’a engagé à le faire et si je l’ai fait c’est à force de voir mon père caresser mes sœurs devant moi …
il y a environ 6 mois un individu de 40 ans environ, qui a travaillé avec mon père à Poitiers est entré chez nous; après avoir vidé une bouteille … mon père lui a dit d’aller se coucher avec Armantine, auprès de laquelle il est resté une partie de la journée et toute la nuit; pendant la nuit, cet étranger, mon père et moi avons baisé Armantine chacun notre tour …

Ma petite sœur Antoinette a vu différentes fois mon père avec Armantine; Antoinette se laisse aussi caresser par les gamins du voisinage, moi-même je l’ai caressée 2 fois.
Depuis très longtemps, je couche avec Armantine et mon père avec Antoinette.
« .

Les autres renseignements portés par le brigadier BLEAS indiquent que Pierre HENRY jouit d’une très mauvaise réputation, il envoie tous les jours ses enfants à la maraude, il ne veut pas les caser parce qu’il estime qu’étant domestiques ils ne rapportent rien alors qu’autrement ils lui apportent tous les soirs le produit de leurs vols. Il attire chez lui tous les saltimbanques et les gens mal famés et livre ses filles aux premiers venus, lui-même a des relations illicites avec elles.
Il est père de 7 enfants, 5 filles et 2 garçons. Deux filles sont mariées et leur réputation est bonne; un fille est dans un Refuge et l’aîné des garçon est à Mettray. On présume qu’il s’est servi successivement de toutes ses filles.

Le 24 Avril 1882, le Procureur de la République du Tribunal de 1ere instance de Tours dans son Réquisitoire à fin d’information, transmet les 2 procès verbaux de la gendarmerie au Juge d’Instruction, d’informer par voies de droit et décerner les mandats de dépot contre HENRY Armantine (15 ans), Antoinette (9 ans) et Pierre (48 ans) pour Vols et Complicités de Vols.

Le 25 Avril 1882, le Juge d’Instruction Alphonse VINET lance 3 mandats de dépôt contre Pierre HENRY et ses deux filles pour Vol et Complicité et ordonne qu’ils soient tous trois placés en Maison d’Arrêt.

Mandat de dépot de Pierre HENRY en date du 25 avril 1882, source AD37 cote 3U3/2356

Le 25/04/1882, comme indiqué dans le mandat de dépôt, le transfert entre les écrous Passagers et les écrous de la Maison d’Arrêt est effectif pour Pierre, Armantine et Antoinette. Ci-dessous, l’extrait de l’écrou de la Maison d’Arrêt que j’ai volontairement tronqué de moitié pour ne pas dévoiler la suite car cet écrou contient aussi la conclusion voire les conclusions de ces affaires (jugement, acquittement, placement, etc). On voit tout de même dans la colonne « Transcriptions » qu’un second mandat de dépôt est émis en date du 12 mai contre Pierre HENRY pour attentat à la pudeur.

Source AD37 cote 2Y275 page 35

Le 25/04/1882 à 3h30, Armantine est interrogée par le juge VINET. Elle réfute la plupart des vols et avoir fouillé l’armoire de DOUDON; elle ne sais pas qui a volé les mouchoirs mais avoue le vol des 5 francs rendus à sa propriétaire Mme DUVAL. Elle dit que son frère Lucien a trouvé le mouchoir de la femme GARNIER dans les rottes (sentiers) et volé des pommes à la femme RENARD; quant au vol de poisson du sieur BOISVINET, elle l’ignorait.
Elle réfute les faits qu’Antoinette faisait le guet pendant qu’elle volait et que son père les incitaient à commettre ces larcins.
De même, elle n’a pas volé ni bu le rhum de la femme RENARD et encore moins mangé son lapin.

Le 25/04/1882 à 04h, Antoinette est interrogée par le juge VINET. Elle indique que c’est sa sœur qui a volé les pralines et les pastilles à Mme COUTELOUP, les 4 mouchoirs à la veuve SERRAULT, du beurre et 3 bâtons de chocolats à la femme HENRY (pour le rhum et le sirop de groseilles, elle n’en sait rien). Pour la boite de pastilles de gommes, elle dit l’avoir trouvé dans un nid de pie au pied de la Rotte qui conduit chez la femme PODEVIN et que c’est sa sœur sur ordre du père qui est allé la ramener à la femme RENARD. Elle n’a pas connaissance du vol de chaussettes du nommé sieur JACQUES, du pain de la femme PODEVIN, des oeufs de David BURON et de la poule que son père aurait volé puisque cette poule serait tombée dans le puit de Mme GILLE.
Elle ne sait pas pourquoi sa sœur a fouillé dans l’armoire de DOUDON, ça l’a pris comme ça et Antoinette « rouge comme un coq » de honte l’a dit à son père qui a « donné une branlée » à Armantine. Elle dit aussi qu’Armantine a volé 2 oranges chez JUSSAULT et qu’elle même n’a pas dérobé la pomme et la brioche.
Antoinette dit qu’elle n’a jamais rien pris à personne, qu’elle ne veux pas « se faire crier sur le dos comme il y en a, que ce n’est pas son affaire. Si elle mange quelque chose c’est qu’elle le gagne en allant tous les jours garder les vaches de Mme CHAUVIN, demeurant auprès du pont de Montlouis, qui lui donne 10 francs et que lorsque qu’elle ne sera plus ici elle veux retourner tout de suite chez elle.
Antoinette admet que sa sœur lui disait de faire le guet lors des vols mais qu’elle s’en allait par peur de se faire prendre.
Elle nie que son père les incitait à rapiner en disant « si vous voulez manger, allez chercher ». Elle n’a pas connaissance d’un vol de panier de pommes à la femme RENARD ni des poissons du nommé BOIVINET de la Frillière à Vouvray; par contre sa sœur aurait soustrait 102 sous à un nommé VITAL-PROUST demeurant dans les coteaux, somme que son père aurait restitué le soir même.

Le 25/04/1882 à 05h, Pierre HENRY est interrogé par le juge VINET. Il dit au juge qu’il n’a rien vu de tous les vols dont il est accusé avec ses filles, qu’il travaille de côté et d’autre et que si ses enfants cachent ce qu’ils volent il est difficile de s’en apercevoir. Il sait que sa fille Armantine a volé 5 francs et 10 centimes mais qu’ils ont été restitué à monsieur VIDAL-PROUST. Il n’y pas eu vol de lapin par sa fille et que c’était son propre lapin qui s’était étranglé qui a été mangé. Il n’a jamais vu de bouteille de rhum ni de bouteille de sirop de groseille chez lui et encore moins la soi-disant poule volée à la femme HENRY.
Concernant la démonstration de ses parties génitales à Judith BERTHELOT (femme RENARD) et sa fille, il dit que c’est faux.
Concernant la composition de la famille, il indique qu’Armantine, Antoinette et Lucien vivent avec lui. Ses 2 filles ainées, Marie et Joséphine, sont mariées respectivement à un maçon nommé GASTé demeurant à Montlouis et un garçon épicier sur le marché aux fruits à Tous nommé Louis GUILORY. Sa fille Désirée est au Refuge à Tours et son fils aîné Lucien est à Mettray (colonie agricole).

Le 25/04/1882, Alphonse VINET, juge d’Instruction, demande au maire de Montlouis de fournir des renseignements concernant Pierre, Armantine et Antoinette qui sont inculpés de vols et complicités. La réponse du maire parviendra au parquet le 06/05/1882, j’évoquerais plus loin son contenu.

Le 25/04/1882, le juge VINET émet un Mandat d’Amener le nommé Lucien HENRY, 12 ans, demeurant chez son père et qui n’a pas été arrêté le 18 avril précédent.

Le 26/04/1882 à 11h du matin, les gendarmes à pied Antoine REGNIER et Paul POUPINEAU, munis du mandat d’amener de la veille, se rendent au domicile des HENRY pour y arrêter Lucien HENRY. Lucien obéit et est conduit devant le juge qui a gardé l’inculpé par devers lui.

Le 26/04/1882 à 03h du soir, Lucien comparait devant le juge pour y être interrogé.
Lucien reconnait avoir volé des pommes il y 2 ans à Judith BERTHELOT (femme RENARD) et les poissons 1 an auparavant au sieur BOISVINET qu’il a vendu 10 sous à un nommé GALLOIS à la Frillière; argent qu’il a utilisé pour s’amuser à l’assemblée. Concernant le mouchoir de poche volé à la femme GARNIER, Lucien dit que c’est sa sœur Armantine qui l’a dérobé.
Ensuite il lui est demandé s’il est courant de plusieurs vols commis par Armantine au préjudice de plusieurs personnes à Montlouis. Lucien dit qu’il sait que 3 ou 4 mouchoirs ont été volés à La Vallée mais ne sait à qui. Que de la liqueur a été volé à la femme HENRY et qu’il en a bu un petit verre que sa petite sœur Antoinette lui a donné comme il revenait de travailler aux champs. Il n’a pas connaissances d’autres méfaits commis par ses sœurs. Quant au lapin qui aurait été volé, dont il a parlé à la gendarmerie, il ne sait pas si c’était un lapin volé car son père en avait tiré un.
Lucien avoue que son père les incitait à voler s’ils voulaient manger et que c’est lui qui lui a donné le panier pour voler les pommes. Il dit aussi que l’année passé ils ont mangé des œufs que sa sœur Armantine avait volé. Il ne sait pas si sa sœur a volé du pain à la femme PODEVIN ni si elle a volé des pralines à madame COUTELOUP mais il se souvient avoir vu sa petite sœur en manger il n’y a pas si longtemps.
Enfin il indique que depuis une semaine, il est chez son cousin BLOT, taillandier à Montlouis, qu’il a travaillé 1 mois en 1881 chez le sieur BOISVINET et que tout le reste du temps il est resté chez son père.

Le 26/04/1882, le juge d’instruction émet une « Cédule à témoins » mandant et ordonnant à tous huissiers de faire comparaître en personnes 14 témoins pour le 28/04/1882 à 01h précise du soir.

Le 27/04/1882, l’huissier commis auprès du tribunal de Tours assigne les 14 témoins pour y faire leurs dépositions sur « les faits dont il leur sera donné connaissance ». A défaut de comparution, ils seront contraints et condamnés conformément à la loi.

Le 28 Avril 1882, comme requis par les huissiers les témoins déposent et sont mis en présence des inculpés pour croiser les versions.

  • Armand DOUDON, 20 ans, tonnelier, confirme sa première déposition au Brigadier BLEAS lorqu’il a surpris Armantine fouiller dans l’armoire début Mars 1882. Il ajoute que vers la mi-Avril une livre de beurre a disparu et que leur soupçons se sont portés sur les jeunes filles qui s’amusaient devant leur porte.
    Armantine nie. Antoinette accuse sa sœur de mensonge. Pierre n’a rien à dire.
  • Joséphine COUDELOUP, 34 ans, épicière, confirme la version donnée aux gendarmes sur le vol de la boites de pastilles et de pralines.
    Armantine nie. Antoinette dit que c’est vrai. Pierre ne sait rien.
  • Philomène MENELAUS (femme HENRY), 39 ans, débitante, a de forts soupçons sur les filles HENRY et notamment Armantine sur les vols déclarés (poule, beurre, rhum, sirop de groseille, bouteille de fine champagne, 1 demie livre de chocolat).
    Armantine et Antoinette nient. Pierre dit qu’il n’a rien vu, ni de la poule ni d’autre chose.
    Philomène précise qu’elle ne parle pas de la poule tombée dans le puits l’été de l’année précédente.
  • Marie VERRIER (femme PROUST), 33 ans, journalière, déclare que du 10 au 15 janvier Armantine lui a subtilisé 100 sous et 10 centimes. Son mari est allé parler à HENRY père qui a dit que sa fille en était bien capable puisqu’elle le volait lui-même. Dans l’intervalle Armantine est venue apporter 3 francs en demandant de les accepter sinon son père la battrait. Marie VERRIER a refusé et une instant après Pierre HENRY est venu restituer l’argent.
    Pierre et Armantine reconnaissent les faits. Antoinette n’était pas au courant.
  • Marie PRETESEILLE (veuve SERRAULT, on notera qu’elle a été nommé PORTESEAU auparavant), accuse les filles du vol des 4 mouchoirs et du ruban de bonnet en percale.
    Armantine nie. Antoinette dit que c’est vrai puisqu’elle était présente et a vu sa sœur couper les ficelles de la croisée permettant d’accéder à la table où étaient déposés les objets. Pierre dit n’avoir rien su jusqu’au jour où les gendarmes ont perquisitionné et trouvé les objets.
  • Pierre PION (nommé Jacques PIERRE auparavant), 36 ans, vigneron, confirme le vol de ses chaussettes en laine rouge mais ne sait pas dire qui les a volé.
    Les accusés disent qu’il n’est point entré de chaussettes chez eux.
  • Silvine LORAIN (femme PODEVIN), 33 ans, journalière, accuse Armantine d’avoir volé un pain de 6 livres qu’elle est allé réclamer à Pierre HENRY et que peu après ce dernier a remis à son petit garçon une livre de pain lui disant de n’en parler à personne. Elle accuse aussi Armantine d’avoir volé un « mauvais tablier ».
    Pierre Henry dit qu’il n’a pas parlé comme cela au garçon et qu’il lui a donné ce pain en pensant qu’il était possible que sa fille en eut volé. Armantine nie et Antoinette n’a rien vu de tout cela.
  • Françoise VIGNEAU (femme GARNIER), 48 ans, journalière, accuse Armantine et Lucien d’avoir volé un mouchoir qu’elle a ensuite vu au cou de Lucien. Elle accuse aussi Armantine d’avoir pris des fleurs dans le jardin de la femme PODEVIN et d’avoir remuer la porte de la maison. Elle n’a cependant pas pu voir si elle avait pris du pain car il y a beaucoup d’arbres derrière lesquels elle pouvait se cacher.
    Armantine nie. Antoinette et Pierre ne savent rien.
  • Catherine BURON (femme JUSSAUME), 42 ans, aubergiste, s’est aperçu le 04 février de la disparition d’une orange, puis 8 jours après d’une brioche dans la maie et pendant environ 3 semaines de pommes. Fin février, Antoinette est venue chercher du vin et a subtilisé une pomme dans le buffet déposée là exprès pour la confondre. Après avoir constaté la disparition de la pomme, elle a couru après Antoinette et a découvert la pomme.
    Antoinette reconnait le vol de pomme mais pas celui de l’orange et de la brioche, par contre elle dit que sa sœur Armantine lui a donné un morceau d’orange. Armantine nie. Pierre ne savait rien sinon il aurait corrigé ses enfants.
  • Catherine DAVID (femme BURON), 64 ans, sans profession, déclare qu’en Septembre 1880 on lui a pris 8 œufs dans son poulailler et avoir des soupçons sur les auteurs car ses voisins lui ont rapporté avoir vu Lucien jouer sur un tas de sable dans la cour et ses 2 sœurs se promener dans le quartier. Ses oupçons ont été renforcés car une quinzaine de jours auparavant elle avait surpris les 3 enfants munis d’un bissac lui voler des pois dans son champ.
    Armantine nie, Antoinette ne se souviens plus et Pierre n’en a rien su.
  • Louise MOLINON (femme FAUGEROUX), 29 ans, maîtresse d’hôtel, dit qu’en Juillet 1881, Antoinette est venue chercher du vin et pendant qu’elle était dans la cave la fille lui a volé 2 œufs, ce qu’elle a nié mais étant seule présente dans les lieux ce ne pouvait être qu’elle.
    Antoinette nie et ne rappelle pas avoir volé 2 œufs. Armantine et Pierre n’ont pas eu connaissance de cela.
  • Judith BERTHELOT (femme RENARD), 52 ans, couturière, indique que vers 1887 ou 1888 elle a surpris Lucien lui voler des pommes, qu’à sa vue il s’est sauvé et est tombé. Elle a ramassé le panier et sa casquette qu’elle a porté à la mairie. C’est alors que Lucien a dit que c’était son père qui lui avait commandé de commettre ce vol. Elle ajoute que vers 1873-1874, lorsque Pierre HENRY était son voisin, qu’au moment où il lâchait de l’eau (urinait) et qu’elle passait avec sa fille, il montrait ses nudités. Elle lui a fais des observations à ce propos et il lui a répondu par des injures. Il a cessé quand un voisin a menacé de le dénoncer.
    Pierre dit qu’il n’a jamais envoyé son fils voler, il n’a jamais fait les sottises dont l’accuse son ancienne voisine et ne sais pas pourquoi elle lui en veut. Les filles HENRY n’ont rien à dire sur cette déposition.
  • Marie BOURGUIGNON (femme RENARD), 60 ans, couturière, s’est aperçue début Avril 1882 de la disparition d’un boite de gommes qu’Armantine lui a rapporté vide en lui demandant si elle lui appartenait. Elle ajoute qu’elle devait bien le savoir puisque son nom est marqué dessus et que si elle ne ait pas lire, son père lui le sait. Armantine lui aurait répondu qu’elle avait trouvé la boite dans une petite rotte prés de chez elle. Elle indique qu’un baquet, une autre boite de gommes et 1,5 kg de fromage de gruyère ont été volé et elle a idée que ce sont les HENRY qui lui ont pris mais elle n’en est pas sûre.
    Armantine dit qu’elle a trouvé la boite dans une nid dans un buisson de ronces ou plutôt que c’est sa sœur qui l’a trouvé. Antoinette confirme les dires. Armantine a supposé que la boite appartenait à la femme RENARD car elle avait vu la même quand elle était venue chercher 2 sous de vinaigre. Pierre et Antoinette ne sont pas au courant d’un quelconque méfait.
  • Martin BOISVINET, 65 ans, pêcheur, demeurant à la Frillère à Vouvray, indique qu’en août 1881 Lucien HENRY a été domestique chez lui, qu’il leva ses nasses pour lui prendre du poisson et qu’il en vendit pour 15 sous. Le dimanche suivant il est allé chez son père et n’est jamais revenu. Quand le sieur BOISVINET est allé chez Pierre HENRY pour lui payer son dû (rapport à l’emploi de Lucien), il lui a raconté l’histoire des nasses et le père HENRY lui a répondu qu’il aurait lui dire plus tôt et qu’il aurait mis une branlée à son fils.

Le 28/04/1882, un mandat de comparution est émis par le Juge VINET envers Lucien HENRY, 12 ans, demeurant chez son cousin BLOT taillandier à Montlouis, pour répondre et s’expliquer sur les faits dont il est inculpé le mercredi 3 mai 1882 à 1h du soir.
Je suppose que du 26/04/1882 au 03/05/1882, il est resté libre. Je n’ai pas trouvé de trace d’écrou le concernant.

Le 03/05/1882 à 4h du soir, Lucien comparait une nouvelle fois devant le juge et maintient sa déposition concernant les vols de poissons, d’œufs, de pois et de pommes.

Le 03/05/1882 à 04h30 du soir, Armantine est de nouveau devant le juge pour un second interrogatoire. Elle reconnait avoir volé 5 francs 10 centimes à la femme PROUST.
Elle nie le vol de pralines et de sucres d’orges à la femme COUDELOUP; sa sœur est une menteuse.
Elle n’a pas volé à la femme HENRY la poule, la bouteille de rhum et la bouteille de sirop de groseille, la bouteille de cognac et du beurre; et puis la femme HENRY n’est bonne qu’à faire du mal à tout le monde.
Elle n’a pas soustrait frauduleusement du pain à la femme PODEVIN et si son père lui a remis un morceau c’était de peur qu’elle dise quelque chose car elle est si menteuse.
Pour le mouchoir de la femme GARNIER, il n’a pas été volé puisque Lucien l’a trouvé dans la rotte et qu’elle l’a vu le ramasser alors pourquoi il le nie.
Elle nie le vol des fruits et pâtisseries à la femme JUSSEAUME, sa sœur ment quand elle dit qu’elle lui a donné de l’orange.
Elle nie avoir volé des pois et des œufs à la femme BURON. Son frère est un menteur et ils n’ont mangé que ce que le père achetait.
Il en va de même pour les pastilles de gommes subtilisées à la femme RENARD qui les accuse parce que son père lui doit soi-disant un « seau » et que ce n’est pas vrai.
Concernant les 4 mouchoirs volés à la veuve SERRAULT, elle n’a jamais coupé la ficelle, sa sœur ment et elle ne sait pas qui les a cachés sous la paillasse.
Idem pour les chaussettes rouges.
Concernant la tentative de vol dans l’armoire du sieur DOUDON, elle n’a pas fait le guet à la porte pendant que sa sœur fouillait dans l’armoire, Antoinette avait dans son tablier des guenilles trouvées dans les rottes qui ne valaient rien et qui étaient crois t-elle au père THIBAULT, rien n’a été pris à DOUDON.
Enfin elle dit qu’il n’est pas vrai que son père les envoyait marauder ou voler de côté et d’autre.

Le 03/05/1882 à 05h du soir, Antoinette est elle aussi de nouveau entendue.
Elle nie avoir fouillé dans l’armoire du sieur DOUDON, c’était sa sœur et par ailleurs elle était partie.
Elle ne faisait pas le guet lors du vol des 4 mouchoirs de la SERRAULT et ne savait pas que ces mouchoirs étaient chez eux.
Elle admet avoir volé une pomme à la femme JUSSEAUME, mais pas la brioche ni l’orange. C’est Armantine qui a pris l’orange.
Pour le vol d’œufs et de pois au préjudice de la femme BURON, elle dit ne pas avoir volé d’œufs et ne pas se souvenir pour les pois.
Elle ne se rappelle pas avoir volé 2 œufs à la femme FOUGEROUX.
Pour la boite de pastilles de gommes de la femme RENARD, elle ne sait pas si c’est sa soeur qui l’a prise. Elle l’a trouvée dans un buisson d’épines.
Pendant que sa soeur subtilsait les pralines et les sucres d’orge à madame COUDELOUP, Antoinette dit qu’elle était à la maison et pas avec sa soeur.
Antoinette se défend d’avoir été avec Armantine lors du vols des bouteilles, de la poule et du beurre à la femme HENRY. Elle n’a pas donné un verre de liqueur à son frère, il ment car il croit se sauver; c’est comme pour les poissons, Lucien dit que c’est son père qui lui a commandé ce vol mais parallèlement il a dit à Antoinette que c’était un individu qui a dit levé les nasses du père BOISVINET et lui a donné les poissons pour aller les vendre.
Elle nie savoir quoi que ce soit au sujet du vol des chaussettes rouges.
Lucien est confronté à sa soeur Antoinette :
Lucien  » Ce que ma soeur dit pour les poissons n’est pas vrai, ce qui est vrai c’est qu’un gars m’avait dit qu’il y en avait dans les nasses« 
Antoinette  » Tu es un menteur, tu crois te sauver mais tu ne te sauvera pas va« 

Le 03/05/1882 à 06h du soir, c’est au tour de Pierre HENRY d’être de nouveau entendu par le juge VINET.
Il déclare n’avoir jamais donné le conseil de voler à ses enfants et qu’il leur a toujours donné les meilleurs exemples qu’il a pu. Il n’a vu chez lui aucun objet que ses enfants auraient volé; ce qu’il a su que ses enfants avaient pris, il l’a restitué tout de suite notamment l’argent de la femme PROUST.
Il n’a jamais vu de liqueurs ni d’eau de vie chez lui provenant de vol et il n’est pas vrai qu’il a recommandé à la femme PODEVIN de ne rien dire au sujet du vol de pain que sa fille aurait pu commettre.
Le juge dit qu’il a fait de ses enfants des petits voleurs et qu’il a lui-même une réputation détestable. Pierre répond qu’il est bien vu dans le pays et qu’il jamais fait de mal à personne. Son fils Lucien l’accuse à tort, ainsi pour le poisson pris à BOISVINET son fils lui a raconté c’était un gars qui avait levé les nasses et lui avait donné le poisson pour aller le vendre.
Lucien est confronté à son père :
Lucien « Je n’ai pas dit à mon père que c’était un gars qui m’avait donné le poisson, je lui ai dit qu’un nommé Etienne NAU m’avait dit qu’il y en avait dans la nasse« 

Le 06 mai 1882, le maire de Montlouis fournit au Procureur de la République les renseignements demandés le 25/04/1882. Sa lettre d’introduction n’est pas très élogieuse. Paresseux, depuis le décès de sa femme surtout, a exploité ses enfants et a vécu de la mendicité et des vols de ces derniers. Il a depuis longtemps la réputation d’avoir abusé de ses filles, les unes après les autres.

Courrier du maire de Montlouis au Procureur de la République le 06 mai 1882, source AD37 cote 3U3/2356

Concernant la fiche de renseignements de Pierre HENRY, j’ai relevé quelques erreurs de la mairie : il est dit qu’il est né le 14/08/1835 à Montlouis de Jean HENRY et GREGOIRE Marie, alors qu’il est né le 15/01/1833 à La Ville aux Dames de Pierre HENRY et MEUNIER Silvine. Le Pierre HENRY né en 1835 est un cousin germain.
Il est tourneur sur bois et catholique.

Fiche de renseignements concernant Pierre HENRY (page 1/2), source AD37 cote 3U3/2356

C’est un paresseux qui vit de la mendicité et des vols de ses enfants.
Il se serait marié le 05/10/1858 avec GAUTHIER Marie Joséphine. Encore une erreur, c’est son cousin germain qui s’est marié à cette date avec Louise DRIE (cote 6NUM8/156/008 page 107/291).
Il a 7 enfants vivants dont 1 garçon à Mettray (Pierre Isidore) et une fille au Refuge (Désirée Marie).
Il a une mauvaise conduite antérieure et à la réputation de s’adonner à la débauche et au libertinage.
Il sait lire, son éducation est ordinaire et a pour signe particulier d’être boiteux.

Fiche de renseignements concernant Pierre HENRY (page 2/2), source AD37 cote 3U3/2356

Les fiches de renseignements de Lucien, Armantine et Antoinette n’apportent pas plus d’informations que nous n’avons déjà à part qu’ils sont tous les trois catholiques.

Le 06 mai 1882, Le procureur de la République dans son réquisitoire final dit qu’il y a lieu de renvoyer Pierre, Armantine, Antoinette et Lucien et requiert qu’il plaise à monsieur le Juge d’Instruction de les mettre en prévention et les renvoyer devant le Tribunal de Police Correctionnelle pour y être jugés conformément à la loi.
Le juge Alphonse VINET suit le réquisitoire du procureur.

Le 09 mai 1882, le tribunal correctionnel émet une « Assignation à Prévenu » contre Pierre et ses trois enfants pour comparaitre le samedi 13/05/1882 à l’heure de midi pour les délits prévus et punis par les articles cités pour chacun d’entre eux :

  • Pierre HENRY détenu à la Maison d’Arrêt, pour s’être depuis moins de 3 ans rendu complice de vols commis par ses enfants Lucien – Antoinette et Armantine, soit en provoquant par dons, promesses, menaces, abus d’autorité ou de pouvoir, machinations ou artifices coupables à les commettre soit en recelant tout ou partie en objets volés sachant qu’ils provenaient du vol (articles 59, 60 et 62 du livre II et 388 et 401 du livre III du code pénal de 1810)
  • Lucien HENRY (12 ans), à Montlouis, d’avoir en Avril dernier à la Frillière soustrait une certaine quantité de poissons au préjudice de BOISVINET (article 401 du livre III du code pénal);
    de concert avec ses sœurs soustrait frauduleusement des pois ou récoltes non détachées du sol à l’aide de bissac au préjudice de la femme Buron (article 388 du livre III du code pénal).
    Mineur de moins de 16 ans, il tombe sous le coup de l’article 66 du livre II du code pénal :
    « Lorsque l’accusé aura moins de seize ans, s’il est décidé qu’il a agi sans discernement, il sera acquitté ; mais il sera, selon les circonstances, remis à ses parents, ou conduit dans une maison de correction, pour y être élevé et détenu pendant tel nombre d’années que le jugement déterminera, et qui toutefois ne pourra excéder l’époque où il aura accompli sa vingtième année. »
  • Antoinette (9 ans) et Armantine (15 ans) HENRY, détenues à la Maison d’Arrêt, d’avoir ensemble de concert et conjointement avec leur frère Lucien HENRY depuis moins de 3 ans soustrait frauduleusement des pois ou récoltes non encore détachées du sol au préjudice de la femme BURON (article 388 du livre III du code pénal);
    Ensemble […] soit l’une comme auteur principale ou soit l’autre comme complice avoir soustrait frauduleusement divers objets mobiliers, fruits, denrées au préjudice de la femme COUDELOUP et autres (article 401 du livre III du code pénal;
    Armantine d’avoir soustrait une certaine somme d’argent au préjudice de la daénommée PROUST (article 401 du livre III du code pénal).
    Mineures de moins de 16 ans, elles tombent aussi sous le coup de l’article 66 du livre II du code pénal.

Le 13 mai 1882, le jugement est rendu par la 2ème chambre du Tribunal de Police Correctionnelle de Tours :

  • Pierre HENRY est condamné à 2 ans de prison et aux frais pour complicité de vols de récoltes et vols simples.
  • Armantine HENRY est condamnée à être détenue dans une maison de correction jusqu’à l’âge de 20 ans pour vols simples et vols de récoltes.
  • Lucien HENRY est acquitté et remis à ses parents (ndlr : peut être chez son cousin Auguste BLOT chez qui il résidait quelques jours auparavant ?)
  • Antoinette HENRY est acquittée et remise à ses parents.

Epilogue de l’épisode 2

Pierre HENRY n’en a pas terminé avec la justice, vous l’aurez deviné à la lecture de ce long article !
Les soupçons rapportés par le maire et les révélations de Lucien HENRY amènent le juge d’Instruction VINET à émettre un 2ème mandat de dépôt en date du 12 mai 1882 pour attentat à la pudeur.
On notera aussi qu’à l’époque des faits, Pierre Isidore et Désirée Marie sont « pensionnaires » dans des maisons de correction bien connues (la colonie Agricole du Mettray et le Refuge de Tours). J’en raconterais plus à leur sujet un peu plus tard dans des articles séparés.
On retiendra aussi le nom de Silvine LORAIN (femme PODEVIN) qui apparaît dans l’histoire (ou les affaires) des HENRY.

Comme on dit : « la suite au prochain épisode » ! Le 3ème et dernier concernant Pierre HENRY.